dimanche, août 28, 2016

Bloc notes de l'été 2016




- Été énervé – Rentrée sécuritaire – Rentrée syndicale- Rentrée politique – Souvenirs d’hier pour penser aujourd’hui - .



C’est la rentrée ! Et donc aussi la rentrée du bloc notes. Alors que les articles de presse sur l’École se multiplient en cette période, il ne faut pas croire qu’il ne s’est rien passé pendant les vacances. Cette chronique offrira donc une session de rattrapage pour ceux qui se sont tenus éloignés de l’actualité française durant l’été. Et on abordera aussi les sujets de cette rentrée sous le signe de la sécurité et où les conflits sociaux pointent déjà leur nez...



Un été énervé
Que s’est-il passé durant les vacances sur le front de l’éducation ? Pas grand chose, mais les réseaux sociaux sont restés très agités...
Au mois de juillet , les réseaux sociaux « enseignants » ont été traversés par la découverte, sur le site de l’académie de Bordeaux d’un exercice (une “tâche complexe”) d’Histoire-Géographie demandant aux élèves dans une logique de simulation d’écrire un discours antisémite “à la manière de…” Goebbels. Devant l’agitation, notamment sur Twitter, l’exercice en question a été retiré. Il y figurait depuis plus de deux ans donc bien antérieurement à la réforme du collège à laquelle il a été pourtant associé comme une des preuves de la dérive « pédagogiste ». Et je rajouterais qu’il a fallu vraiment aller le chercher ! Toujours durant cet été, la campagne de recrutement de l’Académie de Créteil a également été l’objet d’une réaction négative et moquée sur les réseaux sociaux. La campagne destinée aux enseignants contractuels s’appuyait sur une série de photos, qui jouait clairement sur les clichés, notamment pour les langues étrangères. On pouvait y voir par exemple un professeur d’espagnol en costume de torero, un professeur d’anglais, chapeau melon et parapluie, ou une professeure de lettres classiques en toge et couronne grecque. Le côté décalé n’a pas plu, et plusieurs enseignants n’ont pas du tout adhéré à l’humour de cette campagne de communication et cela a provoqué un “emballement médiatique”. Curieusement, la phrase “c’était pour rire” n’a pas été invoquée...
On pourrait rappeler d’autres cas, plus anciens qui aboutissent au même constat d’une “vigilance” qui confine à l’intransigeance sans aucune indulgence. On se dit très vite “choqué”, on se sent “méprisé” tout aussi rapidement... On a l’impression qu’on y sur-joue l’indignation dans un réseau (Twitter) qui amplifie les réactions. Car comme les journalistes sont toujours, à tort ou à raison, friands de ce réseau social, qui pourtant part à la dérive, on en vient à faire des articles sur les réactions des internautes et à les assimiler à l’ensemble de l’opinion publique qu’on contribue d’ailleurs à forger avec ce type de sujets. L’auto-référence circulaire portée à son maximum...
Il faudrait sûrement consacrer un billet entier à la dérive des réseaux sociaux où la malveillance est devenue la norme. Mais on peut se demander si, d’une certaine manière, cela n’aboutirait pas à donner de l’importance à ceux qui agissent ainsi. Et leur offrir alors la notoriété dérisoire qu’ils recherchent malgré leur injustifiable anonymat.


Rentrée sécuritaire
Au cœur de l’été, dans un contexte d’attentats et de menaces, le 29 juillet, les ministres de l’Éducation et de l’Intérieur ont publié une circulaire conjointe sur les “mesures de sécurité dans les écoles et les établissements scolaires à la rentrée scolaire 2016”. Ils les ont ensuite présentées et précisées dans une conférence de presse le mercredi 24 aout dernier. La sécurité est donc au menu de la rentrée scolaire . L’énumération des mesures inquiète les enseignants et les parents tant au niveau des moyens à mettre en œuvre que des conséquences sur les élèves.
Les ministres demandent aux rectorats de s’assurer que plusieurs exercices d’évacuation et de confinement des élèves soient faits dans les 63 600 écoles, collèges et lycées. Trois simulations devront être réalisées dans l’année scolaire, dont l’une avant les vacances de Toussaint. Ces exercices s’inscrivent dans le cadre des PPMS, les plans particuliers de mises en sûreté qui existent depuis 2002 et sont appliqués tant bien que mal dans les écoles. Mais on y ajoute une nouvelle fiche intitulée «attentat ou intrusion extérieure dans l’établissement». On pourra aller consulter les consignes de sécurité sur le site du Ministère . Mais tous vos journaux détaillent eux aussi ces mesures : Le MondeLibération, Le Figaro, Le Parisien  etc. Tous pointent que cette exigence de plus de sécurité se heurte à des contraintes matérielles (la construction des locaux), humaines (quels personnels ? quelle formation ?) et pédagogiques (comment ne pas angoisser les plus petits). En ce qui concerne les locaux, il faut rappeler qu’il y a en France, tout confondu, 77.000 établissements scolaires (qui relèvent des collectivités territoriales) . La Ministre a annoncé l’augmentation du fonds interministériel de prévention de la délinquance. Actuellement doté de 70 millions d’euros, il sera abondé de 50 millions d’euros supplémentaires dans le but spécifique d’aider les communes les plus en difficulté à réaliser des travaux de sécurisation.
Par ailleurs, les ministres encouragent les enseignants et les personnels de direction à signaler les élèves (mais aussi les collègues) en voie de radicalisation. On apprend par la même occasion à l’occasion d’une interview que des enseignants fichés S signalés par le ministère de l’Intérieur pour des faits tangibles font déjà l’objet d'« une suspension immédiate et d’une procédure disciplinaire » en vue d’une exclusion de l’Education nationale.
L’enjeu est de se préparer à des risques réels sans pour autant tomber dans l’outrance. La rentrée sera sécuritaire et ce n’est pas rassurant...


Rentrée syndicale
Cette période est aussi traditionnellement celle des conférences de presse de rentrée des syndicats enseignants.
Lundi dernier, c’était le SNUipp-FSU qui faisait sa rentrée. Le principal syndicat d'enseignants du premier degré, a « salué » l'investissement « consenti » par le gouvernement pour le primaire depuis 2012. Il s'est notamment soldé, cette année, pour les professeurs des écoles, par une augmentation de leur indemnité annuelle de 1.200 euros par an, soit 85 euros net de plus par mois. Mais, ils déplorent aussi que les efforts réalisés ne soient pas visibles sur le terrain. “Entre les suppressions subies sous le quinquennat précédent et la démographie, qui a augmenté ces cinq dernières années, les enseignants ne voient pas les postes. ” déplore la nouvelle co-secrétaire générale, Francette Popineau.
Quant au SNES-FSU lors de sa conférence de rentrée de vendredi, il a appellé les enseignants à la “résistance pédagogique”. Frédérique Rolet, la secrétaire générale du syndicat a évoqué "un état d'esprit des enseignants marqué par beaucoup de lassitude devant l'empilement des réformes" et "un sentiment de gâchis" en cette dernière rentrée du quinquennat. Depuis la loi de refondation de l'école de 2013, "on a l'impression que très vite le soufflé est retombé, la mise en œuvre ne suivait pas", a-t-elle jugé, doutant que l'objectif des 60.000 créations de postes soit atteint. Mme Rolet a dénoncé "un fossé qui s'est creusé entre le gouvernement et les enseignants", avec "une perte de sens du métier". "Les professeurs sont très désorientés, ils ne savent plus ce qu'on leur demande". Le Snes appelle à la grève contre la réforme du collège et les conditions de rentrée, au sein d'une intersyndicale qui inclut FO, la GCT et Sud. Il appelle aussi à organiser des assemblées générales dans les établissements le 31 août, jour de la pré-rentrée des enseignants (et pour lequel des préavis de grève ont été déposés), afin de "faire remonter les principaux problèmes rencontrés".Les autres syndicats devraient tenir leurs conférences de presse, lundi prochain.
On voit donc que la réforme du collège reste un sujet de conflit potentiel pour l’année qui vient. Mais il y en a bien d’autres. Récemment, la revue en ligne Acteurs publics a dévoilé les projets du ministère de l’Éducation nationale pour l’évaluation de ses personnels enseignants. Cela se situe dans le prolongement des négociations déjà entamées. Ce projet de grille d’évaluation a été présenté par la direction générale des ressources humaines (DGRH) de l’éducation nationale lors de la réunion des recteurs. La grille définit 9 compétences, dont 5 évaluées par l’inspecteur, 3 par le chef d’établissement (second degré) ou l’IEN (premier degré) et une de manière conjointe. Quatre niveaux d’acquisition seraient possibles : “à améliorer”, “bon”, “très bon” et “excellent”. Les enseignants du second degré se verraient évalués par leur principal ou leur proviseur selon “trois niveaux d’appréciation” : la “démarche de progression de compétence”, la “réponse aux attentes du métier et de l’institution” et “l’implication, les compétences reconnues par les pairs et l’institution. Par ailleurs, le texte décrit aussi les modalités du bilan professionnel réalisé par l’enseignant seul.
À ce stade, ces projets ne sont “que des documents de travail”, souligne-t-on au cabinet de la ministre, joint par Acteurs publics . Des réunions avec les syndicats se tiendront les 14, 15 et 16 septembre. “Nous tenons à modifier la formulation de certains items d’appréciation” et à “clarifier les prérogatives du chef d’établissement qui glissent trop vers les pratiques pédagogiques”, prévient d’ores et déjà Xavier Marand, secrétaire général adjoint du Snes-FSU. L'automne sera t-il chaud ?


Rentrée politique
C’est aussi la rentrée politique. Mais sont-ils jamais vraiment partis ? Entre les attaques sur la sécurité et le feuilleton navrant sur le burkini, il y a eu de quoi alimenter la machine à polémiques. Dans ce contexte, le thème de l’éducation n’a pas été central. Mais il est présent à travers quelques déclarations chocs et au détour des pages des livres-programmes.
« La disponibilité des adultes dans les établissements scolaires doit être renforcée et leur statut urgemment revalorisé.» C’est ce qu’on peut lire dans le livre de Nicolas Sarkozy “Tout pour la France. L’abrogation de la réforme des rythmes scolaires, l’autonomie des établissements scolaires et la création d'un CP+ avec «encadrement renforcé» (“Un enfant en grande difficulté en fin de CP ne pourra pas être admis en CE1”) sont aussi au programme de la réforme de l'éducation préconisée par Nicolas Sarkozy. L'autonomie des universités serait «élargie » avec la liberté de fixer les droits d'inscription et les critères de sélection.
De son côté, Alain Juppé, qui y avait consacré un livre entier l’été dernier, a déclaré en meeting à Chatou samedi 27 aout dernier Je fais de la réforme de notre système éducatif la mère de toutes les réformes. ”.
On voit aussi qu’à droite (et plus seulement à l’extrême droite) la polémique fabriquée de toutes pièces sur l’enseignement de l’arabe reprend de plus belle. On ne peut s’empêcher de relever cette phrase écrite telle quelle et trouvée sur le compte de “Tout pour la France” de Nicolas Sarkozy “Je veux qu’à l’école on apprenne les enfants à parler français et non pas la langue de leurs parents”. Vu la syntaxe, c’est à lui qu’on peut conseiller un retour au Bled...


Et à gauche, est-ce que c’est mieux ?
L'extrait du discours de Arnaud Montebourg sur l'éducation prononcé le 21 aout à Frangy en Bresse peut nous inquiéter... “ Refaire France c’est aussi réarmer la république par l’école. […] Cela veut dire qu’il nous faut retrouver le sens d’une morale républicaine commune. Plutôt que d’appauvrir sans fin les programmes, de baisser à l’infini les exigences, de provoquer la tristesse de ceux qui ont choisi de faire de la transmission des savoirs leur vie, il faudra reconstruire l’école autour d’objectifs clairs, socialement utiles et civiquement indispensables. C’est un travail de titan, mais il faudra s’atteler à cette tâche difficile. Car ne l’oublions pas le sens du service public – et au premier rang l’école – c’est d’abord d’offrir un patrimoine à ceux qui n’en ont pas. Perdre ce cap c’est consacrer la machine à trier et à éliminer là où il est urgent de rebâtir une école de l’émancipation par l’instruction pour tous. Refaire France, c’est aussi, dans une société profondément inégalitaire et discriminatoire, lutter pied à pied pour l’égalité des chances, chaque français doit l’être à part entière et doit pouvoir faire valoir ses mérites quelles que soient ses origines lointaines ou récentes.”. En bref, une phraséologie assez conservatrice qui semble bien éloignée des propositions du même impétrant en 2011 lors de la campagne pour les primaires de la Gauche.
A gauche toujours, on peut signaler aussi la sortie d’un livre de Jack Lang Pour une révolution scolaire (éditions Kero) qui est un démontage systématique de la politique amorcée en 2012. L’ancien ministre formule quelques propositions en vue du programme de la gauche pour 2017, mais s’en prend surtout aux erreurs commises selon lui lors du quinquennat de François Hollande Il s’en prend en particulier à Vincent Peillon à qui il adresse une critique en cinq points :
1) Une réforme des rythmes scolaires devenue bourbier
2) Une mauvaise méthode avec les syndicats d’enseignants
3) La formation des enseignants décevante
4) La confusion entre l’excellence et l’élitisme
5) Un défaut de pilotage et d’efficacité rue de Grenelle
Bonne ambiance... Tout ce qui est pointé dans cette liste n’est pas faux loin de là (je suis tout à fait d’accord avec 1, 2 et 3 et en partie avec 5...). Mais la critique serait plus crédible (comme se plaît à le rappeler l’historien Claude Lelièvre) si le passage de Jack Lang avait été marqué par des réformes d’ampleur et non par l’immobilisme. On se souvient de cette phrase devenue célèbre, prononcée devant son cabinet au moment de sa nomination après l’épisode Allègre. Une phrase qui résume son action “j’ai été nommé pour pisser sur les braises…
A droite comme à gauche, le débat promet pour les élections pestilentielles...


Souvenirs d’hier pour aujourd’hui
Tout le monde a quelque chose à dire sur l'Ecole. C'est quelquefois un ramassis de considérations conservatrices plus que nostalgiques. Et puis il y a des pépites comme cette série d’entretiens proposée par Le Monde où le singulier aboutit à l'universel…
Le journal a en effet posé la question « Parlez-nous d’une chose que vous avez apprise durant votre scolarité et qui vous a été utile. » à huit personnalités d’horizons très différents. Et comme le souligne l’éditorial de présentation de ces interviews “pour chacun d’entre eux, l’école a été un lieu fondateur. L’endroit où s’est dessinée une personne, où sont apparues les premières lueurs de ses passions futures.
Toutes ces interviews sont émouvantes et donnent à penser. Jamel Debbouze , la comédienne Dominique Blanc , la restauratrice Anne-Sophie Picq , la psychanalyste Claude Halmos, Lilian Thuram , le mathématicien Cédric Villani l’historien Patrick Boucheron , tous sont intéressants et nous disent des choses personnelles mais qui peuvent parler à tous. On retiendra cependant particulièrement deux entretiens.
D’abord celui de l’économiste Yann Algan . Au delà du témoignage personnel, il livre un véritable plaidoyer pour une école plus juste : « ce qu’on attend de l’école, c’est qu’elle corrige les inégalités. On ne lui demande pas de les reproduire et encore moins de les amplifier ! Dans les zones très défavorisées, où l’on envoie des jeunes professeurs qui ne sont pas suffisamment préparés à leur métier, l’école est souvent la seule institution publique qui subsiste, c’est un peu la dernière chose qui peut sauver. On attend beaucoup de l’école, peut-être trop. ­Cependant, rien ne peut expliquer qu’elle amplifie, comme elle le fait aujourd’hui, les inégalités ». Il déplore aussi que ce qu’il appelle les “méthodes verticales” (frontales) “réussissent à une minorité de très bons élèves, mais sont inefficaces pour l’ensemble. Le problème, c’est qu’elles ne permettent pas de développer les compétences dites non cognitives : la capacité d’être persévérant et motivé, de s’autodiscipliner ou de coopérer avec les autres”.
La dernière interview est celle de la Ministre Najat Vallaud-Belkacem Quand on lui pose la question de savoir pourquoi elle met peu en avant son histoire personnelle et si malgré tout cela éclaire ses choix voici ce qu’elle répond : “Mon parcours fait partie des exceptions : je ne veux pas être l’arbre qui cache la forêt. C’est a posteriori, quand j’ai quitté Amiens et ses quartiers nord pour accéder à une grande école, que j’ai pris conscience du fossé, immense, entre mon devenir et le sort de la majorité de mes camarades d’Amiens-Nord. Si je ne mets pas en avant cette expérience, il est cependant évident qu’elle colore mes décisions. En fait, c’est plutôt au nom de ces camarades d’Amiens-Nord et de tous ceux qui n’ont pas bénéficié d’un système scolaire optimal que je me bats. J’ai trois priorités : élever le niveau de connaissance de tous les élèves, transmettre les valeurs de la République, lutter contre les déterminismes sociaux et les inégalités de destin scolaire qui les accompagnent. Si vous m’entendez peut-être davantage parler de ce troisième objectif, c’est que nous ne sommes pas assez nombreux à le défendre. J’ai le sentiment très vif de l’urgence d’agir dans ce domaine, avec cette certitude : un système qui n’assumerait pas d’être inégalitaire en moyens pour offrir des chances égales d’émancipation à chacun court à sa perte. ”.
Des paroles fortes pour donner du sens à cette rentrée.


Bonne Lecture et bonne rentrée... !



Philippe Watrelot

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vendredi, août 12, 2016

La bibliothèque idéale du prof débutant


il faudrait que je range…
Le titre est un peu ambitieux, j'en conviens... Plus modestement, je vous propose quelques conseils de lecture dans le prolongement de mes précédents billets de blog (ici et ) autour de la thématique des débuts dans l’enseignement. C’est bien sûr une sélection qui m’est personnelle, fondée sur des critères subjectifs (les miens !), et même, avec un peu (beaucoup...) de copinage...
J’ai choisi de diviser cette bibliographie en quatre parties. La première est consacrée aux livres spécifiquement destinés aux débutants. Dans la deuxième partie, j’ai sélectionné quelques ouvrages accessibles et qui font le tour de la question sur des sujets qui sont au cœur des préoccupations des débutants : l’autorité et la gestion de classe, apprendre, mémoriser, évaluer... La troisième partie propose quelques livres pour aller plus loin tout en restant accessibles. La dernière partie s’intitule “Chemins de traverses”, on y trouvera des lectures un peu décalées :  des romans, des recueils d’aphorismes, des BD... Et ce ne sont pas les moins intéressants et utiles pour démarrer et réfléchir à son métier ! 

N’hésitez pas à compléter cette liste en la commentant ici ou sur les réseaux sociaux où je suis présent (Facebook, Twitter, Linkedin...). D'ailleurs plusieurs des titres présentés ci-dessous viennent de contributions et de discussions sur ces réseaux. “Mutualiser”, “Coopérer” devraient être deux mots clés pour tous les enseignants, débutants ou non...!

 Note : tous les titres des livres contiennent des liens actifs qui renvoient soit au site de l’éditeur soit à une note de lecture de l’ouvrage.

PhW


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POUR DÉBUTER…

L’étudiant, 2015
Le livre doit en être à sa cinquième édition avec des enrichissements et des actualisations. François Muller nous propose une belle boite à outils destinée comme le titre l’indique à tous les enseignants (et pas seulement les débutants). On y trouve donc  des situations-problèmes et des auto-tests ainsi que des pistes de travail sur tous les sujets qui intéressent les enseignants. Mais c’est aussi un ouvrage de vulgarisation de la recherche en science de l’éducation avec de très nombreuses références. Incontournable !





Françoise Clerc , Nicole Priou, Sophie Genès Analyses de situation pour bien débuter dans l’enseignement Hachette 2011
Les trois auteures donnent elles aussi beaucoup de conseils mais pour construire le livre, elles s’appuient surtout sur de nombreux témoignages de jeunes enseignants. Cela donne un aspect très vivant et interactif à cet ouvrage.


Françoise Clerc Débuter dans l’enseignement Hachette éducation 2003
Françoise Clerc  Bien débuter dans l’enseignement Hachette 2010
Deux autres publications de Françoise Clerc, une des co-auteures du livre précédent. Des conseils très utiles et de nombreuses annexes. Le deuxième livre est une actualisation du premier dont j’aimais beaucoup la forme et qui m’a été très utile dans mon travail de formateur.


Le livre proposé par Ostiane est plus spécialement destiné aux enseignants du primaire. Écrit dans un  style très agréable, il se veut très pratique et concret. J’aime beaucoup l’optimisme et l’esprit positif qui se dégage de ce livre à l’image de son auteure.




Jean-Michel Zakhartchouk  Réussir ses premiers cours ESF 2011
Ce livre est le pendant pour le secondaire (et surtout le collège) du précédent. JMZ aborde tous les points qui posent questions quand on débute : gérer la classe, évaluer, donner des devoirs (ou pas), s’organiser, planifier... Très concret et plein de conseils pratiques.


De Boeck 2011
La lecture de cet ouvrage exige un effort. Mais il donne une base très solide de connaissances utiles à tous dans plusieurs domaines : les conceptions de l’apprentissage, l’approche par objectifs et l’approche par compétences et une réflexion sur ce qu’est une discipline scolaire.


Christian Daujeard, Philippe Surrel L'ABC des profs 123 clés pour faire cours Canopé Dijon 2011
Un bon livre, court, dense et concret dans ses conseils. Ce livre est issu de séances de formation. il est structuré en quatre parties (1 – moments clés, 2 – faire cours, faire travailler, 3 – gérer, tenir, animer, 4 – des outils). Il est accompagné d’un DVD où chaque situation a été tournée deux fois : dans la 1ère version l'enseignant cumule volontairement des erreurs de conduite de classe ; dans la deuxième, il met en pratique des alternatives possibles qui tirent parti des clés présentées dans l'ouvrage.
 





Ghislain Dominé Les TICE en classe, mode d’emploi ESF 2014
Même si on possède un ordinateur et un accès à Internet chez soi, cela ne fait pas de vous un expert dans l’usage du numérique en classe ! Avec ce livre, l’auteur met à la portée de tout enseignant les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) en classe. Et il montre surtout que, bien plus que le matériel, la question centrale est celle des usages. Avec lui, l’outil numérique devient le support d’une pédagogie coopérative plutôt que descendante.



Catherine Chabrun Entrer en pédagogie Freinet Ed. Libertalia 2016
J’ai hésité à placer ce livre dans cette catégorie. Est-il vraiment destiné aux débutants ? On peut se dire que l’évolution vers la pédagogie Freinet est le résultat d’un cheminement professionnel. Mais lorsqu’on lit le petit livre de Catherine, on se dit que les conseils qu’elle donne sont valables pour tous et qu’on peut y trouver des idées même quand on débute. C'est aussi le cas du livre de Sylvain Connac cité plus loin.





Philippe Meirieu, Lettre à un jeune professeur, ESF - France Inter, 2005.
On trouvera plusieurs livres de Philippe Meirieu dans cette bibliographie. Il faut dire qu’il a beaucoup publié et que bon nombre de ses ouvrages font référence. Celui-ci est un peu à part. On n’y trouvera pas de conseils pratiques (quoique...) mais surtout une remise en perspective du sens de ce métier et de ses enjeux. Donner du sens à son action, voilà l’utilité de ce livre. Et c’est essentiel !







POUR FAIRE LE POINT SUR UNE QUESTION

Philippe Meirieu Apprendre oui mais comment  ESF 1987
Ce livre fait partie des rares best sellers en pédagogie. Il  s'appuie sur des analyses de cas, comporte de très nombreux exemples et, surtout, des tableaux synthétiques qui se veulent très opérationnels pour la conduite de la classe. Le lecteur s'y trouve mis en situation d'activité, confronté à des exercices, des récits d'expériences pédagogiques ou d'événements de la vie scolaire ; à partir de là, l'auteur dégage quelques principes fondamentaux et propose toute une série d'outils pour construire une pédagogie véritablement différenciée, pour accompagner et permettre la réussite de tous...


Jean-Pierre Astolfi L’erreur un outil pour enseigner  ESF 1997
J’ai une tendresse particulière pour ce petit livre d’un auteur que nous regretterons longtemps (il a été président du CRAP-Cahiers Pédagogiques). Pour moi, tout enseignant devrait avoir lu ce livre ! Il propose une véritable réflexion sur le statut de l’erreur dans les apprentissages en proposant de passer de l’idée de faute à celle d’erreur. Sa réflexion permet d’aider l’enseignant à comprendre les difficultés de ses élèves et à ces derniers d’utiliser leurs erreurs pour rectifier, progresser, rebondir. Du même auteur, on pourra aussi aller lire l’enthousiasmant La saveur des savoirs (2008).


Bruno Robbes a consacré sa thèse à la question de l’autorité éducative et écrit de nombreux articles sur le sujet (je signale celui sur les “trois conceptions actuelles de l’autorité” qui est très éclairant). Dans cet ouvrage, il se veut concret en présentant des études de cas qui nous montre que, loin du “charisme”ou de l’“autorité naturelle”, celle-ci s’apprend, se construit et s’exerce collectivement.




Florence Castincaud et Jean-Michel Zakhartchouk L’évaluation,plus juste et plus efficace : comment faire ? CANOPE CRDP d’Amiens - Cahiers pédagogiques 2014
Un livre stimulant pour faire évoluer les pratiques en terme d’évaluation des élèves. On y trouve à la fois les concepts clés sur ce sujet ainsi que des récits  de pratique par des enseignants.



Annie Di Martino, Anne-Marie Sanchez  Socle commun et compétences – Pratiques pour le collège ESF, 2011
Les deux auteures proposent de nombreux outils pour organiser des situations d’apprentissage, évaluer et valoriser les acquis des élèves dans le cadre du travail par compétences. Elles insistent particulièrement sur la notion de “tâches complexes”  et de “ressources”.



François Marie Gérard Évaluer des compétences, Guide pratique De Boeck 2008
Ce guide (belge) qui se présente comme un outil d’autoformation propose apports théoriques, mises en situation, exemples, et s’organise autour de quatre compétences relatives à l’évaluation des apprentissages : préparer les élèves à résoudre des situations complexes, élaborer des situations complexes, traiter et analyser les productions des élèves lors d’une évaluation, exploiter les résultats d’une évaluation des acquis des élèves. Et en plus il ne manque pas d’humour !




Alain Lieury Mémoire et réussite scolaire  Dunod, 2004
Alain Lieury est décédé brutalement en 2015, ce chercheur a beaucoup travaillé sur les mécanismes d’apprentissage et plus particulièrement sur la mémoire. Il avait un réel talent de vulgarisateur. Ce livre en est la preuve.


André Giordan Apprendre ! Belin, 1998, nlle édition 2002
Un très bon livre de vulgarisation sur cette question des mécanismes d’apprentissage. L’auteur y développe le résultat de plus de vingt ans de recherche sur ce sujet. Giordan a particulièrement mis en évidence le rôle des représentations dans les obstacles à l’apprentissage. Il cherche aussi à dépasser les modèles transmissif, behavioriste, constructiviste ou socioconstructiviste en proposant une synthèse (le modèle allostérique). Mais n’ayez pas peur de tous ces concepts, il écrit dans une langue très simple et accessible !




Jean-Michel Zakhartchouk Apprendre à apprendre Canopé 2016
Le nouveau socle commun intègre désormais dans son domaine 2 les « outils et méthodes pour apprendre ». Cet ouvrage propose de multiples pistes, depuis l’école primaire jusqu’au lycée, pour que les élèves puissent s’approprier ces compétences méthodologiques, à travers les disciplines, dans chaque matière, en classe ou aux marges de la classe.




Elena Pasquinelli, Mon cerveau ce héros, mythes et réalité, Le Pommier, 2015
Alors qu’on raconte tout et son contraire sur le cerveau et les meilleurs moyens d’apprendre, l’auteur dénonce et analyse les neuromythes dans ce petit ouvrage plein d’humour.



Pour permettre aux élèves de se remotiver pour les apprentissages l’auteur s’appuie sur des notions neurobiologiques et donne des exemples de mises en application au quotidien dans la classe. Ce livre aborde la dimension affective de l’apprentissage et entend démontrer que la violence et l’échec scolaire ne sont pas des fatalités.


Ce livre donne de nombreuses pistes pour développer la coopération à l’école (primaire) en s’appuyant sur les apports de la pédagogie Freinet et de la pédagogie institutionnelle. Mais il ne se contente pas de cette dimension pratique. Sylvain Connac propose aussi une réflexion sur les effets pédagogiques de la coopération sur les apprentissages et remet en perspective les valeurs qui sous-tendent ces pédagogies.








POUR ALLER PLUS LOIN…

Philippe Meirieu, Faire l’École, Faire la classe, ESF – 2004
Cet ouvrage est issu de séances de formation. Il comporte de nombreux  exercices et outils qui permettent à l’enseignant de se situer à deux niveaux : celui de la classe et celui de l’établissement et au delà du système éducatif. J’aime beaucoup la présentation en “principes” et surtout en “tensions” qui permettent de réfléchir à son métier autrement que de manière binaire.


Pierre Merle Les notes, secret de fabrication PUF 2007
Selon les dernières enquêtes, l’évaluation représente entre un tiers et un quart du temps de travail de l’enseignant (et sûrement encore plus quand on débute… !). Il est donc utile de réfléchir à nos pratiques d’évaluation. Pierre Merle nous amène ici à remettre en perspective la manière dont se construisent les notes et les biais qui sont en jeu, observés et formalisés par la docimologie. On peut approfondir cette question avec un Que Sais-je n° 3278 rédigé par le même auteur sur la Sociologie de l’évaluation scolaire.


Au delà du titre génial, ce qui est bien avec les livres de Perrenoud c’est qu’il est très fort pour voir les dilemmes et les tensions et énumérer les différentes dimensions d’un phénomène (c’est le roi des listes...). Ici c’est au service d’une belle réflexion sur le métier d’enseignant. A lire si on veut prendre un peu de recul.


Ce livre est un bon complément à celui de Bruno Robbes cité plus haut. Il offre différents conseils pour construire dans la classe, à l’école primaire, une autorité efficace, qui permette les apprentissages et le vivre ensemble, bien loin des « recettes pour tenir la classe ». L’auteure, qui se réfère à la pédagogie institutionnelle, met en relation les outils et dispositifs qu’elle présente avec les valeurs qui leur donnent du sens.




Serge Boimare  L’enfant et la peur d’apprendre Dunod 2000.
N’ayons pas peur des mots : c’est un livre essentiel. Serge Boimare nous éclaire sur les mécanismes psychologiques que les enfants doivent mobiliser pour accepter d’apprendre. Pour remédier à la peur d’apprendre de ces élèves, l’enseignant doit faire œuvre de médiation culturelle. Mais si l’approche psychologique et la théorisation est présente, l’essentiel du livre est constitué par la description et l’analyse de nombreuses situations de classe.



Annick Davisse, Jean-Yves Rochex,  Pourvu qu’ils apprennent CRDP de l'Académie de Créteil, 1998
Annick Davisse, Jean-Yves Rochex Pourvu qu'ils m'écoutent…CRDP Académie de Créteil 1998
Ces deux ouvrages jumeaux sont le produit d’un travail mené à l’IUFM de Créteil. Lorsqu'ils débutent, les premières questions que se posent les enseignants stagiaires sont le plus souvent formulées en termes de conduite de la classe, d'autorité et de discipline, mais dans un deuxième temps, c'est la diversité des élèves, l'“ hétérogénéité”, qui mobilise leur réflexion. Ces deux recueils fondés sur les mémoires professionnels des stagiaires reflètent ces questionnements. On y voit comment les enseignants débutant élaborent des stratégies pour faire évoluer positivement le rapport au savoir des élèves, et donner du sens aux activités scolaires proposées.


Bernard Charlot, Élisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex,  École et savoir dans les banlieues...et ailleurs Armand Colin 1992
Elisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex L’expérience scolaire des nouveaux lycéens, Armand Colin 1998
Bernard Charlot  Du rapport au savoir, Anthropos, 1997
Les travaux de l’équipe ESCOL de l'université de Paris VIII offrent une réflexion majeure sur les questions d’inégalités et d’échec scolaires. Ils permettent d’approfondir et de nuancer la notion de “handicap socio-culturel” en mettant en évidence un “rapport au savoir” différent selon les catégories sociales. Ils mettent aussi en garde contre des pratiques pédagogiques qui peuvent renforcer une dimension utilitariste ou “applicationniste” de l’activité scolaire. Enfin, pour ces chercheurs, la pédagogie, selon eux massivement appliquée aujourd’hui, s’adresse aux enfants des classes moyennes déjà préparés, et est trop souvent inconsciente des pièges implicites pour les enfants des classes populaires et conforte ces élèves dans une posture attentiste et assoient leur dépendance tout en renforçant les inégalités.


Catherine Gueguen est pédiatre. C’est de l’avoir vue en conférence qui m’a donné envie de lire son livre et de mieux connaitre ses propositions. Même si le mot de “bienveillance” est souvent galvaudé, son approche fondée sur les recherches en neurologie montre qu'une relation empathique est décisive pour permettre au cerveau d'évoluer de manière optimale, et déployer pleinement ses capacités intellectuelles et affectives.






PRENDRE DES CHEMINS DE TRAVERSE…  





Daniel Pennac Chagrin d’école Gallimard 2007
A lire absolument ! On y apprend bien plus que dans de nombreux ouvrages de pédagogie. Car le mérite de Daniel Pennac (qui a été prof) c’est de nous mettre dans la peau du cancre qu’il fût aussi. Et nous amener ainsi à faire preuve d’empathie et à ressentir ce qui se passe quand ça bloque et qu’on ne peut pas apprendre.



David Lepoutre, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages Éditions Odile Jacob, 1997
Je suis professeur de SES et j’ai donc une prédilection pour les sciences sociales. Ici, il s’agit précisément d’ethnographie. L’auteur a été professeur d’Histoire-Géographie à la Courneuve et y a habité. Il décrit les pratiques, les rites, les modes d’utilisation de l’espace des jeunes de banlieue. Il s’intéresse particulièrement aux usages de la violence (verbale et physique) et à la logique de l’honneur qui sous-tend la plupart des relations. Même si l’ouvrage a maintenant une vingtaine d’années, il reste utile pour comprendre ce qui se joue dans les quartiers et qui arrive jusqu’aux portes du collège et de la salle de classe.



Stéphane Beaud Pays de malheur ! La Découverte , 2004
J’ai plusieurs fois offert ce livre à certains de mes élèves. C’est un vrai livre de sociologie et aussi un miroir pour bon nombre d’entre eux qui y voient un écho à leurs propres interrogations. On y parle de l’École, des inégalités, de mobilité sociale... On ne saurait trop conseiller à tous ceux qui caricaturent ou connaissent mal la banlieue de lire ce livre. Pour moi, il donne du sens à mon métier d’enseignant.




Jeanne Benameur Présent ? Collection Folio (n° 4728), Gallimard 2008
L’action de ce roman se passe dans un collège ZEP. L’auteure est une ancienne professeur de français. Mais il s’agit d’une œuvre de fiction où tout se joue et se cristallise autour d’un conseil de classe de 3ème. Les personnages (enseignants, personnels, parents et élèves) sont décrits avec beaucoup d’empathie.



François Bégaudeau Entre les murs Gallimard 2006
Ici, il s’agit du livre. On se souvient que le film a eu beaucoup de succès et a remporté la palme d’or au festival de Cannes en 2009. On pourra lire sur ce blog une critique que j’avais faite de ce film au moment de sa sortie.
Que ce soit pour le film comme pour le livre, il ne faut pas voir Entre les murs comme un modèle, ni même un reportage sur l’École et encore moins un ouvrage de pédagogie. Il s’agit d’une œuvre littéraire (ou cinématographique) avec ses parti-pris et ses raccourcis. Mais il permet une réflexion sur ce qui se passe dans une classe, entre les murs et dans la tête d’un prof, sur ce que peut être la posture de l’enseignant et au final sur le sens de l’École. C’est déjà beaucoup.




Fabrice Erre Une année au lycée (tomes 1, 2, 3) Dargaud
Trois albums de BD hilarants où vous ne cessez de vous dire en les lisant «mais c’est tellement ça !». L’auteur est professeur d’Histoire-Géographie dans un lycée du côté de Montpellier. Il tient aussi une rubrique sur le site du journal Le Monde. Et, en vrai, il n’est pas du tout coiffé comme ça !



Martin Vidberg Journal d’un remplaçant Delcourt 2007
Tout le monde connait aujourd’hui les dessins de Martin Vidberg qui dessine pour Le Monde et bien d’autres supports (dont les Cahiers Pédagogiques). On reconnait du premier coup d’œil ses personnages en forme de patates. On ne sait pas forcément qu’il a été professeur des écoles avant de se consacrer essentiellement au dessin. Le recueil qui l’a fait connaitre c’est ce Journal d’un remplaçant où il raconte avec beaucoup de finesse et d’émotion son année comme remplaçant avec en particulier un passage dans une école pour enfants en grande difficulté.



Fernand Deligny Graine de crapule Editions du Scarabée, Centre d'entraînement aux méthodes d'éducation active.1960.
Avril 77, je fais mon stage BAFA pour devenir animateur de “colo”. Par hasard et nécessité, ce fut avec les CEMEA. Et cette semaine fut une découverte à tous égards. J’y ai découvert que l’éducation, la pédagogie ce sont des valeurs mises en action à tel point que je suis devenu formateur pendant plus de 20 ans dans cette association. Et la découverte, ce fut aussi ce tout petit livre que j’ai acheté à la fin du stage. Depuis, j’ai du le racheter une dizaine de fois tant je l’ai prêté ou offert...
Je voulais finir cette liste par ce livre essentiel, même s’il est certainement le plus court de tous ceux présentés ici.
Cet ouvrage a été publié pour la première fois au lendemain de la guerre. Accompagné de dessins de l’auteur, ce sont essentiellement des aphorismes ou de très courts récits qui sont présentés. Au delà de la singularité de l’expérience d’un éducateur auprès d’enfants “difficiles”, ce livre touche à l’universel et est utile à tous ceux qui agissent auprès d’enfants et d’adolescents.
« Avant de t’indigner, rappelle toi de quoi tu étais capable lorsque tu avais leur âge »,
«  Trop se pencher sur eux, c’est la meilleure position pour recevoir un coup de pied au derrière »
« Lorsque tout marche bien, il est grand temps d’entreprendre autre chose »
Chacune de ces phrases m’a accompagné. D’abord dans ma pratique d’animateur, ensuite dans ma vie d’enseignant.
Deligny nous dit ce qu’est la “bonne distance” de l’adulte. Il nous aide à gérer la tension entre l’ambition que nous devons avoir et la modestie de notre action. Ce livre ne parle pas de changer l’École, il est bien plus que cela, il parle de nous mêmes, d’éducation, il parle de la vie...

Bonnes lectures !



Philippe Watrelot
12 aout 2016





mercredi, août 10, 2016

Radicalement réformistes !



“Radicalement réformistes” est un texte publié dans le n°2 de la revue Questions de classes. Je le republie sur mon blog avec l’autorisation d'un des animateurs de ce collectif. Ce court billet s’insérait initialement dans un ensemble de quatre contributions (Bernard Collot, Jean-Pierre Fournier, Grégory Chambat et donc moi même).
Si vous voulez lire ces autres textes je ne peux que vous inviter à acheter le numéro en question intitulé “Pratiques d’égalité” et même vous abonner à cette revue militante. 
Il n’y a pas que les Cahiers Pédagogiques pour penser son métier et son engagement dans l’École ! 
Et le travail exigeant du collectif autour de Questions de Classes (revue et site)  est précieux en ces temps où la “radicalité” affichée dans les discours semble souvent s’arrêter aux portes de la classe. J’ai assez souvent fustigé le « gaucho-conservatisme » (et agacé plus d’un avec cette expression...) pour savoir que Questions de classes échappe à ce qualificatif !
À l’inverse (et de manière péjorative), on m’a souvent rangé parmi les “pédagogistes”. Avec ce texte c’est l’occasion de préciser ma position et de montrer que, pour moi, de manière positive ça rime avec “réformiste”...

PhW


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« Nous ne comprendrions pas que des camarades fassent de la pédagogie nouvelle sans se soucier des parties décisives qui se jouent à la porte de l’école ; mais nous ne comprenons pas davantage les éducateurs qui se passionnent, activement ou plus souvent passivement, hélas ! pour l’action militante, et restent dans leur classe de paisibles conservateurs, craignant la vie et l’élan, redoutant l’apparent désordre de la construction et de l’effort.»
Célestin Freinet, L’Éducateur prolétarien n° 1, oct. 1936



Depuis de très nombreuses années le slogan du CRAP est “Changer l'école pour changer la société, changer la société pour changer l'école". Cette tension est au cœur de notre engagement. “Changer l’École” parce que nous sommes d’abord des éducateurs et que la pédagogie c’est très “politique”. Ce sont des valeurs mises en action. “Changer la société” parce que nous savons que tout ne se joue pas à l’école et qu’il faut aussi faire advenir une société plus juste.
L'un va avec l'autre mais chacun est différent. En d'autres termes, il ne suffit pas de construire dans sa classe et son établissement des dispositifs pédagogiques  mais il faut aussi s'impliquer dans une transformation sociale. Mais inversement, il ne suffit pas de se réfugier dans l'attente du grand soir pour penser que l'École va se transformer d'elle même et ne rien changer dans sa pratique.
L’École ne peut pas tout, mais elle doit faire sa part…

Les travaux des sociologues comme les études internationales nous montrent que l’École Française contribue non seulement à reproduire les inégalités mais en crée. Il faut donc la transformer sans attendre. Et cela signifie qu’on ne peut accumuler les préalables dans une sorte de procrastination collective mais se saisir de tous les leviers et de toutes les occasions. Le maximalisme peut conduire à l’immobilisme et peut sembler quelquefois bien confortable comme nous le rappelle Freinet. Pour nous, militants pédagogiques, l’ « éthique de conviction » doit se confronter à l’ « éthique de responsabilité ».
“Réformiste” n’est ni un gros mot, ni une insulte. Lorsqu’une réforme nous semble aller “dans le bon sens”, aussi modeste soit elle, il est important de jouer le jeu et de l’accompagner. Tout en étant vigilant et se donner tous les moyens pour qu’elle puisse être efficace. Il faudrait parvenir pour cela à sortir de ces fausses oppositions binaires et des postures qui pourrissent le débat. Il y a une certaine autonomie des champs et on peut concevoir des réformes qui aillent dans le bon sens dans l’éducation alors même qu’on est en désaccord sur bien d’autres sujets.
Réaffirmons-le : le combat pour de véritables changements dans l’école ici et maintenant est indispensable si on a l’ambition de réduire les inégalités dans la société. Nous n’allons pas attendre des lendemains qui chantent et face à ce qu’on pourrait qualifier de  « gaucho-conservatisme », nous sommes radicalement réformateurs.
Philippe Watrelot
31 mai 2015



➡︎ Pour compléter : “Utopistes  en bande organisée” (sur ce blog)


Philippe Watrelot

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