dimanche, mars 02, 2014

Bloc-Notes du dimanche 2 mars 2014





- Report – pédagogie au quotidien – déplacer des cimetières - .



Retour du bloc notes avec la fin des vacances de la zone C. Mais vous l’avez vu, l’avantage d’une revue de presse à plusieurs c’est qu’elle ne s’arrête vraiment jamais. Que retenir de ces quinze jours ? Pour ma part, je retiendrai surtout le délai supplémentaire accordé au CSP pour la réforme des programmes. Cette brève ( !) chronique évoquera aussi le traitement de la pédagogie dans les médias. Et finira par une citation qui donne à réfléchir…





Report des programmes
Le jeudi 20 février dernier nous apprenions que le ministre de l'Éducation nationale accordai au Conseil supérieur des programmes, « un temps additionnel » pour concevoir les nouveaux programmes, dans un courrier adressé à son président Alain Boissinot et lisible sur le site du Ministère . D’après ce courrier a proposition d'une nouvelle définition du socle commun devra être rendue au « milieu du mois de mai 2014 ». Le retour du CSP sur le programme de la maternelle est attendu pour « “ juillet 2014 » avec une application « à la rentrée 2015 ». Toutefois, le ministre attend des propositions « d'ajustements des programmes existants de l'école élémentaire d'ici la fin mai 2014 » pour les mettre en place «“ dès la rentrée 2014 ». Enfin, les orientations sur les programmes de la scolarité obligatoire sont attendues pour « janvier 2015 », pour une « application à la rentrée 2016».
Le communiqué précise que le président du Conseil supérieur des programmes (CSP) chargé de les élaborer, Alain Boissinot, «a souhaité disposer d'un temps additionnel pour la conduite de ses missions et de la consultation du terrain. Cette demande rejoint celle de plusieurs organisations syndicales», selon le ministère. Alain Boissinot interviewé par Le Café Pédagogique justifie le report. « Sur les questions de programmes et de démarche curriculaire, on ne peut se situer dans l’urgence et le temps court. De nombreux exemples étrangers en attestent. C’est en voulant aller trop vite qu’on renoncerait de fait à toute réelle ambition. L’important est d’engager un nouvel élan, avec la bonne méthode. Des ajustements permettront au besoin de répondre à des urgences, dans le primaire notamment où la consultation a montré certaines attentes convergentes. Mais rien n’est plus délétère que l’agitation permanente et les changements de cap incessants, qui discréditent l’idée même de réforme. Il faut inventer un processus d’évolution maîtrisé et géré dans la durée, autour d’objectifs clairement définis.»
Mais tout le monde n’a pas cette analyse. Dans La Croix, l’ancien recteur et membre de plusieurs cabinets, Bernard Toulemonde ne partage pas cet enthousiasme « Alors que le ministre a pris ses fonctions en 2012, les nouveaux programmes s’appliqueront progressivement au collège à partir 2016, en commençant par la classe de 6e . Il faudra donc attendre 2020 pour que l’ensemble des collégiens travaillent sur les nouveaux contenus. C’est surréaliste! Cela en dit long sur la rigidité du système, en décalage total par rapport à l’urgence mise en évidence par la dernière étude Pisa! [...] Certes, il est peu probable qu’elle soit abandonnée mais on peut craindre qu’elle n’aboutisse à mettre un petit coup de peinture sur les textes actuels, comme c’est le cas pour le statut des enseignants du secondaire. Ce report vient en tout cas confirmer qu’on est bien loin d’une réforme en profondeur de l’école. Pour l’heure, la refondation annoncée se limite à un surplus de professionnalisation dans la formation des professeurs et à une décentralisation plus grande de l’enseignement professionnel. »
Il y a en effet deux interprétations à ce report, une rose et une grise… On peut considérer que les délais de départ étaient intenables. Et que le report permettra de ne pas bâcler la confection des programmes et même d’envisager dès le départ une meilleure coordination et (on peut rêver) la concertation et la formation qui irait avec. Mais on peut aussi interpréter le report comme un atermoiement et le symptôme des tensions au sein du CSP. Le temps supplémentaire pourrait ne servir à rien d’autre qu’à ne rien changer si l’on ne parvient pas à dépasser les débats sur le socle ou sur la logique curriculaire souhaitée par les uns et crainte par d’autres. En tout cas, je souhaite bien du plaisir au(x) rédacteur(s) de la charte d’élaboration des programmes qui devrait être présentée prochainement. C’est une performance d’équilibriste !
Pour alimenter la réflexion, je (re)signale un texte déjà mis en avant par Laurent Fillion dans la revue de presse du mardi 25/02. Il s’agit d’une réflexion d’un haut responsable du système éducatif québécois. Les propos de Marc Turgeon, rapporté dans cet article, font écho aux débats français sur la réforme des programmes. Il y insiste notamment sur le lien entre culture et maîtrise des savoirs et prône plus de souplesse dans les programmes. Il alerte aussi sur la confusion entre le savoir et la pensée, comme si connaître impliquait la capacité de penser et comme si la pensée n'était que le fait de gens instruits ou savants : «La pensée ne s'accorde pas à l'autorité, mais à la liberté. Elle ne découle pas d'un enseignement, mais d'un questionnement, souligne le vice-recteur. J'ai connu des enseignants qui accueillaient les interrogations et les doutes des élèves sur toutes sortes de questions, même celles qui n'étaient pas prévues au programme. D'autres, trop préoccupés par la matière à transmettre, n'avaient pas de temps pour cela. La première liberté que l'on doit inculquer est celle de poser des questions. Il n'y a pas de création intellectuelle, artistique ou scientifique sans tâtonnements et erreurs.». A lire et à méditer en tout cas, tout comme le billet de Jean-Michel Zakhartchouk intitulé “utopie raisonnable”. Il y imagine le collège en 2025 et évidemment y aborde la question des programmes : “En 2025, Les professeurs accompagneront les élèves dans leur parcours personnalisé, puisque ce sont eux qui « font » les programmes et non leurs enseignants. L’idée de « curriculum » se sera peu à peu imposée. Le socle commun de compétences, vaille que vaille, aura fait son chemin. Le professeur évaluera davantage les réussites que les lacunes, dans un système où le poids des notes aura bien diminué (on ne recommande pas son usage avant la deuxième année de collège au plus tôt). Tout cela au profit d’une véritable évaluation des compétences construites progressivement.”
Comme contre-utopie, pour terminer ce chapitre sur les programmes, je ne résiste pas au plaisir de renvoyer vers ce texte ancien mais toujours savoureux de Philippe Lecarme : “Si l’École enseignait la Belote”. Membres du CSP, vous avez les cartes en main !

Pédagogie au quotidien
Durant cette quinzaine, un article tout simple a retenu notre attention. Il s’agit d’un reportage dans 20 minutes qui ne nous montre rien d’autre que la pratique professionnelle très ordinaire d'une prof comme les autres. La journaliste suit une professeure de français durant une journée au lycée polyvalent Voillaume à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). On y voit ses rappels à l’ordre et l’humour (permanent) utilisé pour “tenir” la classe et motiver les élèves.
Rien de spectaculaire. Pas d’innovation ou de dispositifs particuliers. Mais c'est très bien, car on manque de reportages "au fond de la classe" tels que ceux là pour montrer le quotidien des enseignants.
Trop souvent la presse ne rend pas assez compte de la pédagogie en train de se faire, loin des polémiques artificielles ou des déclarations ministérielles ou syndicales. Parce que la pédagogie ce n'est pas spectaculaire... . Nous avions d’ailleurs consacré la journée de célébration du n°500 des Cahiers Pédagogiques en octobre 2012 à cette question du traitement de la pédagogie par les médias . Je vous renvoie vers les réflexions échangées à cette occasion notamment avec les journalistes spécialisés en éducation

Pour finir sur ce sujet de la pédagogie du quotidien, je signale cette vidéo québécoise sur le modèle de la série Bref sur le quotidien d’une enseignante qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux. Un régal !

Déplacer des Cimetières
"Certains disent que changer l'administration de l'éducation est comme faire déplacer des cimetières. Vous ne pouvez pas vraiment compter sur les gens qui y sont pour vous aider... ". On doit cette citation à un spécialiste de l’éducation, Andreas Schleicher de l’OCDE lors d’une conférence TED

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

dimanche, février 16, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 10 au 16 février 2014





- Accord historique – Genre et manipulation – Genre et parapluie- Le monde comme il va… - .



Le bloc notes de la semaine revient sur l’accord syndical à propos du statut des enseignants du second degré. Est-ce un “accord historique” comme le dit un communiqué du ministère ? Ou un accord cosmétique ? Au risque d’y accorder trop d’importance, on revient aussi une nouvelle fois sur la polémique autour du genre qui a pris une dimension politique avec l’entrée dans la danse (du ventre auprès des traditionnalistes) de Jean-François Copé. Il faut aussi évoquer les pressions qui s’exercent auprès des écoles et des bibliothèques. Et se demander s’il ne faut pas arrêter de faire des concessions et de sortir le parapluie et faire preuve (enfin) de fermeté… On évoque aussi le monde comme il va (mal) pour finir…





Accord “historique” ?
Accord “historique” ? ou “accord symbolique ” ?
A propos de l’accord qui vient d’être trouvé mercredi dernier sur l’évolution du métier d’enseignant du second degré, peut-on vraiment parler comme le font certains de la fin des statuts de 1950 ou est-ce seulement un changement cosmétique ? Verre au trois quart plein ou au trois quart vide ? se demande jean-michel Zakhratchouk sur son blog. : “doit-on être ravi devant le consensus, saluer un « bon compromis » et qualifier d’ « avancée » ce qui vient d’être établi, ou au mieux réservé, et pour le moins sceptique : si tout le monde est content, ne s’est-on pas « contenté » (c’est le mot) d’une réformette qui n’engage pas à grand-chose, qui ne change pas grand-chose et pourrait bien alors remettre aux calendes grecques (ou les calendes du « Grand Soir ») les vrais changements que beaucoup espèrent, y compris parmi les signataires de l’accord en question ? ”.
Si le qualificatif d’ « historique » est utilisé par le Ministère, et dans une moindre mesure par les syndicats signataires, la presse est, quant à elle, plus mesurée. Le journal Le Monde parle d’un “accord symbolique ”, Le Figaro évoque un “simple lifting” .
Mais en quoi consiste cet accord ? Rappelons que le principe est de rendre visible le travail invisible qui était ignoré par les fameux statuts de 1950 qui ne reconnaissaient que les heures de présence devant élèves. On peut s’en féliciter. On aura donc bien avec cet accord une réécriture du fameux décret de 1950. La nouvelle version, qui prendra effet à la rentrée 2015, tiendra compte de l'évolution du métier. “Nous avons mis de la transparence, de la justice aussi, dans le maquis des décharges, des aménagements de service”, a indiqué le ministre, rappelant aussi la création de décharges en éducation prioritaire annoncées dès décembre. Par exemple, la décharge de “cabinet d’histoire-géographie” qui compensait le temps passé à gérer les cartes affichées dans les salles disparaît, mais des indemnités seront créées pour coordonner une discipline ou s’occuper d’un niveau de classe, selon le ministère. Les enseignants qui acceptent des responsabilités comme la coordination d'activités culturelles, le rôle de professeur principal ou celui de référent pour les élèves décrocheurs percevront dorénavant, une indemnité d'environ 1 200 euros par an, dont les modalités seront clairement établies. Une enveloppe d'une trentaine de millions d'euros est prévue à cet effet.
Mais l’accord trouve vite ses limites et on peut le lire en filigrane dans la déclaration du SNES. “Le ministère a compris dès le début qu’il y avait des bornes à ne pas franchir, notamment les volumes horaires de travail, et qu’il ne fallait pas entrer dans une logique d’annualisation”. “Le montant des indemnités n’a pas été discuté, ce sera fait ultérieurement”, a indiqué Frédérique Rolet, cosecrétaire générale du Snes-FSU, pour lequel l’identité professionnelle est “sécurisée” avec le futur texte. Mais on voit bien que les activités citées plus haut, si elles ont maintenant le mérite d’exister restent considérées comme annexes et ne sont pas l’occasion de réfléchir sur le “cœur” du métier et encore moins d’amorcer une réflexion sur les services enseignants.
Et puis surtout, cet accord ne concerne que l’enseignement dans les collèges et les lycées. On pourra vraiment parler d’un accord “historique” lorsqu’on parviendra à une réelle égalité de traitement (dans tous les sens du mot) entre les enseignants du primaire et les enseignants du secondaire. C’est là, véritablement, qu’on pourra aussi parler de justice et d’équité.

Genre et manipulations
La querelle autour du “genre” à l’École continue et a pris de nouvelles directions. D’abord un tour plus politique avec les interventions à répétition de Jean-François Copé et ensuite en élargissant le champ de la critique non seulement à l’École mais aussi aux livres jeunesse et aux bibliothèques.
La revue de presse de lundi 10 février revenait sur l’intervention de JF Copé au grand jury RTL-Le Monde dimanche dernier . Il s’en prenait à un livre jeunesse paru trois ans plus tôt, “Tous à poil”, dont il affirmait qu’il est recommandé par l’Éducation nationale et qui selon lui serait symbolique d’un gouvernement qui "s'immisce dans leur vie intime". Sur Europe1 quelques jours plus tard, il en rajoute une couche de plus en soutenant que ce livre est en fait un instrument de la lutte des classes.
M. Copé est intelligent (pensez donc, il a fait l’ENA…). C’est donc sciemment qu’il surfe sur la vague de la remise en cause de l’École. Lorsqu’il s’en prend à ce livre de jeunesse ce n’est pas de la bêtise mais du calcul politique. Il cherche à récupérer une opinion traditionnaliste et qui s’est agrégée l’an dernier avec les manifestations contre le mariage pour tous. A la suite de leur chef, plusieurs élus UMP semblent eux aussi, attiser la défiance à l'égard de l'École et jouent ainsi avec le feu... Je retiens cependant une réaction d'un député UMP, Franck Riester qui ne semble pas participer à cette manipulation générale, il s'étonne en effet que ses amis politiques «encouragent les familles à contrôler ce qui se passe en classe alors qu’ils en appellent sans cesse à la restauration de l’autorité du maître».
Une preuve supplémentaire de cette manipulation se retrouve en faisant un petit saut en arrière. En 2011, en effet, l’UMP (avec déjà à sa tête JF Copé) proposait de lutter contre les stéréotypes «dès la maternelle», exactement comme les ABCD de l’égalité d’aujourd’hui c’est ce que nous rappelle Libération et même Le Figaro ( !) . Nadine Morano invitait même à ce que l’on s’inspire du modèle scandinave… !

Genre, pressions et parapluie
Le Monde nous rapporte que “des militants d'extrême droite intimident des bibliothèques”. Depuis une semaine, une trentaine de bibliothèques, selon le ministère de la culture, ont été ciblées par des activistes traditionnalistes, demandant le retrait de certains ouvrages dans les rayons jeunesse : dans la ligne de mire, Jean a deux Mamans, Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi, La nouvelle robe de Bill, etc. Mercredi 12 février, sur RMC, Aurélie Filippetti a dénoncé des « attaques scandaleuses » contre les bibliothèques, qui sont des « espaces de liberté ».
Quant aux pressions sur les écoles, elles sont constantes et aboutissent à beaucoup d’inquiétudes. Un article du Monde décrit l’état d’esprit dans de nombreuses écoles . « Dans mon équipe, aujourd'hui, on porte un regard inquiet sur des ressources qu'on jugeait bon, jusqu'ici, d'utiliser », confie une directrice d’école primaire.
On apprend aussi qu’un collège de Tours a annulé une représentation théâtrale qui avait pour affiche une reproduction de L'Origine du monde, de Gustave Courbet, avec un bandeau noir masquant le sexe de femme.
« Tous à poil » n’est plus un outil pédagogique conseillé par le site des ABCD de l’égalité, révèle Le lab d’Europe1. Selon ce site d’information, l’Education nationale, le ministère des Droits des femmes et le Centre national de documentation pédagogique ont refondu leur site. Résultat : leur bibliographie jeunesse n’est plus une « ressource complémentaire » indicative mais un « outil pédagogique » recommandé aux enseignants.
En d’autres termes, face aux risque de pressions, beaucoup de personnes sortent le parapluie…
Pourtant quelques articles nous informent que la deuxième journée de retrait de l’école a fait un flop. Seules 71 écoles auraient été perturbées lundi dernier. Il ne faut donc pas sur-estimer la menace même si cet épisode de défiance à l’égard de l’École ne peut être non plus tenu pour négligeable. Pour revenir sur l’attitude de l’UMP, on ne peut qu’être scandalisé que les déclarations de plusieurs (ir)responsables de ce parti contribuent à entretenir le mouvement et à remettre en cause une institution telle que l’École.
Quelle attitude adopter ? Céder à la pression ou rester ferme ? En guise de réponse, il faut lire l’interview de Vincent Peillon dans Libération et titrée “Nous n’allons pas reculer sur nos valeurs, cela suffit ! ”. Le ministre, dont les services ont semblé reculer et faire des concessions douteuses face aux pressions, adopte dans cet entretien une position ferme : “Nous n’avons pas à nous excuser d’être de gauche ni d’être républicains. Nous n’allons pas reculer sur nos valeurs, sur l’égalité filles-garçons, sur la lutte contre le harcèlement, l’homophobie, les discriminations. Pas davantage sur la priorité à l’école. Cela suffit !”
Espérons que ce discours de fermeté sur les principes soit suivi d’effets et conduise à des positions tout aussi claires à tous les échelons de l’administration. Et qu’on évite de sortir le parapluie…

Le Monde, comme il va (mal…)
L'habitat indigne a tué une petite fille de huit ans à Bobigny, mais quel média en a parlé... ? On a préfèrer parler de l’indignation de Copé sur un album de jeunesse.
C’est dans l’incendie d’un bidonville que la petite fille est décédée. Véronique Decker, directrice de l'école Marie-Curie de Bobigny, où était scolarisée la fillette évoque sa mémoire sur BFMTV et dans L’Humanité . Pour elle, Mélissa est "une victime de l'habitat en bidonville, une victime de l'habitat indigne. Ce n'est pas l'incendie qui l'a tuée! C'est notre indifférence à l'existence de l'habitat indigne.".
Un quart des Américains (26 %) ignorent que la Terre tourne autour du soleil et plus de la moitié (52 %) ne savent pas que l'homme descend du singe. C'est ce que révèle une enquête , menée auprès de 2 200 personnes par la Fondation nationale des sciences et publiée vendredi 14 février. Sur neuf questions portant sur des connaissances élémentaires en physique et en biologie, le score moyen des réponses exactes a été de seulement 6,5. Les Européens font-ils mieux ? Une petite recherche nous amène à un article paru dans Le Monde en juin 2012 qui nous donne les résultats d’une enquête réalisée à partir de quelque 33 000 entretiens menés dans une trentaine de pays d'Europe (Turquie comprise). Face à l'affirmation suivante – "le Soleil tourne autour de la Terre" – 29 % des personnes interrogées ont déclaré qu'elle était vraie, 66 % l'ont jugée fausse (ce qu'elle est) et 4 % ne savaient pas ou ont refusé de répondre. Et les russes sont 32% à penser que le soleil tourne autour de la Terre. L’article pose donc la question : “pourquoi le savoir scientifique peine-t-il à s'inscrire dans nos cerveaux ? ”. Selon plusieurs recherches — et l’expérience pédagogique nous le prouve au quotidien — lorsque les écoliers, collégiens, lycéens et étudiants suivent des cours de sciences, ce qu'on leur enseigne entre parfois en conflit avec ce qu'ils savent intuitivement du monde car, lorsqu'ils arrivent en classe ou en amphi, leur cerveau n'est pas une feuille vierge attendant d'être imprimée. C’est ce que l’on appelle les théories "naïves", au sens d'"empiriques" ou plus simplement les représentations. Et selon la belle formule d’André Giordan, pour l’enseignant “il faut faire avec pour aller contre”.
Et sans le vouloir (quoique…) nous retombons sur la problématique du “genre”. Une partie de la difficulté vient de ce que certaines familles ont des représentations qui entrent en contradiction avec ce qui est enseigné à l’École. Dans le cas de la question du genre, cela est en plus renforcé par le fait que, pour beaucoup de personnes, les sciences sociales n’ont pas la même légitimité scientifique que les sciences “dures”. Mais il ne faut pas pour autant renoncer devant la difficulté et les résistances. Faire prendre conscience des déterminants culturels et sociaux et des stéréotypes grâce aux sciences sociales est le chemin pour éventuellement s’en émanciper. C’est bien de l’enseignement et non de l’idéologie… !

La revue de presse prendra un rythme aléatoire pendant la période des vacances d’hiver en fonction de l’actualité et de la disponibilité des différents rédacteurs.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, février 09, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 3 au 9 février 2014



- “Gel” décoiffant - Réduire les dépenses ? - peanuts - les statuts vacillent – vigilance - plaisir .

Même si la question du “genre” a continué à mobiliser les extrémistes, d’autres sujets sont venus aussi occuper l’actualité éducative. C’est le cas notamment de l’information démentie ensuite d’un projet de “gel” de l’avancement automatique de carrière. Cette information nous conduit à quelques développements économiques (on ne se refait pas…) autour de la réduction des dépenses dans l’E.N. et des salaires. On appelle aussi à la vigilance sur les petites renonciations sur le “genre” et on finit par un mot presque aussi tabou : le plaisir…





Un “gel” décoiffant…
“Fonction publique : Peillon propose de geler l’avancement automatique ”. ce titre des Échos diffusé sur le site du journal à 19h le mercredi 5 février a immédiatement fait le buzz. Cette annonce se situait dans le cadre de la préparation du deuxième Conseil stratégique de la dépense publique (qui s’est tenu samedi 8/02). La mesure qui consisterait à “geler” l’avancement automatique (à l’ancienneté…) permettrait d’économiser 1,5 milliard d’euros.
L’information a été vite démentie par le principal intéressé, Vincent Peillon lui même dès le lendemain. Pourtant immédiatement, Le journal Les Échos confirmait ses informations : “Le gel de l'avancement des fonctionnaires est bien sur la table”. Tout comme France Info dont un des journalistes affirmait l’avoir entendu de la bouche du ministre mercredi midi.
Rumeur ou ballon d’essai ? On sait que c’est une pratique malheureusement assez courante chez les politiques de tester une idée en petit comité, de laisser “fuiter” et de voir ce que ça provoque comme réactions. Mais on peut aussi se demander si la rumeur n’est pas utilisée pour déstabiliser. Il y a un débat entre journalistes éducation sur ce point. Selon Marie-Caroline Missir dans l’Express il faut se demander qui a intérêt à fragiliser le ministre. D'après elle, avec cette fuite, Bercy fait ainsi pression sur le ministre pour qu'il limite ses velléités de dépenses. Pour d'autres journalistes, on l’a vu, Vincent Peillon aurait bien posé cette question à haute voix (et en "off") récemment. Ce qui semble certain en tout cas, d'après nos informations, c'est qu'Alexandre Siné, le directeur de cabinet de Peillon un inspecteur des finances (et agrégé de SES, comme quoi, ça mène à tout...) a produit un rapport sur cette hypothèse de "gel" de l'avancement automatique avec les services du ministère qui emploie à lui seul la moitié des fonctionnaires. Le point de départ est là. Ensuite, pour que cette info sorte, le Off du ministre avec les journalistes ne suffisait pas. Il faut une autre source qui confirme et c’est là que Bercy intervient.
Pourquoi le sujet est-il explosif ? D’abord parce que le point d’indice des agents est déjà gelé depuis 2010. Et que le pouvoir d’achat des enseignants et des autres fonctionnaires ne progresse plus hormis par l’avancement. L’économiste Robert Gary-Bobo qui a beaucoup travaillé sur la rémunération des enseignants, interviewé par Le Monde , rappelle que le pouvoir d’achat du salaire net des professeurs a baissé de 20 % entre 1981 et 2004, soit une diminution de 0,8 % par an en moyenne. D’après lui, en 2014, pour que les enseignants retrouvent, sur leur cycle de carrière, les mêmes espérances de gains que leurs aînés, recrutés en 1981, il faudrait revaloriser les salaires d’au moins 40 %. Cette hypothèse de gel se trouve donc en contradiction avec tout le discours sur la nécessité de revaloriser les enseignants. Elle est aussi le signe de l’absence de marge de manœuvre du gouvernement lié à la promesse de recrutement des 60 000 postes enseignants. Elle constitue aussi un élément de plus dans le désamour qui s’installe entre les enseignants et le gouvernement (et le ministre en particulier). Les tensions actuelles sur les dotations horaires en lycées et collèges et en particulier dans l’enseignement prioritaire, les reculades sur le “genre” à l’École, les difficultés de mise en place des ESPÉ, la querelle autour des rythmes réactivée dans le cadre des municipales, … sont autant de facteurs d’un clivage et d’une méfiance qui semblent s’installer entre le gouvernement et le monde enseignant. Dans ce contexte, poursuivre le travail sur l’hypothèse du “gel” de l’avancement serait une erreur ou un “suicide” politique…

Réduire les dépenses ?
On peut bien sûr rejeter a priori la nécessité de réduire les dépenses publiques et considérer qu’une autre politique économique est possible. Mais plaçons nous cependant dans la logique de ce “conseil stratégique de la dépense publique" . On peut alors voir qu’il y a d’autres sources d’économie.
C’est dans cette perspective que se situe mon collègue Arnaud Parienty sur son blog hébergé par Alternatives économiques . Pour lui “il est tout à fait possible de réduire la dépense publique d’éducation de plus de dix milliards d’euros par an sans toucher au salaire des enseignants. ” d’autant plus que payer les enseignants ne coûte que 22 milliards d’euros sur une dépense publique totale d’éducation de 72 milliards d’euros. Il est d’abord possible, nous rappelle t-il, de réduire le nombre d’heures de cours des élèves. Selon l’OCDE, la France dispense le plus grand nombre d’heures de cours aux écoliers de tous les pays européens, à égalité avec les Pays-Bas (un peu plus de 900 heures par an). Par comparaison, l’Allemagne est à moins de 700 h, l’Angleterre à 630 h, la Finlande est à 680 h. Petite contradiction, Parienty, prof en lycée, ne va pas au bout de son raisonnement et parle surtout d’une baisse d’heures possible dans le primaire mais reste timoré sur les réductions d’heures dans le secondaire.
Autre constat qui nous interpelle : pour un nombre d’élèves légèrement supérieur, l’Allemagne dépense 3 milliards pour les salaires des enseignants, moitié plus qu’en France. Et, au final, l’Allemagne dépense 1100 E de moins par élève, car la dépense hors enseignants est de 34 milliards par an en Allemagne, contre 50 milliards en France. Il y aurait donc potentiellement 16 milliards d’euros à gagner. Comment font-ils ? Des établissements moins nombreux et deux fois plus grands en moyenne. On pourrait réduire le nombre d’établissements en France et réaliser ainsi des économies d’échelle. Mais évidemment cela pose d’autres questions et notamment celle de l’aménagement des territoires. Au passage, on soulignera que des établissements plus grands touchant plusieurs communes peuvent aussi permettre une plus grande mixité sociale.
Autre piste : le personnel administratif et d’encadrement. Il y a un personnel administratif pour 8,5 enseignants dans le public. On pourrait atteindre des ratios d'encadrement plus bas. Concernant ces personnels de gestion, leur coût est estimé par l'OCDE à 3,5 milliards d'euros par an contre 0,9 en Allemagne. C'est, là encore, lié au nombre beaucoup plus élevé des établissements. Une économie substantielle sur ce poste de dépense est possible sans perte de qualité, si des regroupements de moyens sont opérés. De même, il y a un enjeu à faire évoluer la hiérarchie intermédiaire dont l’efficacité reste à prouver. Dans un système plus déconcentré et décentralisé et dans une logique d’empowerement des personnels, a t-on besoin d’une lourde structure administrative productrice de procédures et de contrôles a priori qui gênent les initiatives et l’innovation ?

Peanuts
“If you pay peanuts, you get monkeys…” cette phrase célèbre de l’homme d’affaires Jerry Goldsmith a presque valeur de proverbe dans le monde anglo-saxon. Elle résume assez bien la théorie dite du salaire d’efficience. Les salariés ne sont pas payés en fonction de leur efficience mais ils adaptent leur efficience au montant de leur salaire. Autrement dit : si vous êtes payés des cacahuètes, vous en ferez pour le montant auquel vous êtes payé…
Cette réflexion peut venir à la lecture d’un article du Monde intitulé avec provocation : “A-t-on les enseignants qu'il nous faut ? ” . L’article y rappelle cet extrait du rapport PISA :« Dans les pays où le PIB par habitant est supérieur à 25 000 euros, dont la France fait partie, il existe une corrélation entre le niveau de salaire des enseignants et la performance globale du système éducatif. ». Or l’enseignant français est moins bien payé que ses voisins. En France, le salaire hors indemnités diverses, après quinze ans d’exercice, est de 8 % supérieur au PIB par habitant. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, il est de 29 % supérieur à la richesse du pays par tête. Le dossier du Monde évoque l’exemple (discutable) de la Chine mais on propose aussi un reportage en Finlande où on apprend qu’il n’y a pas de crise de vocation pour les enseignants « Un professeur avec vingt ans de carrière peut gagner jusqu'à 5 000 euros », indique un responsable finlandais. Mais à salaire élevé, exigences élevées. Pour faire en sorte que l'élève s'épanouisse, l'enseignant doit déployer tout un éventail de méthodes pédagogiques. Le deal est donc clair : des salaires élevés mais un engagement important et la reconnaissance de toutes les dimensions du métier. C’est ce qui a été raté en France avec la “revalo” de 1989. Saura t-on évoluer cette fois ci ? Réponse la semaine prochaine (et plus bas dans cette chronique)
Cette question salariale a aussi une incidence sur le recrutement des nouveaux enseignants. Pour Robert Gary-Bobo, cité plus haut, “La dévalorisation des carrières modifie évidemment les choix individuels d’une manière lente mais inexorable. Les concours sélectionnent de plus en plus de personnes qui valorisent le temps libre et la sécurité de l’emploi. […] Pour ces personnes, le temps libre est la contrepartie de leur modeste salaire. ”.
Il faut bien constater que malgré une légère remontée le nombre de candidats aux concours d’enseignement a tendance à baisser ces dernières années. En 2012 le nombre de candidat par poste était de 3,4… contre 7,8 six ans plus tôt . Les éléments d’explication sont nombreux : la réforme de la masterisation, qui a rallongé pour beaucoup la durée d’études avant d’accéder au métier, la suppression d’une réelle formation initiale et plus globalement la dévalorisation des métiers enseignants (absence de revalorisation salariale, image dégradée et attaques répétées de certains hommes politiques). Au total ce sont 16% des postes proposés au concours 2013-1 qui n’ont pas été pourvus dans le secondaire. Ainsi proposer des postes supplémentaires ne résoudrait pour l’instant qu’en partie le problème : il faut aussi trouver des candidats.
Et il faut aussi leur proposer une formation initiale et continue de qualité. Or, aujourd’hui, des doutes commencent à poindre sur la qualité et l’efficacité des nouveaux dispositifs de formation dans les ESPÉ. Il n’est pas trop tard pour faire évoluer ce qui se met en place. Là aussi un “choc de simplification” s’impose !
Ce rappel est aussi l’occasion d’évoquer la mémoire d’André Ouzoulias, qui vient de décéder et dont ce fut le dernier combat. Le meilleur moyen de lui rendre hommage est de relire son entretien (réalisé il y a quelques semaines) avec Luc Cédelle où il nous alertait sur les dangers du dispositif de formation qui se met en place. Non pas pour le plaisir de la critique mais de manière constructive avec l' "optimisme de l'action"..

Les statuts vacillent…
“Accord en vue sur le statut des enseignants” titre Les Échos. Le ministre de l'Education souhaite obtenir le feu vert définitif des syndicats d'enseignants mercredi prochain, jour où ils sont tous conviés au ministère pour clore les discussions engagées en novembre. Daniel Robin, cosecrétaire général du SNES-FSU, le syndicat majoritaire, parle d'une réunion « conclusive », tandis que le secrétaire général du SE-Unsa, Christian Chevalier, prédit que « ça va déboucher ». Les Échos nous rappelle que Vincent Peillon a relancé les négociations stoppées en décembre, après le report de la réforme des professeurs de classes préparatoires. Sauf problème de dernière minute toutes les parties prenantes devrait signer et cela devrait permettre d’arriver à un nouveau décret, destiné à dépoussiérer des textes datant de 1950.
Ces décrets de 1950, maintes fois attaqués, jamais abrogés sont évoqués par Marie-Christine Corbier dans le journal Les Échos . La journaliste détaille la méthode suivie par Vincent Peillon. Le ministre s'est attaqué aux textes avec une méthode radicalement différente de ses prédécesseurs : pas question de toucher aux sacro-saintes heures de service. « Pourquoi reposer des questions dont nous savons que la réponse est non ? », confiait Vincent Peillon cet été. Et comme le souligne l’article, si dans l'aboutissement de sa réforme, la méthode Peillon a compté, « les syndicats savent aussi qu'il vaut mieux réformer maintenant qu'en 2017 sous un gouvernement de droite ».
Sur quoi reposent ces négociations ? L'un des enjeux est l'organisation du "bloc 3", c'est à dire l'indemnisation des activités exercées sur la base du volontariat (professeur principal, la charge de gérer un projet pédagogique d'équipe, le numérique...). Celles-ci sont actuellement rémunérées en heures supplémentaires, sans discussion au conseil pédagogique et au conseil d'administration sur leur répartition. Ces indemnités représenteraient quelque 30 millions d'euros. L’habileté est donc que les statuts ne sont pas attaqués mais contournés. Mais le texte redéfinit malgré tout le métier des enseignants en prenant en compte tout ce qu'ils font en dehors de leurs heures de cours - travail en équipe, conseil de classe, accompagnement des élèves, échanges avec les parents… En fait : officialiser ce que les enseignants font déjà !
Restent d’autres chantiers et notamment une réelle égalité entre les enseignants du primaire et du secondaire, ou encore l’évolution des métiers de la formation, mais si l’on aboutit à ce que l’opinion enseignante évolue sur ce que sont ses missions et fasse coïncider le discours et la réalité des pratiques, on aura déjà fait pas mal bouger la culture enseignante et la conception du métier !

Genre et vigilance…
Si nous n’avions pas parlé du “genre” dans cette revue de presse, nous n’aurions pas été complets. De nombreuses contributions et tribunes continuent à alimenter le flux médiatique. On s’attardera sur deux informations qui nous semblent mériter notre vigilance collective.
C'est un article de Mediapart qui a révélé le 6 février dernier que le gouvernement ferait la chasse au mot «genre» dans ses publications, circulaires, etc. L’information est reprise dans L’Humanité . Des intervenants voient leurs conférences et formations en milieu scolaire annulées au dernier moment, des sites officiels seraient “toilettés” pour éviter le mot jugé provocateur. Une tribune signée d’un collectif de plusieurs chercheuses et chercheurs parue dans Le Monde dénonce une “désolante capitulation gouvernementale ”.
Autre information qui doit nous inciter à la vigilance : à Angers, mardi dernier, des élèves de 4e du collège (privé) Saint-Martin n'ont pas pu assister à la projection du film Tomboy. Des représentants de la Manif pour tous menaçaient d'empêcher les élèves d'aller au cinéma. C’est un article de Ouest-France qui nous l’apprend. C’est l’occasion de rappeler que l’avis et les pratiques pédagogiques de très nombreux enseignants du “privé” est loin des caricatures faciles. Une enseignante d’histoire-géographie dans ce collège « catholique et républicaine » résume assez bien la position des enseignants « Notre philosophie, faut-il le rappeler à ces militants anti-mariage pour tous, est d’ouvrir le regard de nos élèves, d’éveiller leur esprit créatif et critique. ». A Angers, comme ailleurs, dans le privé comme dans le public…

Plaisir
Toute la semaine, le journal Le Monde a proposé une série intitulée “PISA-Choc” (qu’on peut parcourir sous forme d’une synthèse interactive sur le site du journal. Deux mois après la publication de l’enquête PISA, nous sommes en effet loin des réactions unanimes et de l’avalanche d’articles qui ont suivi et qui n’ont duré que quelques jours… Et après, plus rien… L’initiative du journal est donc la bienvenue et les questions évoquées dans ce dossier méritaient d’être posées. Parmi les nombreux articles, plusieurs sont notables et méritent d’être relus.
En clôture de cette série, Vincent Peillon est interviewé par par Maryline Baumard et Mattea Battaglia . On lui demande de revenir sur les questions posées tout au long de la semaine. C’est bien sûr l’occasion de démentir à nouveau l’information sur le gel de l’avancement et aussi les rumeurs qui ont circulé sur l’ABCD de l’égalité. On retiendra surtout de cet entretien une affirmation pédagogique forte : “Il n'est pas possible de réussir à l'école sans sérénité, sans plaisir, sans confiance et sans motivation. Alors arrêtons d'opposer plaisir et effort. On peut être plus exigeant lorsque les élèves prennent du plaisir à apprendre que lorsqu'ils souffrent. ”.
Le “plaisir”, voilà un autre mot qui ne doit pas être tabou ni expurgé de l’École mais au contraire mis en exergue. Là aussi, les pédagogues doivent être vigilants…

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, février 02, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 27 janvier au 2 février 2014





- Rumeur – Retour vers le passé – “Théorie” ou pas théorie ? - Défiance - .



Un bloc notes entièrement consacré à la rumeur qui a entrainé une journée de « retrait des écoles » et depuis un très grand nombre d’articles et de réactions politiques. Au delà de la question sur la naissance de la rumeur et la réflexion sur les mots utilisés (faut-il parler de “théorie” du genre ?) la question qui devrait préoccuper tous les pédagogues, c’est surtout le fait qu’elle ait trouvé un tel écho et qu’elle ait engendré dans certaines villes, dans certains quartiers, des “retraits” des écoles dans des proportions inquiétantes. Défiance et vigilance seront les deux mots clés de cette chronique…





Une rumeur unique en son genre
“Théorie" du genre: guerre à l'école” C'est le titre de Libération, vendredi 31 janvier. 3 pages consacrées à cette rumeur unique en son genre (attention jeu de mots...)
J’ai toujours pensé qu’on devrait enseigner la sociologie de la rumeur en sciences sociales ou même en éducation civique et en éducation aux médias. A l’heure d’internet et des réseaux sociaux où le manque de recul sur une information de moins en moins tracable et de plus en plus abondante est encore plus criant, c’est une nécessité éducative et citoyenne que de réfléchir sur la manière dont se construit l’opinion. Tout autant que sur la construction des stéréotypes…
Mais s’agit-il vraiment d’une rumeur ? Guillaume Brossard, cofondateur de HoaxBuster est interviewé par Le NouvelObs.fr . Ce spécialiste de la rumeur décrypte le mécanisme à l'oeuvre avec la supposée "théorie du genre" : “Cet appel au "boycott d'un jour de classe" a ceci d'intéressant qu'il est très politisé, très réfléchi, et que les réseaux sociaux et autres canaux viraux ont servi à blanchir son origine. Nous ne sommes pas face à un mouvement spontané d'internautes, mais face à une instrumentalisation mûrement réfléchie. ”. Et il précise : “Cet appel a tout de la rumeur, mais ce n'en est pas vraiment une. Il s’agit d’une manipulation orchestrée, s’appuyant sur les mécanismes de diffusion d’une rumeur. Toute cette histoire est instrumentalisée et parfaitement maîtrisée en amont.”.
Même avis chez Aurore Van de Winckel, spécialiste des légendes urbaines, qui s’exprime sur le site NouvelObs.fr. Elle explique que ce qui permet à la rumeur de se développer c’est qu’elle s’appuie sur des éléments d’information (volontairement ?) mal interprétés ou tronqués. Selon cette expression, il y a donc la diffusion délibérée d’information “dramatisées”.
Une nuance toutefois, à mon sens, elles sont plus que dramatisées, elles sont mensongères. On n’est déjà plus dans la rumeur mais dans la calomnie, l’intox et la manipulation….
Pour la spécialiste, le public ciblé par les SMS appelant à la Journée de retrait de l’École ne prend évidemment pas le temps d’aller lire de longs discours ou des documents ennuyeux produits par les médias afin de les comparer avec ce qui arrive par des canaux non officiels. Si la rumeur se propage, souligne t-elle, c’est parce que le terrain est favorable. Elle trahit, en réalité, des problèmes identitaires et l’inquiétude de certains concernant la perte des repères traditionnels permettant d’identifier les sexes et les rôles de l’homme et de la femme. “Confrontés à une situation mettant profondément en cause leur manière d’être et la représentation qu’ils se donnent d’eux-mêmes, ils se sentent menacés et impuissants. La rumeur leur permet alors de substituer un problème fictif – l’apprentissage de la masturbation des enfants à l’école – à un problème réel – leur perte de repères identitaires – en leur donnant l’impression d’agir contre lui par leurs actes et leurs protestations.”.
Un terrain propice, donc et déjà bien labouré par des activistes, des médias et des partis politiques. La construction de cette polémique majeure on la doit en effet non seulement à des groupuscules et des sites qui leur seraient affiliés mais aussi à des médias traditionnels et supposés respectables. A cet égard, le rôle du Figaro dans cette construction est très net depuis longtemps et a contribué fortement à la situation actuelle. De même, pour les partis politiques, l’UMP on l’a vu ces derniers jours a tardé à condamner les appels au boycott de l’École et reste très ambigüe sur l’usage politique de la “guerre du genre”. Un article de Louise Tourret dans Slate.fr le met bien en évidence. La journaliste y écrit “il y a un usage politique à faire croire que des dispositifs tels que l’ABCD de l’égalité sont le fruit d’une idéologie inspirée par une théorie du genre —qui n’existe pas à proprement parler et que personne n’est vraiment capable de définir… Et on peut aussi rappeler que cette exploitation politique n’est pas seulement le fait d’extrémistes: en la matière, l’UMP a déjà préparé le terrain.”.On doit aussi ne pas oublier sa conclusion car c’est cette réflexion là qui doit le plus nous interpeller : “Mais Il faudrait aussi réfléchir au nouveau front qui s’ouvre sur une guerre de valeurs. Avec cette idée qui semble nourrir la rumeur: des gens «d’en haut» voudraient imposer leurs normes sexuées, plus libérales, aux gens «d’en bas»…”

Retour vers le passé
Retour vers le passé est bien l’expression la plus appropriée à plus d’un titre. D’abord par l’aspect proprement réactionnaire de certaines opinions mais aussi parce que cette polémique ne peut être comprise que si on la resitue dans une histoire. En effet, ce n’est pas la première fois que l’on parle de la « théorie du genre ». Comme le fait remarquer Eric Fassin dans une interview au magazine Métro (voir plus bas), elle trouve son origine dans un Lexique du Vatican publié en 2005.
Une petite recherche sur mon blog où sont stockées toutes mes revues de presse depuis 2004 permet de retrouver des occurrences de cette expression dès 2011. En juin 2011, un article du Figaro, déjà très mobilisé sur cette question, nous informait que l’église catholique s'inquiétait de l'introduction en première de la «théorie du genre» en SVT, contestant les différences homme-femme. Christian Jacob, Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, demandait une mission parlementaire sur les livres scolaires. 193 parlementaires UMP adressaient une lettre au Ministre de l’époque, Luc Chatel demandant le retrait des manuels scolaires de SVT de classe de première L et ES. Le 19 septembre 2011, un collectif composé d'Eric Fassin (sociologue), Geneviève Fraisse (philosophe), Françoise Héritier (anthropologue), Axel Kahn (généticien), Gérard Noiriel (historien), Christine Petit (biologiste), Louis-Georges Tin (littérature française), Catherine Vidal (neurobiologiste) signait dans Le Monde une tribune pour défendre les études de genre à l’école. Ils estimaient qu'il n'appartient pas aux politiques de "dire la vérité scientifique". Or «en février 2005, la loi imposant d'enseigner “les apports positifs de la colonisation” montrait déjà les dangers de l'intervention partisane dans les programmes », écrivaient-ils. “Demain, ils pourraient s'en prendre à la recherche - par exemple en matière d'immigration. ”. Et ils concluaient : “Contre un savoir partisan, nous prenons le parti du savoir.”
“La théorie du genre s'immisce à l'école ”. En mai 2013, un article du Figaro présentait ainsi un colloque du Snuipp autour du thème «Éduquer contre l'homophobie dès l'école primaire». On y évoquait longuement le livre Papa porte une robe et on rappelait aussi la polémique datant de 2010 autour du film Le baiser de la Lune . Cet article se situait évidemment dans un contexte qui était aussi celui du “printemps français” et de la contestation contre le mariage pour tous. Non, décidément, cette rumeur n’est pas un phénomène spontané…

Théorie ou pas théorie ?
Alors, en fait, la « théorie du genre » ça existe ou pas ?
Plusieurs dimensions s’entrechoquent dans la réponse à cette question. Une dimension stratégique et politique et une dimension théorique et même épistémologique.
Sur le plan politique, Vincent Peillon refuse la “théorie du genre : “ Il n’y a pas d’enseignement de la théorie du genre à l’école mais une « éducation à l’égalité fille-garçon ”a t-il déclaré mardi dernier à l’assemblée nationale. Mais sur i-télé , ses propos sont plus difficiles à interpréter :“la théorie du genre consiste à dire, dans le fond, qu'il n'y a pas de différences entre les garçons et les filles, j’y suis défavorable. ”. En s’exprimant ainsi, il laisse penser qu’il y aurait une “théorie” mais que celle ci n’est pas enseignée. Sa phrase est confuse et certains lui reprochent même une erreur politique . On peut comprendre la posture de Vincent Peillon. Il fait de la politique et cherche surtout à calmer le jeu. Mais en procédant ainsi, il risque de provoquer l’incompréhension chez certains et par un effet pervers de valider la manipulation de ceux qui propagent la rumeur.
Attardons nous sur le mot théorie et allons chercher sa définition dans le dictionnaire (ici le “Petit Robert”) : « Construction intellectuelle méthodique et organisée, de caractère hypothétique (au moins en certaines de ses parties) et synthétiques. Synonymes : hypothèse, système. ». Pour le dire autrement, une théorie est donc une approche globale d’explication du monde ou d’un certain nombre de phénomènes, sur un plan épistémologique cela suppose un seuil élevé de validation empirique. Mais dans le sens commun : Théorie = spéculation (plus ou moins “fumeuse”) Or, c’est ce sens là qui prévaut dans la polémique actuelle. Paradoxalement, la première acception peut être aussi détournée puisque la “théorie” peut également être associée à l’idée de dogme et à une approche totalisante et qui remette en question le “bon sens” et l’évidence visible. Les auteurs de l’intox ont particulièrement bien choisi le terme pour qu’il fasse son chemin dans l’opinion. Lorsqu’en plus on lui accole un terme américain (ici le “gender”…) cela renforce et valide la méfiance vis-à-vis d’un corps étranger et déconnecté du quotidien. Les mots sont importants et on sait bien que dans une bataille idéologique, le fait de reprendre les mots de l’adversaire est déjà une forme de défaite.
Que disent les spécialistes de cette question ? Valident-ils l’expression de “théorie du genre” ? "Cette rumeur est totalement mensongère", écrivent des universitaires alsaciens dans une tribune parue dans le journal L’Alsace. "La prétendue 'théorie du genre' n'existe pas. Le genre est simplement un concept pour penser des réalités objectives", expliquent-ils, soulignant qu'"on n'est pas homme ou femme de la même manière en Afrique, en Asie, dans le monde arabe, en Suède, en France ou en Italie". "Le genre est un outil que les scientifiques utilisent pour penser et analyser ces différences", poursuivent les universitaires. Même réfutation chez Éric Fassin sociologue et professeur au Département de science politique et au Centre d’études de genre à Paris 8, interviewé par le journal Métro . “Dans les études de genre, personne n’utilise cette expression : le genre est un concept, autour duquel s’organise un champ de recherches, avec des théories différentes. "La théorie du genre" est donc une expression polémique. Elle vient du Vatican, qui s’est lancé dans une croisade contre le genre avec un Lexique publié en 2005 par le Conseil pontifical pour la famille. Pourquoi tant d’inquiétude ? Pour Benoît XVI, défendre un ordre naturel (il appelait à une "écologie humaine"), c’était résister au "relativisme". Mais en réalité, c’était refuser l’idée que les normes ont une histoire, puisqu’elles sont sociales. ”. Enfin, on peut rappeler aussi que ce terme abusif de "théorie du genre" est en réalité une référence lointaine aux études sur le genre, les "gender studies", un champ de recherches interdisciplinaires davantage exploré dans le monde anglo-saxon. Le concept de "gender" est né aux Etats-Unis dans les années 1970 d'une réflexion autour du sexe et des rapports hommes/femmes, en plein mouvement féministe, nous rappelle le magazine Sciences humaines dans un article intitulé “Les gender studies pour les nul(-le)s”.
Bien sûr, on trouvera ici ou là des expressions publiques qui revendiquent le concept . Mais il semble bien qu’il y ait un enjeu idéologique derrière l’utilisation de ce mot. Sans guillemets ou même avec guillemets… Selon un spécialiste en linguistique qui s’exprime dans le Nouvel Obs “lorsque Peillon proclame qu’il "refuse la théorie du genre", il commettrait donc une double erreur. Il valide l’existence d’une théorie pourtant imaginaire, et donne corps à une menace inexistante.”
Avec le terme de "théorie", les colporteurs de la rumeur imposent donc leur grille de lecture et lorsque dans le débat public, les hommes politiques, les représentants syndicaux ou associatifs, les médias reprennent à l’envi cette expression de “théorie”, c’est déjà une victoire pour eux…

Défiance
Au delà de la question sur la naissance de la rumeur et la réflexion sur les mots utilisés, la question qui devrait préoccuper tous les pédagogues, c’est surtout le fait qu’elle ait trouvé un tel écho et qu’elle ait engendré dans certaines villes, dans certains quartiers des “retraits” des écoles dans des proportions inquiétantes. Comment une telle défiance a t-elle pu s’installer ? Comment des parents ont-ils pu croire toutes les âneries sur ce que les enseignants qu’ils connaissent pourtant pourraient faire à leurs enfants ?
Sur le plan politique il semble qu’il faudrait distinguer l’expression sur la question du genre elle-même — avec toutes les polémiques et la mauvaise fois qu’on a tenté d’analyser —  d’une expression plus ferme et précise sur la question de la défiance vis-à-vis de l’institution qu’est l’École. Les hommes politiques de tous bords devraient être unanimes sur ce soutien à l’institution clé qu’est l’école publique.
C’est aussi évidemment un enjeu majeur pour tous les pédagogues car cette déplorable affaire est le symptôme d’une désinstitutionalisation de l’École. Comment renforcer le lien avec les parents ?
C’est la question que posent plusieurs spécialistes François Dubet, dans Le Monde constate que “l'école n'informe pas de ce qu'elle enseigne en matière de « mœurs » et de morale. Or si vous laissez un vide, la rumeur s'en saisit. […] Quand il y a vacance d'information, la désinformation prend ses aises.” Pour lui cela s’explique car l’École (globalement) “ ne sait pas travailler avec les familles et qu'elle estime qu'elle n'a pas à rendre des comptes sur les enseignements, même si beaucoup d'équipes le font. L'école doit dire ce qu'elle veut faire avec ses ABCD de l'égalité dans les écoles maternelles. Elle doit prendre la peine d'expliquer aux familles.”.
Pour Jean-Michel Zakhartchouk sur son blog cette affaire montre la nécessité d’un dialogue indispensable et qui s’apprend. Il insiste en particulier sur cette dimension de la formation au sein des ESPÉ. Et il conclut : “on peut se féliciter que Vincent Peillon invite de façon ferme à ce dialogue avec les familles qui ont manqué de confiance dans l’école, mais il ne doit pas s’agir de remontrances, mais bien d’un dialogue ouvert, « stratégique », manière la plus efficace de s’opposer aux élucubrations réactionnaires […]”.
Même tonalité chez Lucien Marboeuf, prof des écoles et blogueur Pour lui, “il apparaît en creux de cette affaire que l’école a laissé, d’une manière ou d’une autre, la place, l’interstice, un espace d’incertitude dans lequel s’est engouffrée la rumeur. Un espace institutionnel, un espace communicationnel, un espace relationnel. La leçon de cette affaire, c’est que l’école doit absolument resserrer les liens avec les familles.”.
Bien sûr, il ne faudrait pas que certains enseignants concluent de ces diverses prises de position qu’ils se trouvent –encore une fois – mis en accusation. Beaucoup font un travail remarquable dans ce domaine du dialogue avec les familles. Et il importe de toujours distinguer ce qui relève de l’action de chacun et ce qui relève de l’institution elle même dans laquelle on travaille. En d’autres termes, et pour reprendre une expression que j’ai souvent utilisée, on peut bien faire son travail dans un système qui dysfonctionne !
Face à cette situation sans précédent, un seul mot d’ordre s’impose pour les pédagogues : Contre la défiance, s’il faut de la vigilance il faut surtout (re)construire la confiance!

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, janvier 26, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 20 au 26 janvier 2014



- Délires autour du genre - Vacances et confiance - Pédagogies – Numérique - .

Le Bloc Notes de cette quatrième semaine de 2014 revient sur les rumeurs et délires autour de la “théorie du genre”. Alors que des groupuscules extrémistes font circuler un mot d’ordre de “journée de retrait des écoles”, il importe d’appliquer la théorie du vampire : c’est la lumière qui les fait reculer… La rentrée en aout, en revanche, ce n’est pas une rumeur. On s’intéresse aux réactions à cette annonce concernant le calendrier scolaire des trois prochaines années. On profite aussi d’une interview d’un sociologue pour prendre le luxe d’un long développement sur la pédagogie. Désolé, mais ça fait du bien. On termine avec d’autres formes de délire autour de l’informatique…


Délires
Une collègue de primaire nous faisait part récemment que dans son école des enfants leur avaient rapporté "que demain à la maternelle et au CP, les maîtresses vont apporter des "sexes en bois" pour expliquer aux enfants comment il faut se toucher et que vous allez aussi parler des hommes qui aiment les hommes”.
Visiblement cette rumeur court un peu partout. Les Dernières nouvelles d’Alsace s’en font l’écho dans un article du 23 janvier. Tout cela n’est pas fortuit et est organisé par un collectif proche de la manif' pour tous qui prône une journée de "retrait des écoles”. Selon le journal alsacien, cette action est initiée par une romancière et cinéaste, Farida Belghoul, une figure historique du mouvement Beur des années 80. Son message est relayé par un certain nombre d’associations dont Égalité et Réconciliation, l’association d’Alain Soral, proche de Dieudonné. Pour comprendre le délire dans lequel se trouvent les activistes de ce mouvement on peut visionner l’interview de Farida Belghoul par un média Franco-Turc . Elle y déclare notamment que "l'Organisation mondiale de la santé préconise elle-même qu'on enseigne la masturbation à la crèche sous prétexte de l'exploration des corps. Il s'agit d'un mouvement qui est mondial aujourd'hui et qui tient au fait que l'humanité connaît en ce moment une décadence dont elle doit se relever impérativement.". Un esprit malade qui combine les délires complotistes et les thématiques du discours décliniste et anti-pédagogique. Dans un excellent billet sur son blog, Luc Cédelle déconstruit ce discours et revient sur la personnalité de Farida Belghoul, dont le récit de la dérive est extrêmement inquiétant.
Il est à souligner que cette focalisation et cette construction autour d’une supposée “théorie du genre” n’est pas le fait que de médias et sites complotistes et marginaux et trouve des relais dans des médias nationaux et supposés sérieux comme Le Figaro, .
“Ni atelier, ni intervention ne sont prévus dans l’école concernant la théorie du genre”. C’est la photo d’une affiche posée sur la porte d’une école primaire qui circule sur les réseaux sociaux. Autre anecdote, à un collègue qui travaille sur ces questions, un inspecteur conseillait récemment de faire “profil bas”… Dès septembre dernier, le Premier ministre Ayrault avait confié au quotidien La Croix qu'«il n'est pas question d'introduire je ne sais quelle idéologie sur la théorie du genre, pas plus dans les programmes scolaires que dans la formation des enseignants.» . Discours assez voisin chez Vincent Peillon. Faut-il faire “profil bas” ? Faut-il renoncer aux actions menées contre les stéréotypes comme les “ABCD de l’égalité” ? La prudence excessive voire la crainte de certains membres de la hiérarchie intermédiaire de l’éducation nationale est étonnante dans la mesure où ces actions mises en place par le gouvernement sont bien loin de ce que les esprits délirants et malintentionnés évoqués plus haut veulent croire. Il s’agit simplement de faire réfléchir les enfants sur la construction des stéréotypes et les amener à un peu plus de relativisme. Quant à une supposée “théorie du gender” agitée comme une menace qui plus est venue de l’étranger, il faut rétablir les choses plutôt que de les nier. Oui, que l'école permette de réfléchir à la construction des stéréotypes (sexués ou autres) et à la socialisation est extrêmement utile et formateur. Oui, les rôles sociaux masculins et féminins sont des constructions sociales. Il n’y a pas un gène du rose ou un gène de la vaisselle… Oui, ces savoirs (car il s’agit bien de savoirs) sont émancipateurs. Il ne s’agit pas d’une “théorie” (forcément “fumeuse”) mais d’une approche éducative où il s’agit d’exercer un sens critique et de prendre du recul face à ce qui est présenté comme “naturel” et une vérité d’évidence. Il faut aussi redire que faire la différence entre connaissance et croyance n’empêche pas de croire mais permet peut être de croire autrement…

Vacances et confiance
L’Education nationale va faire rentrer les enseignants en août dès 2014 (vendredi 29 août), mais aussi en 2015 (28 août) et en 2016 (mercredi 31 août) peut-on lire dans la presse (et dans la revue de presse d’hier ). Sur ces trois années, les élèves feront eux aussi leur rentrée en août en 2015 (lundi 31), mais ils reviendront sur les bancs de l’école les lundi 1er septembre 2014 et jeudi 1er septembre 2016.
Et alors ? On peut se dire que revenir le 29 aout plutôt que le 1er septembre n’est pas très grave. Et que si cela permet de mieux équilibrer le rythme scolaire de l’année c’est acceptable. Mais visiblement, les premières réactions ne vont pas dans ce sens. La bascule symbolique dans le mois d’aout est vécue par certains enseignants comme la limite qu’il ne fallait pas franchir. D’autant plus qu’un peu plus tôt dans le mois on a appris que Vincent Peillon semblait céder au “lobby de la neige” en promettant de revenir sur le calendrier des petites vacances d’hiver et de Pâques.. Cela n’aide pas à accepter avec confiance ce calendrier.
Qu’on le veuille ou non, à tort ou à raison, les enseignants semblent très réactifs et crispés sur ces questions. Le professeur des écoles et blogueur Lucien Marboeuf résume très bien sur son blog cet état d’esprit . Après avoir expliqué que personnellement, il s’en moque de rentrer en aout, il ajoute : “pour beaucoup, les deux mois d’été sont intouchables. « Déjà que depuis quelques années on finit de plus en plus tard en juillet, voilà qu’on va commencer en août ! », entend-on. De plus il y a, toujours vivace dans l’imaginaire collectif enseignant, ce mythe d’après lequel on ne serait pas payés durant les deux mois d’été (on a déjà démontré sur ce blog que rien ne le prouve) : dans ce cas, travailler en août ne pourrait se faire qu’en contrepartie d’une rémunération supplémentaire… ”
On peut analyser cette “grogne” comme un des symptômes supplémentaires de la crise de confiance qui touche les enseignants. Une crise faite d’amertume, d’épuisement et d’un sentiment de déclassement. Une crise teintée de cynisme et d’aquabonisme et qui peut nuire fortement à la volonté de réforme.

Pédagogie
Daniel Frandji est maître de conférences en sociologie à l’Ecole normale supérieure de Lyon . Il était interrogé par Libération sur la lutte contre les inégalités en lien avec la réforme des ZEP. L’article était signalé dans la revue de presse de lundi 20 janvier . Même si cela semble déjà un peu loin, je souhaiterais revenir sur certains propos tenus dans cette interview. Et en sachant bien que l’on ne peut réduire la pensée d’un chercheur à quelques paroles prononcées à l’occasion d’un entretien avec une journaliste.
Si on adhère bien sûr lorsque Daniel Frandji dit que “tant que l’école sera un système sélectif et concurrentiel, il y aura des élèves en échec”, en revanche on a un peu plus de mal avec la phrase suivante : "En voulant innover, on n’utilise pas forcément les méthodes les plus adaptées. Afin que l’élève s’épanouisse et apprenne par lui-même, les enseignants lui laissent par exemple volontairement le plus de marge possible. Sauf que dans les milieux défavorisés, les enfants n’ont parfois pas les ressources, les prérequis nécessaires pour y arriver. Ces méthodes handicapent certains élèves. Il faut que l’on retourne vers des pédagogies plus «explicites», comme le dit le sociologue Pierre Bourdieu, qui ne reposent pas sur des prérequis, mais uniquement sur des savoirs appris à l’école.". La difficulté avec cet extrait c’est qu’il part d’un constat (produit de la recherche) pour aller vers du prescriptif. Et que les propos tenus (ou interprétés) sont pleins de confusions et de contresens. D'abord sur le sens du mot pédagogie "explicite". Car il faut bien le dire, il y a une escroquerie intellectuelle autour de ce terme. Ceux qui l'ont accaparé sont en fait des tenants d'une pédagogie traditionnelle et opposés à la démarche “socio-constructiviste”. Or ces méthodes sont souvent très peu "explicites" et fondées d'abord sur la répétition et un exposé magistral. Même si on ne peut nier qu'il y a eu certaines dérives faisant la part belle à l’activité et au “spontanéisme" chez certains enseignants développant une vulgate des pédagogies nouvelles, celles ci sont derrière nous et concernaient peu de personnes.
Je considère au contraire que les pédagogies réellement explicites sont celles où l'on décrit le plus précisément aux élèves ce qu'on attend d'eux et ce qu'ils doivent être capables de faire. Cela suppose d'identifier clairement les ressources qu'ils auront ensuite à mobiliser dans des situations complexes et inédites. Ce que je viens de décrire sommairement ce n'est rien d'autre que le travail par compétences ! C'est là qu'on est véritablement dans une pédagogie qui ne serait pas faite uniquement pour les “héritiers“. Ensuite, il y a un implicite dans la phrase de ce sociologue qui est difficile à entendre. Dire que dans les milieux défavorisés "les enfants n’ont parfois pas les ressources, les prérequis nécessaires pour y arriver" ressemble presque à du renoncement et du fatalisme indigne d'un sociologue. Alors que c'est là qu'on devrait être le plus vigilant contre toute tentation de naturaliser la difficulté scolaire. De plus dire que "ces méthodes handicapent certains élèves" consiste aussi à pérenniser une école à deux vitesses. Aux uns les "méthodes actives" aux autres les méthodes "explicites" (c'est-à-dire répétitives et routinières). À force de mettre le doigt et l'emphase sur les supposées dérives des pédagogies actives on ne fait que conforter les positions conservatrices.
L'enjeu presque politique derrière la pédagogie apparaît alors clairement. Mais à rebours des positionnements politiques souvent professés par ceux là même qui les prononcent. Car refuser aux élèves de milieux défavorisés une pédagogie où les enseignants les AIDENT à construire leurs savoirs c'est les maintenir dans une position de domination. Et c'est refuser une autonomie et une approche démocratique des rapports aux savoirs. Célestin, reviens ils sont devenus fous !
Enfin, comme souvent, il y a une captation d'héritage à l'égard de la pensée de Pierre Bourdieu. Je ne suis pas un "bourdivin" et un idolâtre de l'auteur à qui il est arrivé d'écrire des choses contradictoires et pas forcément pertinentes. Mais il serait bon de ne pas lui faire dire plus qu'il n'a dit. Bourdieu dans le fameux rapport “Bourdieu-Gros” sur les contenus à enseigner préfigure le socle commun et annonce même la notion de compétences en évoquant la "disposition à acquérir des savoirs”. Je ne résiste pas à citer un extrait de ce rapport de 1989 “Des programmes nationaux devraient définir le minimum culturel commun, c’est-à-dire le noyau de savoirs et de savoir-faire fondamentaux et obligatoires que tous les citoyens doivent posséder. Cette formation élémentaire ne devrait pas être conçue comme une sorte de formation achevée et terminale mais comme le point de départ d’une formation permanente. Elle devrait donc mettre l’accent sur les savoirs fondamentaux qui sont la condition de l’acquisition de tous les autres savoirs et sur la disposition à acquérir des savoirs (adaptabilité intellectuelle, ouverture de l’esprit, etc.).” Certains qui développent une pensée conservatrice à rebours de leur positionnement politique devraient d'abord réviser leurs "classiques"...
Rajoutons enfin que parmi les idées toutes faites et les représentations fausses sur les pédagogies actives, il y aurait l'idée que, comme le dit le sociologue interrogé, on laisserait aux élèves “le plus de marge possible". En d'autres termes, on les laisserait se débrouiller tout seuls. C'est faux. Il n'y a pas plus directif que la pédagogie active ! Simplement elle se situe en amont lorsque l'enseignant installe les dispositifs qui vont permettre aux élèves d'être actifs sinon acteurs dans les apprentissages. Il est aussi présent dans l'accompagnement des élèves dans la voie de ces apprentissages. Dans une pédagogie du “côte à côte" plutôt que du seul "face à face" qui laisse souvent les élèves dans une situation de spectateur. "Laisser de la marge" aux élèves c'est d'abord leur permettre de s'approprier les savoirs. C'est bien moins fatiguant de faire un cours "magistral" que de préparer des situations qui permettent aux élèves d'apprendre de manière coopérative et autonome...
Jean-Michel Zakhartchouk a lui aussi réagi sur son blog à cette interview. C’est ce passage qui, quant à lui, l’a fait réagir : “Est-ce qu’on souhaite une école qui dispense un savoir scolaire, qui apporte des compétences critiques, cognitives et qui apprend aux élèves à réfléchir à leur rapport au monde ? Ou préfère-t-on une école qui apporte un outillage social, qui prévient la délinquance et qui prépare au marché du travail ?”. Notre ami dénonce cette opposition binaire et pense qu’on peut faire l’un et l’autre et ne trouve pas déshonorant que l’École prépare aussi à un métier. Il en appelle même, lui aussi à Célestin Freinet. Je vous invite à lire son billet de blog

Numérique et n’importe quoi…
Louise Tourret dans un article paru sur Slate.fr s’intéresse à la revendication de certains groupes pour rajouter une nouvelle discipline scolaire. Des universitaires, des associatifs, des chefs d’entreprises, des membres de l’Académie des sciences et du collège de France ont en effet signé une lettre ouverte au président de la République lui demandant d'accélérer l'enseignement de l'informatique. La journaliste se demande s’il faut ajouter une discipline aux programmes scolaires français alors que les journées et les semaines des lycéens sont déjà si denses. Et, non sans malice, elle pose une bonne question : “Reste à savoir si nous sommes prêts à retrancher des enseignements et des savoirs enseigné actuellement, bref ce que nous sommes prêt à échanger pour l’informatique… ”
C’est la même interrogation qu’on retrouve dans un billet de blog intitulé “Jusqu’où empiler les disciplines ? ” rédigé par Olivier Rey de l’Institut Français de l’éducation sur le blog “Éduveille”. Et il ajoute “alors même que le président du Conseil supérieur des programmes met en avant la nécessité d’une approche globale et curriculaire, les pétitionnaires empruntent la voie classique typiquement française consistant à rajouter une couche à l’empilement disciplinaire dont souffre déjà l’enseignement secondaire.”. Les lobbyistes de l’informatique sont peut-être en retard d’une réforme…
Délire sécuritaire. Dans le NouvelObs.fr on apprend que le ministre de l'Intérieur Manuel Valls s'est rendu, mardi 21 janvier, à Lille pour remettre à une classe de CM2 leur "permis internet", programme issu d'un partenariat entre la gendarmerie nationale et AXA Prévention. Un assureur, qui au passage en profite pour s’introduire à l’École et vendre ses produits. Mais c’est aussi l’intervention de la gendarmerie qui tient un discours alarmiste et méfiant à l'égard d'internet qui pose question. Où sont les pédagogues ? Peut-on fonder un usage du numérique uniquement sur un discours sécuritaire et la méfiance ? Et si on arrêtait d’avoir peur pour bâtir une éducation au numérique basée sur une approche raisonnée des outils numériques et en faisant confiance ici comme ailleurs aux enseignants ?

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot


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dimanche, janvier 19, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 13 au 19 janvier 2014





- Prioritaire et consensuel - Vacances – Pessimisme - .



Incroyable ! Une réforme qui ferait (presque) l’unanimité. Avec les annonces sur l’éducation prioritaire, Vincent Peillon semble rencontrer l’approbation de la grande partie des acteurs de l’éducation. Un moment rare alors que les sujets de polémiques et les motifs d’inquiétude ne manquent pas. Comme par exemple, le recul sur les dates des vacances scolaires ou la difficile mise en place de la formation des enseignants. Les motifs d’être pessimistes sur l’avenir de la “refondation” restent nombreux.



Un sujet prioritaire et consensuel
Vincent Peillon devrait savourer cette semaine. Il n’est pas sûr qu’une telle situation se reproduise avant longtemps. Avec la réforme de l’éducation prioritaire, il a annoncé une réforme qui semble convenir à (à peu près) tout le monde !
Pour Véronique Soulé journaliste éducation à Libération , il s’agit d’une réforme “ambitieuse qui ne révolutionne pas le système, mais cherche à l’améliorer”. Elle s’interroge quand même sur les moyens mis en œuvre car c’est un plan qui devrait coûter «entre 300 et 400 millions d’euros, sans rallonge budgétaire»
La réforme s’appuie sur deux axes : un encouragement à de nouvelles pratiques pédagogiques et une amélioration des conditions de travail des profs.Les établissements en REP recevront des financements supplémentaires au vu des projets pédagogiques qu’ils porteront. Cette règle devrait même s'appliquer à l'enseignement privé, où "l’allocation des postes devrait se faire en contrepartie de l’effort engagé pour accueillir des élèves en difficulté". Les enseignants seront mieux payés : la prime de 1.156 euros par an que touchaient les personnels de l’éducation prioritaire va être multipliée par 1,5 et même par 2 dans les 350 REP les plus sensibles. Les professeurs qui assureront des missions supplémentaires verront la leur tripler.
Et puis surtout, on semble à la fois revenir aux fondamentaux de l’éducation prioritaire et en même temps tenir compte des derniers résultats de PISA. Depuis 30 ans que les zones d’éducation prioritaire avaient été créées par Alain Savary, on ressassait comme un mantra le généreux principe de "donner plus à ceux qui ont moins". Dans les faits, il n’en était rien. La Cour des Comptes l’a montré . Quand on additionne toutes les dépenses, y compris les salaires des professeurs, les élèves des réseaux d’éducation prioritaire ne coûtent pas plus cher que ceux qui n'y sont pas. En 2012, celle-ci avait calculé que l’Etat dépensait 47 % de plus pour former un Parisien qu’un jeune des académies de Créteil ou Versailles.
Si nous disions plus haut que la réforme semble contenter tout le monde. Il y a quand même quelques craintes qui s’expriment et notamment que les ZEP, qui scolarisent pour l’heure 20 % des élèves, se réduisent pour ne plus concerner que les établissements les plus en difficulté. Ce qui finalement semble logique si on veut être plus efficace et revenir à l’esprit des origines . Dans La Croix, Marc Douaire président de l’OZP (observatoire des zones prioritaires) resitue les enjeux : “Le problème, c’est qu’en trois décennies, on a labélisé « éducation prioritaire » de nouveaux établissements à chaque fois que s’y posaient des problèmes d’apprentissage ou de violence, au lieu de chercher à les résoudre dans le cadre ordinaire. Résultats : beaucoup restent classés « ZEP » sans vraie justification tandis que d’autres, qui auraient besoin de plus de moyens, se trouvent à l’extérieur du dispositif. Très clairement, il faudrait revoir la géographie de l’éducation prioritaire. En corollaire, il faudrait aussi revenir sur l’assouplissement de la carte scolaire qui avait été décidée sous Sarkozy et qui a essentiellement profité aux initiés. Mais cela suppose, comme le font déjà un certain nombre de communes, de définir de manière très fine la sectorisation pour assurer une mixité sociale dans les établissements. Et aussi d’améliorer la qualité de l’offre dans les ZEP en y implantant des filières d’excellence qui leur redonnent une attractivité.”
En tout cas, les réactions des principaux syndicats (hormis SUD) semblent plutôt favorables. La FSU, parle de « rupture radicale avec les politiques d’éducation prioritaire mises en œuvre depuis 2006 ». « Le ministre fait le choix de la relance d’une politique d’éducation prioritaire ambitieuse comme condition d’un progrès nécessaire des résultats scolaires de ces jeunes », en difficulté. Le SNES salue « le véritable plan de formation initiale et continue en faveur des personnels ; le temps libéré pour permettre le travail collectif des équipes ; la reconnaissance des personnels avec une indemnité revalorisée». Le SNUipp « se félicite de voir traiter dans un même mouvement la situation des collèges et des écoles ». Et il énumère les points positifs « Dotation de toutes les écoles du « plus de maîtres que de classes » ; développement de la scolarisation des moins de trois ans ; formation initiale et continue alimenté par les travaux de la recherche ; temps libéré pour déconnecter le temps élève et le temps enseignant ; reconnaissance de l'engagement des enseignants par une revalorisation indemnitaire. ». L’UNSA emploie, elle aussi, l’adjectif « ambitieux » pour évoquer ce plan qu’elle juge « cohérent ». Elle parle de « moyens concrets et d’importance ». Pour elle, ce plan « va dans le sens d’une meilleure prise en compte des territoires qui cumulent les difficultés et d’une plus juste reconnaissance des personnels qui s’y investissent. Il est bienvenu ».
Bien sûr, certains esprits chagrins voient quand même la bouteille à moitié vide ou trouvent que cette réforme vient un peu tard. Et il reste à mettre tout cela en œuvre. Ce qui n’est pas toujours simple avec la “machine” éduc’nat… Mais Vincent Peillon devrait apprécier ce consensus si rare

Vacances
Car si l’on veut trouver des sujets de polémique, il n’est pas nécessaire de chercher trop longtemps. Cette semaine, le thème des rythmes scolaires resurgit avec la question des vacances. En séance des questions au gouvernement, mercredi 15 janvier, le ministre de l'éducation nationale, lors des questions au gouvernement , Vincent Peillon, a semblé céder du terrain sur la question des vacances en faveur des professionnels du tourisme. « Je modifierai les deux semaines de Noël, en particulier du calendrier 2016-2017, et aussi ce calendrier qui prévoyait d’aller jusqu’à la mi-mai » pour les vacances de printemps, a-t-il confirmé, répondant à une question de la députée (UMP) de Haute-Savoie, Sophie Dion. Il a cherché à temporiser : « Je reste disponible, je le renouvelle, pour envisager une réforme plus profonde du temps scolaire à partir de 2015 sur l'année ».
C’est cette annonce qui fait titrer à Lucien Marboeuf son billet de blog “Lobby du tourisme 1 - Conseil Supérieur de l’Education 0 ”.
Concrètement, le calendrier de l’année 2016 – 2017 proposait initialement de commencer les vacances de Noël le mercredi 21 décembre pour les terminer le jeudi 5 janvier. De quoi mécontenter les professionnels du tourisme hivernal, où les réservations se font souvent du samedi au samedi. Moralité, les vacances auront lieu du samedi 17 décembre au mardi 3 janvier. Par ailleurs, les vacances de Pâques n’iront pas au-delà du 9 mai, alors que le projet prévoyait de les échelonner jusqu’au 15 mai, une date trop tardive pour les sports d’hiver. Dès le lendemain, le ministre a présenté ce projet modifié au Conseil supérieur de l’Éducation . Cette instance consultative a voté, de manière extrêmement claire : 41 voix contre les modifications, 19 abstentions, 3 refus de vote et 0 voix pour… Mais cela n’empêcherait pas ce projet de s’appliquer. Dans ce cas, on retomberait dans les mêmes pratiques qu’avec les ministres précédents où cette instance a été bien malmenée.
« La période qui ira d'avril à la fin de l'année sera particulièrement lourde pour les écoliers, regrette Claire Krepper, du syndicat d'enseignants SE-UNSA interrogée par Mattéa Battaglia pour Le Monde ; dans l'une des zones, on a calculé que les enfants auront plus de 10 semaines de classe, alors qu'il faudrait tendre vers 7 semaines d'école, 2 semaines de congés. » Pour Lucien Marboeuf “ le ministre perd ainsi toute crédibilité quant au fameux « intérêt supérieur de l’enfant », pourtant brandi à longueur de déclaration depuis son arrivée rue de Grenelle…”
Oui, décidément l’épisode “réforme des ZEP” est bien une oasis de consensus dans un désert de difficultés et de polémiques.

Pessimisme
On retrouve aussi les critiques dans bien d’autres domaines de l’action ministérielle. Nous évoquions, la semaine dernière les critiques formulées par André Ouzoulias sur le blog de Luc Cédelle sur la formation des enseignants. L’animateur du GRFDE (groupe “reconstruire la formation des enseignants”) était longuement interviewé (en quatre épisodes) par le journaliste. Cet entretien est rassemblé en un seul article sur le blog de Luc Cédelle. On l’a vu, Ouzoulias est très critique sur ce qui se dessine dans le domaine de la formation marqué par des querelles de territoire et une mainmise du supérieur et une trop faible place laissée à la pédagogie et la professionnalisation du métier, même s’il pense qu’il reste des possibilités de faire évoluer les choses.
On notera d’ailleurs que le discours officiel semble évoluer vers plus de réalisme et se départir d’une langue de bois et de la méthode Coué qu’on a trop vue à l’œuvre jusque là. Lors de la conférence de presse sur l’éducation prioritaire, Vincent Peillon a reconnu la difficulté à demi-mot : « Il y a une bagarre sur la professionnalisation dans les Espé. Nous la menons. Partout où nous allons, nous rappelons que c'est l'engagement qui a été pris ».
La tonalité pessimiste on la retrouve aussi chez Emmanuel Davidenkoff dans une chronique sur ÉducPros (et dans l’Écho républicain . Le journaliste spécialisé dans l’éducation depuis de (très) nombreuses années pose la question : “Le gouvernement devra-t-il ralentir ou renoncer sur toutes les réformes qu’il envisageait pour l’école. ” Pour lui la question se pose pus que jamais. Car, pointe t-il, la promesse présidentielle des créations de 60 000 postes “prive le gouvernement de toute monnaie d'échange dans ses discussions avec les syndicats, à l'heure où viennent sur le tapis les questions les plus incandescentes – le collège, le métier d'enseignant, l'éducation prioritaire…”. Au risque de paraître immodeste, je voudrais rappeler que j’avais aussi pointé cette difficulté dans une chronique, il y a un an.
Emmanuel Davidenkoff prend exemple sur la question des programmes pour montrer les résistances syndicales et les verrous qui sont à l’œuvre dans la société “tant l'opinion est majoritairement conservatrice en matière de pédagogie.”. Et ce bon analyste conclut “Si le gouvernement ne trouve pas la clé du changement, la "refondation" de l'école risque fort de se traduire au sens le plus strict du terme par une consolidation des fondations d'un système scolaire dont chacun sait, pourtant, qu'il est impuissant à remplir la promesse d'égalité inscrite au fronton des écoles. ” On ne saurait mieux dire. Mais pour finir, on préfèrera cette citation que j’ai si souvent utilisée :“Il faut conjuguer le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté”
Romain Rolland (repris par Antonio Gramsci)

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot


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