mercredi, janvier 07, 2015

Je pleure...



Pour une fois, Charb et Charlie Hebdo ne me font pas rire...
Je suis, comme tous, frappé par la sidération et l’horreur.
J’ai appris cette nouvelle de l’attentat contre Charlie Hebdo alors que nous étions réunis en bureau du CRAP-Cahiers Pédagogiques. Soudain, l’une d’entre nous, regarde son ordinateur et s’écrie “il y a eu un attentat à Charlie Hebdo, il y a une dizaine de morts !”.
Aussitôt notre travail s’arrête, nous sommes stupéfiés. Parce qu’on s’est attaqué à un journal mais surtout parce que le directeur de ce journal est un ami.
Et bien sûr pour moi, particulièrement, ces évènements me replongent des années en arrière, lorsque j’ai vécu le 11 septembre à New York...
Bien sûr nous pensons à toutes ces victimes et à ce journal qui a une place si particulière dans notre histoire  personnelle. Pour ma part, j’ai grandi avec Hara Kiri Hebdo puis Charlie-Hebdo, avec Cabu, avec Wolinski... Je n’étais pas toujours d’accord avec certaines outrances mais j’ai toujours pensé que l’humour, la dérision était une condition essentielle de la démocratie...
Mais ce matin, nous pensions surtout à Charb, notre ami de longue date. Ce fut sa prof de 3ème , Sylvie Premissler, une “crapiste”, qui nous recommanda en 1998 cet ancien lycéen de Pontoise, natif de Conflans Ste Honorine. Charb fait alors sa première couverture pour le n°367-68 des Cahiers. Puis à partir de 1999, il nous livre chaque mois “l’école deCharb”. Gratuitement. En fait, nous le payions en “liquide”, en lui envoyant une caisse de bonnes bouteilles chaque année en guise de remerciements !
J’ai toujours été époustouflé par la pertinence de ses dessins alors qu’il n’était pas forcément un habitué des questions complexes liées à l’éducation. Dans notre revue, il était la respiration nécessaire dans un ensemble plutôt austère. Le biais par lequel nous pouvions dire que malgré nos convictions, nous ne nous laissions pas gagner par l’esprit de sérieux...
“La gravité fait le bonheur des imbéciles” disait Montesquieu. C’est la citation qui me revient en tête en pensant aux dessins de notre ami.
Au delà de Charb et de ses collègues dessinateurs, c’est bien sûr à la liberté de la Presse que l’on s’attaque aujourd’hui. Et cela interpelle tous les éducateurs. Et en particulier, tous ceux qui, comme moi, ont travaillé sur l’éducation aux médias et ont animé des journaux lycéens. La démocratie c’est la liberté d’opinion nous disent les discours officiels mais j’ai envie de rajouter que c’est aussi l’humour...
C’est ce que j’ai envie de transmettre à mes élèves. La nécessité et l’urgence de ce regard critique et décalé sur ce que nous vivons.
Je pleure mais de rage... 
Je pleure mais c’est de colère...
Une colère qui fait avancer et qui met en mouvement !
Ne baissons pas les bras, nous leur devons ça...
Philippe Watrelot


Cahiers Pédagogiques n°504 mars 2013
autoportrait réalisé à l'occasion d'une interview
http://www.cahiers-pedagogiques.com/%E2%80%AFDessiner-m-a-appris-la-patience-%E2%80%AF


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Un dessin offert par Charb pour notre mouvement



samedi, janvier 03, 2015

Bloc-Notes de l'année 2014 (3 janvier 2015)





- Ministres – Frustrations et crispations – Délires et buzzs - Prévisions – Citations - .



Voici le bloc notes de l’année 2014. Il y a un an, je vous avais proposé une rétrospective de l’année 2013 . Celle de l’année 2014 est tout aussi personnelle, partiale et engagée (normal, c’est mon blog...).
Comme la précédente, l’année qui s’achève a été riche en actualité éducative. Avec d’abord, la valse des ministres de l’éducation : exit Peillon, puis Hamon,... bonjour Najat Vallaud-Belkacem ! On abordera aussi l’avenir des réformes en cours sous l’angle de l’inertie faite de la somme des frustrations. On fera aussi un catalogue de tous les délires, emballements, et autres buzzs médiatiques qui ont occupé l’année dans le domaine de l’éducation. Avant de faire quelques prévisions et vœux pour 2015 et de terminer par une compilation de quelques phrases lues ou entendues en 2014. Bonne année 2015 !





Ministres
2 avril 2014 : Vincent Peillon quitte ses fonctions et cède la place à Benoit Hamon
26 aout 2014 : Benoit Hamon s’en va et est remplacé par Najat Vallaud Belkacem.
Vincent Peillon a été sacrifié pour sa gestion des rythmes à l’occasion du remaniement consécutif aux élections européennes. Benoit Hamon n’aura duré que 147 jours (dont les vacances d’été). Il a essentiellement consacré son action à tenter de déminer ce dossier des rythmes (mais à quel prix ?). Najat Vallaud-Belkacem, quant à elle, est la première femme au poste de Ministre de l’éducation nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche (Geneviève Fioraso, maintenue, n’est plus que secrétaire d’État à l’ESR.)
Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire, le départ de Vincent Peillon a laissé “un goût d’inachevé” et cette « valse » des ministres nous interroge sur la continuité de l’action. «“À force de changer de ministre rien ne changera jamais ”», écrivait ainsi Louise Tourret dans Slate.fr à l’arrivée de Benoît Hamon au ministère. Aux Cahiers Pédagogiques nous avions publié une lettre à la ministre où nous lui demandions d’intensifier l’action de réforme et de ne pas tomber comme son prédécesseur dans l’écueil de l’attentisme. Le signal donné par ces changements successifs n’était en tout cas pas bon et face à une opinion enseignante déjà désabusée cela n’a pas contribué à relancer la dynamique de la refondation...
La ministre s’y est cependant employée et a fait dès son arrivée des déclarations où elle affirmait que sa priorité était la lutte contre les inégalités et le travail avec les parents et en particulier ceux qui sont les plus éloignés de l’école. Elle a du aussi faire face dès son entrée en fonction à des attaques très vives sur sa personne (rappelons nous les Unes immondes de Minute et Valeurs actuelles...). Cela a pu, à un moment, créer un réflexe de solidarité de la part des enseignants avec la ministre. Mais on ne peut pas dire qu’elle a connu un “état de grâce”.
La discussion sur le budget 2015 a montré que le gouvernement maintenait son effort sur l’éducation qui redevient le premier poste budgétaire avant la dette. Le maintien de cette priorité n’était pas gagné au départ et avait, semble t-il fait l’objet de fortes discussions lors du premier remaniement. On peut se réjouir du maintien de cette promesse. Mais suffit-il de créer des postes pour qu’ils soient pourvus ? Sans revalorisation salariale, avec une attractivité relative, on peut s’interroger sur le nombre de candidats aux concours et sur la réalité des 60 000 postes à la fin du quinquennat.
Et si la droite revient ?
2014 a vu aussi le retour de Nicolas Sarkozy et lors de ses meetings pour la reconquête de la présidence de l’UMP, il annoncé un chiffre choc : “Nous supprimerons 30% de postes d'enseignants”, là où il s'était contenté jusqu'ici d'évoquer une “baisse des effectifs", sans donner de précision. Notons au passage que selon ce calcul (idiot, ce que démontrait un article de L’Express ) il proposerait donc de supprimer 250 000 postes puisqu'il y a 839 700 enseignants en France, selon les statistiques du ministère de l'Education nationale ! Alain Juppé, a lui aussi pris position sur ce sujet : “C'est un fait qu'ils [les enseignants] sont bien moins payés que beaucoup de leurs partenaires européens. [...] Nos professeurs sont sous-payés, il faut leur demander d'être plus présents dans les établissements et là, on peut effectivement les payer davantage". Si on veut réduire la dépense publique, il faut naturellement travailler sur les effectifs de fonctionnaires ". Dans une année qui nous rapproche encore plus de 2017, on voit donc des propositions qui dessinent une École plus libérale marquée par la remise en cause du statut de fonctionnaire et une transformation radicale de leur temps de travail.

Frustrations et crispations
Nous disions plus haut que la ministre n’a pas eu vraiment d’“état de grâce”. Même si l’opinion sur sa personne peut être positive, l’appréciation sur la politique menée oscille entre la circonspection et la désillusion voire l’hostilité. D’une manière générale, 2014 a été marquée pour la communauté enseignante par l’accumulation d’un ensemble de frustrations et de blocages et la conscience de plus en plus sensible d'un déclassement social et économique…On peut tenter d’en repérer les signes à travers quelques évènements de l’année.
Après la question des rythmes qui a occupé tout le début d’année, un autre exemple symbolique des blocages et frustrations nous a été fourni par la polémique autour de la pré-rentrée. L’épisode se situe en mai avec en prime un emballement médiatique disproportionné et fondé sur une erreur d’interprétation. En effet, les premières infos titraient “La prérentrée des enseignants supprimée en 2014” alors qu’en fait, il s’agissait du report de celle-ci par le ministre Benoît Hamon. Le SNES (Syndicat national des enseignements du second degré), tweetait l'annonce avant même le ministre sur un mode triomphal. « La prérentrée en août, le ras-le-bol de la profession [au salaire gelé] est arrivé aux oreilles du ministre, qui annonce le report à septembre ». Le prétexte du tabou de la rentrée en aout (pour le 2nd degré...) a donc servi ici à exprimer des mécontentements très divers.
En ce début d’année 2015, une autre polémique cristallise elle aussi les mécontentements. On a appris par un arrêté ministériel du 23 décembre, repris par la presse que la prime annuelle des Recteurs est passée à 25.620 euros. C’est-à-dire une hausse de 10.000 euros par rapport au niveau précédent, fixé en 2010. Il ne s’agit que de la part fixe car il existe aussi une part variable fixée en fonction des “performances” qui peut encore s’ajouter. Les arguments évoqués par le ministère pour justifier cette prime sont que les Recteurs pouvaient toucher moins que certains de leurs subordonnés. Mais dans le contexte de frustration et de méfiance évoqué plus haut, cette annonce est au minimum une erreur de communication voire une faute politique.
Autre signe des crispations dont il faudra tenir compte : les élections professionnelles qui se sont déroulées début décembre. Ces élections qui ont lieu tous les trois ans sont importantes à plus d’un titre : elles déterminent la représentativité syndicale mais aussi le volume des décharges syndicales et les moyens accordés à chaque organisation. Ce qu’il faut surtout observer, c’est le vote au “CTMEN” le comité technique ministériel qui est l’instance de négociation où seules les organisations ayant des élus peuvent signer des accords. résultats sur le site du Ministère. ; On peut cependant en extraire quelques chiffres significatifs à commencer par celui de la participation qui est de 41,7%. En d’autres termes, l’abstention est donc de 58,3%, ce qui est très élevé et selon moi un signe de défiance à l’égard des institutions. Si maintenant on s’intéresse au CTM, la répartition des voix et des sièges est la suivante : FSU 35,5% (6 sièges), Unsa 21,89% (4) , FO 13,58% (2), Sgen 8,9%(1), Snalc 5,46% (1) CGT 5,5% (1). Même si la forte progression de FO et le retour du SNALC ont été salués par le Front National, au clivage Droite/Gauche on préfèrera “conservateurs/réformistes” . Et c’est la FSU qui est au pied du mur. Pour signer des accords s'alliera t'elle avec deux organisations (FO et le SNALC) dont le conservatisme n'est plus à démontrer ? Ou bien s’engagera t-elle au côté des “réformistes” dans la voie de la réforme du système éducatif pourtant si nécessaire ? A défaut on peut craindre les blocages et le triomphe des conservateurs laissant le système éducatif en panne.
Un dernier exemple de crispation nous est fourni par les réactions à la réforme de l’éducation prioritaire. La redéfinition des périmètres et des critères d’attribution se heurte à un sentiment général de dégradation des conditions de travail. Même si des moyens nouveaux sont débloqués, cela est vécu dans un cadre général qui est celui de l’austérité. Dans un tel contexte le rééquilibrage et la réaffirmation de “priorités” qui de fait exclut des établissements qui jusque là en bénéficiaient est donc mal vécu. Cela risque d’être un des sujets de mobilisation dès la rentrée des vacances.
Le thème de la rémunération et du déclassement des enseignants a donc été récurrent tout au long de l’année écoulée. On a vu se succéder plusieurs sondages et enquêtes nationales ou internationales s’intéressant à la question de leur rémunération (plus faible que dans la plupart des autres pays de l’UE) ou de leur “prestige”. C’est en juin 2014 qu’a été publiée l’enquête la plus sérieuse fournie par l’OCDE et son “Enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage” (TALIS 2013) . Il s’agit de la plus grande enquête internationale jamais réalisée sur ce sujet sans commune mesure avec les sondages sur 600 personnes souvent évoqués dans la Presse. Plus de 100 000 enseignants (dont 3 000 en France) et chefs d’établissement du premier cycle de l’enseignement secondaire – originaires de 34 pays et économies, et sélectionnés sur la base d’échantillons représentatifs – y ont participé. L’enquête TALIS révèle que plus de 90% des enseignants, en moyenne (et en France), sont satisfaits de leur travail, et que près de 80 % des enseignants en France choisiraient à nouveau, si c’était à refaire, d’exercer leur métier. Mais... 42% des enseignants en France pensent que les avantages d’exercer cette profession ne compensent pas ses inconvénients (contre seulement 23 % pour la moyenne TALIS). Plus inquiétant encore – et c’est le chiffre le plus marquant de l’enquête TALIS pour la France –, seuls 5 % des enseignants estiment que l’enseignement est une profession valorisée par la société (contre 31% en moyenne dans l’enquête TALIS).
Ce sentiment de déclassement et de défiance risque d’être un frein majeur à toute réforme si on ne le prend pas en compte.

Délires et buzzs
L’année 2014 a aussi été marquée par toute une série d’emballements médiatiques, de rumeurs et autres délires qui n’ont pas contribué à la sérénité de l’École.
Il faut malheureusement évoquer les délires de la “manif pour tous” et autres “anti-genre” qui ont organisé des “journées de retrait de l’École” mais aussi lancé des rumeurs infondées et immondes au printemps pour s’opposer aux ABCD de l’égalité, un dispositif destiné à lutter contre les stéréotypes. Derrière ces excès, se pose quand même une question que l’École doit résoudre : comment éviter que ce type de défiance à l’égard de l’École se manifeste ? La bonne réponse se situera dans la capacité des acteurs de l’école de montrer que la porte est ouverte aux parents lorsque ceux-ci s’interrogent ou s’inquiètent.
Cette défiance à l’égard de l’institution qu’est l’École, on l’a vue aussi à l’œuvre avec certains magazines où la “pensée” décliniste et anti-pédagogique a table ouverte. Dans ce courant on trouve Valeurs actuelles, Marianne ou encore Le Point qui en Mars fait sa Une avec ce titre : “École : l’enquête qui fait mal” Et un sous-titre encore pire : “Peut-on encore confier nos enfants à l’Éducation Nationale ? ”.
Mais l’emballement médiatique s’est fait aussi dans le reste de la presse avec des sujets divers tels que le retour de la polémique sur les méthodes de lecture ou encore une bulle médiatique autour de l’abandon de l’écriture manuscrite dans plusieurs pays (alors qu’il ne s’agissait que de la cursive). On a vu resurgir aussi le débat “Pour ou contre” le redoublement où l’on a présenté comme une nouveauté une disposition déjà inscrite dans la loi de refondation de 2013.
La dernière bulle médiatique de l’année a porté sur les notes. Le débat a été lancé d’abord par Benoit Hamon puis repris par Najat Vallaud-Belkacem et a donné lieu à la fin de l’année à une “conférence nationale”. Même si on peut se dire que ce débat a pu faire, un peu, bouger la réflexion il faut surtout déplorer que le plus souvent, il se soit limité à un débat binaire “Pour/Contre” où les véritables enjeux ont été ignorés.
L’auteur de cette chronique (voilà que je parle de moi à la troisième personne...) tient cette revue de presse et commente l’actualité depuis 2003. Et on ne peut que constater la grande récurrence des polémiques (les notes, le redoublement, la lecture...) et la faiblesse des analyses. Il y a en France 65 millions de spécialistes de l’École... Même s’il est important que le débat sur l’École ne soit pas réservé aux seuls spécialistes, on peut souhaiter (ça tombe bien, c’est la période des voeux...) que le traitement de l’information éducative (lorsqu’elle n’est pas prise en charge par les rares journalistes spécialisés) soit un peu plus rigoureux et évite les simplifications.

Prévisions
Il est toujours dangereux de se livrer au petit jeu des prévisions. Je m’y étais risqué dans le bloc-notes de l’année 2013 . On pourra aller vérifier si celles ci se sont réalisées.
Pour l’année qui vient, on peut déjà s’appuyer sur la vidéo des vœux de la ministre où elle expose les grands chantiers à venir : évolution des programmes, lancement de la réforme du collège, consultation sur le numérique éducatif, enseignement artistique et culturel... Si l’on veut connaitre la “feuille de route” de la ministre, on peut aussi relire avec profit un article paru dans Les Échos du 27 novembre. La ministre a mis l’accent à l’occasion de plusieurs visites, outre le numérique, sur la découverte du monde professionnel et le rapprochement avec l’entreprise et sur la liaison école-collège. On sait aussi qu’elle est très attachée au lien avec les familles puisqu’elle tient symboliquement un “café des parents” une fois par mois au Ministère.
On peut rajouter à cet agenda officiel un possible agenda revendicatif. Comme nous l’avons déjà évoqué, si le gel des salaires n’est pas propre au monde enseignant mais à toute la fonction publique, la revendication salariale peut s’exacerber dans l’Éducation Nationale. La frustration relative peut s’exprimer aussi à travers d’autres thèmes comme celui de la réforme de l’éducation prioritaire déjà évoqué mais aussi celui des moyens à l’occasion des “dotations horaires” dans les établissements secondaires en janvier-février. Nous l’avons déjà souligné, les (re)créations de postes promises ne se voient pas beaucoup dans les établissements. L’essentiel est absorbé par le rétablissement de la formation à mi-temps pour les enseignants stagiaires. Et dans le même temps, la démographie continue à accroitre les effectifs.
La question des contenus à enseigner devrait aussi logiquement occuper l’année 2015. La consultation sur le « socle de connaissances, de compétences et de culture communes » qui s’est tenue en novembre n’est que la première étape avant la finalisation des programmes de l’école primaire et ensuite du collège. Le Lycée ne devrait être concerné qu’en 2016. On peut penser que ces nouveaux programmes donneront lieu à des discussions passionnées comme le monde enseignant français en a le secret... !

Citations
Pour finir cette chronique de l’année 2014, un peu lourde à digérer, en guise de dessert, voici quelques citations qui donnent à réfléchir ou à réagir. Elles ont été glanées dans les revues de presse de ces derniers mois.

“Le danger avec les réformes c’est comme pour l’aviation c’est le contact avec le terrain…”Antoine Prost, congrès de l'AFAE, 4 avril 2014

"Certains disent que changer l'administration de l'éducation est comme faire déplacer des cimetières. Vous ne pouvez pas vraiment compter sur les gens qui y sont pour vous aider... " Andréas Schleicher (OCDE) lors d'une conférence TED en juillet 2012

« Il y a, dans le monde enseignant, une sorte de balancier entre d’un côté la classe, où les enseignants font preuve d’imagination et d’un grand dévouement, et de l’autre, un discours collectif extrêmement conservateur, D’un côté, ils se plaignent de programmes trop lourds et de pédagogies inefficaces, et de l’autre, toutes les tentatives d’instaurer un style pédagogique moins raide et moins centré sur les contrôles et les notes sont vécues comme une agression et une perte de dignité. Ils sont généreux sur le plan individuel et sur la défensive collectivement. Ils disent que rien ne va, mais craignent que ce ne soit pire si ça change. »François Dubet interviewé par Le Monde du 28 aout 2014

"Avec dix-huit heures de service, les enseignants, et je peux le comprendre, bloquent l'ensemble de leurs heures sur deux jours. Et quand les enfants sortent de classe, il n'y a plus un adulte dans nos collèges et lycées" Nicolas Sarkozy en meeting à Bordeaux le 22 novembre dernier.
C’est avec cette phrase (et quelques autres) que l’ancien président (et qui aspire à le redevenir...) vient de remporter le prix Thubal Holoferne , le “prix du n’importe quoi en matière d’éducation”. Il l’a remporté haut la main devant d’autres candidats très sérieux comme Antoine Compagnon, Alain Finkielkraut, Michel Onfray ou Natacha Polony...

Pour ne pas finir sur une note trop négative, je souhaite à tous mes lecteurs une bonne année 2015. Je nous souhaite (à tous les militants pédagogiques) de conserver comme un cap nos valeurs fondatrices et notre vision positive de l'École, Je nous souhaite aussi toute l'énergie et la combativité nécessaires pour continuer la lutte contre les inégalités, l'échec, les injustices et l'intolérance dans l'École (et ailleurs...). Et puisque cette revue de presse est aussi celle des Cahiers Pédagogiques, je forme le voeu que nos publications, porteuses de nos idées et de nos pratiques, soient de plus en plus lues, diffusées, débattues...et partagées !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot



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samedi, décembre 13, 2014

Bloc-notes de la semaine du 8 au 14 décembre 2014





- Quel avenir pour les notes ? – Mal nommer les choses ? – Éducation Prioritaire - Cantines - .



Cette semaine encore, l’actualité éducative a été marquée par le débat sur la note et l’évaluation avec son acmé en fin de semaine avec les « Journées de l’évaluation ». Nous envisagerons dans ce “bloc-notes” la suite de ce débat avec les propositions du jury réuni à cette occasion mais nous continuerons à nous intéresser aussi à la manière dont ce débat a été traité dans les médias.
Il faut aussi revenir sur la réforme de l’éducation prioritaire car c’est le 17 décembre prochain que la ministre devrait révéler la nouvelle carte des REP et REP+ dans un climat de tensions et revendications.
Pour finir, nous irons faire un tour à la cantine, où ça ne sent pas toujours très bon...




Quel avenir pour les notes ?
À peine terminées les « Journées de l’évaluation », qui se sont tenues deux jours durant, les 11 et 12 décembre à Paris, le jury de la conférence nationale s’est réuni de nouveau, samedi 13 décembre, pour rédiger « quatre à cinq » propositions destinées à la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem. Ce seront des propositions “originales mais pas trop” selon son président Étienne Klein dans La Croix . Il ne s’agira pas, dit-il, de supprimer les notes pour les remplacer par un autre code. “Étant physicien, je sais qu’on ne change pas la nature d’un problème par un changement de variable ” rappelle t-il.
Étienne Klein a parait-il donné comme consigne à ses membres de « ne pas mettre en cause le travail des enseignants ». Il s’agira plutôt de répondre aux besoins des nombreux professeurs qui « se sentent désarmés, peu formés et ont besoin d’aide» en matière d’évaluation. L’une des pistes sera donc de «leur donner des outils supplémentaires pour leur permettre de modifier leurs méthodes».Officiellement, nous redit La Croix les recommandations seront adressées « mi-janvier » à la ministre de l’éducation, qui rendra des arbitrages.
Il y a plusieurs manières d’envisager la suite de ce grand débat et ses effets sur le système éducatif.
Quelques indices nous incitent à ne pas être très optimistes. Le discours très prudent du président du jury tout comme les propos de la Ministre nous font craindre à un rétropédalage... On peut craindre que tout cela n’aboutisse à un consensus mou (la spécialité de l’Éducation Nationale ?). Rappelons que ce sujet de l’évaluation (évoqué dans la loi de refondation qui parle d’“évaluation positive”) avait été lancé par Benoit Hamon mais qu’il n’avait pas eu le temps durant les 147 jours de son ministère de le mener à bien. Najat Vallaud Belkacem en a hérité. Mais le sujet a été aussi porté par la DGESCO et par le Conseil Supérieur des Programmes. C’est cette dispersion sur plusieurs organisations d'une même question qui est peut-être préjudiciable et conduire à un résultat faible au regard de l’ambition de départ.
Mais pour ne pas tomber dans la critique très répandue qui consiste à juger d’un dispositif avant qu’il ne soit abouti, il faut aussi voir les aspects positifs de ce débat. Peut-être aura t-il servi à faire la pédagogie de la pédagogie ? C’est que laisse entendre Michel Quéré, président du comité d'organisation de ces journées, interrogé par ToutEduc . Il exprime son optimisme et dit disposer "d'indices" qui donnent à penser qu'une "vraie réflexion" est à l'œuvre sur la distinction entre évaluation formative et évaluation sommative. En mettant ce sujet à l’agenda, on a peut-être contribué à amorcer cette réflexion et à faire évoluer (doucement) les pratiques. 
Si on avait mauvais esprit ( !) on se dit quand même que la typologie évaluation diagnostique/formative/sommative (formulée par Benjamin Bloom) ne date que de 1971... et qu’elle passe toujours pour du “jargon” pour bon nombre d’enseignants.
L’enjeu de ce débat n’est pas négligeable. Si la montagne accouche d’une souris, les dégâts peuvent être importants en termes d’images et par ricochet pour l’ensemble de la “refondation”. Car cela risque de perpétuer l’idée que l’École ne change pas. On ne peut s’empêcher de penser à cette phrase d’Antoine Prost à propos du sujet de son livre Du changement dans l’École (2014) : “tout se passe comme si l’on pouvait tout changer dans l’Education nationale sauf l’enseignement lui-même. Toutes les réformes sont possibles sauf la réforme pédagogique, malheureusement c’est la plus importante ”

Mal nommer les choses...
"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde." (Albert Camus)
“L'évaluation des élèves ne se réduit pas aux notes, selon des experts ” ce titre trouvé sur le site de 20minutes a de quoi faire sourire ou bondir, c’est selon... Pourtant, on croirait un titre issu du Gorafi , ce site satirique spécialisé dans les fausses informations ou de son cousin Edukactus . Comme si on ne savait pas que ces deux mots ne sont pas synonymes ! Pas besoin d’être un « expert » pour cela ! Tous les profs le savent (même ceux qui sont “pour” les notes )...
Et puis, on réfléchit. Et on prend conscience que pour beaucoup de personnes, notamment (mais pas que) hors de l'éducation nationale, ce qu'écrit 20Minutes a effectivement tout de la révélation ...Et comme nous le disions plus haut, Il est utile alors de faire la pédagogie de la pédagogie. Mais le rôle des médias n’est pas toujours celui là !
La revue de presse du jeudi 11 décembre de Laurent Fillion signalait le traitement de cette question par France Inter dans le 7/9. On y entend Patrick Cohen se moquer avec un ton condescendant de la question des notes, puis Léa Salamé qui réduit la question à une simple transcription d'un code (les chiffres) à un autre (les lettres ou les couleurs) et n'entend pas ce qu'essaie de dire Michel Lussault (pdt du CSP) pour le ramener toujours à la même question. On se demande comment il faut analyser cette surdité.

1ère analyse : la presse aime les débats binaires. Mais ce n'est pas suffisant.

2ème analyse : les journalistes (généralistes) ne travaillent pas les sujets d'éducation. C'est moins prestigieux que les sujets politiques ou internationaux. Ils s'en tiennent donc aux clichés puisqu'ils n'ont pas travaillé...

3ème analyse : les journalistes sont d'anciens bons élèves. Les notes, ça les a fait réussir. Alors la question de l'échec scolaire, ça leur passe largement au dessus de la tête...
4ème analyse : il est plus facile de faire de l’humour ou de l’ironie que de faire un “lancement” sérieux.
5ème analyse : Dans les écoles de journalisme, il n’y a pas de module sur l’éducation (au contraire de la politique, la diplomatie ou même les sciences). Seuls les journalistes éducation ont une connaissance du sujet acquise “sur le tas”...
Heureusement, on a pu lire et entendre aussi des enquêtes plus rigoureuses et qui permettaient de comprendre concrètement les alternatives possibles. Toujours sur France Inter, le même jour, le “zoom de la rédaction” donnait la parole à Marc Berthou, un enseignant qui travaille avec des “ceintures de compétences”. Dans L’Express, Sandrine Chesnel propose un reportage dans un collège de Seine Maritime et n’hésite pas à rentrer dans le détail des dispositifs mis en place par les enseignants. Même démarche pour La Croix qui prend l’exemple des professeurs d’EPS pour expliquer ce que veut dire “noter” les élèves sans les décourager .
Ce sont ces reportages là, plus que les nombreux débats un peu vains où tout le monde se croit autorisé à avoir un avis qui vont peut-être permettre à l’opinion publique de comprendre qu’“évaluation” et “notation” n’étaient pas synonymes...

Éducation prioritaire
“REP ou pas REP ? la question qui fâche”. C’est le titre de L’Obs . Le 17 décembre prochain, Najat Vallaud Belkacem, doit annoncer la nouvelle carte de l’éducation prioritaire. Et cette réforme s’annonce à hauts risques pour la ministre. Sans jouer les prophètes, on peut penser qu’un regain des manifestations et des mouvements de protestation est probable à la rentrée de janvier...
La carte de l’éducation prioritaire date, grosso modo des années 80. De plus, on a eu une extension de la définition de l’éducation prioritaire qui a abouti à ce qu’aujourd’hui près d’un quart des élèves scolarisés relèvent à des titres divers de l’éducation prioritaire. La succession et l’empilement des labels et des dispositifs contribuent à rendre la carte illisible. La nouvelle carte des REP (1.082 dont 350 REP+) regroupe quatre critères :
- le % d’élèves défavorisés,
- le % d’élèves boursiers,
- le % d’élèves en Zone Urbaine Sensible,
- et le % d’élèves en retard en sixième.
Mais comme le pointe L’Obs le ministère a mal communiqué sur la façon dont cet indice était utilisé, suscitant la méfiance et la contestation, qui s’expriment depuis trois semaines. Un article synthétique du Monde (signé Samuel Laurent) considère que l’argumentation de la Ministre utilise des raccourcis quand elle affirme que la situation n'a pas évolué en trente ans, alors qu'elle a connu pas moins de quatre grandes réformes, qui ont fortement modifié les moyens accordés, leur ciblage et la philosophie même de l'éducation prioritaire .
Une tribune de Yannick Trigance, secrétaire national adjoint du PS à l'éducation sur le Huffington Post tente de faire la promotion de cette réforme considérée comme une “étape indispensable de la Refondation de l'école. Il rappelle aussi que “de surcroit, la Ministre a rappelé que dorénavant les moyens des établissements, au-delà du seul classement, seront attribués sur la base d'une allocation progressive correspondant à la réalité de leurs besoins. Et bien évidemment, un collège en Seine-Saint-Denis, même s'il n'est pas reconnu « Éducation prioritaire », n'est pas dans la même situation que certains situés dans l'ouest parisien. ”. L’idée de cette allocation progressive est d’éviter les effets de seuil.
Mais, malgré toutes ces explications cette réforme est très risquée. D’abord parce que les critères utilisés ne sont pas toujours aussi transparents et rigoureux qu’annoncés. Mais aussi parce que cette redéfinition des périmètres de l’éducation prioritaire se heurte à un sentiment général de dégradation des conditions de travail. Même si des moyens nouveaux sont débloqués, cela est vécu dans un cadre général qui est celui de l’austérité. Dans un tel contexte le rééquilibrage et la réaffirmation de “priorités” qui de fait exclut des établissements qui jusque là en bénéficiaient est donc mal vécu.
Il ne faut pas exclure non plus les arrières pensées syndicales. La mobilisation sur l’éducation prioritaire est aussi un moyen de retrouver les “fondamentaux” de l’action revendicative et de se reconstruire une légitimité militante.
Janvier sera t-il chaud ?

Cantines
«Restreindre l’accès à la cantine aux enfants dont les parents ne travaillent pas.» Ce sont les propos de Cyril Nauth, maire FN de Mantes-la-Ville (Yvelines) retranscrits par Libération . Il a dit réfléchir à cette mesure lors d’un conseil municipal début décembre , relayé par le Parisien ce lundi. C’est un phénomène qui n’est pas nouveau. Plusieurs communes privilégient les familles dont au moins un des parents travaillent avec comme argument le “manque de place”. En 2011, le quotidien L’Humanité en avait recensé au moins 70.
Malheureusement, si la jurisprudence française a reconnu le caractère « discriminant » d’une sélection à l’entrée des cantines sur critères socioprofessionnels, celle-ci demeure pour l’instant légale au regard des textes français. En effet, l’article 225-1 du Code pénal ne retient aujourd’hui que 18 critères de discrimination : origine, sexe, handicap, orientation sexuelle ou politique… Mais pas la pauvreté. Seule la Convention européenne des droits de l’homme mentionne explicitement l’origine sociale et la fortune. Ratifiée par la France, elle est censée être appliquée mais ne suffit pas : le protocole additionnel 12, portant sur l’interdiction générale de la discrimination, n’a en effet pas encore été adopté.
Puisqu’on en est aux repas de cantines qui ne passent pas, il faut aussi évoquer le cas du maire de Sargé-lès-Le Mans qui a décidé de ne plus proposer une viande de substitution lorsqu’un plat de porc était au menu de la cantine de l’école. La laïcité a bon dos.
On va faire une indigestion d’intolérance...

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot


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dimanche, décembre 07, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 1er au 7 décembre 2014





- Élections, piège à refondation ? – Débat sur l'évaluation : peut mieux faire...- .



Deux points à l’ordre du jour de ce bloc notes. Tout d’abord quelques analyses à propos des élections professionnelles dans l’Éducation Nationale. Puis une réflexion sur le débat dans l’opinion autour de l’évaluation et de la notation. Un débat navrant...





Élections, piège à refondation ?
La semaine qui vient de s’écouler a donc été marquée par la clôture des opérations de vote dans la fonction publique et notamment dans l’Éducation Nationale. Les personnels élisent par le biais d’une procédure de vote électronique leurs représentants dans des commissions académiques paritaires selon leur statut et leur grade. Et puis il y a aussi un vote au “CTMEN” le comité technique ministériel qui est l’instance de négociation où seules les organisations ayant des élus peuvent signer des accords. Ces élections qui ont lieu tous les trois ans sont donc importantes à plus d’un titre. Elles déterminent la représentativité syndicale mais aussi le volume des décharges syndicales et les moyens accordés à chaque organisation.
On pourra lire tous les résultats sur le site du Ministère . On peut cependant en extraire quelques chiffres significatifs à commencer par celui de la participation qui est de 41,7%. En d’autres termes, l’abstention est donc de 58,3%. Si maintenant on s’intéresse au CTM, la répartition des voix et des sièges est la suivante : FSU 35,5% (6 sièges), Unsa 21,89% (4) , FO 13,58% (2), Sgen 8,9%(1), Snalc 5,46% (1) CGT 5,5% (1).
Avec 35,5% des voix contre 40,6% en 2011, la FSU perd donc un siège même si elle reste le premier syndicat. Le SNALC retrouve son siège perdu en 2011. En revanche SUD perd son siège à ce comité. Force ouvrière et son positionnement hostile aux réformes poursuit sa percée de 2011 passant de un à deux sièges. Ce syndicat est désormais le troisième. Dans le camp “réformiste” l’UNSA progresse mais cela semble être au détriment du SGEN-CFDT qui a un positionnement assez proche. Comme le dit Marie-Christine Corbier dans Les Échos “Au lendemain des premiers résultats des élections professionnelles dans l’Education nationale, l’interprétation s’avère bien délicate. Il serait trop simpliste de conclure à la victoire de tel ou tel camp, qu’il soit dit réformiste ou conservateur.”. On peut aussi considérer comme le dit Christian Chevalier de l’UNSA que la FSU se fait “manger par les deux bouts, c’est-à-dire par certains syndicats plus réformistes et par d’autres plus contestataires ”. L’appel du Collectif Racine – collectif d’enseignants associé au Front national – à voter pour le SNALC et FO a-t-il joué un rôle dans les bons scores des deux syndicats ? Difficile de savoir. C’est ce que pensent cependant certains analystes.
“ Les gagnants sont effectivement FO et le SNALC, qui ont en commun un discours réactionnaire, hostile à tout changement pédagogique. On ne peut exclure un vote politique en leur faveur, puisqu’un tiers des enseignants vote à droite, ce qui ne se reflétait pas dans le champ syndical. FO a bénéficié de ses positions très hostiles aux mesures gouvernementales. Mais sa progression ne doit pas être exagérée, d’autant que les autres syndicats radicaux (SUD éducation et la CGT) perdent un point et demi. [...] Au fond, ces élections montrent une mobilisation de l’électorat de droite… et le fatalisme du peuple de gauche désappointé. D’un côté le ministère peut se féliciter de l’affaiblissement de la FSU, principal obstacle à ses projets managériaux, mais de l’autre, elle ne peut la remplacer dans la négociation par FO ou le SNALC, qui incarnent l’hostilité à tout changement, quel qu’il soit.” c’est que déclare dans une interview au Monde Laurent Frajerman, spécialiste du syndicalisme enseignant, chercheur à l’Institut de recherche à la FSU.
Pour ma part, je crois que les clivages droite/gauche ne sont pas forcément très opérants pour décrire les tensions à l'œuvre dans le monde enseignant. Si je me risque à une grille “conservateurs/réformistes” (vous noterez que j'ai évité "progressistes"...!) cela me semble plus juste même si on peut bien sûr la contester. Et bien sûr c’est un clivage qui traverse même les syndicats (surtout lorsqu'ils sont majoritaires !).
Car en effet, la FSU est au pied du mur. En sièges, les “réformistes” ne forment pas une majorité. Pour signer des accords la FSU s'alliera t'elle avec deux organisations (FO et le SNALC) dont le conservatisme n'est plus à démontrer ? Ou bien s’engagera t-elle dans la voie de la réforme du système éducatif pourtant si nécessaire ? A défaut on peut craindre les blocages et le triomphe des conservateurs, et déclinistes de tout poil laissant le système éducatif en panne.
L’autre chiffre inquiétant est bien sûr celui de l’abstention. Près de 60%... On peut bien sûr incriminer la procédure utilisée pour voter. Il fallait en effet ouvrir un espace de vote à partir de son adresse de messagerie académique et d’un code reçu par ailleurs. Cela a pu en rebuter certains. Ça en dit surtout long sur la familiarité avec le numérique à l’heure où cela est sans cesse affirmé comme une priorité. L'école française n'est pas encore dans l'ère du numérique, si on veut qu'elle y entre, il faudrait réfléchir à utiliser l’informatique pour simplifier les tâches, pas les compliquer.
Mais il faut plutôt mettre en avant, me semble t-il, une analyse en termes de désyndicalisation et de défiance à l’égard de ce qui peut apparaitre comme des institutions éloignées à l’efficacité limitée. Si c'est pour obtenir une amélioration des salaires, c'est raté... La promesse des 60 000 postes a supprimé toute marge de manœuvre. Il n’y a plus rien ou presque à négocier et notamment pas assez pour permettre le rééquilibrage entre le primaire et le secondaire. D’autant plus dans le contexte général d’austérité budgétaire. L’amélioration des conditions de travail, n’est pas non plus à l’ordre du jour. Les créations de postes ne se voient que très faiblement puisque l’essentiel est destiné à rétablir le demi-service des enseignants stagiaires. La réforme de l’éducation prioritaire, réforme à hauts risques, peut même faire penser que pour certains établissements, les conditions de travail risquent de se dégrader. Tous ces éléments ne contribuent pas à mobiliser pour des élections dont les enjeux ne sont peut-être pas parus assez clairs pour tous.
Les résultats de ces élections interpellent donc tout aussi bien les syndicats eux mêmes que le gouvernement. Ils ne disent rien de bon sur la suite de la “refondation”...

Débat sur l'évaluation : peut mieux faire...
Navrant.Le débat sur les notes tel qu’il est traité par les médias est navrant...
Et je ne suis pas le seul à le penser. Plusieurs professeurs blogueurs font le même constat. Catherine Chabrun (ICEM-Pédagogie Freinet) déplore la faiblesse du débat, tout comme Lucien Marboeuf sur L’instit’humeurs ou encore Jean-Michel Zakhartchouk . Tous dénoncent les débats ineptes où chacun donne son avis sans avoir fait l’effort de se documenter et de lire les textes incriminés (en l’occurence le rapport sur l’évaluation des élèves remis par le CSP à la ministre). Notre ami et co-rédacteur de la revue de presse Laurent Fillion résume la situation avec humour et ironie : “Le jour où les medias organiseront un débat " pour ou contre la pêche au thon rouge" je pense qu'ils inviteront alors des profs qui évaluent sans notes pour connaitre leur avis éclairé sur la question. ”.
Heureusement quelques pépites surnagent. Comme cette très belle synthèse de Pierre Merle sur le site de la vie des idées . On a pu apprécier aussi l’édito politique de Thomas Legrand sur France Inter le mercredi 3 décembre où il s’interroge “Les notes à l’école sont-elles de droite ou de gauche ? ”. Quand on voit que les âneries sur le sujet sont assénées aussi bien à droite qu’à l’extrême gauche, on ne peut que redire ce que nous pointions plus haut : les clivages sur les questions d’école sont plus complexes que la dichotomie droite/gauche. Ensuite, Thomas Legrand conclut son éditorial par cette phrase qui résume assez bien les enjeux : “Les notes ne sont qu'une composante d'un système en panne”. Sur Médiapart Claude Lelièvre retourne le compliment à Luc Ferry qui trouvait dans le Figaro que le projet du CSP était “stupéfiant de niaiserie”. Et il a raison de rappeler que tous ceux qui s'excitent contre l'“esprit de 68" à propos des notes oublient que c'est en mars (et non en mai...) que s'est tenu le fameux “colloque d'Amiens" dirigé par un dangereux gauchiste nommé Alain Peyrefitte qui préconisait la suppression des notes...Pour être précis et remonter encore plus loin dans le temps, la critique des notes exprimée au colloque d'Amiens s'appuyait sur les travaux de la docimologie dont les premiers datent des années 30 : travaux de Laugier, commission Carnegie... Les enfants de 68 venaient à peine de naître !
Au passage, ce détour historique nous rappelle qu’il ne suffit pas de supprimer les notes pour changer la pédagogie. Lorsqu’en 1969 Edgar Faure suit les recommandations du colloque d’Amiens et interdit les notes (très beau rappel de cet épisode sous forme d’uchronie dans Rue89) cela n’a que peu d’effets sur les pratiques. Très vite le “génie français” et la force d’inertie inventèrent le “A -” et le “B+” et même le “A- -” et le “B+ +” ! Et les notes furent rétablies dès 1971 pour les classes à examen. La question n’est donc pas tant celle des notes que celle de la finalité qui sous-tend l’évaluation en France.
C’est là que, malgré tout, ce débat est révélateur. Car lorsque l’ineffable Ciotti dénonce “l’idéologie égalitariste”, quand dans les commentaires on lit qu’il faut bien habituer les enfants très tôt à être noté et sélectionné, on voit bien qu’il y a là une vraie rupture idéologique. Rappelons que les notes chiffrées ont été inventées (par les mandarins chinois) et institutionnalisées (en 1890) pour favoriser la sélection. Et tout notre système éducatif français s’est construit autour de cette logique. Sans verser dans le jargon, on a privilégié en France une évaluation sommative au détriment d’une évaluation formative.
Rappelons aussi, comme d’autres l’ont fait avant moi , que le problème n’est pas tant que la note chiffrée soit “décourageante” (on peut très bien humilier avec des smileys...) mais surtout qu’elle ne dit pas grand chose sur les acquis de l’élève. Certes, la note semble d’une lecture simple que tout le monde comprend. Mais elle dit très peu. Lucien Marboeuf le montre très bien dans son billet de blog. L’accusation développée par certains de “casser le thermomètre” ne tient pas. Si l’on veut une mesure plus fine et surtout utile pour progresser, alors il faut remettre en question les notes dont on sait la variabilité. Il faut surtout reconsidérer les moyennes qui fonctionnent selon le principe de la compensation et masquent les difficultés. On sait aussi que, dans notre système, la note est souvent une fin en soi et une fatalité: on travaille pour la note et celle-ci ne donne pas lieu ensuite à une remédiation. Lorsque Thomas Legrand pointe que “les notes ne sont qu'une composante d'un système en panne”, cela nous permet de rappeler que notre système est un des plus inégalitaires du monde. La méritocratie est bien malade lorsque l’on constate que ce sont toujours les mêmes (c'est-à-dire les plus privilégiés) qui réussissent contrairement à la promesse républicaine. Dès lors, la question devient celle de l’amélioration des moyens d’apprendre et c’est dans ce contexte qu’il faut se poser la question de l’évaluation.
Contrairement à ce qu’une logique binaire conduit à caricaturer, cela ne veut pas dire qu'il faut abolir toute forme de sélection dans le système scolaire. Je dis et bien d'autres avec moi, que la sélection peut se faire le moment venu mais pas avant et surtout pas tout le temps...16 ans marque dans la plupart des pays la fin de la scolarité obligatoire. Il n'est pas choquant qu'il y ait alors de la sélection et des orientations qui en résultent. Mais avant cette date, l’enjeu est d’abord de doter TOUS les élèves d’une même culture commune et tous les outils nécessaires pour évoluer dans la suite de sa scolarité (j'ose à peine parler de “socle commun"...). Et que durant cette période l'évaluation soit au service des apprentissages et pas une forme de sélection rampante et permanente devient alors une nécessité...
Le débat médiatique tel qu’il se déroule est affligeant. On sait bien qu’en France, il y a 66 millions d’“experts” de l’École... Mais il est dommage qu’on ait si peu de mémoire et qu’on ne voie dans ce débat que la dernière “lubie” de la ministre et de quelques pédagogues fous alors qu’il s’inscrit dans une longue histoire et de nombreux travaux (comme j’ai essayé de le montrer). On peut déplorer aussi que les alternatives qui existent et qui font leurs preuves en France, comme à l’étranger soient si peu connues et soient moquées sans être véritablement étudiées. On peut constater enfin que chez les enseignants la caricature de débat montre à la fois la difficulté à faire évoluer ses pratiques et l’inculture dans le domaine pédagogique. Il faut dire que l’attachement à la “note” est presque une question identitaire. Pourquoi critiquer un système qui vous a fait réussir et une note qui vous a permis d’avoir le concours qui vous a donné votre statut... ? 
La question centrale, celle qui devrait animer tous les débats, devrait donc être de savoir comment l’évaluation (et pas la seule notation qui n’en est qu’une des modalités possibles) peut être au service des apprentissages. Mais on est bien loin d’un débat sans fausses notes...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, novembre 30, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 24 au 30 novembre 2014





- Cursive ou manuscrite ?- L’École de demain selon NVB - Un débat sans fausses notes- .



Le bloc notes de l’actualité éducative de cette semaine commence par l’information qui a fait le buzz et suscité le plus de réactions. Mardi un article français repris d’un autre article de la BBC lui même inspiré d’un papier finlandais, annonçait que la Finlande allait abandonner l’écriture “manuscrite”. Nous faisons le point sur la réalité de cette information et sur la mécanique médiatique à l’oeuvre. A partir d’un excellent papier paru dans Les Échos, nous tentons de préciser les contours de l’école idéale selon Najat Vallaud Belkacem ou du moins de quelques axes de sa politique et de sa communication. On évoque enfin la fuite du texte du CSP concernant l’évaluation qui aurait été remis à la Ministre cette semaine.





Cursive ou manuscrite ?
C’est l’information qui a fait le plus de buzz et qui a suscité le plus de réactions sur les réseaux sociaux. Dans un supplément du Monde intitulé Les Clés de demain, le mardi 25 novembre, on annonce que “La Finlande va arrêter l'enseignement de l'écriture cursive”. L’article est repris et traduit d’un article de la BBC qui lui même traduit un article finlandais du quotidien Savon Sanomat . Et à partir de là et au vu des réactions suscitées par ce premier article (rien que sur mon “mur” Facebook, 130 partages et une soixantaine de commentaires), tout s’emballe. L’information est reprise un peu partout : l’Obs, Sud Ouest , Europe 1 , le site de TF1 , dans Le Figaro, on interroge Alain Bentolila qui s’indigne et les tribunes allant dans le même sens sont nombreuses. Dans L’Express, aussi on y consacre un article plutôt plus nuancé que d’autres. On y emploie le conditionnel et on s’intéresse à la question de l’écriture au delà de cette supposée information.
Et, (pour une fois !) il faut lire les commentaires à la suite de cet article. En particulier celui de “ProfFinlandaise” qui écrit ceci : “En tant que prof finlandaise, j'ai trouvé des points de vue assez intéressants dans cet article. Pourtant la nouvelle sur la reforme scolaire finlandaise n'a pas beaucoup à faire avec la réalité, mais se base seulement sur un blog de BBC qui a mal interprété un article dans un petit journal finlandais. Ne vous inquiétez pas donc, la Finlande n'abandonnera pas l'écriture manuelle, mais seulement cursive attachée au profit de détachée (si c'est le bon mot, excusez-moi mon français je suis finlandaise). De plus on commencera à enseigner la dactylographie systématiquement plus à tous les élèves. Ainsi, nos enfants gagneront les avantages de ces deux écritures parallèlement. Pas mal comme réforme, n'est pas?”. Signalons qu’au CRAP-Cahiers Pédagogiques nous avons eu aussi des informations provenant de Finlande et allant dans le même sens.
Et à la lecture de ce commentaire, on se rend compte que la mécanique médiatique est bien fragile... Ce qui aurait dû alerter c’est qu’elle repose sur une confusion entre écriture cursive (“en attaché”) et écriture manuscrite qui avait déjà été faite, il y a un an à propos des États Unis. En octobre 2013, la journaliste bi-nationale Hélène Crié-Wiesner publie sur son blog American Mirror hébergé par Rue89 un article sur l’abandon de l’écriture “en attaché” aux États Unis. Et elle commençait son article ainsi : “Au printemps, une info a couru en France : les écoles américaines n’enseigneront plus aux enfants l’écriture manuelle, ringardisée par l’usage des claviers. En fait, c’est faux, seule l’écriture cursive est abandonnée. Et la France est sur la même voie. ”. Cet avertissement aurait du inviter à la prudence. Mais, malgré les précautions prises par certains journalistes, c’est la confusion/simplification qui l’a emporté.
Donc résumons : en Finlande, comme aux États-Unis, ce qui est abandonné dans l’apprentissage ce n’est certainement pas l’écriture manuelle mais l’écriture cursive qui est elle spécifique à chaque culture. On est un peu dans la même situation que lorsque l’Allemagne a abandonné l’apprentissage de l’écriture gothique...
On ne va pas gloser sur les dérives de la presse où il arrive que, pressé par le temps, on ne vérifie pas les infos et on copie les uns sur les autres si on constate qu’il y a du buzz... Le plus intéressant est de s’interroger sur les raisons de cet emballement. On voit bien que derrière les réactions très vives, il y a une sorte de “fantasme numérique” qui marche dans les deux sens. Pour les uns c’est une suite logique de l’évolution du numérique, pour d’autres c’est un cauchemar techniciste. Cette pseudo-info nous en dit beaucoup sur notre position face à un monde qui change et les changements qui s’opèrent. Comme le dit très bien dans un échange avec elle, la journaliste Sandrine Chesnel qui a signé le papier nuancé de L’Express : la question de la Finlande est un prétexte d'actualité pour poser une question plus large : la place du clavier dans la production d'écrits des enfants, et des adultes aussi d'ailleurs. Et c’est pour cela que même si l’information est fausse toute la réflexion sur les fonctions de l’apprentissage de l'écriture manuscrite dans les mécanismes cognitifs suscitée par la presse est intéressante ! Il est dommage que ce soit à partir d’une information mal maîtrisée et qui peut être un beau sujet d’éducation aux médias, mais au moins le débat est lancé...

L’École de demain selon NVB
“En déplacement dans la Drôme et l'Ardèche, il y a quelques jours, la ministre de l'Education nationale a précisé sa vision de l'école de demain. En visitant deux établissements censés « préfigurer » l'avenir, elle a évoqué les tablettes numériques , la découverte du monde professionnel et le rapprochement école-collège”. C’est le début de l’excellent article de Marie-Christine Corbier dans Les Échos du 27 novembre .
Dans les deux collèges inaugurés à l’occasion de ce déplacement, la place du numérique était forte avec notamment l’usage des tablettes. “Les tablettes permettent de mieux apprendre ”, vante la ministre, qui y voit “des perspectives immenses”. Aux collégiens qui l'interrogent sur sa propre scolarité elle confie, à dessein : “Je n'étais pas très bonne en maths, mais si j'avais eu une tablette numérique et des exercices interactifs, peut-être que j'aurais plus aimé ça ”… Même si elle déclare ensuite qu’ “ Il faut former les enseignants au numérique”, on est quand même toujours un peu dans le fantasme techno qui voit dans le matériel le vecteur des transformations pédagogiques. La ministre pourrait peut être lire avec profit l’interview de Marcel Lebrun dans EducPros . Ce spécialiste belge des questions numériques résume assez bien les enjeux : “Le numérique peut avoir un impact sur la pédagogie, à condition que celle-ci change. En effet, si les nouvelles technologies externalisent les savoirs, elles demandent aussi de mieux savoir utiliser les outils. [...] réfléchir aux outils sans se demander ce qu'ils vont modifier équivaut à mettre des emplâtres numériques sur des structures qui n'évolueront pas. ”.
Toujours lors de sa visite dans un des collèges, la Ministre a pu observer un projet de mini-entreprise, l'occasion d'avancer ses idées sur la découverte du monde professionnel, un autre axe de son école de demain. Rappelons, au passage,que Le Conseil supérieur des programmes (CSP) doit se prononcer début décembre sur le contenu du parcours de découverte du monde professionnel.“C'est formidable qu'au collège, on donne envie aux élèves de créer leur propre entreprise.” déclare la Ministre devant le projet présenté. L'école doit aider “ à s'orienter, à envisager sa place dans le monde professionnel, voire à nourrir et développer cette ambition folle de créer sa propre entreprise ”, poursuit-elle. . En disant cela, elle ne fait que reprendre les propos de François Hollande l’an dernier lors de son discours de clôture des assises de l’entrepreneuriat où il déclarait “Notre premier devoir, c’est de stimuler l’esprit d’entreprise dans notre pays. C’est d’abord le rôle de l’école ”.
J’avais consacré à l’époque un billet de blog à cette déclaration et il reste valable me semble t-il. Tout comme celui de Philippe Frémeaux dans Alternatives Économiques . Celui-ci écrivait “Si l'école française a un problème avec la transmission de l'envie d'entreprendre, ce n'est pas en ajoutant une discipline supplémentaire qu'on va le résoudre. [...] Si l'on veut que l'école encourage l'esprit d'entreprise, il faut au contraire qu'elle valorise et développe l'autonomie des élèves, leur prise d'initiative, leur sens critique, aussi bien individuellement qu'en groupe, car l'entreprise qui réussit n'est pas seulement une aventure individuelle mais le fruit d'un projet collectif.”. Pour ma part, je rajouterais que malheureusement trop souvent le problème de « l’esprit d’entreprise » c'est plutôt le discours des lobbys patronaux qui sont à la manœuvre sur ce sujet comme sur d'autres (les programmes, les manuels,...). En fait, on y entretient une confusion avec l'idée qu'il faudrait faire "aimer l'entreprise". Or, un contenu d'enseignement n'a pas à faire aimer ou à jouer sur l'émotion. Il s'agit de donner des clés pour comprendre le monde et pour y agir. Pas plus, pas moins...
Dans un autre établissement visité dans la foulée, Najat Vallaud-Belkacem décline un autre projet phare de sa politique : la réforme du collège, annoncée pour 2015. Et, avec elle, le rapprochement entre l'école primaire et le collège. Elle assiste en effet à un cours de mathématiques dont la particularité est d'associer élèves de CM2 et de sixième. “Cela correspond à cette école du socle que nous voulons construire, avec une continuité entre la fin de l'école primaire et le début du collège, pour éviter les ruptures que connaissent beaucoup d'élèves et les accompagner au mieux vers la réussite” commente la ministre.
Plus encore que l’esprit d’entreprendre, c’est peut-être le point qui risque de se heurter au plus de résistances. Car ici, on s’affronte à un noyau dur de l’identité syndicale. Pour le syndicat majoritaire dans le secondaire et au delà la fédération majoritaire, le champ de syndicalisation est fondé sur une séparation nette entre le primaire et le secondaire. Et on retrouve aussi derrière ces résistances, les critiques adressées au socle commun qui conduisent aussi à requestionner les séparations disciplinaires, cette fois-ci.

Un débat sans fausses notes
Ce n’est pas l’information divulguée par Le Monde qui risque de calmer les craintes de certains conservateurs. Le journal s’est en effet procuré une version (est-ce la définitive ?) de la contribution du Conseil Supérieur des Programmes au débat sur l’évaluation. Dans ce document remis jeudi 27 novembre par le CSP à la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, on propose non seulement de supprimer les notes et les moyennes mais aussi de changer radicalement le brevet qui serait constitué d'une seule épreuve transversale accompagnée de contrôles en cours de formation.
En ce qui concerne les notes, le CSP préfère un barème de 4 à 6 niveaux, sur le modèle de ce qui se pratique dans de nombreux pays. Et pour la moyenne, “ On ne peut pas racheter sa faiblesse dans une discipline par sa force dans une autre, souligne Michel Lussault. Pour le président du CSP, une moyenne ne dit rien : “Un élève fort en mathématiques et faible en sport n’est pas un élève moyen au bout du compte.”. Selon le Monde le conseil rejetterait également le recours aux coefficients, considérant qu’aucune compétence ou connaissance n’est plus importante qu’une autre.
Pour le brevet, il s’agirait, en fait, de le transformer en épreuve de validation du socle. aux quatre épreuves de fin d’année – français, maths, histoire-géographie et histoire des arts –, le CSP préférerait en voir instituer une seule, transversale, “anonymée et définie nationalement” peut-on lire dans le document que s’est procuré le Monde. En sus, deux projets personnels – l’un réalisé en 4e, l’autre en 3e – seraient présentés à l’oral, et plusieurs évaluations organisées de la 5e à la 3e.
Ce document, qui aurait donc “fuité” ne devait, en principe, être rendu public qu’au moment de la Conférence nationale sur l’évaluation qui a lieu du 11 au 13 décembre 2014. Un Jury, composé d’acteurs et d’usagers du système éducatif, est convié à élaborer des recommandations fondées sur les résultats de la recherche, les connaissances scientifiques, et les pratiques de terrain, nationales et internationales. À l’issue de ces Journées, le Jury remettra ses recommandations à la ministre.
Pour finir ce bloc notes sur une tonalité militante, vous trouverez sous ce lien la contribution du CRAP-Cahiers Pédagogiques à ce débat sur l’évaluation

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot


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samedi, novembre 22, 2014

Bloc Notes de la semaine du 17 au 23 novembre 2014





- Décrochage - Redoublement - Mérite - .



Trois thèmes dans ce bloc notes de la semaine éducative (et un refrain). Le décrochage avec un retour sur le plan annoncé ce vendredi par le Premier Ministre et la Ministre de l’Éducation Nationale. Le redoublement avec le décret paru cette semaine qui précise les règles en vigueur à partir de la rentrée prochaine. Et enfin une réflexion sur le mérite qui nous permettra de nous interroger sur les vrais clivages actuels en matière éducative.





Décrochage
Vendredi 21 novembre était annoncé le plan de lutte contre décrochage. C’était à l’occasion d’un déplacement dans le Nord que le Premier Ministre accompagné de la ministre de l’Éducation a fait cette annonce de 50 millions débloqués pour lutter contre le décrochage. Dans la revue de presse du jour, on rentrait dans le détail du plan et le contenu de l’interview que la Ministre a donnée au Parisien.
Le plan semble axé essentiellement sur la prévention du décrochage et la formation des enseignants et comme le souligne Marie-Christine Corbier des Échos , il comporte quelques mesures nouvelles et en recycle d’autres issues des plans précédents. Dans La Croix on parle même d’“un air de déjà vu”. Un numéro unique (0800 12 25 00) permettra aux jeunes et à leur famille de contacter un conseiller pour connaître les solutions proposées. Des dispositifs pour impliquer les parents seront généralisés, notamment l’expérimentation “ La mallette des parents”, lancée par la majorité précédente. Les enseignants seront formés pour, selon la ministre, “ détecter précocement les difficultés scolaires”. L’élève de 15 ans qui a des difficultés pourra “ faire une pause dans sa scolarité” pour un stage en entreprise ou un service civique afin de lui permettre de “ prendre du recul tout en restant sous statut scolaire et revenir ensuite avec une formation plus adaptée”, a précisé Najat Vallaud-Belkacem qui a refusé l’extension de la scolarité obligatoire à 18 ans pour un droit à un retour en formation . En 2012 déjà, le gouvernement avait fait des annonces identiques. La nomination d’un « référent décrochage » dans chaque établissement fera elle aussi, l’objet d’une « deuxième » généralisation…Par ailleurs, plutôt que de développer les micro-lycées ou les écoles de la deuxième chance, le ministère privilégie “ des structures de remédiation innovantes au sein d’établissements classiques”, au moins une par académie.
L’auteur de cette revue de presse s’étant vu refuser l’an dernier (par le Rectorat) un projet de ce type dans son établissement, ne peut que se réjouir de cette évolution mais avec une certaine circonspection (voire amertume)... De même, on peut espérer que la formation des enseignants ne se limite pas qu’à la formation initiale mais s’appuie sur une véritable formation continue. Si la formation dans les ESPÉ se limite au repérage du décrochage sous la forme de ce qui se passe aujourd’hui dans la “culture commune”, on peut aussi être inquiet sur son efficacité. Il ne s’agit pas seulement de faire des cours en amphithéâtre sur ce sujet. La problématique est d’abord pédagogique. Sans jouer sur les mots, tout autant que le décrochage, il faut travailler sur l’ “accrochage” et les moyens de maintenir ces élèves fragiles et démotivés dans le système. C’est-à-dire travailler avec des méthodes actives et en groupes interdisciplinaires sur la motivation et l’implication des élèves et la pédagogie différenciée. Expérimentons ! Innovons ! Mutualisons !

Redoublement
Plusieurs journaux ont titré sur le fait qu’à compter de la rentrée prochaine, le redoublement devra procéder d’une décision “exceptionnelle”. Ainsi, La Croix , le journal Le Monde ou encore le site d’information VousNousIls reprennent cette information.
Il est vrai que c’est l’actualité avec ce décret du ministère de l’éducation publié jeudi 20 novembre 2014. Mais ce n’est pas pour autant une nouveauté. On nous avait déjà fait le coup le 24 septembre dernier lorsqu’ Europe 1 tentait de présenter comme un scoop la suppression du redoublement. Dans le bloc notes de cette semaine-là, nous avions alors rappelé que cette disposition était déjà contenue dans la loi de refondation votée en juin 2013 par la représentation nationale. Et nous écrivions : “La focalisation sur cette question en dit long sur l'état du système éducatif et de l'opinion publique. 
D'abord, on voit que l'opinion s'accommode très bien d'un système qui sélectionne très tôt et dont la fatalité du redoublement n'est qu'un des symptômes. 
Ensuite cela nous montre bien la difficulté du système à innover et trouver des solutions alternatives et à favoriser la remédiation. 
Enfin, on ne peut s'empêcher de voir cet attachement au redoublement chez certains enseignants comme le symbole d'un pouvoir perdu alors que la profession se sent dans une logique de déclassement.. On pourrait reprendre mot pour mot ce que nous écrivions il y a deux mois et demi. C’est d’ailleurs ce que nous venons de faire !
Le décret paru jeudi 20 novembre au Journal officiel n’est donc qu’une application de ce principe contenu dans la loi. A compter de la rentrée 2015, e redoublement demeurera possible en cas de “période importante de rupture des apprentissages scolaires” par exemple en cas d'absence pour maladie ou pour des raisons familiales. Après l'avis positif du conseil de classe, une “phase de dialogue“ avec le chef d'établissement est prévue, et le redoublement ne sera alors possible qu'“avec l'accord écrit” des parents ou de l'élève s'il est majeur. L'autre cas concernera seulement les élèves en fin de 3e et de 2de, « lorsque la décision d'orientation définitive n'obtient pas l'assentiment des représentants légaux de l'élève ou de l'élève majeur ». Dans ce cas, ce seront l'élève ou ses parents qui, faute d'avoir obtenu le passage dans la classe ou filière souhaitées, demanderont un maintien dans le niveau actuel. Une autre disposition importante est annoncée dans le texte, l'élève redoublant devra bénéficier d' “un accompagnement pédagogique spécifique, qui peut comprendre notamment un programme personnalisé de réussite éducative“
On risque de retrouver le débat sans fin sur le laxisme ou le manque d’“exigence” chez les déclinologues patentés de l’École. Or la vraie exigence c’est au contraire celle de la loi qui nous oblige à un devoir d’invention pour trouver (ou retrouver) des alternatives au redoublement. On pourra alors aller jeter un œil sur ce qui se passe déjà aujourd’hui dans un certain nombre d’établissement scolaires (par exemple avec ce reportage d’Alternatives économiques ) et mutualiser les pratiques plutôt que de se réfugier dans la déploration.
Signalons que le Conseil national d'évaluation du système éducatif (Cnesco) s'est aussi saisi de la question du redoublement, avec une conférence de consensus en janvier sur le thème «Lutter contre les difficultés scolaires: le redoublement et ses alternatives?».
Expérimentons ! Innovons ! Mutualisons ! (bis)

Méritocratie
Dans l’actualité éducative de la semaine, un article de synthèse mérite notre attention. Il s’agit d’un article de Maryline Baumard dans Le Monde où la responsable du service éducation tente de faire la synthèse sur la question de la méritocratie, “un sujet politiquement très puissant, mais [qui] n’est pas aisé à cerner. ”.
La journaliste essaie de faire le tour des écrits récents sur ce sujet, d’Elise Tenret, à Jérôme Krop, en passant par Marie Duru-Bellat et François Dubet. Pour Agnès Van Zanten, “Il est évident que la méritocratie n’a jamais existé, ni en France ni dans d’autres contextes nationaux ”. Alors que nous commémorons les cinquante ans de la publication de l’ouvrage de Bourdieu et Passeron “Les Héritiers”, il est toujours utile de rappeler que les statistiques sont assez semblables à celles des années 60 : les enfants de cadres sont deux fois plus souvent diplômés du supérieur (62 % contre 31 %) que les enfants d’ouvriers. Et la dernière enquête Pisa a montré que la France est le pays où l’origine sociale joue le plus fortement dans l’accès aux diplômes. Eric Charbonnier, analyste à l’OCDE, rappelle que la situation a empiré “En 2012, les élèves de familles défavorisées courent trois fois plus de risques d’être en échec scolaire que neuf ans plus tôt.”.
Maryline Baumard rappelle que dans une interview de 2004 à Alternatives Économiques, François Dubet qualifiait cependant la méritocratie de “fiction nécessaire. Il reprend d’ailleurs cette affirmation dans une interview plus récente à Libération en Octobre 2014 où il rappelle que “dans une société démocratique affirmant l’égalité de tous les individus, le mérite est une valeur incontestable. Vous ne pouvez fonder des hiérarchies sociales justes que sur les mérites des individus - pour occuper une position sociale, il est plus juste que cela dépende du mérite que de la naissance. ”. Mais tout de suite après, il précisait “Le problème est lorsque vous hypertrophiez ce principe. Vous entrez alors dans un système brutal et injuste. Certes, il faut dégager de bons élèves, mais cela ne nous dispense pas de nous occuper presque prioritairement de ceux qui ne le sont pas. Il faut compenser le mérite par l’idée qu’on a des devoirs envers ceux qui n’en ont pas. Et ici il y a un vrai clivage idéologique.”
“Idéologique”..., le mot est lâché. Car l’essentiel du propos de Maryline Baumard n’est pas de faire l’état de la recherche sur ce sujet mais de resituer ce débat dans le champ politique. Et elle montre assez bien que sur cette notion où tout le monde semble en apparence d’accord, il y a en fait des divergences réelles. “Sous Nicolas Sarkozy, la droite a mis en œuvre une conception de la méritocratie qui fait écho à ses convictions libérales. L’individu doit se prendre en main, affirmait le président : s’il réussit, c’est grâce à lui, s’il rate, c’est à cause de lui, pourrait-on caricaturer. [...] Les « internats d’excellence » lancés en 2008 par Nicolas Sarkozy reposaient sur ce principe : ils servaient à repérer dans les « collèges ghettos » quelques élèves travailleurs, à les sortir de leur milieu et à leur offrir des ­conditions idylliques d’études dans des établissements surdotés, pendant que le reste de l’éducation prioritaire était abandonnée à son sort, amputée de ses éléments moteurs.”. Or, la gauche, plutôt que d’insister sur la promotion de quelques élèves défavorisés mais méritants, préfère centrer son discours sur la question de l’égalité des chances. Il y aurait donc une “méritocratie de gauche” et une “méritocratie de droite”. “Comment l’école pourrait-elle être juste si elle abandonne au bord du chemin ceux qui ont le plus besoin d’elle ? ”, se demandait Vincent Peillon, le 5 juillet 2012, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, lors du lancement de sa refondation. Pour prendre le mal à la racine, le gouvernement avait donc décidé de tout miser sur les premières années d’école où se cristallisent un grand nombre d’inégalités. Mais cette volonté a t-elle été suivie d’effets ?
Penser l’École non pas en fonction de la sélection des meilleurs mais de l’attention portée aux plus faibles et aux moins méritants, voilà qui pourrait déjà siffler aux oreilles de quelques enseignants "politiquement à gauche et scolairement à droite", comme dirait François Dubet. La question n’est pas seulement de refaire fonctionner l’ascenseur social mais de se préoccuper aussi de ceux qui n’y ont pas trouvé place. Pour clore cette réflexion donnons encore une fois la parole à François Dubet “Certes, il faut dégager de bons élèves, mais cela ne nous dispense pas de nous occuper presque prioritairement de ceux qui ne le sont pas. Il faut compenser le mérite par l’idée qu’on a des devoirs envers ceux qui n’en ont pas. Et ici il y a un vrai clivage idéologique ”

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot


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