samedi, mai 17, 2014

Bloc-notes de la semaine du 12 au 18 mai 2014





- Cacophonie - socle qui vacille – 4 de moyenne - .



Le bloc notes revient évidemment sur la cacophonie autour du report de la pré-rentrée. Et sur l’image désastreuse de la profession que cela renvoit à, l’opinion. Et les conséquences risquent d’être aussi négatives pour le ministre. On s’inquiète aussi pour l’avenir du socle dans un tel contexte. Et on exerce aussi un droit de suite sur les articles qui s’inquiètent des notes données aux candidats dans les concours de recrutement.





Cacophonie
Jeudi matin, une “alerte“ du journal Le Monde sur mon portable : “La prérentrée des enseignants supprimée en 2014”. Et c’est le début d’un emballement médiatique et d’une cacophonie comme on a rarement connue dans le monde de l’Éducation. L'information devrait être annoncée par le ministre au Conseil supérieur de l'éducation (CSE), vendredi 16 mai. Mercredi, le SNES (Syndicat national des enseignements du second degré), , a tweeté l'annonce sur un mode triomphal. « La prérentrée en août, le ras-le-bol de la profession [au salaire gelé] est arrivé aux oreilles du ministre, qui annonce le report à septembre ». Rappelons qu’il y avait une menace de grève de plusieurs syndicats en cas de pré-rentrée le 29 aout comme cela était prévu dans le calendrier communiqué par le ministère.
Certains verront dans cette phrase initiale du Monde parlant de pré-rentrée “supprimée” une maladresse d’autres une éventuelle manipulation. Quoi qu’il en soit cette phrase était ambigüe et a entrainé une confusion qui a perduré jusqu’au vendredi matin. Même si certains dans les réseaux sociaux (dont votre serviteur) et dans les médias ont fait part de leurs interrogations et considéré qu’il s’agissait d’une méprise, la plupart des journaux ont repris tel quel cette information qui s’est trouvée dupliquée très rapidement. On est dans un cas typique d’emballement médiatique où tout le monde twitte plus vite que son ombre et où on arrive à des approximations (reportée ≠ supprimée...) qui perdurent. Car comme chaque média ne veut pas être à la traîne, on se copie allègrement. Comment pouvait-on imaginer que l’on puisse supprimer la pré-rentrée ? Il est vrai que l'opinion et les journalistes ont du mal à comprendre et imaginer ce qui se fait durant cette journée de pré-rentrée (et peut-être que le ministre aussi ? mais j'en doute...). D’autant plus que les images qui en sont données sont uniquement celles des lycées où elle s’apparente le plus souvent à une “grand-messe” peu efficace. Mais ce n’est pas partout le cas et notamment dans les écoles primaires où les enseignants se sont sentis encore une fois incompris et ignorés. Toutefois, pour être complet il faut indiquer que certains enseignants du secondaire et des syndicats qui les représentent considèrent qu'en effet la pré-rentrée n'est pas utile. En plus le terme de "pré-rentrée" facilite l'argumentaire de ceux qui trouve que c'est du "en plus", superflu... On voit bien la conception du métier qui est derrière : une approche strictement individuelle et qui considère que toute concertation est du "temps perdu" et empiète sur la sacro-sainte "liberté pédagogique". Et une confusion sur ce que sont les obligations et les missions des enseignants, les vacances et les congés, le temps « libre » et le temps de travail...
Comme la revue de presse de Lionel Jeanjeau l’a déjà indiqué , l’arbitrage était précisé, vendredi matin : la pré-rentrée est repoussée au lundi 1er septembre et les élèves rentreront le mardi 2 septembre. Les raisons évoquées par le ministre sont multiples (et donc confuses). On évoque des "difficultés organisationnelles" liées aux systèmes informatiques de mutation et de paie. Les prises de fonction des enseignants stagiaires commencent en effet normalement au 1er septembre et on murmure même que la pré-rentrée en aout aurait entrainé un surcoût budgétaire non anticipé... Mais ces explications ne semblent pas convaincre la plupart des acteurs de cette affaire. Et malgré les prises de parole du ministre, l’impression qui ressort est plutôt celle d’une cacophonie et d’une décision politique destinée à satisfaire des revendications syndicales. Et le mal est fait...
Bien sûr, on peut considérer qu’il s’agit de l’aboutissement d’une juste revendication et de la préservation d’un acquis social mais il semble bien que cette position résiste mal face à l’opinion publique et même au ressenti d’une bonne partie des enseignants. En tout cas, les débats sont vifs et les réactions très nombreuses sur les réseaux sociaux. Et les conséquences en termes d’images semblent plutôt négatives aussi bien pour les enseignants que pour le ministre.
Au sein du monde enseignant, les clivages sont marqués. On notera d’abord que cette revendication était surtout exprimée par des syndicats du second degré. Comme l’expriment très bien plusieurs porte-paroles officiels ou officieux des professeurs des écoles, la pré-rentrée "ce n'est pas une journée de travail fictive" et de toutes façons les instituteurs (PE) sont dans leur classe bien avant la date officielle. Et ils ont eu le sentiment d’être encore une fois, ignorés. D’autant plus que ce sont les seuls à vraiment faire cours jusqu’au bout de l’année et que s’il y a rattrapage de la journée perdue, ce sont eux qui risquent d’être là aussi les seuls à le faire effectivement. Mais le clivage n’est pas seulement entre degrés, il renvoie aussi à des positionnements syndicaux et politiques. D’un côté ceux qui considèrent que le refus de commencer en aout est un moyen de montrer aussi un mécontentement face au gel des salaires en préservant un avantage de la profession et une compensation pour les difficultés du métier. De l’autre, ceux qui, soucieux de l’image donnée à l’ensemble des salariés et en relativisant les difficultés, insistent sur le caractère dérisoire de ce point de fixation face aux enjeux du système éducatif. A lire comme illustration de ce sentiment le billet de Mara Goyet sur le site du Monde intitulé : “J’ai honte....
Les conséquences en terme d’image sont aussi pour Benoît Hamon. Celui-ci apparait comme le ministre des syndicats pour reprendre le titre d’un article de L’Express. Il serait là pour “pisser sur les braises" et acheter la paix sociale. Mais pour complaire à tel ou tel syndicat, il en est réduit à monnayer cela contre des jours de vacances parce qu'on a pas les moyens d'augmenter les salaires (-comme le montre un très bon dessin de Vidberg- ) au mépris de tout ce qui a été dit sur les rythmes scolaires annuels. Et en envoyant un signal de renoncement plutôt que d’ “habileté” et en donnant l’impression d’une faiblesse politique. A force de “pisser sur les braises", on risque de s’éclabousser...

Un socle qui vacille
Pendant l'immense cacophonie du report de la pré-rentrée, le Conseil Supérieur des Programmes se réunissait jeudi dernier pour continuer à travailler sur le futur nouveau "socle commun de connaissances de compétences et de culture". Dès le lundi 12 mai Le Monde avait diffusé un pré-projet avec cinq domaines fondamentaux : les langages fondamentaux, apprendre à apprendre, former la personne et le citoyen, l’homme et le monde : les sciences et les techniques, l’activité humaine dans un monde en évolution. La Croix a aussi consacré un long article aux enjeux de ces travaux importants.
Dans un article paru dans l’Express , l’historien Claude Lelièvre (qui avait participé à la rédaction du précédent socle commun) se réjouit et s’inquiète à la fois : “Il est indiqué dans la version actuelle du projet de texte du CSP que les connaissances et compétences à acquérir dans le cadre du socle relèvent de cinq grands domaines de formation dont l'ensemble définit les composantes de la culture commune. Parmi elles : "apprendre à apprendre". Il est dûment précisé que les principales méthodes de travail "pour apprendre" requises par les études et la formation tout au long de l'existence, ne constituent pas un enseignement en soi, mais qu'elles doivent faire l'objet d'un apprentissage programmé et explicite, pendant la scolarité obligatoire, dans tous les enseignements et espaces de la vie scolaire. Et il est par ailleurs souligné qu' "apprendre à apprendre" est un enjeu qui concerne l'ensemble des champs et des disciplines; les méthodologies du travail ne s'apprennent qu'en situation, mais il faut leur consacrer le temps nécessaire et les explicitations suffisantes.
Car plus que les énoncés des grands domaines du socle, l’enjeu est dans l’opérationnalité de celui ci. A trop rester dans des généralités, on risque d’en rester à des grands principes consensuels mais peu engageants sans préciser les moyens de sa mise en œuvre et de son évaluation. Mais on sait bien que c’est sur cette question de l’existence d’un “cadrage” fort ou non, que se situent les clivages syndicaux. Et là encore, alors que le ministre doit s’exprimer prochainement sur le sujet (au risque d’empiéter sur les prérogatives du CSP) on semble s’engager dans la voie d’un socle a minima pour ne pas réveiller les tensions syndicales. A moins que les gages donnés par le ministre sur les vacances servent à négocier des évolutions vers un socle rénové. Ou qu’au contraire, les arbitrages rendus sur la pré-rentrée ne laissent augurer d’autres renoncements...

4 de moyenne
En France, on peut devenir prof des écoles avec 4,17/20 de moyenne, c’est le titre d’un article de Pascal Riché, fondateur de Rue89 sur ce site et publié en début de semaine. Un autre article du Figaro avec quasiment le même titre est sorti ce samedi. Ces deux articles très proches s’alarment du fait que dans les académies de Versailles et de Créteil, le seuil d’admission ne dépasse pas 5/20. Pour Pascal Riché, c’est le signe d’une crise des vocations pour un métier que les pouvoirs publics ne savent pas rendre attrayant.
Comme je l’ai fait sur les réseaux sociaux, il faut rappeler ici quelques éléments de réflexion pour nuancer cette analyse. Et d’abord qu’il Il n'y a pas un “4 absolu" ou un “12 intangible'" comme il existe un mètre étalon au Pavillon de Sèvres. Les études de la docimologie (trop peu connues) depuis les années 30 montrent la variabilité et la relativité de la note... Donc la note en elle même ne veut rien dire. D’autant plus que c'est un concours et donc ce qui importe ce n'est pas la note mais le classement. Ce phénomène n'est pas propre aux concours d'enseignement. Il suffit malheureusement d'aller observer aussi les pratiques de notation en classes prépas où d'excellents élèves de Terminale ayant eu de très bonnes notes au bac se retrouvent avec des 1 ou des 2 à leur entrée en prépa. Faut-il en conclure à une baisse de niveau ? C'est donc plus compliqué que cela...
Bien sûr, on peut voir, comme le fait Pascal Riché et plusieurs commentateurs avant lui, dans cette “crise” de recrutement un manque d’attractivité du métier lié à sa difficulté, son manque de prestige et à sa faible rémunération (comparé à d’autres métiers et d’autres pays). Nous rappelions dans une précédente revue de presse que à la session 2014 exceptionnelle du Capes, la moitié des postes de profs de maths n'ont pas été pourvus. On constate des phénomènes similaires dans d’autres disciplines. Dans le premier degré, 875 postes sont non pourvus à l'issue des épreuves d'admission, soit 10 % des postes ouverts au concours. Ces chiffres peuvent en effet inquiéter lorsqu’on sait que l'Etat compte recruter 58 000 postes d'ici 2017. Nous rappelions qu’en 2013, il y a eu deux concours de recrutement. Celui dont on parle ici c’est ce le “2013-2” ou plutôt le “2014 avancé”. Ce 2ème concours a pu être ouvert à ceux qui avaient raté le premier. On peut donc se demander si tous les candidats étaient “au niveau” (dont on peut discuter...) et surtout si on a pas épuisé le “vivier” de candidats potentiels. Car si on recrute au niveau du master on a évidemment un potentiel de candidats moins important que si on recrute en licence. Par ailleurs, dommage co-latéral de la masterisation, on écarte des métiers d'enseignants les jeunes issus des milieux populaires qui vont dans des proportions moindres jusqu'au master. Si l'on veut que les profs ressemblent aux jeunes qu'ils auront en face d'eux, il faut aussi se préoccuper de ça...
Mais revenons aux notes des candidats au CAPES et au “niveau qui baisse”. Si les postes n’ont pas été pourvus cela ne veut pas dire forcément que les candidats n’étaient pas présents mais que les jurys ont estimé qu’ils n’avaient pas le niveau suffisant pour être admis. Bien sûr il est tout à fait légitime que les membres des jurys éliminent les candidats qui posent un vrai problème de compétences. Mais on peut aussi s'interroger sur le comportement de ces jurys qui recalent des candidats sur des motifs quelquefois flous et décalés par rapport aux réalités du terrain. Les exemples de questions pièges où on interroge les candidats sur des “savoirs décoratifs” dignes de “Questions pour un champion” sont nombreux. Comme nous le disions plus haut, la note en elle même ne veut rien dire. Sauf que ceux qui mettent une très faible note ou distribuent des "zéro" à tire larigot en posant ce genre de questions marquent ainsi leur territoire et leur pouvoir... On aura beau faire des concours supposés plus "professionnels" avec plus de pédagogie, si certains membres de jurys de concours continuent à se comporter quelquefois comme des petits marquis hautains qui méprisent les personnes qu'ils interrogent, on n’aura pas fait avancer la conception du métier.
On peut aussi faire remarquer que les candidats à ce deuxième concours ont du en même temps, préparer le concours, assurer des cours dans le cadre de leur contrat et suivre des cours et rendre des devoirs pour finir leur master. Ça fait beaucoup pour des gens de bonne volonté ! Il est beaucoup plus difficile pour les candidats de travailler sur deux fronts que de se concentrer sur un seul objectif. Le concours peut donc être à la fois moins sélectif et plus difficile.
Le discours sur le niveau qui baisse et la "faible attractivité des concours" doivent donc être déconstruites et remises en perspective. L’analyse critique des médias, ça devrait être dans le socle commun ?

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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samedi, mai 10, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 5 au 11 mai 2014





- Ministère amer – Grand écart – indigestion de PISA – Goût de l’échec - .



Même si la semaine a été marquée, comme la précédente, par un jour férié, l’actualité éducative est assez riche. A commencer par le vote négatif, lundi dernier, du CSE sur le projet de décret sur les rythmes et la nomination d’une nouvelle Degesco mercredi en conseil des ministres. Il y a eu aussi la publication du “bilan social” de l’Éducation Nationale dont les statistiques ont alimenté de nombreux articles. On reviendra aussi sur une pétition internationale, signée de nombreux universitaires anglo-saxons, demandant la suspension de PISA. Avant de se demander, avec Alain Boissinot, pourquoi l’école française aime tant l’échec.



Un ministère dans la tourmente
La semaine a été chargée pour Benoît Hamon et son équipe. La semaine précédente l’était déjà avec la démission du n°2 du ministère, Jean-Paul Delahaye, qui a quitté la Degesco la direction la plus importante de la rue de Grenelle. Cette démission n’était pas sans rapport avec la tenue lundi 5 mai du Conseil supérieur de l’Éducation, (une instance consultative rassemblant des représentants de la communauté éducative) où était présenté le projet de décret d’“assouplissement” des rythmes scolaires. Malgré les efforts du ministre, le CSE a voté majoritairement contre ce projet. Seules trois voix se sont prononcées pour, les autres syndicats et représentants des parents d’élèves se sont répartis entre Contre et absentions. Mais si ce rejet semble unanime, il masque en fait des différences fortes. Entre ceux qui considèrent que le décret remet en cause l’esprit de la réforme des rythmes et ceux qui, à l’inverse trouvent que ce décret ne va pas assez loin dans le “détricotage”, il n’y a plus grand chose de commun...
Il faudra faire, un jour, l’analyse détaillée du déroulement de cette réforme et identifier les raisons qui ont amené à la situation actuelle. Erreurs de calendrier, mauvaise appréciation de la situation de départ, rigidité des positions, stratégies syndicales, politisation du sujet,... Les raisons sont multiples. Quoi qu’il en soit, on est loin de l’unanimisme qui présidait au moment de la commission sur les rythmes initiée par Luc Chatel en 2011 et surtout de la signature en 2010 de l’appel de Bobigny par une cinquantaine d’organisations qui se retrouvent aujourd’hui opposées. À tous les amateurs d’archéologie militante, je conseille la lecture de liste des signataires et du point 7...
On notera que malgré ce vote (consultatif) négatif, le ministre a publié le décret rapidement puisqu’il est paru le jeudi 8 mai au Journal Officiel. .
Mais poursuivons la semaine dans l’ordre. Le mardi 6 mai, nous apprenions la probable nomination de Florence Robine comme nouvelle directrice générale de l’enseignement scolaire , confirmée par le conseil des ministres du mercredi 7 mai. La rectrice de Créteil succède à Jean-Paul Delahaye qui, semble t-il, l’avait préparée à ce poste important. On peut interpréter sa nomination comme le signe d’une pérennisation de l’esprit de la refondation. Ce qu’elle écrivait dans les Cahiers Pédagogiques il y a quelques années laisse penser qu’elle ne défend pas une conception étriquée de l’enseignement et des programmes. On peut espérer qu’elle se situe dans le prolongement de son prédécesseur et oeuvre pour une pédagogie au service de plus d’équité et de la réussite de tous.
Parallèlement à cette nomination, on apprenait aussi la composition du cabinet du Ministre . Que dire ? Rien de neuf... C’est un mélange d’anciens du cabinet précédent et de personnes qui ne connaissent rien à l’éducation mais accompagnent Benoît Hamon de poste en poste. On verra à l’usage.
Au fait, mercredi, le ministre était l’invité de France Inter. On pourra réentendre son interview sur le site de la radio . Il y a surtout annoncé le prolongement, pour un an, de l’aide de l’Etat en direction «en particulier» des communes les plus en difficulté pour appliquer les nouveaux rythmes scolaires. Mais, dans cette matinée radiophonique, on pourra surtout écouter l’intervention finale de Nicole Ferroni (une ancienne prof reconvertie dans l’humour) . On peut ne pas aimer le catastrophisme de ce qu’elle décrit mais on peut aussi apprécier la sincérité du propos. C’est mon cas.

Grand écart
Chaque année la publication par la DEPP du bilan social du ministère de l'Education nationale est l'occasion de faire le plein de statistiques sur les enseignants français leur nombre, leurs grades, leurs salaires, leur temps de travail... Cette année est particulièrement intéressante pour les salaires. “Les années précédentes, le calcul se faisait sur des carrières-types et des individus fictifs, alors que cette fois, on a travaillé sur des données réelles ”, explique Catherine Moisan la directrice de la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) dans Les Échos .
Ce que montrent ces statistiques sur les salaires des enseignants, c’est surtout le grand écart. Les rémunérations varient considérablement en fonction du niveau enseigné, des diplômes obtenus, et de l'âge. Ainsi le salaire médian des enseignants du primaire s'établit à 2130 euros nets, contre 2493 euros nets pour les professeurs de collège certifiés, 3443 pour les agrégés, et jusqu'à 5795 euros nets pour les professeurs de classes préparatoires.
Les professeurs des écoles gagnent donc environ 5.000 euros de moins que les certifiés, alors qu’ils partagent les mêmes indices. “Les primes expliquent la majorité de l’écart entre les professeurs des écoles et les certifiés ” , souligne l’étude. “Les certifiés font des heures supplémentaires, pas les professeurs des écoles , ”complète Catherine Moisan. Une autre raison tient au fait que les certifiés “passent plus fréquemment à la hors classe”, un grade financièrement plus avantageux. L’instauration d’un prime de 400 euros destinée à réduire l’écart entre premier et second degré, n’a pas suffi à faire taire les revendications des enseignants du premier degré qui s’estiment, à juste titre, lésés par rapport à leurs collègues du secondaire. Il faut voir aussi dans cet écart et le sentiment d’injustice qui en résulte un des facteurs qui peut expliquer la résistance à la réforme des rythmes. Le chercheur Bruno Suchaut l’exprime avec un peu de provocation en évoquant dans Les Échos Un treizième mois plutôt que la réforme des rythmes scolaires et il ajoute “Quand on veut faire passer des réformes, on a besoin des enseignants. La profession doit aussi être revalorisée financièrement pour une meilleure motivation des enseignants. Et pour attirer les gens les plus compétents. Regardez les derniers résultats des concours d'enseignants, ils ne font pas le plein...
Ce que nous indique en effet ce bilan social, c’est qu’en effet les profs sont mal payés . Comme le dit le même Bruno Suchaut, mais cette fois-ci dans Rue89 : “Il y a trois manières de comparer les salaires versés aux enseignants : dans le temps, entre les pays et par rapport à d’autres professions. A chaque fois, la comparaison n’est pas à l’avantage de la France. ”. Le chapitre précédent nous rappelle qu’il y a aussi une autre manière de comparer : au sein de la même profession.
D’autant plus que le grand écart ne se limite pas aux salaires mais aussi au temps de travail. Le décalage entre le primaire et le secondaire est alors inverse au niveau de rémunération... Un tableau intéressant (page 28 de ce rapport) détaille en effet le temps de travail déclaré selon les catégories d’enseignant. Pendant l'année scolaire, un enseignant du premier degré déclare, en moyenne, 44 heures de travail par semaine, dont 25 h 30 en présence d'élèves. Le reste se répartit en préparation des cours, corrections des copies, réunions ainsi que surveillance d'études ou de cantine. Dans le second degré, un enseignant déclare en moyenne 41 heures de travail par semaine. À une heure d'enseignement correspond au moins une heure de travail en dehors. Les professeurs de disciplines littéraires, eux, annoncent un peu plus d'heures de corrections et de préparation de cours que leurs homologues scientifiques ou que les professeurs de langues. Le rapport permet aussi de rappeler que, contrairement aux idées reçues, les enseignants travaillent pendant leurs vacances: 18 jours de congés sur l'année répartis en 8 jours pendant les congés d'été et un jour et demi par semaine pendant les autres vacances.
On pourrait rentrer encore plus dans le détail de ce rapport passionnant. On peut surtout se demander ce que peut faire Benoît Hamon des éléments d’un tel rapport. Celui-ci est potentiellement porteur de revendications et de conflits sociaux. Et la marge de manœuvre du ministre dans un contexte marqué par l’austérité et le gel du point d’indice est égale à zéro....

indigestion de PISA
Luc Cédelle, sur son blog, titre son dernier (et excellent) billet : “Doutes sur PISA dans la presse internationale ”. Dans le même temps, on apprend qu’une pétition internationale, signée de nombreux universitaires du monde anglo-saxon, demande la suspension de PISA dans les colonnes du journal britannique The Guardian. On peut y lire : “Pisa, avec son cycle d'évaluation de trois ans, a provoqué un déplacement de l'attention vers des solutions à court terme visant à aider un pays à grimper rapidement dans les classements, malgré des recherches montrant que des changements durables dans la pratique de l'éducation prennent des décennies, pour se concrétiser.” (traduction – approximative - par mes soins). Et les chercheurs ajoutent “en mettant l'accent sur une gamme étroite d’aspects mesurables de l'éducation, PISA détourne l'attention des objectifs éducatifs moins mesurables ou non mesurables comme le développement physique, moral, civique et artistique, réduisant ainsi dangereusement notre imagination collective sur ce que l'éducation est et doit être ”. Toujours dans The Guardian on pourra lire la réponse du responsable de PISA à l’OCDE, Andréas Schleicher à qui cette pétition est adressée. Selon lui rien ne suggère que Pisa ait pu engendrer une vision trop court-termiste de l'école. Les études contribueraient au contraire à ouvrir le débat sur les politiques éducatives et aideraient les responsables à les piloter, selon lui.
Comme le montre très bien Luc Cédelle sur son blog , une partie des critiques adressées à cette enquête internationale vient surtout de la logique de palmarès qui a pris le dessus et des sur-interprétations qui en sont faites malgré les conseils de modérations donnés par les experts eux mêmes. On retrouve ces mêmes précautions évoquées dans une synthèse proposée par L’Express sur ce sujet.
On peut s’étonner comme le fait Olivier Rey (IFÉ) sur son blog que cette lettre ouverte, dont le contenu plairait sans doute à de nombreux sociologues et chercheurs en éducation francophones, n’ait pas été élargie dès son origine à une aire internationale plus large que les pays anglophones et la Suède. Car la France, et son ethnocentrisme éducatif, a toujours eu du mal avec cette enquête qui conduit à une approche comparatiste et à questionner les finalités du système éducatif. Comme le dit, mieux que je ne peux le faire, Luc Cédelle : “au narcissisme institutionnel et identitaire, voulant que tout ce qui existe dans d'autres pays serait inapproprié au nôtre, et aux réflexes conservateurs qui en résultent, PISA est venu opposer la logique rude, souvent aussi simpliste que salutaire, de l'évaluation : voir où « ça marche » et où « ça ne marche pas ». ”.
Alors au prétexte d’effets pervers (réels) et de discussions sur la méthodologie, doit-on casser le thermomètre ? La dernière enquête PISA a montré qu’en France, le système d’éducation est plus inégalitaire qu’il ne l’était 9 ans auparavant. En d’autres termes, lorsqu’on appartient à un milieu défavorisé, on a aujourd’hui moins de chance de réussir en France qu’en 2003. Et ce constat n’est pas fait que par cette enquête internationale mais se retrouve aussi dans la plupart des travaux des sociologues de l’éducation. Faut-il être dans le déni et continuer à faire comme si tout va bien ? L’autre mérite de PISA, à travers ses statistiques c’est qu’on évolue vers un consensus où l'échec scolaire est devenu inacceptable. Reste à se donner les moyens pour parvenir à une pédagogie qui permettent de lutter efficacement contre les inégalités et se donne pour objectif de faire réussir tous les élèves. C’est en principe l’enjeu même du socle commun.

Goût de l’échec
Alain Boissinot, président du Conseil Supérieur des Programmes donne une interview dans le Nouvel Obs . Alors que l’organisation qu’il préside s’apprête justement à publier une nouvelle définition du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, il est interrogé sur sa conception du système éducatif. L’ancien recteur de l'académie de Versailles prend ses distances vis-à-vis du modèle encyclopédique porté par les programmes actuels.
Son propos porte surtout sur la “culture de l’échec” et ce goût extrême pour la sélection propre à notre système éducatif : “Plutôt que d'encourager les bonnes performances, l'école française sanctionne trop souvent l'échec, comme si cette sévérité était un gage de sérieux. Environ 15% des candidats sont recalés chaque année au bac, et on entend dire qu'à ce compte, le bac est "donné". Comme si amener tout le monde à la réussite n'était pas normal. ”. D’où l’enjeu du socle commun qui est avant tout une promesse démocratique. Et il poursuit : “l'échec fait partie de notre culture. Nous gardons tous en mémoire le souvenir d'avoir raté quelque chose au cours de nos études : le brevet, le bac, l'agrégation, tel concours, telle grande école, ou même un simple devoir. Voilà ce qu'on retient ! L'échec est le fondement d'une névrose nationale. On peut même intégrer une bonne école d'ingénieurs avec le sentiment d'avoir échoué à rentrer dans une plus prestigieuse. Tout cela date d'une époque où le lycée sélectionnait les meilleurs élèves, en réalité les quelques pour cent d'enfants les plus favorisés du pays. Bien des gens continuent d'adhérer à ce modèle révolu. Nous sommes enfermés dans le pessimisme et la culture du passé, et nous n'arrivons pas à penser les nouvelles logiques du monde de demain.” Et il s’interroge sur ce système et ces enseignants qui en croyant se montrer exigeants “découragent les élèves plutôt que de les élever”.
On prendra comme conclusion de ce bloc-notes, ce que dit Alain Boissinot dans cette interview que je vous invite à découvrir dans son entier. : “S'il est une "exigence" enseignante à saluer, c'est bien celle de faire réussir tous les élèves.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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samedi, mai 03, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 28 avril au 4 mai



- Catastrophisme – Pénurie ? - Démographie – Départ - .



Une des fonctions de ce bloc notes est de revenir sur l’actualité de la semaine pour la mettre en perspective, la nuancer ou bien encore s’interroger sur la manière dont les médias décident et traitent de cette actualité. Cette semaine nous offre plusieurs opportunités de le faire. Entre les résultats de l’enquête sur les agressions de directeurs et les chiffres sur les résultats aux concours de recrutement, les sujets sont nombreux où une réflexion critique s’impose.
Par ailleurs, nous nous intéresserons aussi à un sujet où il est aussi question de chiffres : la démographie. Et nous reviendrons sur la démission du directeur de l’enseignement scolaire au ministère : Jean-Paul Delahaye.



Catastrophisme
L'information diffusée en boucle le mardi 29 avril avait de quoi affoler. « Près de la moitié des directeurs d'école agressés par des parents (étude) », titrait ainsi l'AFP reprise telle quelle par de nombreux médias. Les journaux télévisés, les radios, la presse quotidienne, sans trop de recul ont cédé au sensationnalisme. Il faut pourtant s’interroger à la fois sur l’enquête elle même et sur la construction médiatique de cette “information”
A l'origine, une étude intitulée « Etat des relations école-parents : entre méfiance, défiance et bienveillance» (téléchargeable sur le site de la CASDEN ) menée par un ancien chargé de mission de l'inspection générale de l'éducation nationale, Georges Fotinos. Celui qui est souvent présenté comme chercheur associé auprès de l'Observatoire international de la violence à l'école s'est fondé sur un questionnaire en ligne rempli par 3 320 directeurs d'école sur un total de 52 000 environ.
Dans un communiqué, Catherine Blaya, la présidente de l’Observatoire international de la violence à l’école, a démenti que Georges Fotinos, qui s’en réclame, y soit associé. Mettant en doute la «démarche scientifique» de l’enquête, elle a pris ses distances à l’égard «d’informations sensationnalistes totalement contre-productives». Georges Fotinos a répliqué en rappelant tous les rapports officiels auxquels il a été associé. Et en soulignant la participation d’universitaires à son étude. Sur le blog “vu de l’intérieur” consacré à la délinquance sur le site du journal Le Monde on s’interroge quand même sur la méthodologie en notant qu’il s’agit d’un questionnaire en ligne et donc fondé sur les déclarations des directeurs. L’échantillon semble représentatif (sauf sur le plan géographique qui n’est pas évoqué). 3 320 questionnaires ont été validés sur un nombre total de directeurs d’école en France autour de 52 000. Le taux de réponse est donc d’à peu près 6%. Mais le problème tient surtout au terme d’ “agression” utilisé dans le compte rendu de l’enquête. On range sous ce vocable aussi bien des disputes, des harcèlements que des menaces et des coups (0,7% des réponses pour ce dernier item). Pour Véronique Soulé dans Libération, l’enquête, quand on la lit dans le détail, est une “étude pas si apocalyptique ”. Elle rappelle que dans son commentaire, Georges Fotinos se veut d’ailleurs lui-même nuancé. «Il faut relativiser l’importance de ces chiffres, écrit-il, la fréquence annuelle de ces agressions est faible, et l’accumulation peut s’être produite à propos d’un même incident. D’autre part, nous sommes dans le domaine du ressenti émotionnel».
Plus loin dans la même enquête, 96,3% des directeurs indiquent «avoir le sentiment que les parents ont confiance en eux» et 76,1% trouvent qu’ils «respectent leur autorité sur leurs enfants». Un résultat qui tempère le pessimisme des chiffres précédents et qui peut même sembler paradoxal.
Au delà de la polémique entre chercheurs, il faut donc s’interroger surtout sur l’usage médiatique d’une telle enquête. Le site Arrêt sur images résume plaisamment le problème par un titre parodique : Sondage : un auditeur sur deux agressé par une info bidon . Alors pourquoi cette “information“ a t-elle eu autant d’écho ?
Osons une hypothèse : parce qu’elle va dans le sens des représentations que l’opinion publique a de l’évolution de l’École. Selon Le Parisien qui reçoit la palme du titre avec Sondage : les instits ont peur des parents, les résultats alarmants de l'étude illustrent un symptôme plus profond : l'instituteur est de plus en plus malmené. « Attention danger ! On sait que l'instituteur a depuis longtemps perdu le prestige qui l'entourait dans l'école de Jules Ferry. […] Lorsque l'autorité des maîtres n'est plus reconnue, c'est une racine essentielle du lien social qui disparaît. » La phrase a immédiatement fait réagir l'historien Claude Lelièvre. ,Sur un de ses blogs (celui de Médiapart) il regrette un « raccourci » qui « ne tient pas historiquement la route ». « L'autorité des enseignants du primaire n'a jamais été ni donnée ni complètement acquise. Elle a toujours été plus ou moins contestée », poursuit-il. Et dans L’Express il ressort des archives de 1861 qui parlent des parents comme un "fléau de l'école". On a toujours besoin d’un historien de l’École…
Pour conclure, si l’on veut réfléchir plus sereinement sur les relations parents-enseignants, je vous conseille vivement la lecture du dossier d’actualité paru dans le n°513 des Cahiers Pédagogiques sur ce sujet. Et je laisse la conclusion à Bruno Masurel d’ATD Quart-Monde dans un autre article de la revue : “Un parent ne voudra vraiment participer à l’école que s’il pressent que ce qu’il y apporte aura une influence sur ce qui se passe, sera pris en compte réellement par l’enseignant et donc favoriser la réussite des enfants. S’autoriser à donner son avis, ne pas se dévaloriser soi-même n’est donc pas acquis pour bon nombre de parents, surtout si les modalités de rencontre ne le favorisent guère. […] D’où l’importance de rendre l’enfant fier de ses parents, de l’aider à développer sa propre estime de lui-même. Il s’agira aussi de redonner confiance aux parents, forts de cette estime que leurs enfants ont pour eux. […] Dans l’autre sens aussi, rendre les parents fiers de leurs enfants est important, car l’enfant grandit à travers le regard que ses parents portent sur lui. Sentir que ses parents sont fiers de lui est le premier stimulant de la confiance en soi d’un enfant. ”.
Bien loin du catastrophisme et de la méfiance réciproque….

Pénurie ?
L’autre sujet qui a donné lieu à des titres catastrophistes est celui de la crise des “vocations” (je déteste cette expression, j’exerce un métier pas un sacerdoce). Ainsi L’Express titre Le prof, une espèce en voie de disparition?, le Nouvel Obs s’interroge Va-t-on bientôt manquer de professeurs ? A la session 2014 exceptionnelle du Capes, la moitié des postes de profs de maths n'ont pas été pourvus. On constate des phénomènes similaires dans d’autres disciplines. Dans le premier degré, 875 postes sont non pourvus à l'issue des épreuves d'admission, soit 10 % des postes ouverts au concours. Ces chiffres peuvent inquiéter lorsqu’on sait que l'Etat compte recruter 58 000 postes d'ici 2017.
A la suite de ces chiffres, les analyses pessimistes n’ont pas manqué. On peut voir, comme le font plusieurs commentateurs, dans cette “crise” de recrutement un manque d’attractivité du métier lié à sa difficulté, son manque de prestige et à sa faible rémunération (comparé à d’autres métiers et d’autres pays). Ces explications sont en partie pertinentes même si elles servent souvent à un déclinisme qui permet à un courant conservateur de relier tout cela à la crise de l’institution “École” évoquée plus haut. Mais il faut cependant nuancer l’information de départ et relativiser la “crise des vocations” qui a fait les gros titres…
En 2013, il y a eu deux concours de recrutement. Celui dont on parle ici c’est ce le “2013-2” ou plutôt le “2014 avancé” si on s’en tient au jargon techno en vigueur au Ministère. Pour le 1er concours, Vincent Peillon, alors ministre, s’était réjoui qu’il ait fait le plein. Comme les dates le permettaient, le 2ème concours a pu être ouvert à ceux qui avaient raté le premier. On peut donc se demander si tous les candidats étaient “au niveau” (mais quel est-il ?) et surtout si on a pas épuisé le “vivier” de candidats potentiels.
Il faut aussi préciser en effet que le fait que les postes n’aient pas été pourvus ne veut pas dire forcément que les candidats n’étaient pas présents mais que les jurys ont estimé qu’ils n’avaient pas le niveau suffisant pour être admis. On se rappelle que l’an dernier, on avait déjà pointé une épidémie de zéro dans les concours de professeurs des écoles. On peut donc s’interroger aussi sur un comportement malthusien des jurys de concours. Plus largement d’ailleurs, on ne peut s’interroger sur l’évolution des concours de recrutement plus “professionnalisants” sans s’intéresser à la composition et à la formation pédagogique des membres de jurys de concours. Mais je m’égare…
On peut aussi voir la situation actuelle comme le résultat de la contradiction du compromis actuel sur la place du concours. La “masterisation” décidée sous Sarkozy, plaçait le concours à Bac + 5. La réforme de la formation et la construction des ESPÉ place aujourd’hui le concours en fin de M1 (bac +4) et la validation à l’issue de l’année de M2. Même si, habilement, on a élargi le “vivier” en passant de M2 à M1, il n’en reste pas moins que celui-ci reste limité et que les carrières possibles avec ce niveau de diplôme rentrent en concurrence avec le métier enseignant. On peut constater aussi que la hausse du niveau de recrutement conduit à réduire le nombre de candidats issus des milieux populaires qui font d’autres choix d’orientation. On pouvait faire d’autres arbitrages et placer le concours en fin de L3 (bac + 3) et proposer une réelle formation professionnelle en deux ans qui ne soit pas polluée par le bachotage et le concours.
Enfin, finissons par une petite provocation. Comme on le voit nous sommes quand même dans un contexte de pénurie. Le rapport candidats/postes est très faible. Et malgré tout on demande aux futurs enseignants de passer à la fois un concours et un Master…. Ne pourrait-on pas considérer qu’un seul de ces deux diplômes sélectifs suffit ? Un concours dans un tel contexte est-il encore nécessaire ? Mais je m’égare encore…

Démographie
La démographie c’est imparable, me disait mon vieux prof de démographie à la fac (il y a très longtemps), il suffit de maîtriser les additions et les soustractions et les prévisions sont assez faciles à faire…”. Pour la journaliste Marie-Christine Corbier dans Les Échos : Le nombre d'élèves complique la tâche de Hamon. Et Marie Caroline Missir dans L’Express évoque, quant à elle, le dossier confidentiel laissé à Benoît Hamon. Ce document élaboré par la direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco), la plus grosse direction du ministère, a été remis au ministre et à son directeur de cabinet dans les jours qui ont suivi sa nomination. Que peut-on y lire ?
"Les moyens supplémentaires sont principalement consacrés, comme en 2013, au rétablissement de la formation initiale des enseignants. Au total, la rentrée 2014 s'effectue avec 2355 emplois supplémentaires pour le premier degré et seulement 986 emplois supplémentaires dans le second degré où il a été nécessaire d'allouer l'équivalent de 1000 ETP d'heures supplémentaires pour faire face aux besoins (non prévues au budget et qu'il faudra compenser en 2015)." Par ailleurs, les services du ministère précisent que "l'augmentation des effectifs va absorber une grande partie des moyens supplémentaires: dans le premier degré, les 37 666 élèves supplémentaires [...] représentent à taux d'encadrement constant 1225 emplois ; dans le second degré, face aux 32 892 élèves supplémentaires il n'est possible de mobiliser que 1486 ETP (alors qu'il en aurait fallu 2000 pour préserver le taux d'encadrement)". Ainsi, la rentrée 2014 “[va] se traduire par une légère érosion des taux d'encadrement hors éducation prioritaire dans le second degré", pronostique la Dgesco.
Dans l’article du journal Les Échos , la journaliste donne la parole aux syndicats qui s’inquiètent que la refondation (scolarisation des deux ans, “plus de maîtres que de classes”, éducation prioritaire,...) ne soit absorbée par la poussée démographique. Dans l'entourage de Benoît Hamon, on est toutefois catégorique : « Elle ne sera pas touchée par la poussée démographique. »
Il reste cependant que, comme le disait mon vieux prof, la démographie c’est imparable. Et que les prévisions pouvaient être faites depuis longtemps. Au passage, cela justifie encore plus les créations de postes. Et nous prouve que la refondation ne passe pas que par du quantitatif (les postes) mais doit aussi se poser la question du qualitatif. Et si on en profitait pour faire vraiment autrement ?

Départ
La revue de presse du vendredi 2 mai s’en faisait déjà l’écho. L’annonce de la démission du numéro 2 du ministère a fait couler beaucoup d’encre. Jean-Paul Delahaye était le Degesco du Ministère de l’Éducation Nationale . La Degesco (direction générale des enseignements scolaires) est la direction la plus importante du ministère à tel point qu’on peut considérer que son directeur est une sorte de “ministre bis”. Jean-Paul Delahaye avait d’abord été conseiller spécial de Vincent Peillon avant de prendre ce poste. Depuis longtemps, il avait annoncé qu’il quitterait celui-ci à la fin de l’année scolaire. Mais cette annonce plus tôt que prévue a évidemment une signification politique et symbolique. Le 5 mai, Jean-Paul Delahaye, devait présenter devant le Conseil supérieur de l'éducation le projet de décret complémentaire du nouveau ministre sur les rythmes. Sa démission avant ce rendez-vous important suggère qu'il ne voulait pas assumer un texte qui détricote une partie de son travail effectué pendant dix-huit mois auprès de Vincent Peillon, avance Le Figaro . Pour Le Parisien , c’est “un coup dur pour Benoît Hamon”. Même si ce dernier affirme qu’il était au courant de sa décision depuis sa prise de fonction et qu’un(e) remplaçant(e) devrait être nommé(e) rapidement. Le nom de Florence Robine (actuelle rectrice de Créteil) circule déjà.
Si l’assouplissement des rythmes est probablement une raison de ce départ précipité, il ne faudrait pas limiter la décision de Jean-Paul Delahaye à ce seul aspect. On peut dire que cet homme d’une grande simplicité et honnêteté et ayant occupé tous les postes à tous les niveaux de la hiérarchie a été aux prises tout au long de ces deux ans avec un cabinet et des conseillers arrogants, sûrs d’eux et finalement peu au fait du fonctionnement de cette administration si particulière. Loin des discours performatifs et de la pensée magique, contrairement à beaucoup de hauts fonctionnaires déconnectés des réalités du terrain, Jean-Paul Delahaye savait que le diable est dans les détails et que la mise en œuvre des réformes passe par la continuité et la précision de l’action. On peut aussi se demander, si dans la haute administration , tous, étaient, comme lui, convaincus de la nécessité d’agir contre les injustices sociales au sein de l’École…
Le plus bel hommage rendu à ce grand serviteur de l’État, unanimement respecté, vient d’un de ses amis. Claude Lelièvre dans son blog sur ÉducPros retrace le parcours de celui qui a débuté sa carrière professionnelle comme professeur d’histoire-géographie en collège pendant 9 ans. Il est devenu ensuite inspecteur départemental de l’Education nationale puis directeur d’école normale, inspecteur d’académie et directeur des services départementaux de l’éducation. Devenu inspecteur général de l’Education nationale (« vie scolaire’’), il a été chargé de mission au cabinet du ministre de l’Education nationale Jack Lang de mars 2001 à avril 2002, pour les questions de violence, les ZEP, la lutte contre l’exclusion et la grande pauvreté. Claude Lelièvre rappelle ensuite que “Jean–Paul Delahaye a été mis en relation avec Vincent Peillon par mon entremise au début des années 2000 ; et leur collaboration ne s’est jamais démentie depuis. Elle va d’ailleurs sans doute se continuer sous d’autres formes. ”. Son billet de blog se termine par une revue de quelques hommages qui lui sont rendus. Je joins ma voix à ceux qui se sont exprimés. Je rends moi aussi hommage à son parcours et je salue cet homme de conviction et d’une grande rigueur morale. Juste quelqu’un de bien…

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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