samedi, juin 07, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 2 au 8 juin 2014





- Brevet et LPC – Évaluation positive – Gaokao – métier professeur - Passeur - .



Le bloc notes de cette 23ème semaine de l’année revient sur l’information qui a fait le buzz : l’annonce, par un membre du Conseil Supérieur des Programmes, de la suppression du brevet (et du LPC) . Même s’il faut prendre des précautions avec ce “scoop”, nous nous intéresserons aussi aux enjeux derrière cette intention. L’évaluation risque d’être un des thèmes importants de l’action ministérielle des prochains mois. Peut-on aller vers une “évaluation positive” ? Nous essaierons de répondre à cette question. Tout comme à la question posée par la commission européenne :“comment rendre le métier enseignant plus attractif ?”. Pour agrémenter ces longs développements, on ira aussi faire un petit tour en Chine avant de conclure sur une réflexion de Marcel Gauchet sur l’évolution de l’École et du métier.



Brevet et socle commun
L’information a fait le tour des réseaux sociaux enseignants. Dans le Café Pédagogique du vendredi 6 juin, on pouvait lire que “Le CSP veut enterrer et le brevet et le LPC ”. L’article, signé François Jarraud, s’appuie sur les déclarations de Denis Paget, membre du Conseil Supérieur des Programmes (CSP) lors de l’université de printemps du SNUipp. "On va en finir avec le Livret Personnel de Compétences", a-t-il annoncé, "pour faire une évaluation unique". "Nous n'allons pas maintenir le brevet", a dit Denis Paget. "Il n'y aura que la validation du socle en fin de troisième". Il devrait y avoir 4 compétences pour chacun des 5 domaines du socle commun et leur validation se fera domaine par domaine, collégialement, rapporte par ailleurs le Café pédagogique. Un élève dont le socle ne serait pas validé en fin de 3ème pourrait le valider au lycée.
C’est assurément un “scoop” dont le Café Pédagogique est friand. On notera que le titre est bien choisi pour apporter une petite dimension de provocation et éventuellement inquiéter certains. On peut aussi s’interroger sur le timing de cette annonce. Il y a en effet deux usages d’une “fuite” : on peut chercher à tester les réactions de l’opinion ou on peut au contraire chercher à alerter pour éviter que cela se produise. Denis Paget, ancien secrétaire général du SNES-FSU a choisi de faire cette annonce avant la publication des propositions du CSP devant les syndicalistes du SNUipp-FSU. Quelle sera l’analyse qui prévaudra ? Tous ces éléments invitent à la prudence face à cette annonce.
D’autant plus que le président du CSP, Alain Boissinot, interrogé par Le Monde , a tenu à préciser qu'« il était peut-être hâtif de parler de disparition du brevet des collèges », mais que l'instance qu'il préside « souhaitait réformer en profondeur l'évaluation actuelle pour qu'on puisse valider d'un même coup le socle et le brevet. Validation terminale ou en cours de formation, les discussions sur le sujet vont s'ouvrir », a-t-il ajouté.
Au delà de la polémique sur l’information elle-même, intéressons nous au fond de l’annonce. A propos du Brevet, l’historien Claude Lelièvre sur ÉducPros retrace l’histoire de cet examen qui selon lui est aujourd’hui un “montage tout à fait composite et intenable où différentes ‘’strates’’ se juxtaposent sans se conjuguer. ” Et il est vrai que c’est l’empilement qui caractérise la situation actuelle. Et cela est assez exemplaire des blocages qui grippent l’ensemble du système éducatif. Alors que le socle commun date de 2006, on aurait pu penser que celui-ci allait se substituer au brevet puisqu’il est supposé valider la maîtrise de sept domaines de compétences à l’issue de la scolarité obligatoire. Or, on a empilé au lieu de remplacer ! On peut y voir le poids des disciplines d’enseignement, des corps d’inspection et de certains groupes qui ont œuvré pour maintenir cet examen redondant et créer plus de contraintes et de travail pour les enseignants. On aurait voulu dégouter les enseignants du travail par compétences qu’on ne s’y serait pas mieux pris. Ou plutôt si : en inventant un Livret par Compétences, unique, pléthorique et bureaucratique qu’on résume souvent en “usine à cases”. On a souvent l’impression qu’au sein de la bureaucratie de l’Education Nationale, certains fabriquent de la procédure pour se convaincre d’exister...
Dans un tel contexte, les enseignants se sont malgré tout emparés des finalités du socle commun pour construire des outils et des dispositifs au service de la réussite de tous les élèves. Si l’annonce est confirmée on peut espérer que cela donne plus de marge de manœuvre aux équipes enseignantes et desserre les contraintes qui pèsent sur leur travail. Mais pour cela, il faut aussi que le nouveau socle commun qui doit sortir prochainement des travaux du CSP n’en reste pas au niveau des grandes intentions avec lesquelles tout le monde serait d’accord mais soit suffisamment opérationnel pour avoir un effet réel sur les pratiques enseignantes.

Évaluation positive
Plus largement, au delà de la seule question du brevet, c’est le thème de l’évaluation qui est mis à l’agenda par le ministère. La circulaire de rentrée ce document qui donne les axes de travail pour l’année évoque une “évaluation positive”. Le texte annonce qu'«“un premier temps d'évolution des pratiques d'évaluation sera engagé dès la rentrée 2014”. Et l’on y ajoute que “Certaines pratiques d'évaluation induisent parfois des classements perçus comme stigmatisants et dévalorisants”. Lors du colloque du Mouvement contre la constante macabre d'André Antibi, mercredi dernier que Florence Robine, nouvelle Degesco, a confirmé cette orientation du ministère. « L'évaluation doit être bienveillante, ce qui ne veut pas dire laxiste, mais au contraire exigeante, avec des exigences claires aux yeux des familles et des élèves ».
La question de l’évaluation et en particulier de la note est un débat récurrent qui porte au delà du monde enseignant. Régulièrement, on voit ressurgir des tribunes ou des sondages sur la question de la suppression des notes. Si les parents et l’opinion publique en général semblent rester attachés à la note chiffrée car celle-ci est considérée, à tort ou à raison, comme “lisible” et rigoureuse, on note aussi que l’opinion évolue et qu’en particulier pour le primaire, on apprécie des modes d’évaluation alternatifs et le desserrement de la pression évaluative. Un sondage lancé en 2010 à l’occasion de l’appel de l’AFEV pour la suppression des notes à l’École montre une nette évolution puisque 53% des personnes interrogées se déclarent favorables au remplacement des notes par un autre système d’évaluation.
Il faut dire qu’on vient de loin... Car l’ADN du système éducatif français est basé sur les notes et le classement . On a l’impression que la note chiffrée a toujours existé. Mais si elle est très ancienne et importée par les jésuites des concours de mandarins chinois, elle ne trouve une existence officielle qu’avec un arrêté du 5 juin 1890 qui établit que « dans les compositions, chaque copie aura sa note chiffrée de 0 à 20 ». Jusque là, l’usage de la note chiffrée était certes répandu mais pas obligatoire. Pour l’anecdote, il faut savoir qu’à sa création en 1808, le baccalauréat fonctionnait sans notes mais avec un système de boules blanches (accepté) et de boules noires (refusé). On n’est pas loin à l’époque du “acquis/non acquis”. Mais la question qui se pose est de savoir pourquoi on a créé l’obligation de noter. La réponse est à chercher dans le poids des concours (administratifs, grandes écoles,…) dans la 3ème république naissante. Comme le souligne l’historien de l’éducation Claude Lelièvre "La France est un pays de concours" et dans la logique de la méritocratie républicaine, le classement précède la note. Le système éducatif qui se met en place est construit pour sélectionner et pour créer de l'émulation et notre modalité d’évaluation dominante en résulte. Il y a donc une culture de la note et plus encore l’idée que l’évaluation est associée à la sélection. On peut d’ailleurs expliquer ainsi les polémiques récurrentes sur le fait que le baccalauréat soit “donné” et que le “niveau baisse”. L’idée d’une évaluation au service des apprentissages et qui ne soit pas entièrement tournée vers la sélection a du mal à faire son chemin en France alors que cela apparaît beaucoup plus évident dans d’autres pays. Un détour comparatiste est d’ailleurs utile pour relativiser ce trait culturel. On peut par exemple visionner un reportage d’Euronews déjà signalé dans la revue de presse de lundi 2 juin .
Comme souvent en matière d’éducation, il ne s’agit pas de raisonner de manière binaire en considérant qu’il faudrait abandonner complètement cette logique du classement au profit d’une logique de la régulation des apprentissages. Il s’agit plutôt de raisonner « en tension » en identifiant clairement les moments dans la scolarité où la première logique est nécessaire et ceux où il faut la tenir à l’écart. Il faut aussi relativiser le débat sur la note chiffrée Si l’on privilégie une démarche d’évaluation critèriée (par rapport à des objectifs) plutôt que normative (par rapport aux autres), la note reste possible mais perd de son sens. Mais ce qui semble surtout remis en question c’est la “moyenne” qui repose sur un principe de compensation (une difficulté dans un domaine est masquée par une réussite dans un autre).
Enfin, s’il y a un tel attachement à la note, c’est surtout parce que celle ci est jugée lisible et rigoureuse. En ce qui concerne la première qualité, cela nous renvoie à une dimension essentielle : évaluer c’est communiquer. Et cette communication peut être différente selon les destinataires. On ne fournit pas forcément les mêmes informations aux institutions, aux collègues, aux parents et aux élèves. L’enjeu de l’évolution de l’évaluation par compétences passe par un travail de simplification des critères qui sont communiqués, loin des “usines à cases” dont nous parlions plus haut… Sur la rigueur de la note chiffrée, il faut s’étonner que les recherches de la docimologie soient si peu connues et enseignées. Rappelons que ces travaux montrent depuis les années 30 la relativité de la notation et tous les biais qui rentrent en jeu. Il n’y a pas un “treize” absolu déposé au Pavillon de Sèvres à côté du mètre et du kilo étalon...

Gaokao
Pour poursuivre sur ces questions d’évaluation allons faire un petit tour ailleurs...
Un article dans Le Parisien et un autre dans 20 minutes nous apprennent que ce samedi 7 juin en Chine, 9,39 millions de candidats –(270.000 de plus qu'en 2013) passent un examen appelé le "gaokao" pour accéder à 7 millions de places sur les bancs universitaires. Ceux qui obtiendront les meilleures notes s'ouvriront les portes des institutions prestigieuses.
Le système de sélection est poussé ici à l’extrême mais génère aussi de nombreux effets pervers. Des dizaines de milliers de policiers et surveillants sont en effet mobilisés pour déjouer les plans des tricheurs, qui eux-mêmes ont recours à des réseaux criminels organisés. Cette année le gouvernement chinois a aussi prévenu d'une "tolérance zéro" et promis de lourdes sanctions aux examinateurs qui se laisseraient acheter. Mais les enjeux sont tels qu’il semble difficile d’enrayer les tricheries et corruptions.
Par ailleurs on est bien loin de l’idéal égalitaire. Même en Chine, le gaokao est controversé sous bien des aspects. On lui reproche son formatage et de générer un stress inutile. Mais on l'accuse surtout de conforter un système inégalitaire de quotas à l'entrée des universités, où les jeunes gens des métropoles et des classes supérieures sont favorisés.

métier professeur
La commission européenne vient de publier (fin mai) un "rapport intitulé " Comment rendre le métier d’enseignant plus attractif” (en anglais). Un article du Monde s’en fait l’écho et détaille les principales recommandations de la commission pour encourager les candidatures (ouf, on a échappé aux “vocations”... !) Il faut d'abord, selon l'exécutif européen, augmenter les salaires, jugées trop bas au regard du niveau d'études demandé. Cela passe aussi, selon l'exécutif européen, par la mise en place d'un pré-salaire pendant la formation en échange d'un engagement à exercer au moins huit ans et le maintien des aides de début de carrière jusqu'à trois ans après la prise de fonction. Pour la Commission européenne, il faut aussi continuer à recruter les enseignants avec un niveau bac+5. Mais la formation initiale doit mieux articuler cours théoriques et cours pratiques, pour que les étudiants soient plus rapidement et plus efficacement confrontés à la réalité du métier. La formation continue, préconise le rapport, devrait être obligatoire, gratuite et encouragée par les chefs d'établissements.
Sur son blog, le professeur des écoles Lucien Marbœuf fait une analyse critique de ce rapport. On peut partager un bon nombre de ses analyses. Ainsi lorsqu’il pointe que “la création des ESPE par Vincent Peillon a permis le rétablissement de la formation initiale, mais leur fonctionnement soulève de nombreuses critiques : la main mise des Universités sur les ESPE, notamment, ne permet pas de garantir comme il le faudrait les sessions pratiques et les stages, pourtant décisifs d’après tous les rapports. Quant au contenu : la réflexion sur le métier existe mais n’est pas suffisante, le travail en équipe est trop peu abordé,... ”. Tout comme lorsqu’il met en avant la nécessité de rendre les salaires des enseignants plus attractifs et notamment en supprimant l’écart entre les enseignants du primaire et du secondaire. On peut rajouter aussi à la liste que l’attractivité du métier passe aussi par la nécessité de redonner de la capacité d’agir aux enseignants. Il faut être cohérent : quand on a bac + 5, on ne peut pas envisager ce métier comme un métier d’exécution dans une structure bureaucratique. Mais il importe aussi de le concevoir dans une vision large incluant toutes les dimensions de l’action éducative : un “ingénieur” ça sait travailler à plusieurs et mobiliser différentes ressources...
Pour poursuivre la réflexion, on peut aller écouter le podcast de l’émission “Rue des Écoles” animée par Louise Tourret sur France Culture. Le mercredi 4 juin, elle avait pour sujet “La France aime-t-elle ses profs ? L'image du métier d'enseignant en question”. L’émission s’appuyait, entre autres sur le dernier numéro des Cahiers Pédagogiques dont le dossier a pour titre “Enseignant un métier qui bouge”. J’étonnerai mes lecteurs si je ne vous incitais pas à vous procurer ce numéro. A moins que vous ne soyez déjà abonné !

Passeur
Tout en restant sur le thème du métier enseignant, finissons par une longue citation du philosophe Marcel Gauchet. Celui ci est interviewé par Véronique Soulé dans Libération du 6 juin 2014 à propos de l’importance prise par le numérique. A tel point que dans le domaine éducatif, certains en viennent à se demander si demain, on aura encore besoin de professeurs. Marcel Gauchet, qui vient de cosigner un ouvrage Transmettre, Apprendre (Stock Essais, février 2014) reconnaît, que le numérique bouleverse profondément l’enseignement. Mais à rebours de ce que l’on entend souvent, il prédit que l’on aura plus que jamais besoin de professeurs et d’école. Des professeurs, passeurs...
“Les enseignants se retrouvent dans la position de remettre de l’ordre dans du désordre. Il leur revient d’insuffler de la cohérence dans ce qui se présente comme un patchwork d’interrogations qui peuvent aller très loin - sur les théories scientifiques en vogue mais aussi sur les ragots propagés par les réseaux sociaux. Il faut leur montrer le besoin de clés pour dominer un champ qui part dans tous les sens.[...] L’illusion de premier abord est l’autodidaxie généralisée : plus la peine de s’embêter avec des gens qui souhaitent nous mettre dans un chemin préprogrammé, apprend qui veut quand il veut comme il veut… Mais c’est une apparence, une apparence séduisante. En réalité, tout cela renforce le besoin de médiation. Le contact des enfants, souvent très jeunes, avec des sources d’information démesurées, renforce le besoin d’enseignants, d’interlocuteurs qui prennent leur questionnement au sérieux, capables dans leur domaine de montrer le chemin permettant de maîtriser ces informations.[...] Internet est, de ce point de vue, un média déprimant, où l’on décèle très vite les limites de ce que l’on peut maîtriser. Ce qui manque, ce sont les outils logiques, les connaissances clés qui permettent de relier ces informations et d’en faire quelque chose que vous comprenez. Le sens de l’école se trouve ainsi conforté dans ce qu’il a de plus profond : c’est l’institution de confiance à laquelle on peut demander des réponses à des questions de l’ordre du savoir. A l’exception de milieux privilégiés, l’entourage n’en a pas les moyens.”

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot
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dimanche, juin 01, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 26 mai au 1er juin 2014





- L’École après les élections - “ce jeune prof... ” - .



Deux sujets seulement dans ce bloc-notes. D’abord il nous faut revenir sur les résultats des élections de dimanche dernier. Et s’interroger sur le poids et le rôle de l’École dans cet évènement. Sans culpabilisation ni excès mais avec lucidité.
On s’attardera de nouveau sur le cas de “ce jeune prof... ” qui fait l’objet de tant d’articles et suscite tant de réactions. Au delà, du cas personnel, ce sera surtout l’occasion de réfléchir sur la manière dont les médias parlent (plutôt mal) de l’École et dont les enseignants reçoivent ce type de récit.





Vote et poids de l’École
Les résultats des européennes ont été un choc pour de très nombreux français. Et dans les salles des profs le sujet a été abondamment commenté. De même dans la presse, quelques articles ont tenté de faire le lien entre l’École et la forte abstention et le vote extrême. Avec toutefois des raccourcis qu’il faut déconstruire et beaucoup de précautions à prendre dans la réception de ce type d’analyse.
Lorsqu’on lit rapidement les chiffres publiés à l’issue de la journée de dimanche dernier, 30% des jeunes auraient donc voté Front national aux européennes. En fait, compte tenu de l’abstention massive (des jeunes en particulier) il n’y a pas au final plus de 8% des moins de 35 ans à avoir fait le choix du vote FN. Mais si l’on combine ce constat à celui de l’abstention, les résultats des élections européennes peuvent cependant à juste titre interpeller l’école.
Dans les réseaux sociaux, une analyse datant d’avril 2012 a beaucoup circulé ces dernier jours. Il s’agit d’un article de L’Express ayant pour titre "Moins on est instruit, plus on vote FN". Le sociologue Sylvain Crépon était interrogé pour commenter un sondage sur les intentions de vote (à la présidentielle) et indiquait que “ce sont les jeunes ayant le moins d'instruction qui se tournent vers le Front national. Moins on est instruit, plus on vote FN.” D’autres études montrent la même relation inverse pour l’abstention. Ainsi un article du Figaro de janvier 2014 qui a lui aussi beaucoup circulé titre “plus les jeunes sont diplômés, plus ils votent”. Mais, il faut se méfier d’une relation causale aussi simple. Ce qui est souvent oublié dans les commentaires, c’est que le faible niveau de diplôme induit aussi une exposition au chômage et à la précarité bien plus forte que pour les plus diplômés. Et cela est d’autant plus important dans un pays comme le nôtre où l’emprise du diplôme est si forte. C’est peut-être cela d’abord qui doit être pris en compte plus que le seul effet du diplôme car c’est cette situation économique et aussi sociale dans la mesure où elle conduit à des inégalités fortes et un sentiment d’exclusion qui doit être pris en compte. « Les fractures sociales, et tout particulièrement celles qui sont induites par le diplôme, provoquent des fractures politiques » explique la politiste Anne Muxel. C’est ce qui conduit Emmanuel Davidenkoff dans une chronique récente sur France Info à considérer que “le vote des jeunes était annoncé ”. Pour lui, l’augmentation du nombre de titulaires du baccalauréat est un trompe-l’œil. “ [...] l’essentiel de l’augmentation, depuis 20 ans, s’est faite au profit des baccalauréats technologiques et professionnels, dont les titulaires ont en partie grossi les rangs de deux catégories qui votent plus Front National que la moyenne : les employés et les ouvriers. Vous avez donc une redondance. Il ne faut pas non plus oublier que 150.000 jeunes sortent chaque année sans qualification ni diplôme du système éducatif, et que plusieurs centaines de milliers ne sont pas scolarisés dans le cycle normal de l’Education nationale – ce sont les élèves de Segpa, les apprentis, les élèves de l’enseignement agricole, etc. Cela ne fait évidemment pas d’eux des électeurs naturels du Front national mais il faut bien avoir en tête qu’un large pan de la jeunesse fait ou a fait dès l’âge de 16 ans l’expérience d’une forme d’exclusion des voies d’insertion scolaire et sociale privilégiées par le système. ”
La journaliste spécialiste de l’éducation de Libération, Véronique Soulé livre, elle aussi, sur son blog une analyse intéressante du poids et de la responsabilité de l’École dans les résultats des dernières élections. Elle rappelle que, selon les enquêtes internationales, “la France est le pays champion des inégalités scolaires, celui où les facteurs socio-culturels pèsent le plus dans la réussite, et l'échec, des élèves ” et l’ascenseur social est de plus en plus bloqué et même plus, il redescend... Ainsi, un enfant d'ouvrier a aujourd’hui 7 fois moins de chances d'accéder à l'enseignement supérieur qu'un enfant de cadre supérieur. Pour la journaliste “ces frustrations ont nourri le désespoir ambiant et une défiance à l'encontre de l'école, une institution qui, loin de donner sa chance à tous, servirait les enfants des nantis. Un terreau favorable à la poussée du FN.”
Ce sentiment d’abandon et de fracture sociale doit être entendu à tous les niveaux de l’État et aussi dans l’École elle même. Les enseignants et tous les acteurs de l’École doivent se garder de deux dérives qui seraient ici contre-productives. D’abord le risque d’un mépris voire d’un rejet à l’égard des catégories les plus modestes et des classes populaires considérées être le terreau du vote FN. C’est au contraire en réfléchissant et en agissant pour créer une École plus inclusive, avec une pédagogie plus explicite et qui lutte contre les inégalités que l’École fera sa part. Car le deuxième danger serait celui de la crispation face à ces analyses considérées comme une nouvelle remise en cause des enseignants. Non, l’École n’est pas responsable de tous les maux de la société mais elle doit cependant collectivement s’interroger sur son rôle dans la reproduction sociale et l’exclusion. Et dire cela ne doit pas être ressenti comme une agression des enseignants qui collectivement font du mieux qu’ils peuvent dans un système qui dysfonctionne.

Ce jeune prof...
La crispation à l’œuvre et le sentiment d’être critiqué en permanence se retrouve aussi dans la réception des articles évoquant le cas de Jérémie Fontanieu. Ce jeune enseignant de sciences économiques et sociales enseignant à Drancy fait l’objet d’un traitement médiatique important. Il nous semble intéressant de revenir sur ce cas. Non pas pour la personne elle-même mais pour ce que cela dit de la manière dont les médias parlent de l’École (un de mes dadas...) et dont les enseignants reçoivent ce type de récit.
Il y a une autre raison qui nous pousse à revenir sur cette actualité. C’est en effet avec un article paru sur notre site que tout a commencé ! Intitulé “Quand Kery James rencontre Pierre Bourdieu”, ce texte fait partie de la série de “portraits du jeudi” que propose Monique Royer sur notre site. Pourquoi celui-ci a eu un tel écho médiatique alors que bien d’autres portraits présentant des acteurs de l’École qui agissent pour changer l’École et leurs pratiques sont tout aussi intéressants ? C’est un mystère qu’il nous faut tenter de résoudre.
Après ce premier portrait dans les Cahiers Pédagogiques, c’est Louise Tourret qui dans Slate.fr propose un deuxième portrait au titre prémonitoire : “Jérémie Fontanieu, le jeune prof de Drancy à l'ancienne dont vous allez entendre parler ”. Elle l’invitera ensuite avec certains de ses élèves dans son émission sur France Culture . Après les choses vont s’emballer pour notre collègue : passage à RFI, dans le Bondy Blog, le magazine Mad’moizelle. Et puis récemment, un nouveau portrait sur le site lemonde.fr qui a regonflé la bulle médiatique autour de ce collègue et les commentaires très nombreux des enseignants (sûrement l’influence de la publication sur le site du Monde !). Depuis on a vu se développer des analyses critiques. Lionel Jeanjeau, un des chroniqueurs de la revue de presse, sur son blog, s’interroge “Pédagogue et réac ? une combinaison incompatible ”. De même, toujours dans la revue de presse plurielle des Cahiers Pédagogiques, mardi 27 mai, Laurent Fillion pointe les contradictions dans les pratiques de notre jeune collègue. Enfin, David Trotin, un professeur d’Histoire-Géographie, dans son blog "Une éducation française" réagit lui aussi à cet emballement médiatique dans un billet intitulé “Jérémie Fontanieu où le règne des malentendus”. Signalons enfin que ce buzz médiatique a les honneurs du site parodique Éduk actus avec ce titre (génial) : “ce vieux prof de centre ville qui voulait faire échouer ses élèves”.
J’avais déjà évoqué dans un précédent bloc-notes le “quart d’heure warholien” et je ne vais pas redire ce que j’ai déjà exprimé sur ce sujet. Mais on peut pour y revenir malgré tout se poser quatre questions...

Pourquoi Jérémie Fontanieu plait-il tant aux journalistes ?  
“Jeunesse, alliance de références classiques et de modernité, attitude en apparence paradoxale… voilà de quoi attirer en effet l’attention des médias ”, c’est ce que nous écrivions dans le bloc-notes évoqué plus haut. Il permet aussi de renouveler assez facilement le vieux débat “Républicains/pédagogues”. On insiste dans les articles sur son “exigence” et même son côté “réac” avec comme idée implicite que les “pédagogues” seraient pour leur part de dangereux “laxistes”. Les médias ont besoin de spectaculaire alors que l’éducation ne l’est pas. Face à un travail collectif, il est souvent difficile de faire émerger des individualités alors que la représentation qui domine encore (hélas) est celle de l’enseignant du “cercle des poètes disparus”. Ici l’“héroïsation” de J. Fontanieu le permet et montre aussi la difficulté des médias à rendre compte de la pédagogie autrement que par ces biais.
On peut aussi voir dans ce traitement médiatique une preuve de plus du “journalisme circulaire”, où l’on se copie et se reprend sans forcément tout le recul nécessaire. On pourrait être plus méchant ( !) en disant que ce qui plaît aussi aux journalistes c’est que notre collègue habite Paris et qu’il n’y a besoin de passer le périphérique que pour aller voir les élèves. Mais je sais que les conditions de travail ne permettent pas toujours de faire un travail d’enquête approfondi....

Pourquoi Jérémie Fontanieu énerve t-il certains collègues ? 
Les réactions notamment à l’issue du dernier article sont très vives. On blâme sa démarche individuelle et donc suspecte et on lit ce qui y est décrit comme une remise en cause des autres enseignants. La culture enseignante est marquée en effet par l’égalitarisme et aussi par un certain conformisme. Il est mal vu de se mettre en avant et les “déviants” qui innovent sont souvent perçus comme des reproches permanents à l’égard des autres. Cette attitude est assez paradoxale car ce qui domine dans le milieu est plutôt une vision d’un exercice “libéral” du métier et peu d’envie de collectif et en même temps pour critiquer ce collègue on insiste sur l’absence de dimension collective. Ce qui est abusif dans la mesure où dans chacune de ses interventions, il y évoque brièvement le lien avec les autres collègues et la nécessité du travail en équipe et en partenariat. Mais ce n’est évidemment pas ce qui est mis en avant dans les articles.
D’autres enseignants ou les mêmes, sont agacés par la mise en avant de son “exigence” lue implicitement comme une critique de l’absence de cette même exigence chez les autres. Ce qui est évidemment faux. Comme le montre par l’absurde, le titre d’Éduk actus, qui souhaiterait l’échec de ses élèves ? Une critique bien plus intéressante consiste comme le fait David Trotin à pointer la “décontextualisation” des articles et oublier que ce type de travail ne peut se faire que s’il y a une équipe enseignante et de direction qui le favorise et tout un ensemble de facteurs qui permettent aux élèves d’arriver avec de telles dispositions jusqu’en Terminale malgré tout. Enfin une autre série de critiques, venant plutôt du camp “pédago” pointe les contradictions de la méthode et notamment le recours à l’exclusion ou l’usage du QCM et du bachotage comme fil conducteur de la méthode. Toutes ces critiques cela fait beaucoup pour un seul homme ! Et il serait dangereux de parler d’une “méthode Fontanieu” et de construire un modèle unique à partir des pistes explorées par ce professeur et par bien d’autres...

Pourquoi Jérémie Fontanieu n’est il pas un modèle (ni un repoussoir) ? 
Tout cela n’est pas forcément très neuf, ni très « old school » non plus... L’enseignant le dit d’ailleurs lui même : il évolue, il se pose des questions. Et il admet avoir peu de connaissances en matière de pédagogie. Peut-être gagnera t-il son pari d’avoir 100% de réussite avec ses élèves. Mais alors cela tiendra autant à son engagement qu’à la méthode elle même. L’effet Pygmalion (avec un P pas un B... ) ça existe. On peut penser aussi que l’intérêt porté par les médias renforce la probabilité de réussite de l’expérience et la motivation des élèves. L’Effet Hawthorne ça existe aussi !
Il faut toujours se méfier de la logique managériale des “bonnes pratiques” alors que l’enseignement repose sur une approche multifactorielle et collective où il est difficile d’isoler l’action d’un seul facteur ou d’une seule personne. "Le truc, c'est qu'il n'y a pas de truc", disait, si je me souviens bien, Jean-Michel Zakhartchouk à Hervé Hamon dans son livre “Tant qu’il y aura des profs. Ce qui est important c’est surtout de permettre aux enseignants et surtout aux équipes d’enseignants d’explorer et d’expérimenter avec une certaine marge de manœuvre au delà des conservatismes administratifs et de la pression conformiste. Et de faire un réel bilan ensuite plutôt que d’essuyer les critiques a priori.

Pourquoi j’aime bien malgré tout Jérémie Fontanieu ?
Les pistes explorées par notre collègue sont quelquefois marquées par des contradictions ou des effets pervers. Mais faire alliance avec les parents est une voie importante du travail contre les inégalités. Tout comme la nécessité de créer un sentiment d’appartenance est utile alors que les établissements scolaires sont vus trop souvent comme des lieux de passage. Bien sûr, il y a des éléments du dispositif qui interpellent et invitent à la nuance.
Mais ce qui apparaît comme le plus important dans cette bulle médiatique c’est l’enthousiasme et la volonté de faire réussir tous les élèves comme sujet digne d'intérêt. C’est cela qu’il faut surtout retenir malgré les titres quelquefois excessifs où on le présente comme défiant Pierre Bourdieu et la reproduction sociale. Certes le déterminisme social est une réalité difficilement contournable et il serait dangereux de l’ignorer et de naturaliser la difficulté scolaire en rendant les élèves seuls responsables. Pour enseigner, il faut donc être à la fois très modeste et aussi très ambitieux. Et cette ambition, c’est de penser que par son action on peut parvenir à changer (un peu) le destin de ses élèves et à son petit niveau faire une école plus juste et plus efficace. Dans un contexte de déploration et de crispation, il est toujours utile de le rappeler.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot
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samedi, mai 17, 2014

Bloc-notes de la semaine du 12 au 18 mai 2014





- Cacophonie - socle qui vacille – 4 de moyenne - .



Le bloc notes revient évidemment sur la cacophonie autour du report de la pré-rentrée. Et sur l’image désastreuse de la profession que cela renvoit à, l’opinion. Et les conséquences risquent d’être aussi négatives pour le ministre. On s’inquiète aussi pour l’avenir du socle dans un tel contexte. Et on exerce aussi un droit de suite sur les articles qui s’inquiètent des notes données aux candidats dans les concours de recrutement.





Cacophonie
Jeudi matin, une “alerte“ du journal Le Monde sur mon portable : “La prérentrée des enseignants supprimée en 2014”. Et c’est le début d’un emballement médiatique et d’une cacophonie comme on a rarement connue dans le monde de l’Éducation. L'information devrait être annoncée par le ministre au Conseil supérieur de l'éducation (CSE), vendredi 16 mai. Mercredi, le SNES (Syndicat national des enseignements du second degré), , a tweeté l'annonce sur un mode triomphal. « La prérentrée en août, le ras-le-bol de la profession [au salaire gelé] est arrivé aux oreilles du ministre, qui annonce le report à septembre ». Rappelons qu’il y avait une menace de grève de plusieurs syndicats en cas de pré-rentrée le 29 aout comme cela était prévu dans le calendrier communiqué par le ministère.
Certains verront dans cette phrase initiale du Monde parlant de pré-rentrée “supprimée” une maladresse d’autres une éventuelle manipulation. Quoi qu’il en soit cette phrase était ambigüe et a entrainé une confusion qui a perduré jusqu’au vendredi matin. Même si certains dans les réseaux sociaux (dont votre serviteur) et dans les médias ont fait part de leurs interrogations et considéré qu’il s’agissait d’une méprise, la plupart des journaux ont repris tel quel cette information qui s’est trouvée dupliquée très rapidement. On est dans un cas typique d’emballement médiatique où tout le monde twitte plus vite que son ombre et où on arrive à des approximations (reportée ≠ supprimée...) qui perdurent. Car comme chaque média ne veut pas être à la traîne, on se copie allègrement. Comment pouvait-on imaginer que l’on puisse supprimer la pré-rentrée ? Il est vrai que l'opinion et les journalistes ont du mal à comprendre et imaginer ce qui se fait durant cette journée de pré-rentrée (et peut-être que le ministre aussi ? mais j'en doute...). D’autant plus que les images qui en sont données sont uniquement celles des lycées où elle s’apparente le plus souvent à une “grand-messe” peu efficace. Mais ce n’est pas partout le cas et notamment dans les écoles primaires où les enseignants se sont sentis encore une fois incompris et ignorés. Toutefois, pour être complet il faut indiquer que certains enseignants du secondaire et des syndicats qui les représentent considèrent qu'en effet la pré-rentrée n'est pas utile. En plus le terme de "pré-rentrée" facilite l'argumentaire de ceux qui trouve que c'est du "en plus", superflu... On voit bien la conception du métier qui est derrière : une approche strictement individuelle et qui considère que toute concertation est du "temps perdu" et empiète sur la sacro-sainte "liberté pédagogique". Et une confusion sur ce que sont les obligations et les missions des enseignants, les vacances et les congés, le temps « libre » et le temps de travail...
Comme la revue de presse de Lionel Jeanjeau l’a déjà indiqué , l’arbitrage était précisé, vendredi matin : la pré-rentrée est repoussée au lundi 1er septembre et les élèves rentreront le mardi 2 septembre. Les raisons évoquées par le ministre sont multiples (et donc confuses). On évoque des "difficultés organisationnelles" liées aux systèmes informatiques de mutation et de paie. Les prises de fonction des enseignants stagiaires commencent en effet normalement au 1er septembre et on murmure même que la pré-rentrée en aout aurait entrainé un surcoût budgétaire non anticipé... Mais ces explications ne semblent pas convaincre la plupart des acteurs de cette affaire. Et malgré les prises de parole du ministre, l’impression qui ressort est plutôt celle d’une cacophonie et d’une décision politique destinée à satisfaire des revendications syndicales. Et le mal est fait...
Bien sûr, on peut considérer qu’il s’agit de l’aboutissement d’une juste revendication et de la préservation d’un acquis social mais il semble bien que cette position résiste mal face à l’opinion publique et même au ressenti d’une bonne partie des enseignants. En tout cas, les débats sont vifs et les réactions très nombreuses sur les réseaux sociaux. Et les conséquences en termes d’images semblent plutôt négatives aussi bien pour les enseignants que pour le ministre.
Au sein du monde enseignant, les clivages sont marqués. On notera d’abord que cette revendication était surtout exprimée par des syndicats du second degré. Comme l’expriment très bien plusieurs porte-paroles officiels ou officieux des professeurs des écoles, la pré-rentrée "ce n'est pas une journée de travail fictive" et de toutes façons les instituteurs (PE) sont dans leur classe bien avant la date officielle. Et ils ont eu le sentiment d’être encore une fois, ignorés. D’autant plus que ce sont les seuls à vraiment faire cours jusqu’au bout de l’année et que s’il y a rattrapage de la journée perdue, ce sont eux qui risquent d’être là aussi les seuls à le faire effectivement. Mais le clivage n’est pas seulement entre degrés, il renvoie aussi à des positionnements syndicaux et politiques. D’un côté ceux qui considèrent que le refus de commencer en aout est un moyen de montrer aussi un mécontentement face au gel des salaires en préservant un avantage de la profession et une compensation pour les difficultés du métier. De l’autre, ceux qui, soucieux de l’image donnée à l’ensemble des salariés et en relativisant les difficultés, insistent sur le caractère dérisoire de ce point de fixation face aux enjeux du système éducatif. A lire comme illustration de ce sentiment le billet de Mara Goyet sur le site du Monde intitulé : “J’ai honte”....
Les conséquences en terme d’image sont aussi pour Benoît Hamon. Celui-ci apparait comme le “ministre des syndicats” pour reprendre le titre d’un article de L’Express. Il serait là pour “pisser sur les braises" et acheter la paix sociale. Mais pour complaire à tel ou tel syndicat, il en est réduit à monnayer cela contre des jours de vacances parce qu'on a pas les moyens d'augmenter les salaires (-comme le montre un très bon dessin de Vidberg- ) au mépris de tout ce qui a été dit sur les rythmes scolaires annuels. Et en envoyant un signal de renoncement plutôt que d’ “habileté” et en donnant l’impression d’une faiblesse politique. A force de “pisser sur les braises", on risque de s’éclabousser...

Un socle qui vacille
Pendant l'immense cacophonie du report de la pré-rentrée, le Conseil Supérieur des Programmes se réunissait jeudi dernier pour continuer à travailler sur le futur nouveau "socle commun de connaissances de compétences et de culture". Dès le lundi 12 mai Le Monde avait diffusé un pré-projet avec cinq domaines fondamentaux : les langages fondamentaux, apprendre à apprendre, former la personne et le citoyen, l’homme et le monde : les sciences et les techniques, l’activité humaine dans un monde en évolution. La Croix a aussi consacré un long article aux enjeux de ces travaux importants.
Dans un article paru dans l’Express , l’historien Claude Lelièvre (qui avait participé à la rédaction du précédent socle commun) se réjouit et s’inquiète à la fois : “Il est indiqué dans la version actuelle du projet de texte du CSP que les connaissances et compétences à acquérir dans le cadre du socle relèvent de cinq grands domaines de formation dont l'ensemble définit les composantes de la culture commune. Parmi elles : "apprendre à apprendre". Il est dûment précisé que les principales méthodes de travail "pour apprendre" requises par les études et la formation tout au long de l'existence, ne constituent pas un enseignement en soi, mais qu'elles doivent faire l'objet d'un apprentissage programmé et explicite, pendant la scolarité obligatoire, dans tous les enseignements et espaces de la vie scolaire. Et il est par ailleurs souligné qu' "apprendre à apprendre" est un enjeu qui concerne l'ensemble des champs et des disciplines; les méthodologies du travail ne s'apprennent qu'en situation, mais il faut leur consacrer le temps nécessaire et les explicitations suffisantes. ”
Car plus que les énoncés des grands domaines du socle, l’enjeu est dans l’opérationnalité de celui ci. A trop rester dans des généralités, on risque d’en rester à des grands principes consensuels mais peu engageants sans préciser les moyens de sa mise en œuvre et de son évaluation. Mais on sait bien que c’est sur cette question de l’existence d’un “cadrage” fort ou non, que se situent les clivages syndicaux. Et là encore, alors que le ministre doit s’exprimer prochainement sur le sujet (au risque d’empiéter sur les prérogatives du CSP) on semble s’engager dans la voie d’un socle a minima pour ne pas réveiller les tensions syndicales. A moins que les gages donnés par le ministre sur les vacances servent à négocier des évolutions vers un socle rénové. Ou qu’au contraire, les arbitrages rendus sur la pré-rentrée ne laissent augurer d’autres renoncements...

4 de moyenne
“En France, on peut devenir prof des écoles avec 4,17/20 de moyenne”, c’est le titre d’un article de Pascal Riché, fondateur de Rue89 sur ce site et publié en début de semaine. Un autre article du Figaro avec quasiment le même titre est sorti ce samedi. Ces deux articles très proches s’alarment du fait que dans les académies de Versailles et de Créteil, le seuil d’admission ne dépasse pas 5/20. Pour Pascal Riché, c’est le signe d’une crise des vocations pour un métier que les pouvoirs publics ne savent pas rendre attrayant.
Comme je l’ai fait sur les réseaux sociaux, il faut rappeler ici quelques éléments de réflexion pour nuancer cette analyse. Et d’abord qu’il Il n'y a pas un “4 absolu" ou un “12 intangible'" comme il existe un mètre étalon au Pavillon de Sèvres. Les études de la docimologie (trop peu connues) depuis les années 30 montrent la variabilité et la relativité de la note... Donc la note en elle même ne veut rien dire. D’autant plus que c'est un concours et donc ce qui importe ce n'est pas la note mais le classement. Ce phénomène n'est pas propre aux concours d'enseignement. Il suffit malheureusement d'aller observer aussi les pratiques de notation en classes prépas où d'excellents élèves de Terminale ayant eu de très bonnes notes au bac se retrouvent avec des 1 ou des 2 à leur entrée en prépa. Faut-il en conclure à une baisse de niveau ? C'est donc plus compliqué que cela...
Bien sûr, on peut voir, comme le fait Pascal Riché et plusieurs commentateurs avant lui, dans cette “crise” de recrutement un manque d’attractivité du métier lié à sa difficulté, son manque de prestige et à sa faible rémunération (comparé à d’autres métiers et d’autres pays). Nous rappelions dans une précédente revue de presse que à la session 2014 exceptionnelle du Capes, la moitié des postes de profs de maths n'ont pas été pourvus. On constate des phénomènes similaires dans d’autres disciplines. Dans le premier degré, 875 postes sont non pourvus à l'issue des épreuves d'admission, soit 10 % des postes ouverts au concours. Ces chiffres peuvent en effet inquiéter lorsqu’on sait que l'Etat compte recruter 58 000 postes d'ici 2017. Nous rappelions qu’en 2013, il y a eu deux concours de recrutement. Celui dont on parle ici c’est ce le “2013-2” ou plutôt le “2014 avancé”. Ce 2ème concours a pu être ouvert à ceux qui avaient raté le premier. On peut donc se demander si tous les candidats étaient “au niveau” (dont on peut discuter...) et surtout si on a pas épuisé le “vivier” de candidats potentiels. Car si on recrute au niveau du master on a évidemment un potentiel de candidats moins important que si on recrute en licence. Par ailleurs, dommage co-latéral de la masterisation, on écarte des métiers d'enseignants les jeunes issus des milieux populaires qui vont dans des proportions moindres jusqu'au master. Si l'on veut que les profs ressemblent aux jeunes qu'ils auront en face d'eux, il faut aussi se préoccuper de ça...
Mais revenons aux notes des candidats au CAPES et au “niveau qui baisse”. Si les postes n’ont pas été pourvus cela ne veut pas dire forcément que les candidats n’étaient pas présents mais que les jurys ont estimé qu’ils n’avaient pas le niveau suffisant pour être admis. Bien sûr il est tout à fait légitime que les membres des jurys éliminent les candidats qui posent un vrai problème de compétences. Mais on peut aussi s'interroger sur le comportement de ces jurys qui recalent des candidats sur des motifs quelquefois flous et décalés par rapport aux réalités du terrain. Les exemples de questions pièges où on interroge les candidats sur des “savoirs décoratifs” dignes de “Questions pour un champion” sont nombreux. Comme nous le disions plus haut, la note en elle même ne veut rien dire. Sauf que ceux qui mettent une très faible note ou distribuent des "zéro" à tire larigot en posant ce genre de questions marquent ainsi leur territoire et leur pouvoir... On aura beau faire des concours supposés plus "professionnels" avec plus de pédagogie, si certains membres de jurys de concours continuent à se comporter quelquefois comme des petits marquis hautains qui méprisent les personnes qu'ils interrogent, on n’aura pas fait avancer la conception du métier.
On peut aussi faire remarquer que les candidats à ce deuxième concours ont du en même temps, préparer le concours, assurer des cours dans le cadre de leur contrat et suivre des cours et rendre des devoirs pour finir leur master. Ça fait beaucoup pour des gens de bonne volonté ! Il est beaucoup plus difficile pour les candidats de travailler sur deux fronts que de se concentrer sur un seul objectif. Le concours peut donc être à la fois moins sélectif et plus difficile.
Le discours sur le niveau qui baisse et la "faible attractivité des concours" doivent donc être déconstruites et remises en perspective. L’analyse critique des médias, ça devrait être dans le socle commun ?

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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samedi, mai 10, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 5 au 11 mai 2014





- Ministère amer – Grand écart – indigestion de PISA – Goût de l’échec - .



Même si la semaine a été marquée, comme la précédente, par un jour férié, l’actualité éducative est assez riche. A commencer par le vote négatif, lundi dernier, du CSE sur le projet de décret sur les rythmes et la nomination d’une nouvelle Degesco mercredi en conseil des ministres. Il y a eu aussi la publication du “bilan social” de l’Éducation Nationale dont les statistiques ont alimenté de nombreux articles. On reviendra aussi sur une pétition internationale, signée de nombreux universitaires anglo-saxons, demandant la suspension de PISA. Avant de se demander, avec Alain Boissinot, pourquoi l’école française aime tant l’échec.



Un ministère dans la tourmente
La semaine a été chargée pour Benoît Hamon et son équipe. La semaine précédente l’était déjà avec la démission du n°2 du ministère, Jean-Paul Delahaye, qui a quitté la Degesco la direction la plus importante de la rue de Grenelle. Cette démission n’était pas sans rapport avec la tenue lundi 5 mai du Conseil supérieur de l’Éducation, (une instance consultative rassemblant des représentants de la communauté éducative) où était présenté le projet de décret d’“assouplissement” des rythmes scolaires. Malgré les efforts du ministre, le CSE a voté majoritairement contre ce projet. Seules trois voix se sont prononcées pour, les autres syndicats et représentants des parents d’élèves se sont répartis entre Contre et absentions. Mais si ce rejet semble unanime, il masque en fait des différences fortes. Entre ceux qui considèrent que le décret remet en cause l’esprit de la réforme des rythmes et ceux qui, à l’inverse trouvent que ce décret ne va pas assez loin dans le “détricotage”, il n’y a plus grand chose de commun...
Il faudra faire, un jour, l’analyse détaillée du déroulement de cette réforme et identifier les raisons qui ont amené à la situation actuelle. Erreurs de calendrier, mauvaise appréciation de la situation de départ, rigidité des positions, stratégies syndicales, politisation du sujet,... Les raisons sont multiples. Quoi qu’il en soit, on est loin de l’unanimisme qui présidait au moment de la commission sur les rythmes initiée par Luc Chatel en 2011 et surtout de la signature en 2010 de l’appel de Bobigny par une cinquantaine d’organisations qui se retrouvent aujourd’hui opposées. À tous les amateurs d’archéologie militante, je conseille la lecture de liste des signataires et du point 7...
On notera que malgré ce vote (consultatif) négatif, le ministre a publié le décret rapidement puisqu’il est paru le jeudi 8 mai au Journal Officiel. .
Mais poursuivons la semaine dans l’ordre. Le mardi 6 mai, nous apprenions la probable nomination de Florence Robine comme nouvelle directrice générale de l’enseignement scolaire , confirmée par le conseil des ministres du mercredi 7 mai. La rectrice de Créteil succède à Jean-Paul Delahaye qui, semble t-il, l’avait préparée à ce poste important. On peut interpréter sa nomination comme le signe d’une pérennisation de l’esprit de la refondation. Ce qu’elle écrivait dans les Cahiers Pédagogiques il y a quelques années laisse penser qu’elle ne défend pas une conception étriquée de l’enseignement et des programmes. On peut espérer qu’elle se situe dans le prolongement de son prédécesseur et oeuvre pour une pédagogie au service de plus d’équité et de la réussite de tous.
Parallèlement à cette nomination, on apprenait aussi la composition du cabinet du Ministre . Que dire ? Rien de neuf... C’est un mélange d’anciens du cabinet précédent et de personnes qui ne connaissent rien à l’éducation mais accompagnent Benoît Hamon de poste en poste. On verra à l’usage.
Au fait, mercredi, le ministre était l’invité de France Inter. On pourra réentendre son interview sur le site de la radio . Il y a surtout annoncé le prolongement, pour un an, de l’aide de l’Etat en direction «en particulier» des communes les plus en difficulté pour appliquer les nouveaux rythmes scolaires. Mais, dans cette matinée radiophonique, on pourra surtout écouter l’intervention finale de Nicole Ferroni (une ancienne prof reconvertie dans l’humour) . On peut ne pas aimer le catastrophisme de ce qu’elle décrit mais on peut aussi apprécier la sincérité du propos. C’est mon cas.

Grand écart
Chaque année la publication par la DEPP du bilan social du ministère de l'Education nationale est l'occasion de faire le plein de statistiques sur les enseignants français leur nombre, leurs grades, leurs salaires, leur temps de travail... Cette année est particulièrement intéressante pour les salaires. “Les années précédentes, le calcul se faisait sur des carrières-types et des individus fictifs, alors que cette fois, on a travaillé sur des données réelles ”, explique Catherine Moisan la directrice de la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) dans Les Échos .
Ce que montrent ces statistiques sur les salaires des enseignants, c’est surtout le grand écart. Les rémunérations varient considérablement en fonction du niveau enseigné, des diplômes obtenus, et de l'âge. Ainsi le salaire médian des enseignants du primaire s'établit à 2130 euros nets, contre 2493 euros nets pour les professeurs de collège certifiés, 3443 pour les agrégés, et jusqu'à 5795 euros nets pour les professeurs de classes préparatoires.
Les professeurs des écoles gagnent donc environ 5.000 euros de moins que les certifiés, alors qu’ils partagent les mêmes indices. “Les primes expliquent la majorité de l’écart entre les professeurs des écoles et les certifiés ” , souligne l’étude. “Les certifiés font des heures supplémentaires, pas les professeurs des écoles , ”complète Catherine Moisan. Une autre raison tient au fait que les certifiés “passent plus fréquemment à la hors classe”, un grade financièrement plus avantageux. L’instauration d’un prime de 400 euros destinée à réduire l’écart entre premier et second degré, n’a pas suffi à faire taire les revendications des enseignants du premier degré qui s’estiment, à juste titre, lésés par rapport à leurs collègues du secondaire. Il faut voir aussi dans cet écart et le sentiment d’injustice qui en résulte un des facteurs qui peut expliquer la résistance à la réforme des rythmes. Le chercheur Bruno Suchaut l’exprime avec un peu de provocation en évoquant dans Les Échos “Un treizième mois plutôt que la réforme des rythmes scolaires ” et il ajoute “Quand on veut faire passer des réformes, on a besoin des enseignants. La profession doit aussi être revalorisée financièrement pour une meilleure motivation des enseignants. Et pour attirer les gens les plus compétents. Regardez les derniers résultats des concours d'enseignants, ils ne font pas le plein... ”
Ce que nous indique en effet ce bilan social, c’est qu’en effet les profs sont mal payés . Comme le dit le même Bruno Suchaut, mais cette fois-ci dans Rue89 : “Il y a trois manières de comparer les salaires versés aux enseignants : dans le temps, entre les pays et par rapport à d’autres professions. A chaque fois, la comparaison n’est pas à l’avantage de la France. ”. Le chapitre précédent nous rappelle qu’il y a aussi une autre manière de comparer : au sein de la même profession.
D’autant plus que le grand écart ne se limite pas aux salaires mais aussi au temps de travail. Le décalage entre le primaire et le secondaire est alors inverse au niveau de rémunération... Un tableau intéressant (page 28 de ce rapport) détaille en effet le temps de travail déclaré selon les catégories d’enseignant. Pendant l'année scolaire, un enseignant du premier degré déclare, en moyenne, 44 heures de travail par semaine, dont 25 h 30 en présence d'élèves. Le reste se répartit en préparation des cours, corrections des copies, réunions ainsi que surveillance d'études ou de cantine. Dans le second degré, un enseignant déclare en moyenne 41 heures de travail par semaine. À une heure d'enseignement correspond au moins une heure de travail en dehors. Les professeurs de disciplines littéraires, eux, annoncent un peu plus d'heures de corrections et de préparation de cours que leurs homologues scientifiques ou que les professeurs de langues. Le rapport permet aussi de rappeler que, contrairement aux idées reçues, les enseignants travaillent pendant leurs vacances: 18 jours de congés sur l'année répartis en 8 jours pendant les congés d'été et un jour et demi par semaine pendant les autres vacances.
On pourrait rentrer encore plus dans le détail de ce rapport passionnant. On peut surtout se demander ce que peut faire Benoît Hamon des éléments d’un tel rapport. Celui-ci est potentiellement porteur de revendications et de conflits sociaux. Et la marge de manœuvre du ministre dans un contexte marqué par l’austérité et le gel du point d’indice est égale à zéro....

indigestion de PISA
Luc Cédelle, sur son blog, titre son dernier (et excellent) billet : “Doutes sur PISA dans la presse internationale ”. Dans le même temps, on apprend qu’une pétition internationale, signée de nombreux universitaires du monde anglo-saxon, demande la suspension de PISA dans les colonnes du journal britannique The Guardian. On peut y lire : “Pisa, avec son cycle d'évaluation de trois ans, a provoqué un déplacement de l'attention vers des solutions à court terme visant à aider un pays à grimper rapidement dans les classements, malgré des recherches montrant que des changements durables dans la pratique de l'éducation prennent des décennies, pour se concrétiser.” (traduction – approximative - par mes soins). Et les chercheurs ajoutent “en mettant l'accent sur une gamme étroite d’aspects mesurables de l'éducation, PISA détourne l'attention des objectifs éducatifs moins mesurables ou non mesurables comme le développement physique, moral, civique et artistique, réduisant ainsi dangereusement notre imagination collective sur ce que l'éducation est et doit être ”. Toujours dans The Guardian on pourra lire la réponse du responsable de PISA à l’OCDE, Andréas Schleicher à qui cette pétition est adressée. Selon lui rien ne suggère que Pisa ait pu engendrer une vision trop court-termiste de l'école. Les études contribueraient au contraire à ouvrir le débat sur les politiques éducatives et aideraient les responsables à les piloter, selon lui.
Comme le montre très bien Luc Cédelle sur son blog , une partie des critiques adressées à cette enquête internationale vient surtout de la logique de palmarès qui a pris le dessus et des sur-interprétations qui en sont faites malgré les conseils de modérations donnés par les experts eux mêmes. On retrouve ces mêmes précautions évoquées dans une synthèse proposée par L’Express sur ce sujet.
On peut s’étonner comme le fait Olivier Rey (IFÉ) sur son blog que cette lettre ouverte, dont le contenu plairait sans doute à de nombreux sociologues et chercheurs en éducation francophones, n’ait pas été élargie dès son origine à une aire internationale plus large que les pays anglophones et la Suède. Car la France, et son ethnocentrisme éducatif, a toujours eu du mal avec cette enquête qui conduit à une approche comparatiste et à questionner les finalités du système éducatif. Comme le dit, mieux que je ne peux le faire, Luc Cédelle : “au narcissisme institutionnel et identitaire, voulant que tout ce qui existe dans d'autres pays serait inapproprié au nôtre, et aux réflexes conservateurs qui en résultent, PISA est venu opposer la logique rude, souvent aussi simpliste que salutaire, de l'évaluation : voir où « ça marche » et où « ça ne marche pas ». ”.
Alors au prétexte d’effets pervers (réels) et de discussions sur la méthodologie, doit-on casser le thermomètre ? La dernière enquête PISA a montré qu’en France, le système d’éducation est plus inégalitaire qu’il ne l’était 9 ans auparavant. En d’autres termes, lorsqu’on appartient à un milieu défavorisé, on a aujourd’hui moins de chance de réussir en France qu’en 2003. Et ce constat n’est pas fait que par cette enquête internationale mais se retrouve aussi dans la plupart des travaux des sociologues de l’éducation. Faut-il être dans le déni et continuer à faire comme si tout va bien ? L’autre mérite de PISA, à travers ses statistiques c’est qu’on évolue vers un consensus où l'échec scolaire est devenu inacceptable. Reste à se donner les moyens pour parvenir à une pédagogie qui permettent de lutter efficacement contre les inégalités et se donne pour objectif de faire réussir tous les élèves. C’est en principe l’enjeu même du socle commun.

Goût de l’échec
Alain Boissinot, président du Conseil Supérieur des Programmes donne une interview dans le Nouvel Obs . Alors que l’organisation qu’il préside s’apprête justement à publier une nouvelle définition du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, il est interrogé sur sa conception du système éducatif. L’ancien recteur de l'académie de Versailles prend ses distances vis-à-vis du modèle encyclopédique porté par les programmes actuels.
Son propos porte surtout sur la “culture de l’échec” et ce goût extrême pour la sélection propre à notre système éducatif : “Plutôt que d'encourager les bonnes performances, l'école française sanctionne trop souvent l'échec, comme si cette sévérité était un gage de sérieux. Environ 15% des candidats sont recalés chaque année au bac, et on entend dire qu'à ce compte, le bac est "donné". Comme si amener tout le monde à la réussite n'était pas normal. ”. D’où l’enjeu du socle commun qui est avant tout une promesse démocratique. Et il poursuit : “l'échec fait partie de notre culture. Nous gardons tous en mémoire le souvenir d'avoir raté quelque chose au cours de nos études : le brevet, le bac, l'agrégation, tel concours, telle grande école, ou même un simple devoir. Voilà ce qu'on retient ! L'échec est le fondement d'une névrose nationale. On peut même intégrer une bonne école d'ingénieurs avec le sentiment d'avoir échoué à rentrer dans une plus prestigieuse. Tout cela date d'une époque où le lycée sélectionnait les meilleurs élèves, en réalité les quelques pour cent d'enfants les plus favorisés du pays. Bien des gens continuent d'adhérer à ce modèle révolu. Nous sommes enfermés dans le pessimisme et la culture du passé, et nous n'arrivons pas à penser les nouvelles logiques du monde de demain.” Et il s’interroge sur ce système et ces enseignants qui en croyant se montrer exigeants “découragent les élèves plutôt que de les élever”.
On prendra comme conclusion de ce bloc-notes, ce que dit Alain Boissinot dans cette interview que je vous invite à découvrir dans son entier. : “S'il est une "exigence" enseignante à saluer, c'est bien celle de faire réussir tous les élèves. ”

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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samedi, mai 03, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 28 avril au 4 mai



- Catastrophisme – Pénurie ? - Démographie – Départ - .



Une des fonctions de ce bloc notes est de revenir sur l’actualité de la semaine pour la mettre en perspective, la nuancer ou bien encore s’interroger sur la manière dont les médias décident et traitent de cette actualité. Cette semaine nous offre plusieurs opportunités de le faire. Entre les résultats de l’enquête sur les agressions de directeurs et les chiffres sur les résultats aux concours de recrutement, les sujets sont nombreux où une réflexion critique s’impose.
Par ailleurs, nous nous intéresserons aussi à un sujet où il est aussi question de chiffres : la démographie. Et nous reviendrons sur la démission du directeur de l’enseignement scolaire au ministère : Jean-Paul Delahaye.



Catastrophisme
L'information diffusée en boucle le mardi 29 avril avait de quoi affoler. « Près de la moitié des directeurs d'école agressés par des parents (étude) », titrait ainsi l'AFP reprise telle quelle par de nombreux médias. Les journaux télévisés, les radios, la presse quotidienne, sans trop de recul ont cédé au sensationnalisme. Il faut pourtant s’interroger à la fois sur l’enquête elle même et sur la construction médiatique de cette “information”
A l'origine, une étude intitulée « Etat des relations école-parents : entre méfiance, défiance et bienveillance» (téléchargeable sur le site de la CASDEN ) menée par un ancien chargé de mission de l'inspection générale de l'éducation nationale, Georges Fotinos. Celui qui est souvent présenté comme chercheur associé auprès de l'Observatoire international de la violence à l'école s'est fondé sur un questionnaire en ligne rempli par 3 320 directeurs d'école sur un total de 52 000 environ.
Dans un communiqué, Catherine Blaya, la présidente de l’Observatoire international de la violence à l’école, a démenti que Georges Fotinos, qui s’en réclame, y soit associé. Mettant en doute la «démarche scientifique» de l’enquête, elle a pris ses distances à l’égard «d’informations sensationnalistes totalement contre-productives». Georges Fotinos a répliqué en rappelant tous les rapports officiels auxquels il a été associé. Et en soulignant la participation d’universitaires à son étude. Sur le blog “vu de l’intérieur” consacré à la délinquance sur le site du journal Le Monde on s’interroge quand même sur la méthodologie en notant qu’il s’agit d’un questionnaire en ligne et donc fondé sur les déclarations des directeurs. L’échantillon semble représentatif (sauf sur le plan géographique qui n’est pas évoqué). 3 320 questionnaires ont été validés sur un nombre total de directeurs d’école en France autour de 52 000. Le taux de réponse est donc d’à peu près 6%. Mais le problème tient surtout au terme d’ “agression” utilisé dans le compte rendu de l’enquête. On range sous ce vocable aussi bien des disputes, des harcèlements que des menaces et des coups (0,7% des réponses pour ce dernier item). Pour Véronique Soulé dans Libération, l’enquête, quand on la lit dans le détail, est une “étude pas si apocalyptique ”. Elle rappelle que dans son commentaire, Georges Fotinos se veut d’ailleurs lui-même nuancé. «Il faut relativiser l’importance de ces chiffres, écrit-il, la fréquence annuelle de ces agressions est faible, et l’accumulation peut s’être produite à propos d’un même incident. D’autre part, nous sommes dans le domaine du ressenti émotionnel».
Plus loin dans la même enquête, 96,3% des directeurs indiquent «avoir le sentiment que les parents ont confiance en eux» et 76,1% trouvent qu’ils «respectent leur autorité sur leurs enfants». Un résultat qui tempère le pessimisme des chiffres précédents et qui peut même sembler paradoxal.
Au delà de la polémique entre chercheurs, il faut donc s’interroger surtout sur l’usage médiatique d’une telle enquête. Le site Arrêt sur images résume plaisamment le problème par un titre parodique : “Sondage : un auditeur sur deux agressé par une info bidon” . Alors pourquoi cette “information“ a t-elle eu autant d’écho ?
Osons une hypothèse : parce qu’elle va dans le sens des représentations que l’opinion publique a de l’évolution de l’École. Selon Le Parisien qui reçoit la palme du titre avec “Sondage : les instits ont peur des parents ”, les résultats alarmants de l'étude illustrent un symptôme plus profond : l'instituteur est de plus en plus malmené. « Attention danger ! On sait que l'instituteur a depuis longtemps perdu le prestige qui l'entourait dans l'école de Jules Ferry. […] Lorsque l'autorité des maîtres n'est plus reconnue, c'est une racine essentielle du lien social qui disparaît. » La phrase a immédiatement fait réagir l'historien Claude Lelièvre. ,Sur un de ses blogs (celui de Médiapart) il regrette un « raccourci » qui « ne tient pas historiquement la route ». « L'autorité des enseignants du primaire n'a jamais été ni donnée ni complètement acquise. Elle a toujours été plus ou moins contestée », poursuit-il. Et dans L’Express il ressort des archives de 1861 qui parlent des parents comme un "fléau de l'école". On a toujours besoin d’un historien de l’École…
Pour conclure, si l’on veut réfléchir plus sereinement sur les relations parents-enseignants, je vous conseille vivement la lecture du dossier d’actualité paru dans le n°513 des Cahiers Pédagogiques sur ce sujet. Et je laisse la conclusion à Bruno Masurel d’ATD Quart-Monde dans un autre article de la revue : “Un parent ne voudra vraiment participer à l’école que s’il pressent que ce qu’il y apporte aura une influence sur ce qui se passe, sera pris en compte réellement par l’enseignant et donc favoriser la réussite des enfants. S’autoriser à donner son avis, ne pas se dévaloriser soi-même n’est donc pas acquis pour bon nombre de parents, surtout si les modalités de rencontre ne le favorisent guère. […] D’où l’importance de rendre l’enfant fier de ses parents, de l’aider à développer sa propre estime de lui-même. Il s’agira aussi de redonner confiance aux parents, forts de cette estime que leurs enfants ont pour eux. […] Dans l’autre sens aussi, rendre les parents fiers de leurs enfants est important, car l’enfant grandit à travers le regard que ses parents portent sur lui. Sentir que ses parents sont fiers de lui est le premier stimulant de la confiance en soi d’un enfant. ”.
Bien loin du catastrophisme et de la méfiance réciproque….

Pénurie ?
L’autre sujet qui a donné lieu à des titres catastrophistes est celui de la crise des “vocations” (je déteste cette expression, j’exerce un métier pas un sacerdoce). Ainsi L’Express titre “Le prof, une espèce en voie de disparition?”, le Nouvel Obs s’interroge “Va-t-on bientôt manquer de professeurs ? ” A la session 2014 exceptionnelle du Capes, la moitié des postes de profs de maths n'ont pas été pourvus. On constate des phénomènes similaires dans d’autres disciplines. Dans le premier degré, 875 postes sont non pourvus à l'issue des épreuves d'admission, soit 10 % des postes ouverts au concours. Ces chiffres peuvent inquiéter lorsqu’on sait que l'Etat compte recruter 58 000 postes d'ici 2017.
A la suite de ces chiffres, les analyses pessimistes n’ont pas manqué. On peut voir, comme le font plusieurs commentateurs, dans cette “crise” de recrutement un manque d’attractivité du métier lié à sa difficulté, son manque de prestige et à sa faible rémunération (comparé à d’autres métiers et d’autres pays). Ces explications sont en partie pertinentes même si elles servent souvent à un déclinisme qui permet à un courant conservateur de relier tout cela à la crise de l’institution “École” évoquée plus haut. Mais il faut cependant nuancer l’information de départ et relativiser la “crise des vocations” qui a fait les gros titres…
En 2013, il y a eu deux concours de recrutement. Celui dont on parle ici c’est ce le “2013-2” ou plutôt le “2014 avancé” si on s’en tient au jargon techno en vigueur au Ministère. Pour le 1er concours, Vincent Peillon, alors ministre, s’était réjoui qu’il ait fait le plein. Comme les dates le permettaient, le 2ème concours a pu être ouvert à ceux qui avaient raté le premier. On peut donc se demander si tous les candidats étaient “au niveau” (mais quel est-il ?) et surtout si on a pas épuisé le “vivier” de candidats potentiels.
Il faut aussi préciser en effet que le fait que les postes n’aient pas été pourvus ne veut pas dire forcément que les candidats n’étaient pas présents mais que les jurys ont estimé qu’ils n’avaient pas le niveau suffisant pour être admis. On se rappelle que l’an dernier, on avait déjà pointé “une épidémie de zéro” dans les concours de professeurs des écoles. On peut donc s’interroger aussi sur un comportement malthusien des jurys de concours. Plus largement d’ailleurs, on ne peut s’interroger sur l’évolution des concours de recrutement plus “professionnalisants” sans s’intéresser à la composition et à la formation pédagogique des membres de jurys de concours. Mais je m’égare…
On peut aussi voir la situation actuelle comme le résultat de la contradiction du compromis actuel sur la place du concours. La “masterisation” décidée sous Sarkozy, plaçait le concours à Bac + 5. La réforme de la formation et la construction des ESPÉ place aujourd’hui le concours en fin de M1 (bac +4) et la validation à l’issue de l’année de M2. Même si, habilement, on a élargi le “vivier” en passant de M2 à M1, il n’en reste pas moins que celui-ci reste limité et que les carrières possibles avec ce niveau de diplôme rentrent en concurrence avec le métier enseignant. On peut constater aussi que la hausse du niveau de recrutement conduit à réduire le nombre de candidats issus des milieux populaires qui font d’autres choix d’orientation. On pouvait faire d’autres arbitrages et placer le concours en fin de L3 (bac + 3) et proposer une réelle formation professionnelle en deux ans qui ne soit pas polluée par le bachotage et le concours.
Enfin, finissons par une petite provocation. Comme on le voit nous sommes quand même dans un contexte de pénurie. Le rapport candidats/postes est très faible. Et malgré tout on demande aux futurs enseignants de passer à la fois un concours et un Master…. Ne pourrait-on pas considérer qu’un seul de ces deux diplômes sélectifs suffit ? Un concours dans un tel contexte est-il encore nécessaire ? Mais je m’égare encore…

Démographie
“La démographie c’est imparable, me disait mon vieux prof de démographie à la fac (il y a très longtemps), il suffit de maîtriser les additions et les soustractions et les prévisions sont assez faciles à faire…”. Pour la journaliste Marie-Christine Corbier dans Les Échos : “Le nombre d'élèves complique la tâche de Hamon”. Et Marie Caroline Missir dans L’Express évoque, quant à elle, “le dossier confidentiel laissé à Benoît Hamon ”. Ce document élaboré par la direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco), la plus grosse direction du ministère, a été remis au ministre et à son directeur de cabinet dans les jours qui ont suivi sa nomination. Que peut-on y lire ?
"Les moyens supplémentaires sont principalement consacrés, comme en 2013, au rétablissement de la formation initiale des enseignants. Au total, la rentrée 2014 s'effectue avec 2355 emplois supplémentaires pour le premier degré et seulement 986 emplois supplémentaires dans le second degré où il a été nécessaire d'allouer l'équivalent de 1000 ETP d'heures supplémentaires pour faire face aux besoins (non prévues au budget et qu'il faudra compenser en 2015)." Par ailleurs, les services du ministère précisent que "l'augmentation des effectifs va absorber une grande partie des moyens supplémentaires: dans le premier degré, les 37 666 élèves supplémentaires [...] représentent à taux d'encadrement constant 1225 emplois ; dans le second degré, face aux 32 892 élèves supplémentaires il n'est possible de mobiliser que 1486 ETP (alors qu'il en aurait fallu 2000 pour préserver le taux d'encadrement)". Ainsi, la rentrée 2014 “[va] se traduire par une légère érosion des taux d'encadrement hors éducation prioritaire dans le second degré", pronostique la Dgesco.
Dans l’article du journal Les Échos , la journaliste donne la parole aux syndicats qui s’inquiètent que la refondation (scolarisation des deux ans, “plus de maîtres que de classes”, éducation prioritaire,...) ne soit absorbée par la poussée démographique. Dans l'entourage de Benoît Hamon, on est toutefois catégorique : « Elle ne sera pas touchée par la poussée démographique. »
Il reste cependant que, comme le disait mon vieux prof, la démographie c’est imparable. Et que les prévisions pouvaient être faites depuis longtemps. Au passage, cela justifie encore plus les créations de postes. Et nous prouve que la refondation ne passe pas que par du quantitatif (les postes) mais doit aussi se poser la question du qualitatif. Et si on en profitait pour faire vraiment autrement ?

Départ
La revue de presse du vendredi 2 mai s’en faisait déjà l’écho. L’annonce de la démission du numéro 2 du ministère a fait couler beaucoup d’encre. Jean-Paul Delahaye était le Degesco du Ministère de l’Éducation Nationale . La Degesco (direction générale des enseignements scolaires) est la direction la plus importante du ministère à tel point qu’on peut considérer que son directeur est une sorte de “ministre bis”. Jean-Paul Delahaye avait d’abord été conseiller spécial de Vincent Peillon avant de prendre ce poste. Depuis longtemps, il avait annoncé qu’il quitterait celui-ci à la fin de l’année scolaire. Mais cette annonce plus tôt que prévue a évidemment une signification politique et symbolique. Le 5 mai, Jean-Paul Delahaye, devait présenter devant le Conseil supérieur de l'éducation le projet de décret complémentaire du nouveau ministre sur les rythmes. Sa démission avant ce rendez-vous important suggère qu'il ne voulait pas assumer un texte qui détricote une partie de son travail effectué pendant dix-huit mois auprès de Vincent Peillon, avance Le Figaro . Pour Le Parisien , c’est “un coup dur pour Benoît Hamon”. Même si ce dernier affirme qu’il était au courant de sa décision depuis sa prise de fonction et qu’un(e) remplaçant(e) devrait être nommé(e) rapidement. Le nom de Florence Robine (actuelle rectrice de Créteil) circule déjà.
Si l’assouplissement des rythmes est probablement une raison de ce départ précipité, il ne faudrait pas limiter la décision de Jean-Paul Delahaye à ce seul aspect. On peut dire que cet homme d’une grande simplicité et honnêteté et ayant occupé tous les postes à tous les niveaux de la hiérarchie a été aux prises tout au long de ces deux ans avec un cabinet et des conseillers arrogants, sûrs d’eux et finalement peu au fait du fonctionnement de cette administration si particulière. Loin des discours performatifs et de la pensée magique, contrairement à beaucoup de hauts fonctionnaires déconnectés des réalités du terrain, Jean-Paul Delahaye savait que le diable est dans les détails et que la mise en œuvre des réformes passe par la continuité et la précision de l’action. On peut aussi se demander, si dans la haute administration , tous, étaient, comme lui, convaincus de la nécessité d’agir contre les injustices sociales au sein de l’École…
Le plus bel hommage rendu à ce grand serviteur de l’État, unanimement respecté, vient d’un de ses amis. Claude Lelièvre dans son blog sur ÉducPros retrace le parcours de celui qui a débuté sa carrière professionnelle comme professeur d’histoire-géographie en collège pendant 9 ans. Il est devenu ensuite inspecteur départemental de l’Education nationale puis directeur d’école normale, inspecteur d’académie et directeur des services départementaux de l’éducation. Devenu inspecteur général de l’Education nationale (« vie scolaire’’), il a été chargé de mission au cabinet du ministre de l’Education nationale Jack Lang de mars 2001 à avril 2002, pour les questions de violence, les ZEP, la lutte contre l’exclusion et la grande pauvreté. Claude Lelièvre rappelle ensuite que “Jean–Paul Delahaye a été mis en relation avec Vincent Peillon par mon entremise au début des années 2000 ; et leur collaboration ne s’est jamais démentie depuis. Elle va d’ailleurs sans doute se continuer sous d’autres formes. ”. Son billet de blog se termine par une revue de quelques hommages qui lui sont rendus. Je joins ma voix à ceux qui se sont exprimés. Je rends moi aussi hommage à son parcours et je salue cet homme de conviction et d’une grande rigueur morale. Juste quelqu’un de bien…

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, avril 27, 2014

A propos de neoprofs et du débat pédagogues/conservateurs en général



Quand on tape “Philippe Watrelot” sur Google (eh oui, ça m’arrive de le faire…) un des liens qui apparait dès la première page est une «Lettre ouverte à M. Philippe Watrelot de la part de Nell » parue sur le forum “néoprofs” en réaction à une revue de presse du vendredi 23 mars 2012. Je n’ai jamais répondu à ce texte jusque là car j’estime que quand on prend la parole publiquement (et sans pseudo) on court le risque assumé que cela ne plaise pas à tout le monde. Un échange récent sur Twitter a ravivé cet épisode ancien et m’amène à réagir à cet échange et au delà de l’anecdote à réfléchir une nouvelle fois au débat “conservateurs/pédagogues”.


“Neo-cons” et l’affaire du pourrisseur du web
En mars 2012, un collègue de lettres, Loys Bonod a son quart d’heure warholien. Les médias s’emparent de ce qu’il raconte d’abord sur son blog et qui est ensuite repris sur Rue89 avec pour titre “J’ai piégé le Net pour donner une bonne leçon à mes élèves”. On pourra se reporter à cet article ou à ma revue de presse du 23 mars 2012 pour connaître le détail du piège. En résumé, il s’agissait de piéger les élèves en leur faisant étudier un poème introuvable sauf avec des (fausses) références fabriquées par lui. L’intention, selon l’auteur, était de faire comprendre aux élèves qu’il fallait réfléchir par eux-mêmes et non à partir du web. A l’époque je ne fus pas le seul à ressentir un certain malaise devant tout ce dispositif mis en place pour “piéger” les élèves. Je l’ai écrit ici et là et je le maintiens. En découvrant cette expérience et en suivant un lien, j’étais allé faire un tour sur le forum néoprofs où le collègue en question était un habitué. Je livre la citation de mon blog dans son entier car c’est elle qui a déclenché la lettre ouverte dont je parlais plus haut.
Mon sentiment de malaise à l'égard de ce récit s'est trouvé renforcé lorsque je me suis rendu compte que son auteur en faisait la promotion sur le fameux forum “néo-profs” où se retrouvent des enseignants qu’on qualifiera gentiment de conservateurs (on peut même dire à l’anglaise que ce sont des “neo-cons“ —et que le temps ne fait rien à l’affaire—). 
Un commentaire quelque lignes plus bas exprimait la satisfaction d'un des lecteurs de forum en ces termes : “Cynique et sadique, je suis fan !"
. Tout est dit...

Ce jeu de mots, dont chacun pourra juger de sa qualité ou non, a été ressenti comme une insulte et m’a valu cette volée de bois vert de la part de “Nell” qui s’est senti visée car c’était elle qui s’exprimait ainsi dans ce commentaire. Je suis connu auprès de mes élèves et de mes collègues (et aujourd’hui dans les réseaux sociaux) pour mes calembours et autres jeux de mots et contrepèteries. Je tuerai père et mère pour un jeux de mots réussi (c’est pas vrai, papa et maman, je vous aime…). Comme j’ai la répartie facile, je sais aussi la différence entre l’humour (sur soi même) et l’esprit (au détriment des autres). Peut-être aurais-je du m’abstenir car ici on est clairement dans le deuxième cas. Et ce n’est pas dans mes valeurs même si ça se situe bien dans la tradition polémiste dont d’autres abusent.
En tout cas, cette pique n’a toujours pas été digérée puisque Loys Bonod me l’a encore reprochée dans un échange récent sur Twitter. Je redis ici même que je ne voulais pas blesser les personnes qui se sont senties attaquées. Mais je redis aussi avec force que, même si on peut protester de sa propre bonne foi en retour, les termes de “cynique” et “sadique” m’ont, pour ma part, profondément choqué. Pour les valeurs qu’il y a derrière les pratiques…

Néoprofs
Mais avant, revenons sur le forum “néoprofs” . Ce forum a été créé en 2001, à la suite d’un autre forum intitulé "Capes de Lettres modernes en clair". Au départ, il s’agissait surtout d’un espace destiné, comme son nom continue à l’indiquer, aux futurs ou jeunes enseignants pour y trouver des ressources et y échanger des informations et des réflexions sur leur métier. Mais assez vite, les “néos” sont devenus de moins en moins “néos” et le forum a été investi par un certain nombre de personnes de la mouvance “anti-pédago”. En particulier, pendant longtemps, Jean-Paul Brighelli (qu’on peut qualifier de beaucoup de choses mais pas de “néo”…) a été un contributeur régulier.
Et les échanges se sont caractérisés par une violence verbale de plus en plus forte permise par l’anonymat.
Comme d’autres avant lui, Brighelli en a été exclu récemment après plusieurs propos insultants et d’une rare violence. Il se venge de manière pitoyable avec un billet sur Le Point et sur Causeur (pas de lien, cherchez le vous même…) où il s’en prend à un des responsables actuels en révélant à la fois son identité et son orientation sexuelle. Ce qui est absolument contraire à toute éthique et discrédite complètement le personnage. Je réprouve évidemment fermement cette pratique.

Pseudo
Curieusement, je remarque que tout autant que l’outing (qui est proprement scandaleux), c’est la révélation de l’identité de l’animateur du forum qui cause presque plus d’émoi chez Neoprofs. Car, ce forum comme bien d’autres fonctionne sous pseudo. Or, cette pratique est à mon avis une des perversions majeures du web. Je l’écrivais déjà dans une tribune publiée sur mon blog en 2008 : “N’oublions pas qu’une bonne partie de ce déchaînement est lié à la nature même de l’outil utilisé pour s’exprimer. Les blogs et l’Internet d’une manière générale, favorisent l’anonymat. Il y est très facile d’exprimer toute sa rancœur et sa violence en s’abritant derrière un pseudo. Initialement, le recours à un nom d’emprunt était synonyme de liberté puisque l’expression sur un blog peut rentrer quelquefois en conflit avec les contraintes professionnelles. Mais aujourd’hui, c’est de plus en plus un moyen de s’affranchir de toutes les règles de la politesse et de la déontologie.” Tout seul derrière son clavier, on se sent tout puissant et autorisé à dire les pires choses, sans censure. Sauf qu’au delà des simples règles du savoir-vivre, la responsabilité civile et éditoriale existe toujours comme l’ont bien compris les modérateurs de ce forum.
Pour ma part, je me suis toujours refusé à écrire sous pseudonyme. J’assume les conséquences de mes écrits. Cela m’a valu quelquefois des remarques acerbes de tel ou tel responsable, cela m’a peut être couté mais ça reste mineur. Je reste persuadé, à quelques exceptions déontologiques près, que le pseudo ne se justifie pas dans un pays comme le nôtre. L’idée que l’on pourrait être sanctionné pour ses écrits relève dans la majorité des cas du fantasme. Les choses seraient bien plus claires et honnêtes s’il n’y avait pas de pseudo…
En tout cas, cela diminuerait certainement une partie de la violence contenue dans les messages de ces activistes du clavier qu’on retrouve sur tous les forums et réseaux sociaux, qui se répondent et par un effet de spirale du silence se convainquent qu’ils sont des centaines voire des milliers. Cela me fait penser à certains matamores de salles des profs qui parlent haut, prennent tout le monde à témoin et s’étonnent lorsqu’ils s’aperçoivent que tout le monde ne pense pas forcément comme eux…

Un débat biaisé
“Pourquoi tant de haine ?” c’est la question que je posais dans ce billet de blog de 2008. Je fais l’hypothèse que le caractère excessif et violent du débat sur l’école tient au fait que les acteurs ont un investissement affectif lourd vis-à-vis de l’école. Et que cela renvoie pour une bonne part à la manière dont chacun s’est construit son rapport à l’école et son identité professionnelle. Posons d’abord que chacun, quelque soit le “camp”, est sincère dans ses engagements et est fortement attaché à l’idée qu’il se fait de l’école. C’est ce qui rend le débat difficile (voire impossible) et passionné. On ne peut blâmer la passion et on doit la reconnaître à ses adversaires. Mais il faut admettre qu’elle complique singulièrement les choses lorsqu’elle conduit au mieux à la mauvaise foi et au pire à la violence et à l’insulte. Un débat bien mal parti…
Le débat entre les deux “camps” est présenté souvent comme celui entre les “pédagogues” et les “républicains”. Aujourd’hui on utilise même le terme à connotation péjorative de “pédagogiste”, j’y ai consacré un billet sur mon blog. Je prétends que ce débat est, pour une bonne part, une construction médiatique. Nous avions consacré la première table ronde de la journée de célébration du n°500 de notre revue à cette question (on pourra trouver plusieurs comptes-rendus de cette journée dont un, surprenant et fort intéressant ici… et un autre là..). Plusieurs participants ont montré que le débat médiatique reposait sur l’obligation du spectaculaire et du simplisme et le refus de la pensée complexe. On a vu aussi que certains ont construit des succès de librairie sur de telles simplifications. Mais la réalité du terrain n’est pas réductible, me semble t-il, à ces oppositions stériles et à la fabrication facile d’adversaires fondée sur des caricatures. La figure du “pédagogiste” (forcément délirant) est un épouvantail facile dans certains milieux conservateurs. Tout comme l’ “anti-pédago” (forcément réactionnaire) est une caricature tout aussi vaine dans le camp pédagogique.
Nous évoquions des oppositions stériles. On peut en citer quelques unes :
connaissances/compétences, didactiques/pédagogie, enseignement/éducation, exigence/bienveillance, effort/plaisir… La liste est longue et chacune mériterait un long développement et un billet de blog spécifique (je m’y suis déjà essayé ici). Pour y répondre de manière brève et très personnelle, je dirais que je me sens aussi “républicain” que mes supposés “adversaires” qui n’ont pas le monopole de cette étiquette. Et que je dénie à quiconque le droit de dire que je ne suis pas “exigeant” avec mes élèves ou que je “sacrifie” les connaissances. Et je me garderai bien de dire à l’inverse de l’autre camp qu’ils ne sont pas “pédagogues” car ils font des choix et mettent des valeurs en action dans l’organisation de la classe et les dispositifs qu’ils construisent. Qu’ils le veuillent ou non…
Est-ce à dire qu’il n’y a pas de différence ? Que tout se vaut ? Evidemment non. Ce qui est pour moi fondamental c’est la mise en adéquation des valeurs que l’on met en avant avec les pratiques pédagogiques. Fait-on la classe pour quelques uns ou met-on en œuvre des activités qui permettent à chacun de réussir ? Fait-on l’hypothèse de l’éducabilité de chaque élève ? Est-on dans une démarche de confiance envers les élèves ? Pense t-on que son action d’enseignant peut avoir un effet ? Voilà, au final, des valeurs qui doivent se traduire aussi dans les actes.
Et c’est aussi la raison pour laquelle les termes de “sadisme” et de “cynisme” évoqués au début ce texte m’ont tant fait réagir. Je ne hais rien tant que le cynisme. Pour un enseignant, ne pas être optimiste est presque une faute professionnelle. L’optimisme est la croyance, à la fois modeste et ambitieuse, que notre action peut avoir un effet et faire progresser les élèves. C’est un optimisme tempéré car cela ne peut se faire sans l’adhésion des élèves et en luttant contre un très grand nombre de contraintes. Mais comment peut-on faire ce métier si l’on pense que ce que l’on fait ne sert à rien et n’a aucun effet ? Comment peut-on être revenu de tout sans jamais y être allé ?
Malheureusement les salles des profs sont pleines de cette déploration et de ce cynisme ambiant. L’optimisme et l’enthousiasme sont non seulement mal vus mais aussi combattus. Le discours des pédagogues est souvent vécu comme un discours culpabilisateur qui renvoie à une remise en cause de sa propre pratique et au delà de sa propre personne dans un métier où on se met trop souvent en “je”…

Déconstruire le cynisme et la déploration
Comment expliquer ce cynisme et cette déploration ?
La formation des enseignants, dans le second degré, est fortement marquée par l’ancrage disciplinaire. C’est un élément clé de la construction de l’identité professionnelle. Dans la plus récente enquête sur le sujet, 60% des enseignants du secondaire déclarait être devenus enseignants “par amour de leur discipline”. On découvre un enseignement durant sa scolarité et, dans la foulée, on poursuit des études supérieures, on devient un “savant” et on passe un concours qui valide ce statut et c’est ainsi qu’on devient professeur. Et on se rend compte alors que les élèves ne sont pas tous (loin de là !) aussi passionnés que vous par ce que vous enseignez, que les contenus sont quelquefois très loin de ce que vous avez étudié pour le concours et que vous devez développer très vite des compétences pédagogiques qui n’ont rien à voir avec ce qu’un ancien bon élève devenu prof pouvait imaginer… Et tout cela contribue à entretenir le mal-être et le sentiment d’un décalage important entre ce que l’on avait construit comme représentation du métier et la réalité du terrain. Car ce qui crée la souffrance, l'amertume et le cynisme c'est souvent le double sentiment de faire un métier différent de celui qu'on pensait faire ou pour lequel on a été recruté et le sentiment du "travail empêché". Et si, en plus, on y ajoute le ressenti d’un déclassement…
L’autre élément clé de ce sentiment dominant tient, comme je l’évoquais plus haut, à la dimension intime et individuelle de ce métier. Sans me risquer à de la psychanalyse sauvage, il y a une dimension narcissique forte dans notre profession. Et une réelle difficulté, comme dans tout métier de la relation humaine, à dissocier ses gestes professionnels et sa propre personne. C’est, entre autres, pour cela, me semble t-il, quel le discours “pédagogique” est mal vécu car il est perçu (à tort) comme culpabilisateur et porteur d’une remise en question de sa propre personne. C’est aussi pour cela qu’il y a une réelle difficulté à travailler en équipe car on y expose son “intime” en y confrontant ses pratiques. On peut aussi analyser sous ce prisme le refus des analyses critiques de l’École ou même des évaluations internationales. Elles sont perçues par certains enseignants comme une remise en cause de leur propre travail. Alors que, comme je l’ai maintes fois écrit, on peut faire son métier du mieux que l’on peut dans un système qui dysfonctionne…

Conservateurs
Ce développement sur la déploration nous a éloigné du débat sur la pédagogie (quoique…). Dans le titre donné à ce billet, je n’ai pas repris le qualificatif de “Républicain” et je crois avoir expliqué pourquoi. Alors quel terme adopter ? “Anti-pédago” ne me semble pas plus adapté dans la mesure où chaque enseignant fait de la pédagogie même si elle est très traditionnelle…
J’utilise le terme de “conservateurs”. À ne pas confondre avec “réactionnaires”. J’ai en tout cas le sentiment que c’est là que se situe aujourd’hui une distinction pertinente.
Face à des élèves et un monde qui changent, il est tentant de penser que les solutions sont dans une École, qui elle, ne change pas. Et en particulier parce que nous sommes tous d’anciens bons élèves et qu’il est difficile de remettre en question un système qui vous a fait réussir. Le “pédagogisme” apparaît alors comme un ennemi facile qui remet en question un système qui marchait puisqu’on en a soi même bénéficié.
Mais surtout le conservatisme apparaît presque comme une forme de rébellion chez certains collègues. Lorsque le discours dominant de la technostructure de l’Éducation Nationale est celui de la “modernité” et de l’innovation, quant celle ci s’est accaparé (en le détournant ou le vidant d’une partie de son sens) les thèmes de la pédagogie, il est tentant d’avoir une posture de “rebelle” en opposition à ce discours qui semble dominant. Dans la culture anti-hiérarchique des enseignants, cette posture a pu ainsi prospérer. Pourtant je le répète, les rebelles ne sont pas ceux que l’on croit. Et les conservateurs sont bien des conformistes. Du moins dans leurs discours….

Collègues malgré tout
Car ma conviction forgée après 32 ans d’enseignement et autant de militantisme c’est qu’il y a bien un décalage entre les discours et les actes. Les discours sont construits de longue date et les actes sont souvent le produit de l’adaptation aux nécessités. De plus les déclarations de salles des profs ou leur équivalent virtuel sur les réseaux sociaux peuvent être aussi considérées dans une logique d’abréaction : ce sont des exutoires qui libèrent une tension. Et les actes des enseignants peuvent être différents voire en contradiction avec les discours. Tel enseignant déclarant ostensiblement, avec force, refuser de faire autre chose que de la “transmission” de savoirs, pourra aussi dans le secret de la classe et de la relation avec ses élèves avoir d’autres postures professionnelles (l’inverse est vrai aussi). Toutefois, ce décalage ne doit pas être pris à la légère car ne pas mettre de mots sur celui-ci est souvent à l’origine d’une souffrance enseignante et d’un sentiment de « travail empêché » comme nous l’avons montré.
Alors, les enseignants qui sont aujourd’hui dans les échanges sur Néoprofs, sont bien mes collègues, avant tout… Je fais le pari qu’au delà des postures et même des étiquettes syndicales, ils se posent des questions sur leurs pratiques et réfléchissent sans cesse à la meilleure manière de faire progresser TOUS leurs élèves. Je fais aussi le pari que les oppositions stériles que j’évoquais plus haut ne résistent pas longtemps à la réalité des pratiques de classe où il s’agit plutôt de raisonner en tension qu’en opposition binaire. Tout comme je le fais moi même au quotidien, sans rien renier en termes d'exigences et d'accès aux savoirs mais en m'interrogeant sans cesse sur l'efficacité des méthodes que j'utilise et sur l'adéquation entre mes pratiques en classe et les valeurs qui m'animent. Bien loin des caricatures, des débats stériles et des collages d’étiquettes faciles…
On pourra me taxer de “Bisounours”, on pourra découper chaque phrase de ce trop long texte et trouver à redire sur chacune d’entre elles (vas-y Loys, fais toi plaisir…). Même si je revendique l’optimisme de l’action, je ne suis pas pour autant naïf et je sais bien qu’il est difficile de sortir des clivages construits durablement. Je sais aussi faire la différence entre ceux qui s’interrogent sincèrement et ceux qui pensent l’autre camp uniquement en termes d’adversaires. Et entre ceux qui  dans leurs actions et pas seulement leurs discours, ne se résignent pas au fatalisme du déterminisme social et ont comme objectif une école vraiment démocratique et ceux qui, par leurs pratiques,  permettent à l’École de n'être qu’un éventuel moyen de renouveler les élites tout en préservant l’ordre établi et les inégalités sociales, mon choix est fait. C’est là qu’est mon engagement militant.



Philippe Watrelot

 
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