dimanche, décembre 13, 2015

Bloc-Notes de la semaine du 7 au 13 décembre 2015





- Élections – Laïcité - Postes - APB - Bracelets .



Le bloc notes de la semaine écoulée évoque les élections du 1er tour et la manière dont elles interpellent l’École et les éducateurs. Mais il y a eu bien d’autres sujets dans la semaine éducative. Il y a eu en effet la journée de la laïcité le mercredi 9 décembre pour célébrer, 110 ans après, la loi de 1905. Et puis plusieurs annonces ministérielles méritent notre attention. A commencer par les annonces de créations de postes pour la rentrée prochaine et aussi la réforme du système APB qui concerne tous les élèves de Terminale. Pour clore cette revue, on s’intéressera à un système de bracelets de couleur dans des collèges privés de Tours qui a provoqué quelques débats



Élections
Le premier tour a suscité évidemment de nombreux commentaires dans la presse. Parmi ceux-ci plusieurs ont pu interpeller les enseignants.
En particulier, un sondage publié dès le lundi matin montrait que les jeunes entre 18 et 30 ans avaient voté à 34 % pour le Front national au premier tour. Mais chez les 18-30 ans, 64 % des inscrits ne sont pas allés voter. C’est 14 points de plus que la moyenne nationale et c’est peut-être le chiffre le plus important des deux (en attendant les résultats des études sur le second tour). Une autre étude Ipsos/Sopra Steria sur la sociologie des électeurs montre l'attractivité du Front national chez les jeunes. C'est le premier parti choisi par ceux qui veulent s'engager en politique dans cette tranche d'âge...
Pour Laurence De Cock dans un très bon texte publié sur le blog Aggiornamento lundi dernier, tous ces chiffres doivent nous interroger sur les conditions actuelles de sensibilisation et de socialisation politiques de la jeunesse de ce pays. Pour elle “Une éducation au politique passe d’abord et avant tout par l’épreuve au quotidien des pratiques anti autoritaires et de justice dans les classes. Elle ne peut se contenter de la foi dans les vertus performatives d’un récit nationalo-républicain qui fabrique de l’illégitimité pour une partie des élèves.”.
On a eu aussi une succession de communiqués des associations et mouvements du monde de l’éducation nationale. Tous s’inquiètent des conséquences des élections. On retrouve ces inquiétudes dans unarticle du journal Le Monde qui détaille les conséquences pour les lycées d’un changement de présidence de Région. Sachant qu’environ 5 % du budget de l’éducation des régions sont consacrés aux actions éducatives, sur lesquels la marge de manœuvre des nouveaux élus pourrait s’exercer...

Laïcité
La semaine a aussi été marquée par la première journée de la laïcité le mercredi 9 décembre, 110 ans après l’adoption de la loi de 1905. Cette journée avait été décidée après les attentats de janvier et annoncée par la ministre lors de son grand discours sur les valeurs de la République le 22 janvier 2015 . Une journée qui prend un sens encore plus fort en ce triste mois de décembre. Rappelons aussi que depuis la rentrée 2013, la charte de la laïcité doit être affichée dans tous les établissements scolaires.
Cette journée de la laïcité a donné lieu à plusieurs articles, interviews d’experts et enquêtes sur ce sujet. Un sondage Ifop commandé par le Comité national d'action laïque (Cnal) (et réalisé avant les attentats) peut inquiéter. Plus de huit personnes interrogées sur dix (81%) jugent que la laïcité est «en danger» et sont favorables à l'interdiction du port du foulard islamique pour les mères accompagnatrices de sorties scolaires, 64% jugeraient utile de «proposer des menus diversifiés dans les cantines publiques, sans céder aux revendications communautaires».. Seuls 48% des sondés jugent le texte de 1905 «équitable» (l’ont-ils lu ? le sondage ne le dit pas) tandis que 38% l'estiment dépassé. Ils sont 59% à le trouver «utile».
Parmi ces sondés, 43% justifient leur réponse en affirmant qu'«il y a de plus en plus de personnes qui portent des signes religieux ostensibles» et 34% «parce que certains veulent que l'Etat subventionne la construction de mosquées» (deux réponses possibles).
La laïcité à l’École mérite d’être réaffirmée et surtout expliquée. Car elle semble être interprétée de différentes manières. Et ce qui rajoute à la difficulté, nous rappelle Le Monde c’est que les règles sont à géométrie variable entre l’École et l’Université. Comme le souligne un article du Figaro, le brutal retour de cette question à la une de l'actualité a laissé certains adultes, enseignants et parents bien démunis. «Un des raccourcis qui est souvent fait, c'est que la laïcité française n'accepte pas les différences», note une déléguée FCPE. Les adultes ont alors du mal à défendre ce principe qu'ils comprennent mal, ou qui leur semble léser certaines personnes.
Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité, interviewé par Le Monde donne des éléments de réflexion qui permettent, me semble t-il d’éviter les pièges. “Après les attentats de janvier, les enseignants se sont retrouvés en difficulté face à des élèves qui s’étaient construit une mauvaise image de la laïcité, qu’ils voyaient comme un concept s’opposant à la religion. Dans les débats politico-médiatiques, on en a parlé comme d’un catalogue d’interdits, on en a fait le synonyme de la neutralité religieuse, ce qui n’est pas le cas. […] Jusqu’ici, la laïcité était abordée de manière moins formelle, en cours d’histoire en abordant les lois édictées par Jules Ferry, ou en cours d’instruction civique. Depuis la rentrée, elle est abordée dans le cadre des heures d’enseignement moral et civique, ajoutées par le gouvernement aux programmes scolaires. Celles-ci abordent la laïcité en mettant l’accent sur sa définition fondamentale : la liberté de croire ou de ne pas croire. C’est important d’insister sur cette définition car les terroristes cherchent justement à attaquer cette liberté de conscience. Aujourd’hui, les querelles sur les menus de substitution à la cantine, sous couvert de laïcité, sont contre-productifs. C’est une forme de laïcité rabougrie qui dresse les Français les uns contre les autres. La laïcité est avant tout un combat rassembleur pour la liberté et l’égalité de chacun, quelle que soit sa croyance. Ce recentrage sur les fondamentaux est selon moi la seule manière de faire en sorte que ce concept soit audible pour les élèves.”. Pour clore sur ce chapitre, allons demander aux élèves ce qu’ils en pensent. Caroline Beyer dans Le Figaro nous raconte la visite de Najat Vallaud Belkacem au collège Matisse, dans le 20e arrondissement parisien. «C'est quoi la laïcité?» demande la ministre. «Aller à l'école sans avoir honte de sa religion», «ne pas faire de discrimination entre les personnes pour leur religion, leur culture», lui expliquent les élèves...

Postes
L’autre gros morceau de la semaine ce sont les annonces pour la rentrée scolaire 2016 ? Celle ci sera marquée par la création de 6.639 postes de personnel éducatifs, surtout dans le primaire, la hausse démographique dans le secondaire et l'accompagnement de la réforme du collège, a annoncé mercredi .le ministère dans un communiqué. L'école primaire bénéficiera de 3.835 postes supplémentaires pour 533 élèves de moins, précise le texte (soit 58% des moyens attribués). Cela devrait permettre de rattraper le retard pris dans l’accueil des tout petits et « le plus de maîtres que de classes » Le secondaire, quant à lui, disposera de 2.804 nouveaux postes sur les 4.000 prévus en deux ans pour mettre en place la réforme du collège Encore faudrait-il que cela soit bien repéré par des dotations clairement identifiées pour dissiper enfin complètement les accusations d’une réforme à l’économie. Il faudra aussi tenir compte du “baby boom” de l’an 2000 et de l’arrivée de classes d’âge nombreuses en lycée.
Source : Ministère de l'Éducation Nationale
Quelles seront les académies les mieux loties ? . Le volet le plus important de créations de postes revient à l'académie de Créteil qui cumule les difficultés et qui franchit le seuil symbolique des 1000 postes (650 dans le primaire, 465 dans le secondaire) et à celle de Versailles (500 dans le primaire, 370 dans le secondaire). En revanche, les académies de Caen, de la Martinique et de la Guadeloupe auront à faire face à des suppressions de postes.
Il faut noter que depuis l'année dernière l'attribution des postes tient compte outre le nombre d'élèves d'un critère social pour «renforcer l'accompagnement des élèves les plus fragiles scolairement et socialement», rappelle le ministère, mais aussi d'un critère territorial «pour mieux prendre en compte les besoins de la ruralité». C’est maintenant dans les rectorats que va se traiter la répartition de ces moyens. En espérant que ce seront les mêmes critères sociaux et territoriaux qui prévaudront.
Début de polémique ? Selon Le Monde , la répartition des 6 639 créations de postes pour la rentrée 2016 a été annoncée par communiqué un peu plus tôt que d'habitude (comité technique ministériel prévu le 17 décembre). Pour certains syndicats, l'avancée de l'agenda aurait des visées électoralistes et serait dictée par les élections régionales. On annonce les postes tardivement, tout le monde proteste. On les annonce plus tôt, on râle aussi... Et franchement, qui peut penser sérieusement que quelqu'un va changer subitement son vote et voter pour la gauche à cause de cette annonce?

APB
Autre information importante de la semaine écoulée : la réforme du système APB. Cela concerne tous les lycéens actuellement en Terminale. APB (pour “Admission Post-Bac”) est le dispositif qui permet d’affecter les lauréats du bac dans l’enseignement supérieur en fonction de leurs vœux. Un système qui a montré ses limites.
Les changements annoncés par la ministre dans une interview au Parisien et sur le site du Ministère visent à désengorger les filières dites «sous tensions» qui conduisent des étudiants à se retrouver sans affectation en début d'année, ou dans des voies qu'ils n'ont pas choisies, par manque de place. Pour faire mieux coïncider l'offre et la demande, il sera désormais demandé aux candidats de choisir dans leurs vœux au moins un cursus « non sélectif » et pas surchargé. Le ministère promet aussi de mieux informer les jeunes sur les filières méconnues mais porteuses. Par ailleurs, ceux qui se destinent à des voies surchargées devront opter non plus pour une fac, mais pour une matière (par exemple psycho), et classer ensuite, à l'intérieur de ce vœu, les lieux qui dispensent cette formation dans son académie par ordre de préférence. Les jeunes des académies de Créteil, Paris et Versailles, eux, seront susceptibles de se voir proposer une place dans toute l'Ile-de-France. Va y avoir du (tran)sport...

Bracelets
C’est la radio Europe1 qui a révélé cette “affaire” qui a déclenché le buzz et du débat dans le petit monde de l’éducation.
Les collèges privés “Christ-Roi" et Ste Jeanne d'Arc” à Tours ont décidé d'instaurer un système de bracelets de couleur pour distinguer les élèves disciplinés et ceux qui le sont moins. Les couleurs différentes donnent donc des droits différents dans l'établissement selon le degré de responsabilité. Un bracelet jaune donne droit de se faire prêter une clé par un adulte, un vert ouvre l’accès à une salle pendant la pause déjeuner. Un bracelet rouge en revanche interdit de se présenter comme délégué de classe.
Toujours sur Europe1 cette information a même eu les honneurs de “la morale de l'info” la chronique de Raphael Enthoven sur cette radio. Le philosophe donne son avis sur ce qu'il considère comme un dévoiement de la motivation où on enferme les enfants dans le regard d’autrui. “A quoi sert-il de lutter contre le port de signes religieux à l’École, si c’est pour leur substituer le port de signes vertueux ?” demande t-il.
A mon humble avis, il s'agit en effet d'une perversion ou en tout cas d'une mauvaise lecture du principe des “ceintures” développé par Fernand Oury (et qui d'ailleurs ne s'appliquent pas qu'au comportement mais à toute forme d'apprentissage). Dans le système des ceintures de comportement, il y a en effet des “droits” différents selon la ceinture obtenue (le droit d'aller lire un livre quand on a fini, le droit de sortir, etc.). Mais cela ne se traduit pas par un signe ostensible (et qui risque d'être stigmatisant). Il s'agit d'un contrat passé entre l'enseignant et l'élève et la motivation sur laquelle on joue est celle de sa propre amélioration personnelle (comme un défi à soi même). Elle ne repose pas sur le contrôle social et le regard des autres...
Alors qu’un article du Parisien titre sur “le retour des bons points à l’École ” en confondant ensuite la forme surannée des “bons points” avec le développement de pratiques visant à encourager et valoriser, cela nous montre que si la question de la motivation est au cœur de l’acte d’apprentissage, il peut y en avoir des mésusages. Plutôt qu’une motivation “extrinsèque” fondée sur des récompenses ou le regard des autres, il faut viser plutôt une motivation “intrinsèque” où celui qui apprend trouve sa motivation dans une volonté de progresser avec l’aide bienveillante de l’adulte.
La bienveillance est une nécessité et ne peut se réduire aux caricatures faites par quelques adversaires de la pédagogie et aux dévoiements de ceux qui lisent trop vite...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

samedi, décembre 05, 2015

Bloc-Notes de la semaine du 30 novembre au 6 décembre 2015





- Mixité – École-Entreprise - Décrochage - Menaces - .



Le bloc notes de la semaine s’intéresse à un rapport parlementaire sur la mixité sociale à l’École. On évoque aussi les annonces faites par la Ministre sur le rapprochement École-Entreprise ainsi que la lutte contre le décrochage. Et on aborde aussi, avec circonspection, les menaces proférées par les terroristes contre l’École Française.





Mixité
Le rapport parlementaire «les politiques en faveur de la mixité sociale dans l’Education nationale»,remis par les deux députés Yves Durand(PS) et Rudy Salles (UDI) a été peu commenté dans la Presse. Seul un article de Libération l’évoque. Pourtant il me semble important à commenter. Notamment parce qu’Yves Durand est un député influent dans le domaine de l’éducation et qu’il est en particulier chargé du comité de suivi de la refondation. Et ce que dit ce rapport (téléchargeable sur le site de l’Assemblée Nationale ) est ambivalent.
D'un côté il distingue bien (ce qui est essentiel) la mixité et l'hétérogénéité : on peut avoir de la mixité sociale dans un établissement et pas d'hétérogénéité dans les classes (cf. la polémique actuelle sur le Collège). Les deux rapporteurs préconisent donc surtout plus d'hétérogénéité. Ce qui se situe dans le prolongement des travaux récents du CNESCO sur ce sujet qui avait identifié des pratiques de « ségrégation active » au sein des établissements.
Mais d'un autre côté, on ne peut s'empêcher de voir certaines des conclusions comme une sorte de renoncement. Quand on écrit «la mixité sociale est un objectif incertain», qu’elle ne peut être «une fin en soi» et surtout pas «l’alpha et l’oméga de la politique scolaire», ça pose quelques questions... Et ça rentre en contradiction avec les déclarations de la Ministre sur le perron de Matignon le jeudi 22 janvier 2015. Dans ce discours important et qui venait après les attentats de janvier, Najat Vallaud-Belkacem annonçait onze mesures dans le cadre d’une grande mobilisation pour les valeurs de la République. La huitième intitulée “Renforcer les actions contre les déterminismes sociaux et territoriaux ” déclarait en particulier qu'“une politique active de mixité pour agir sur la composition des collèges sera mise en place grâce aux nouvelles dispositions législatives et réglementaires.” et annonçait que “ de nouveaux secteurs de recrutement des collèges seront définis pour y regrouper plusieurs établissements là où c’est pertinent.” Et que “ les directions des services départementaux de l’Éducation nationale mettront en place une procédure d’affectation des élèves permettant de renforcer la mixité sociale des établissements des nouveaux secteurs de recrutement.”. Dans la même période, on se rappelle que Manuel Valls dénonçait avec des mots très forts “l’apartheid social”.
On peut aussi s’interroger sur l’usage et l’interprétation d’un tel rapport quand le député Rudy Salles ajoute : «L’école n’a pas vocation à réparer les fractures que la société ne parvient pas à réparer. Autrement dit, l’école n’a pas à faire de la mixité là où les politiques du logement ont échoué.» Ou encore : «La mixité sociale n’est pas l’objectif prioritaire, mais c’est peut-être, éventuellement, un moyen d’arriver à la réussite pour tous.»
Ce rapport est-il un retour à une ambition plus modeste ? Ou le signe d’un début de renoncement sur un des enjeux pourtant majeur de la lutte contre l’exclusion ? Il y a en tout cas de vraies questions qui sont posées et qui mériterait un débat de plus grande ampleur.

École-Entreprise
La ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem a détaillé mercredi 2 décembre ses mesures pour ouvrir davantage l'école au monde du travail. La presse passe en revue les principaux dispositifs préconisés. On en trouve une présentation détaillée dans L’Express et surtout dans Les Échos à qui la Ministre a donné une interview. Ses propositions s’appuient notamment sur les recommandations du Conseil national éducation-économie (CNEE) et d'un rapport de Christiane Demontès, ancienne sénatrice PS et cheffe de la mission évaluation des partenariats de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur avec le monde économique pour l'insertion professionnelle des jeunes. Ce rapport a été remis le 30 octobre dernier.
"L'école doit avoir un horizon plus vaste que la porte de la classe" déclare la ministre pour justifier ce rapprochement École-entreprise. Mais, au delà de ces grands principes, la Ministre fait des annonces dans plusieurs domaines : le stage de troisième, la formation des enseignants et des chefs d'établissement, et l'orientation.
Le stage de troisième en entreprise fait l’objet de toutes les attentions. "Son utilité est avérée, mais pour qu'il soit pleinement utile aux élèves, il faut en améliorer la préparation, c'est-à-dire avant même qu'ils se mettent à en chercher un, aborder avec eux des sujets comme les codes de l'entreprise, les techniques de recherche d'un stage, ce qu'on entend par stage d'observation, etc.", explique Najat Vallaud-Belkacem . Une formation en ligne sera créée, à destination des tuteurs de stage. Les stages seront étalés durant toute l’année scolaire. On prévoit aussi 330 pôles pour démarcher les entreprises. "Ce sont des 'brigades' constituées de plusieurs chefs d'établissement et chefs de travaux, installées à l'échelle d'un bassin d'emploi, et destinées à trouver des stages à ceux qui n'ont pas de réseau personnel", détaille la ministre. Chaque pôle se verra adjoindre les services de deux jeunes en service civique.
Le stage obligatoire en entreprise pour les chefs d'établissement, en vigueur entre 1989 et 1984, "à l'époque où leur formation s'étalait sur deux ans", va être rétabli. D'une durée d'une semaine, il sera inclus dans leur formation initiale. Il y aura la même obligation pour les inspecteurs (même s’il me semble qu’elle existe déjà). En revanche aucune obligation pour les enseignants. Ceux ci seront simplement incités à en faire.
Dans le cadre de la réforme du collège, la “découverte professionnelle 3h” (DP3) est supprimée. Elle sera remplacée par le “Parcours Avenir” (qui est déjà rentré en vigueur). Il se manifeste sous deux formes : une dimension disciplinaire avec des outils pédagogiques pour que, par exemple, un professeur de français comme d’anglais soit capable de proposer à ses élèves des exercices autour du monde professionnel. Cette dimension devrait être renforcée avec l’EPI “Monde économique et professionnel”. La deuxième dimension est structurée autour de l’élaboration d’un projet personnel et professionnel. Il faudrait que chaque collègien puisse, pendant sa scolarité avoir accès au moins à une visite d'entreprise, une rencontre avec un professionnel, un stage, participe à un projet concret de type mini-entreprise ou concours.
La relation entre le monde économique et l’École est un sujet hautement inflammable. Presque autant que la laïcité (c’est peu dire) ! Pour beaucoup l’École est vue comme une sorte de sanctuaire qui devrait être préservé de l’influence de l’économie comme elle l’est de la politique ou de la religion. Et la notion d’employabilité est diabolisée dans toute une partie de la littérature consacrée à l’analyse du système éducatif. Or, dès le début de l’École Républicaine, la préparation à la vie professionnelle fait partie des objectifs assignés à l’École avec la transmission des connaissances et l’éducation des citoyens. Durkheim, un des penseurs de l’école de la République, énonçait ainsi ce triple rôle : à la question « pourquoi l’école et pour quoi l’école ? » il répondait : «pour former la personne, le citoyen et le travailleur».Et Freinet, lui même défendait ce rôle d’insertion de l’École (voir un billet de JM Zakhartchouk qui le rappelle).
Mais évidemment, la liaison Ecole-Entreprise ne peut se faire à n’importe quelles conditions. Et il faut être prudent sur un certains nombre de dérives possibles. D’abord il faut rappeler que le monde des entreprises ne se limite pas à la seule logique des entreprises privées très (trop) présentes dans ces partenariats. Il existe aussi tout un secteur qui fonctionne avec d’autres modèles de gouvernance et un horizon autre que la seule logique du profit c’est tout le secteur de l’Économie sociale et solidaire (ESS). Il serait bon que les dispositifs mis en place ne l’oublient pas. Tout comme il est utile de rappeler que le secteur public (et les fonctionnaires) sont créateurs de richesses. Il faudrait aussi qu’on prenne un peu plus conscience que “l’esprit d’entreprendre” ne se limite pas au seul monde de l’entreprise et peut s’exprimer dans des initiatives citoyennes ou coopératives qu’il faut aussi encourager. Enfin, il est utile de rappeler que l’enjeu n’est pas de “faire aimer” l’entreprise (je l’ai déjà écrit ). Or, c’est trop souvent ce qui est sous-jacent dans les actions menées par les lobbys patronaux. L’enjeu de l’enseignement c’est de transmettre des savoirs et de forger des compétences. Des savoirs qui permettent d’agir sur le monde et la société . Connaitre l’entreprise est important mais pour y agir et y travailler en connaissance de cause et avec un regard critique. Quant aux compétences, j’emprunte à mon ami Philippe Frémeaux ancien directeur d’Alternatives Économiques et responsable de SCOP, ce qu’il écrivait en 2013 (et qu’on retrouve à la fin d’un de mes billets ). “ L'enjeu est plus profond et tient d'abord aux valeurs et aux méthodes que l'école française a trop longtemps portées et porte trop souvent encore : la soumission à l'autorité, la transmission de haut en bas de savoirs incontestables, la faible valorisation de l'initiative, l'absence de travail collectif. Si l'on veut que l'école encourage l'esprit d'entreprise, il faut au contraire qu'elle valorise et développe l'autonomie des élèves, leur prise d'initiative, leur sens critique, aussi bien individuellement qu'en groupe, car l'entreprise qui réussit n'est pas seulement une aventure individuelle mais le fruit d'un projet collectif.

Décrochage
Exclusif: «Le nombre de décrocheurs a chuté de 20% en cinq ans»”, c’est le titre de 20minutes le 30 novembre dernier avec à la clé, là aussi, une interview de la Ministre. Il faut dire que la lutte contre le décrochage a fait l’objet de nombreuses mesures depuis 2012. C’est l’une des priorités du quinquennat en matière d’éducation.
Le nombre de décrocheurs a chuté de 20 % en cinq ans. Alors qu’en 2010, 136.000 jeunes décrochaient chaque année et que ce chiffre sonnait comme une fatalité depuis dix ans, on estime aujourd'hui les décrocheurs à 110.000, soit 26.000 de moins « en flux ». L’objectif présidentiel de parvenir à 67.500 d’ici à 2017 est donc possible. On est d’ores et déjà passé sous la barre des 10% de jeunes sans diplômes. Toutefois, comme le rappelle Libération , ces bons chiffres sont à nuancer car ils sont aussi le résultat, d’une amélioration de la mesure du phénomène (ce que la ministre a eu d’ailleurs l’honnêteté d’indiquer d’entrée de jeu.)
Certains pourront voir dans cette annonce une manœuvre à quelques jours d’une élection. Il faut rappeler que les principales mesures avaient été annoncées il y a un an jour pour jour et qu’il est donc logique d’en faire le bilan un an après. Dans chaque établissement a été nommé un “référent décrochage”. Cela n’a pas toujours eu des effets immédiats mais cela a le mérite de mettre cette question trop souvent ignorée à l’agenda. La création de nouveaux “micro-lycées” et autres structures pour décrocheurs avec une pédagogie adaptée va dans le même sens. Le droit de retour à la formation doit être mieux connu encore. C’est l’objectif de la plateforme de suivi et d’informations du gouvernement à destination des jeunes en décrochage, sur Reviensteformer.gouv.fr et au 0800 122 500.
La lutte contre le décrochage est loin d’être gagnée malgré ces chiffres encourageants. Même si c’est affirmé comme une des priorités au niveau national, c’est loin de l’être, semble t-il, dans le quotidien de la plupart des établissements. Cela passe par une prise de conscience et une formation à ces problématiques permettant aux enseignants de repérer les signes avant-coureurs du décrochage et plus et mieux personnaliser et différencier les apprentissages. Il va falloir... s’accrocher !

Menaces
L’Etat islamique appelle à « tuer » des enseignants” c’est le titre d’un article du journal Le Monde . C'est le quatrième média (après Slate , La Croix et Le Figaro ) qui relaie ce qu'il faut bien appeler une "info". Dans mon travail de veille, même si je sélectionne, je ne peux pas complètement l'occulter. Mais avec un vrai dilemme : doit-on relayer cette information au risque de faire de la “publicité” aux délires de cette organisation et alimenter ainsi le climat de peur et de paranoïa actuel ?
C’est Slate.fr qui fut le premier à consacrer un article à cette information. Reprenons ce que le journaliste Robin Verner nous explique. Dar Al Islam, le magazine francophone de l’EI (en ligne...) propose donc dans son numéro 7 un dossier autour de la question de l’éducation en terres «d’incroyance». Il faut dire que les choses sont simples pour les militants salafistes de l’EI: l’éducation obligatoire française ne vise qu’à abrutir les enfants, à les avilir pour «imposer le mode de pensée corrompu de la judéo-maçonnerie» les rendre «esclaves des vrais maîtres de l’Occident: les juifs corrupteurs».L’article se déchaine surtout contre la Charte de la laïcité rebaptisée «la Charte de la mécréance». 
Et les auteurs de l’article dénoncent aussi tout le reste : de l’alimentation scolaire à la démocratie (décrite comme «une fausse religion») en passant par la mixité, l’interdiction du voile, ou encore la tolérance et l’égalité: «Dans les écoles de la jâhiliyah (ignorance ou paganisme, ndlr), sont enseignés la tolérance, le respect des valeurs républicaines et le pluralisme des convictions». Ce qu’évidemment il faut rejeter. Dar Al Islam s’en prend aussi à la théorie de l’évolution, dans la plus pure tradition créationniste. Le magazine intime aux parents musulmans l’ordre de retirer leurs enfants des écoles françaises... voire de tuer les professeurs y enseignant la laïcité.
Les menaces contre l’école ne sont pas nouvelles. Mais pour un expert de la propagande djihadiste, interrogé par la Croix , il est important de ne pas sombrer dans la psychose, qui est recherchée par les terroristes. «Ils ont conscience de l’importance de l’école en France. Leur but est de semer la panique. Ils sont dans une guerre psychologique contre nous.» 
Ces menaces nous appellent à la vigilance mais nous rappellent surtout le rôle essentiel de l’École. On peut à cette occasion se souvenir de cette citation : "L'éducation est l'arme la plus puissante qu'on puisse utiliser pour changer le monde". 
Elle est de Nelson Mandela... Décédé il y a 2 ans jour pour jour, le 5 décembre 2013.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot
 
Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.