dimanche, novembre 20, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 14 au 20 novembre 2016



- Tri sélectif – Réactions et autres discours – Droits de l’enfant – Miction impossible ? – Butinages – 


Ils ont remis ça... Dans le 3ème débat de la primaire de la droite, l’école a eu droit à un oral de rattrapage. Le bloc-notes s’en fait l’écho en analysant surtout les positions sur le collège unique. On traite également les réactions et les autres discours sur l’école formulés cette semaine.
On évoque aussi les droits de l’enfant avec le rapport du défenseur des droits sur ce thème ainsi qu’avec un sujet qui est loin d’être anecdotique : celui des toilettes. On finit comme à l’habitude avec quelques propositions hétéroclites.



Tri sélectif
“L'échec de l'école, c'est la faute d'une caste de pédagogues prétentieux qui ont imposé des programmes jargonnants (Fillon) ” ; “Je souhaite que les décrocheurs fassent un service militaire national” (Sarkozy) ; “75% du temps doit être consacré aux fondamentaux à l'école” (Fillon) ; “Je constate que le port de l'uniforme pour les enfants de Martinique et de Guadeloupe fonctionne très bien. Donc si ça marche très bien en Martinique et en Guadeloupe, il n'y a pas de raison que cela ne marche pas en France ” (Poisson) ; “Il faut aussi que l'école primaire soit le lieu de l'apprentissage du respect, de l'autorité et de la discipline. ”(Fillon).
Jeudi dernier, c’était le troisième et dernier débat de la primaire de la Droite. On a eu droit à un oral de rattrapage sur l’éducation. Sur le temps de parole, mais pas forcément sur le niveau des propositions...
Ce thème est, encore une fois, arrivé en fin de débat et a duré, là aussi, une dizaine de minutes. C’est François Fillon qui s’est le plus déchaîné contre les “pédagogues” (c’est peut-être cela qui lui vaut le soutien de l’association réactionnaire SOS-Éducation). L’essentiel de l’échange a porté sur le collège unique. Marie-Christine Corbier dans Les Échos nous livre une synthèse des positions respectives des uns et des autres sur ce sujet. Et on se dit que le Ministre (de droite) René Haby qui a porté la loi sur le « collège pour tous » sous Valéry Giscard d'Estaing (président de droite...), a bien peu d'héritiers…
Bruno Le Maire entend le remplacer par un « collège diversifié » avec des options - à raison de deux heures par semaine - pour « découvrir en 6è ce qu'est qu'être mécanicien, informaticien ou boulanger ». 
Jean-François Copé voit dans le collège unique, « une fiction égalitariste » et plaide pour l'autonomie de l'établissement et du chef d'établissement autour d'« un tronc commun national qui s'adapte(rait) » selon les quartiers. L'entrée au collège doit par ailleurs, selon lui, être conditionnée à « une évaluation en CM2 pour que chaque enfant qui rentre en 6è sache vraiment correctement les savoirs fondamentaux ». 
Jean-Frédéric Poisson est, lui aussi, hostile au collège unique. Et plaide pour des « classes de niveaux » au sein d'un même collège. « Le premier ennemi d'un prof dans une salle de classe est qu'il est confronté à tellement de niveaux hétérogènes qu'en réalité, personne ne peut profiter pleinement de son enseignement : ceux qui sont plus talentueux parce que ça ne va pas assez vite et ceux qui sont plus lents car ça va trop vite pour eux », a-t-il indiqué.
 L'ex-ministre de l'Education nationale François Fillon qui a, par la loi de 2005 qui porte son nom, créé le socle commun de connaissances et de compétences pour tous les élèves de collège, a lui aussi pris ses distances sur le collège unique en plaidant pour un examen d'entrée au collège : « Il faut que les enfants qui ne maîtrisent pas les fondamentaux n'aillent pas au collège tant qu'ils ne les maîtrisent pas»
Alain Juppé s'est opposé à la suppression du collège unique. « Si on le supprime, ça veut dire qu'on fait un collège pour les bons, et l'autre pour les moins bons. ça, je n'en veux pas» a-t-il dit. 
Nicolas Sarkozy s'est exprimé aussi contre la fin du collège unique car ce serait « la possibilité d'interdire le collège général à des enfants de familles les plus modestes ». Tout en se disant favorable à « une possibilité d'entrée en apprentissage dès 14 ans».
Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet, elle a défendu le collège unique et s’en est prise de manière très percutante à Bruno Le Maire. Alors que le “candidat du renouveau” veut revenir cinquante ans en arrière en proposant que les enfants puissent expérimenter l'apprentissage dès la sixième (donc à partir de 11 ou 12 ans), NKM lui décoche un missile qui fait mouche "C'est les mêmes qui viennent des grandes écoles, qui poussent leurs enfants dans les filières les plus élitistes, qui veulent trier les enfants dès l'âge de 11 ans et mettre fin au collège unique". Et la députée de l'Essonne poursuit en pointant la contradiction majeure : "Bruno, ce n'est pas vrai que tu aurais proposé à tes propres enfants en 6e de devenir mécanicien ou pâtissier". Derrière la petite pique, il y a en effet une vraie question : Pourquoi les gamins qu’“on verrait bien dans ces métiers là” sont-ils quasiment tous issus des classes populaires ? Car derrière la formule maintes fois répétée de Lemaire sur ‘l’intelligence de la main qui vaut celle de l’esprit” et sur la “diversité des talents”, on est dans une forme de naturalisation des inégalités sociales et scolaires et une négation des apports de la sociologie. La sagesse populaire dit qu' « on ne discute pas des gouts et des couleurs », le sociologue, lui, en discute ! Tout comme la sociologie montre qu'il y a une "ambition différentielle" qui est aussi le résultat à la fois de la socialisation, des conditions matérielles d'existence et des choix sous contraintes que font les familles. C'est donc bien une école de la sélection précoce, du déterminisme assumé, du tri social et des inégalités qui est dessinée par une bonne partie de ces candidats...
Petit rappel historique…

Mara Goyet, qui s’était un peu égarée ces derniers temps, l’exprime très bien dans son dernier billet de blog. “Tout donnait le sentiment, à propos du collège unique, qu’il était question du traitement de déchets et non pas d’enfants (qui ont pour principal défaut d’être ceux des autres). Dans quelle poubelle mettre l’enfant de 11 ans, lent, pauvre et indiscipliné ? (il se reconnaîtra et appréciera). Dans le bac pour le compost de manière à ce qu’il se décompose sur place ? Dans le bac pour emballages (le placard ou la voie de garage fera l’affaire) ? On peut aussi le congeler à l’école primaire avec les restes, pardon, le reste des enfants, afin qu’il n’accède pas au collège et le mettre ensuite sur décongélation l’année de ses 16 ans histoire de s’en débarrasser proprement. Ou alors, on peut, façon déchets nucléaires, le mettre dans une sorte de couche géologique profonde scolaire (on regarde s’il est encore radioactif, s’il l’est, il ne peut pas entrer au collège, dommage). Ou alors, on lui fait croire qu’il serait super heureux dans la poubelle pour le verre, que le verre, ça toujours été son truc, qu’il aura une super vie utile, concrète et qu’avec un peu de chance il contiendra un jour du Cristal de Roederer. Ou alors on lui met un petit écusson et, hop, il a l’air tout beau tout neuf. Les idées n’ont pas manqué…”
Non au tri sélectif !


Réactions et autres discours
Les réactions à ce débat n’ont pas manqué. Et on voit aussi poindre les propositions pour l’éducation dans d’autres camps.
Dans son blog du Monde, Jean Claude Lewandowski se demande “Y a-t-il une chance que l’enseignement supérieur et l’éducation en général deviennent une priorité lors de la prochaine élection présidentielle ? Qu’ils apparaissent comme un enjeu majeur, ou au moins un thème important des débats ? Soyons réaliste : la réponse est non”.
Dans une tribune lisible sur le site de Libération , la ministre Laurence Rossignol estime que les enfants sont les “victimes collatérales des surenchères à droite et à l’extrême droite”. Elle note qu’il a été proposé de nouveau la suppression des allocations familiales pour sanctionner l’absentéisme scolaire. Elle revient aussi sur la polémique à propos des cantines et des repas sans porc. Et elle rappelle que le jour du premier tour de la primaire de la Droite, c’est le 27ème anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant. Des enfants bien oubliés sinon pour être instrumentalisés.
Il n’y a pas que la droite qui parle d’éducation.
Au fait et Emmanuel Macron ? Celui-ci a annoncé sa candidature cette semaine et cela a été l’objet d’une large couverture médiatique. Un article de Caroline Brizard dans L’Obs s’intéresse à ce qu’il dit sur l’éducation. En fait, pas grand chose... Pour la journaliste tout cela a “un air de déjà vu”. Emmanuel Macron propose de mettre le paquet là où les besoins sont les plus criants, à savoir les écoles des réseaux d’éducation prioritaire (ex-ZEP) des quartiers populaires, en y enrôlant des professeurs expérimentés, mieux payés, à qui on laisserait une liberté pédagogique plus forte. Ce qui est déjà en œuvre dans la politique du gouvernement. L’ex ministre propose aussi d’améliorer la mixité sociale en enrichissant l’offre scolaire dans les collèges de quartiers populaires pour qu’ils attirent les bons élèves du secteur, voire des élèves venus d’ailleurs par dérogation. Une idée qui est précisément expérimentée à cette rentrée. Plus largement, nous dit cet article, le projet, dans ce domaine comme dans d’autres, reste très flou et évite de mécontenter les uns et les autres.
Mercredi, Manuel Valls était en visite à l’université et à l’ESPÉ de Cergy-Pontoise. Selon Les Échos, il a fait un discours de présidentiable. Il a décliné ses idées pour l'éducation et l'enseignement supérieur, pour le prochain quinquennat. Manuel Valls veut ainsi “construire une Nation éducative” qui doit être “le coeur du nouveau contrat social qu'il faut inventer”. Ce faisant, il tente de rattraper un électorat souvent marqué à gauche et dont certains hauts responsables admettent volontiers qu'il est “en partie perdu”. “Le prochain quinquennat devra être celui de vraies augmentations de salaires, pour tous les enseignants”, a insisté Manuel Valls.
Pas sur que ce type de promesses fonctionne encore. Ni même d’ailleurs la crainte des mesures de la droite. On semble en effet aujourd’hui dans une sorte de prophétie auto-réalisatrice qui conduit à la résignation.


Droits de l’enfant
Nous évoquions plus haut l’anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant. En France, cette semaine, c’est le défenseur des droits qui publie un rapport sur le droit fondamental à l’éducation où il rappelle que la scolarisation des enfants est obligatoire, y compris ceux qui n'ont pas de domicile.
Ce rapport fait principalement trois constats.
• L'accès à l'école n'est pas un droit effectif en France pour tous, en particulier pour les enfants les plus vulnérables.
• L'école peine à garantir le respect de la singularité et de l'individualité de ces enfants.
• L'effet des inégalités sociales et territoriales et des discriminations perdure, voire s'accroît.
Et pour lutter contre cela le défenseur des droits formule trente recommandations qu’on pourra lire dans le rapport et dont les principales sont présentées dans plusieurs articles.
Dans un contexte de crise de la solidarité et de repli sur soi, et face à des élus qui n'hésitent pas à “faire passer les considérations politiques et électorales au-dessus de l'intérêt supérieur de l'enfant”, Jacques Toubon met en lumière les difficultés de scolarisation pour les enfants de migrants en rappelant la loi. “Nous nous sommes battus pour qu'à Calais, les enfants aient la possibilité d'aller à l'école. Pas une possibilité improvisée par une association, mais un service mis en place par l'Éducation nationale”, rappelle le Défenseur des droits, expliquant qu'il suivra de près le dossier sur le camp de la porte de la Chapelle et celui d'Ivry qui accueillera, en janvier prochain, des femmes et des enfants. Il rappelle aussi aux préfets “la nécessité d’informer et d’associer, systématiquement, les services académiques en amont de toute opération de démantèlement de campement afin que des mesures puissent être anticipées pour assurer la continuité de la scolarisation des enfants concernés”.
Outre le droit d'accès à l'école, le Défenseur des droits pointe l'accroissement des inégalités sociales au sein même de l'école. Depuis 2002, le poids de l'origine sociale sur les performances des élèves a augmenté de 33%. L'école française est celle où les origines sociales influent le plus sur le niveau scolaire. Moins souvent mis en avant, le rapport rappelle aussi ce chiffre d'un enfant sur 10 vivant dans une famille pauvre (soit 1,2 million), avec des conséquences évidentes sur le destin scolaire. “L'école de la République ne fait plus son travail de corrections des données sociales. Elle continue de trimbaler les stéréotypes, préjugés et déterminismes”, conclut Jacques Toubon. Il demande donc au ministère de l'Education nationale de “systématiser la formation aux stéréotypes et aux discriminations dans la formation initiale et continue” des professionnels de l'éducation, et notamment des enseignants. En outre, il signale aussi qu’il sera “attentif” aux résultats de l’expérimentation lancée par la ministre autour de la fameuse sectorisation et de la mixité sociale et dont les conclusions doivent être rendues fin novembre.

Miction Impossible ?
Le 19 novembre c’était la journée mondiale des toilettes. Voilà une information qui peut faire sourire et être propice aux jeux de mots faciles (rassurez vous il y en aura quand même…). Mais, c’est une vraie question...
A l’échelle planétaire, il faut rappeler que ce sont 2.4 milliards d'individus qui vivent encore aujourd'hui sans toilettes. C’est un enjeu de santé publique. Le Parisien profite de cette journée pour faire le point sur la situation des toilettes dans nos écoles. Le constat est sans appel. un tiers des élèves, du CP au lycée, évitent d'utiliser les toilettes de leur école. Toilettes sales, manque d'intimité, zone d'insécurité... Les enfants préfèrent se retenir jusqu'à la fin des cours. Un comportement qui favorise le développement de pathologies : maux de ventre, constipation, troubles urinaires. Les dernières statistiques le montrent : près de 45 % des écoliers déplorent l'absence de papier-toilettes, 25 % de savon. “61 % des toilettes sont seulement nettoyées une fois par jour ! Vous imaginez leur état à midi ?” constate Michèle Olivain, en charge du dossier (elle est donc chargée de miction...) à l'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement (ONS). Et c'est sans compter les problèmes de sécurité. D'après elle, les élèves s'approprient parfois ces lieux non surveillés, y fument, se bagarrent.
Au collège d’Herblay dans le 95, nous apprend Le Parisien l’administration (qui devait être au bout du rouleau) a pris une mesure radicale. Pour lutter contre les dégradations, les élèves doivent s'approvisionner en papier toilette auprès de la vie scolaire ou de l'infirmerie... Une situation qui dissuaderait plus d'un élève de se rendre aux toilettes, certains élèves (sans papier) préférant se retenir plutôt que d'avoir à demander. Auprès des parents, comme des élèves la mesure a du mal à passer...
Au delà de la plaisanterie, ne tournons pas autour du pot, c’est un vrai problème. A la fois de santé publique et tout simplement de dignité et de droits de l’enfant.
“Give piss a chance !”

Butinages
Une rubrique un peu hétéroclite pour finir, faite de lectures et de cinéma.

Il faut d’abord signaler le gros dossier de La Croix consacré à l’éducation . “Éduquer, c’est l’affaire de tous”, c’est son titre. Durant trois semaines, du 7 au 28 novembre 2016, le journal explore ce thème avec de nombreux articles, reportages et entretiens. On y parle aussi bien des valeurs, de l’esprit critique, que du numérique, des devoirs, de la parentalité... Plusieurs personnalités y sont aussi interrogées et donnent leur vision de l’éducation. On y trouve aussi des propositions issues des “semaines sociales de France ” qui est partenaire de ce dossier du journal catholique.

Dans deux semaines, début décembre, c’est la livraison de PISA... Nous avons déjà eu le rapport du CNESCO pour patienter mais si on veut s’ouvrir l’appétit on pourra alors lire “L'Europe de l'éducation en chiffres”. Cette synthèse statistique élaborée par la DEPP, le service statistique du Ministère de l’éducation nationale, propose une grande variété d’indicateurs pour la première fois regroupés dans une publication nationale. Pour ceux, comme moi, qui apprécient une approche comparatiste des questions éducatives, c’est une ressource utile. En attendant Pisa...

On m’a dit que j'avais loupé quelque chose à la télé…Ce mardi soir, France 2 diffusait dans sa section Infrarouge: “A voix haute” un documentaire consacré au concours Eloquentia, un programme d'expression et de formation à la prise de parole publique, à Paris 8 Saint-Denis. Et ce sont plein de personnes que j'apprécie qui m’ont dit que c’était formidable. Heureusement avec le replay on peut se rattraper. Et je peux donc vous confirmer qu’ils avaient raison et qu’on préfère voir ces discours là que ceux de jeudi soir... Allez y, et je peux vous assurer qu’en ces temps moroses, ça va vous redonner la pêche, la “super pêche”… !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, novembre 13, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 7 au 13 novembre 2016



- Métier - Lenivôbesse- Frites - Réponses - Trump- .

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Deux rapports importants sont commentés dans le bloc notes de cette semaine : le rapport du Cnesco sur le métier d’enseignant et une note de la Depp sur le niveau d’orthographe des élèves. Cette semaine a aussi été marquée par une série de réponses : de la Ministre aux candidats de la droite, de ceux qui ont été désignés comme “assassins” par Carole Barjon dans un livre scandaleux. On parlera également des cantines et des frites... Et puis, il y a aussi l’élection de Trump...




Métier
Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) livrait ce lundi 7 novembre un volumineux rapport avec pour question : “Le métier d’enseignant attire t-il toujours ? ”. Ces quatre dernières années ont été marquées par une forte augmentation du recrutement d’enseignants. Cette offre très élevée, arrivant après plusieurs années de nette diminution des postes offerts aux concours, a laissé apparaître des difficultés sectorielles, avant tout dues à un effet conjoncturel de fluctuation des politiques de recrutement. Cependant, ces difficultés ont pu laisser des doutes sur l’attractivité du métier d’enseignant. A-t-on, en 2016, un vivier de potentiels futurs enseignants suffisamment important pour absorber des besoins élevés de recrutement ?
Plus qu’une crise structurelle et globale de recrutement, ce sont donc des crises localisées mais stratégiques que décrit le Cnesco, pénalisant certaines matières en collège et lycée (mathématiques, lettres modernes, anglais), fragilisant des territoires entiers au primaire (Créteil et Versailles).
Et cette crise s’explique par les fluctuations : «L’analyse temporelle des résultats aux concours montre que les difficultés sont récurrentes quand les mandats politiques alternent recrutement important et postes en berne», observe la sociologue Nathalie Mons, présidente du Cnesco dans des propos rapportés par Le Monde
L’enquête du Cnesco tend à montrer que le métier d’enseignant attire encore les étudiants. Il est vécue comme une “vocation” (je déteste cette expression) et est considéré comme porteur de sens et attractif aux yeux des étudiants. Un article du Parisien insiste sur cet aspect et nous informe que plus de quatre étudiants sur dix, en troisième année de licence à l'université, aspirent à devenir maîtres ou professeurs. A noter aussi que le métier peut être aussi l’occasion d’une seconde carrière : le rapport met en avant une hausse du nombre de salariés du public et du privé admis au concours de professeur des écoles.
Cette attractivité du métier est cependant à mettre en relation avec d’autres enquêtes. Ainsi, le site d’information VousNousIls fait part d’une enquête menée par le SNUipp et publiée aussi ce lundi. Elle montre que la plus grande “désillusion” des enseignants est qu’ils ne s'attendaient pas aux empiètements du métier d'enseignant sur leur vie privée. Invités à désigner les plus grandes différences entre l’idée qu’ils se faisaient du métier et la réalité, 60% ont choisi « l’implication du métier dans la vie privée ». La charge de travail arrive en seconde position (54%), suivie par l’hétérogénéité des classes (43 %).
Comment rendre le métier plus attractif ? En s’appuyant sur plusieurs études et enquêtes ainsi que sur une comparaison internationale, le CNESCO formule huit préconisations. :
1. Valoriser l'image de l'enseignant auprès des élèves et du grand public.
2. Inscrire les politiques de recrutement dans la durée et arrêter le “stop and go”
3. Attirer des profils plus diversifiés : les étudiants en formation initiale à l'université ne doivent pas être les seuls à s'orienter vers le métier d'enseignant.
4. Sécuriser l'entrée dans le métier en faisant évoluer l'évaluation et l'accompagnement
5. Développer des incitations financières et matérielles pour les néotitulaires
6. Assurer une formation continue obligatoire et de qualité
7. Proposer des dispositifs de mobilité plus flexibles en intégrant par exemple une logique de quatre à six grandes zones géographiques d'affectation pour les concours du secondaire.
8. Reconnaître la diversification des missions et soutenir les secondes carrières en développant des indemnités ou des décharges d'emploi du temps.
On retrouvera ces préconisations développées dans plusieurs articles, que ce soit Le Point,  La Croix ou encore 20minutes.
Ce rapport du Cnesco arrive aussi dans un contexte particulier. Le sentiment dominant chez les professeurs depuis longtemps est de n'être pas estimé à leur juste valeur, de manquer de reconnaissance et d’être incompris. Et les attaques récentes de certains hommes politiques et notamment Nicolas Sarkozy n’ont fait que renforcer ce sentiment. Un collectif intitulé “800.000 feignasses” s’est même constitué en réaction à ses propos laissant entendre que les enseignants travaillaient six mois par an. On est pourtant dans un paradoxe. Luc Cédelle rappelle dans la Lettre de l’éducation que les sondages qui se succèdent ces dernières années montrent, même s’il reste difficile de les en convaincre, que les enseignants sont populaires et respectés. C’est aussi ce que fait Claude Lelièvre sur Slate.fr dans un long article passionnant en comparant, avec le regard de l’historien, l'image qu'ont de leur profession les enseignants eux-mêmes, celle qu'ils croient avoir, et celle qu'ils ont en réalité.
Revenons à l’attractivité. On notera aussi que certaines pistes ne sont pas évoquées dans le rapport du Cnesco. L’augmentation globale des salaires par exemple n’est pas mentionnée alors que c’est souvent la première chose qui est mise en avant par les enseignants et pointée par les comparaisons internationales. Les concours de recrutement sont aussi un tabou qu’on se garde bien de briser.
Il faudrait aussi en finir une fois pour toutes dans la presse et dans les discours politiques avec cette expression de “vocation” et toute la phraséologie religieuse qui l’accompagne : la “mission” ou pire la “dé-mission”, le “sacerdoce” et tout le tintouin... Il me semble que tant qu'on restera dans ce type de vocabulaire, on aura beau faire, on ne pourra pas vraiment envisager l'idée d'une formation, ni même d'un métier qui s'apprend... Car si l’on parle de “métier”, il faut alors se préoccuper de la transmission de ce métier qui suppose un apprentissage une réelle formation , un retour sur les pratiques et une autonomie vécue collectivement. S’il s’agit d’un métier il faut aussi que celui-ci soit attractif et non pas vécu dans l’abnégation. On peut ajouter aussi, avec un peu de malice, que lorsqu’on parle de vocation, on laisse entendre aussi qu’il n’est pas forcément nécessaire de bien payer des gens qui ont la chance d’exercer cette vocation. A quoi bon verser un salaire à des moines…
Mais l’attractivité ne se réduit pas à ce seul aspect. Si la “vocation” n’est pas le bon mot, en revanche celui de “service public” est essentiel. C’est-à-dire, des valeurs et des finalités partagées par tous. Or, cela ne semble pas aussi évident que cela : transmettre des connaissances, transmettre des valeurs, former des citoyens sélectionner, promouvoir l’excellence, faire apprendre tous les élèves, lutter contre les inégalités, … toutes ces phrases pourraient n’être que des slogans creux mais recouvrent aussi des manières différentes d’envisager le métier... Tant qu'on ne se sera pas entendu clairement sur un projet pour notre école, on ne redonnera pas de sens au métier enseignant ,et on ne le rendra pas attractif. On parle de récit national à tort et à travers, en l’espèce, pour l’école, il serait peut-être temps de reconstruire un “imaginaire” de la démocratisation auquel on pourrait adhérer...

Lenivôbesse
Il n’y a pas que le CNESCO qui publie des études... Il y a aussi la DEPP dont c’est la mission depuis sa création. La publication d’une note de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) cette semaine a fait grand bruit. Sobrement intitulée “Les performances en orthographe des élèves en fin d'école primaire (1987-2007-2015) ” cette étude a déclenché de nombreuses réactions.
Il s'agit d'une dictée-type d’une dizaine de lignes donnée à des écoliers de CM2 à trois reprises ces trois dernières décennies – 1987, 2007 et 2015. “Le texte ne présente pas de difficultés linguistiques particulières, apprend-on à la lecture de cette note d’information. En revanche, il met l’accent sur la gestion des chaînes d’accord, et nécessite d’en assurer la continuité tout au long de la dictée.” Ce que constate cette étude c’est que les élèves, entrés en cours préparatoire (CP) en 2010 pour la plupart, ont de moins bons résultats en orthographe que les élèves évalués en 1987 et 2007. La baisse des résultats constatée entre 1987 et 2007 n’a ainsi pas été enrayée. C’est donc l’orthographe grammaticale (règles d’accord entre le sujet et le verbe, accords dans le groupe nominal, accords du participe passé) qui demeure la source principale de difficultés pour les écoliers français.
Cette étude a alimenté de nombreux articles sur le thème inépuisable du « niveau qui baisse ». Pour Le Figaro on titre sur “des élèves de plus en plus faibles” (initialement le titre parlait d’“élèves de plus en plus nuls” mais on s’est repris...), pour 20minutes “les écoliers français sont de moins en moins bons ”, pour Le Monde “Le niveau en orthographe des écoliers français plonge” et pour Le Point “les petits Français n'y arrivent plus”. Et le sujet passionne aussi sur les réseaux sociaux : une vidéo de Fatima Aït-Bounoua dans l’émission les grandes gueules sur RMC a été partagée de très nombreuses fois.
A l’heure où on a l’accusation d’“assassinat” facile, il est tentant de voir dans cette information la confirmation de la pensée décliniste. Au delà des raccourcis paresseux, quelles explications formuler? Comme d'autres spécialistes de l'éducation, Michel Fayol dans Le Point note la diminution générale des horaires. “Or la maîtrise de l'orthographe dépend beaucoup du temps qu'on lui consacre”» Un élève en primaire passait 30 heures par semaine en classe jusqu'en 1969, puis 26 heures, et 24 à partir de 2007, avec la suppression du samedi matin, une durée maintenue malgré le rétablissement d'une demi-journée de classe en 2014. Derrière l’enjeu de l’orthographe, c’est aussi la question des méthodes et des programmes scolaires qui se pose. Au Ministère on rappelle que l’évaluation orthographique concerne “des élèves entrés en CP en 2010 et qui ont suivi les programmes de 2008 Ceux insufflés par la droite, en somme. Et pas ceux tout juste réécrits par le Conseil supérieur des programmes et arrivés dans les classes en septembre. Et pour montrer que cette question est au cœur des préoccupations, s’est tenue le 9 novembre une journée d’études consacrée à l’enseignement de la langue rassemblant de nombreux chercheurs. Sur cette question je signale surtout la contribution de jean-pierre Veran sur son blog Mediapart qui propose une analyse nuancée de ces questions. On peut compléter avec un entretien avec Eveline Charmeux dans les Cahiers Pédagogiques ou encore une interview de Daniele Cogis dans le Café Pédagogique il y a quelques années. Ces analyses nuancées sont suffisamment rares pour être soulignées !
Car la plupart des réactions entonnent plutôt le refrain classique de la “baisse de l’exigence” et prônent des solutions simplistes comme le renforcement des dictées et des sanctions pour les élèves qui feraient des “fautes”. La vidéo évoquée plus haut, par exemple, explique la baisse de l’orthographe par la “bienveillance” opposée ici à l’exigence. Encore une fois, il faut rappeler qu’on peut être à la fois "exigeant" et bienveillant. L'exigence c'est aussi et surtout de penser que chacun peut progresser et se donner les moyens pour cela et donc aussi ne pas décourager... Apprendre des règles, certes, mais aussi en comprendre le sens et surtout les éprouver dans une pratique régulière et réfléchie.

Cantines
« Double ration de frites…»
Nicolas Sarkozy était en meeting lundi dernier à Neuilly-sur-Seine. Le candidat à la primaire de la droite a profité de cette occasion pour préciser sa position sur les menus de substitution à la cantine pour les élèves religieux. "Je n'accepte pas dans nos écoles qu'il y ait des tables de juifs et des tables de musulmans", a déclaré l'ancien président. Si un élève vient d'une famille où on ne mange pas de porc "eh bien le jour à la cantine où il y a des frites et une tranche de jambon, le petit ne prend pas de tranche de jambon et prendra une double ration de frites"
Comment à partir d’un postulat qui est de ne pas créer de ségrégation avec des tables dédiées au “sans porc”, on en vient à tenir des propos populistes et encore plus excluant, cela relève d’une sorte de talent... Et cela nous confirme que pour notre part nous ne sommes pas obligés de reprendre du rab’ de Sarkozy...
Sur ce sujet qui n’est pas si anecdotique que ça, Louise Tourret sur Slate.fr fait du “fact checking” et contredit le candidat à la primaire : “Désolé Sarkozy, mais jambon/frites ce n’est jamais au menu de la cantine ”.
Il faut rappeler qu’en France, près de 70 communes interdisent la cantine aux enfants dont les parents sont au chômage. D’autres décident de mettre fin aux menus de substitution au porc. Dans les Inrocks, on revient sur ce sujet pour analyser comment “la cantine s’est transformée en lieu de crispation sociale, identitaire et sécuritaire” en s’appuyant sur une enquête développée dans l'émission Les pieds sur terre sur France Culture . Derrière les frites, la discrimination...

Réponses
Cette semaine a aussi été marquée par une série de réponses à des textes ou des déclarations parues précédemment.

Dans Le Monde, Cécile Ladjali réagit à l’émission d'Envoyé Spécial sur le recrutement des enseignants vacataires et surtout la réponse de la Ministre sur le plateau d'Élise Lucet : “Des émissions comme celle-ci nient le travail de milliers de professeurs honnêtes et investis. L’autorité de notre discours ne peut pas tenir face à celle de parents déjà circonspects à notre endroit, si les médias diffusent à tous crins de telles émissions aux heures de grande écoute. Enfin, notre action est condamnée à mort si notre propre ministre ne nous défend pas davantage. La parole du maître et du politique aura perdu toute sa force, si elle est laissée à la seule charge des médias qui procèdent par raccourcis et par mises en scène caricaturales.”
Cette tribune est une belle illustration de l’état d’esprit d’un bon nombre d’enseignants et elle doit être lue comme telle. Cécile Ladjali prend, elle aussi, comme une attaque des enseignants une critique du fonctionnement du système. On est aujourd'hui dans une forme d'hyper-susceptibilité corporatiste qui nous conduit à prendre "pour soi" toute critique de l'institution et à sans cesse fustiger "le mépris" et évoquer à tort et travers la "souffrance" des enseignants. Et on en vient même à nier des évidences comme celles montrées dans ce reportage.

“Sortons des faux débats ”. Dans une lettre ouverte aux candidats à la primaire de la droite (à lire sur LeMonde.fr), la ministre de l’éducation nationale critique leur volonté de supprimer des postes de professeur. “Le débat télévisé qui devait vous permettre d’exposer vos projets pour l’école a sacrifié le thème de l’éducation : c’est regrettable. Sur ce sujet plus encore que sur tous les autres, les Français ont droit à un débat de fond qui dépasse la surenchère démagogique sur l’autorité et les mensonges sur les réformes de ce quinquennat ” commence t-elle par déplorer. Et elle poursuit en se faisant plus précise : “vous proposez le tri précoce des élèves, toujours les mêmes. Dès le CP pour Nicolas Sarkozy, en créant des classes spéciales où reléguer les élèves en difficulté. En orientant dès la 6e vers une professionnalisation rapide pour Bruno Le Maire. Ou en développant l’apprentissage précoce à 15 ans, avant la fin de la scolarité obligatoire pour François Fillon. Comme si la démocratisation scolaire était allée trop loin. Comme si l’orientation subie et imposée n’était pas la source des frustrations et de l’échec. Comme si la relégation scolaire des élèves en difficulté permettait la revalorisation de la filière professionnelle que chacun appelle par ailleurs de ses vœux. L’école du libre choix, progressif, accompagné, réversible a déjà permis, elle, de diminuer de 30 000 en cinq ans le nombre de jeunes sortant sans qualification ? N’est-ce pas préférable ? […] L’école de la République, ses enseignants, ses élèves, nos enfants, à tous, méritent mieux que le grand bond en arrière que vous leur promettez. ”

“A qui profite l’outrance sur l’école ?” C’est la question que pose Mattea Battaglia dans Le Monde à propos du livre « Mais qui sont les assassins de l’école ?», de Carole Barjon, journaliste à L’Obs (voir les bloc-notes du 9 octobre et du 25 septembre ). Et pour la journaliste, la réponse est claire : “A six mois de l’échéance présidentielle, n’y a-t-il pas un risque à marteler, à l’adresse des Français, que leurs enfants font les frais, au sein d’une école qui a renoncé à tout, d’une lutte interne à l’éducation nationale ? Il y a là un boulevard ouvert à tous ceux qui aiment taper sur le service public et déplorer l’abandon fantasmé des « fondamentaux ». Un refrain qu’entonnent les ténors de la droite”
Et cet article est une sorte de préambule pour une réponse collective à ce même livre signée par une bonne partie des personnes mises en cause dans cet ouvrage. “Le mépris et l’ignorance ne servent pas le débat sur l’école ” c’est le titre donné à cette tribune par les co-signataires : Alain Boissinot, Viviane Bouysse, François Dubet, Roland Goigoux, Michel Lussault, Philippe Meirieu, et Florence Robine. Après avoir rappelé que le complotisme est un procédé indigne, facile et ancien, les auteurs se font plus incisifs encore : “On pourrait rire de cette litanie de la déploration si elle n’était le signe d’un double problème : d’une part, le caractère systématiquement nostalgique des propos publics sur l’éducation, sans doute parce que nous regrettons toujours, peu ou prou, le temps où nous étions plus jeunes, et parce que les élites imaginent que ce qui leur a si bien réussi doit réussir avec tout le monde.” et ils poursuivent “Oui, nous prenons au sérieux le problème des inégalités dans l’école et de l’accès à la langue française : c’est pourquoi nous refusons toutes les simplifications qui abusent le public, discréditent le travail des enseignants, ignorent les recherches et les comparaisons avec des systèmes scolaires parfois plus efficaces et plus équitables, afin de rassurer l’opinion en désignant des boucs émissaires.” Ils et elles rappellent aussi le peu de rigueur du travail de la journaliste comme l’avait déjà montré un article paru sur le site des Cahiers Pédagogiques . La conclusion mérite d’être citée en entier : “En réalité, le livre de Carole Barjon est l’expression d’un triple mépris : mépris de l’étude, de la recherche et de la réflexion ; mépris des enseignants, les principaux acteurs de l’école, qui travaillent avec les élèves tels qu’ils sont ; mépris des élèves qui n’ont pas la chance d’être conformes à un hypothétique idéal et qui ont l’arrogance de réclamer un peu de sens à ce qu’on leur enseigne. L’Ecole française ne va pas bien. Mais elle mérite mieux que ce mépris et cette ignorance, ce mélange de rumeurs et de théorie du complot. Elle mérite aussi qu’on cesse de lui rabâcher qu’elle n’aurait pas d’autre avenir que le retour vers un âge d’or qui n’a jamais existé.”

Trump
“Comment expliquer Trump aux enfants ? ”, “Comment les enseignants français répondent aux peurs de leurs élèves”... Voici deux titres trouvés dans la presse, ces derniers jours. On apprend aussi qu’à New York (qui a voté à plus de 80% démocrate), on a ouvert des cellules de soutien psychologique pour les élèves après l'élection de Trump...
Au delà de l’anecdote, la victoire de Donald Trump est un évènement qui interpelle bien au delà des frontières américaines. Peut-être parce que ce qui résonne tant en nous, en France comme dans le reste de l'Europe, c'est que cette dynamique que nous constatons aujourd'hui (et que nous n'avons pas su voir suffisamment) aux USA faite de repli sur soi et de défiance à l'égard des supposées "élites" et où nous payons la facture de la mondialisation, des inégalités, du chômage et de la précarité... cette dynamique là, nous avons la même en France...
Que fera le nouveau président ? On voit avec ses premières déclarations qu’il y a un décalage entre les propos de campagne et ce qu’il compte réellement faire. Au passage, on notera qu’il est donc maintenant complètement admis aux USA comme en France, qu’on peut raconter n’importe quoi avec la plus grande outrance pour se faire élire... A qui profite l’outrance ? cette question que nous nous posions plus haut trouve ici une réponse : aux démagogues...
En ce qui concerne notre centre d’intérêt ici, le prochain secrétaire à l'éducation de Donald Trump pourrait être Ben Carson . Il est connu pour être un “young Earth creationist , c'est-à-dire qu'il considère que la Terre a entre 6 000 et 10 000 ans, et que la biologie évolutionniste est un mensonge. Il a aussi déclaré que c'était le héros biblique Joseph qui avait bâti les pyramides pour stocker des céréales…
Il faut rappeler toutefois que l’éducation est du ressort des états et même des comtés et le pouvoir du secrétaire à l’éducation est donc limité. Toutefois si on veut en savoir plus sur le programme de Trump pour l’éducation , on pourra aller lire le site VousNousIls qui en rappelle les points importants. Pour lui la mesure principale serait une refonte du socle commun éducatif pour les élèves âgés de moins de 12 ans. Il prône donc une éducation plus locale, qui n’est pas « initiée par les bureaucrates de Washington », et souhaite donc revenir sur le « Common core » instauré par Barack Obama en 2010. Ce dernier prévoyait une harmonisation des programmes à l’échelle du pays. L’une des priorités du nouveau président est aussi le développement du “School choice” un dispositif qui permet aux parents de choisir l’éducation qui convient le mieux à leurs enfants, entre l’école publique, privée, privée sous contrat ou encore l’enseignement à domicile. Trump se montre aussi favorable à une compétition entre les élèves au sein de l’école, affirmant que cela les rend « plus forts ».
Il n’a rien dit sur les frites...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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samedi, novembre 05, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 31 octobre au 6 novembre 2016





- 12 minutes- Harcèlement – Prof à la gomme – Diplômes - Butinages .



Le bloc notes hebdomadaire se concentre en fait sur deux jours ! Non seulement parce que la reprise des cours s’est faite en fin de semaine mais surtout parce que le mercredi 2 et le jeudi 3 novembre ont concentré l’essentiel de l’actualité. Le mercredi était la journée de lutte contre le harcèlement et le jeudi concentrait plusieurs sujets. C’était la date choisie pour le deuxième débat de la primaire de la droite. L’éducation aurait du en constituer un thème important et a été bâclée en douze minutes. C’était aussi la diffusion de “Prof à la gomme” un reportage d’Envoyé spécial consacré au recrutement des profs vacataires.
Pour faire bonne mesure on évoquera également dans ce bloc-notes, la célébration des 250 ans de l’agrégation et quelques lectures.
Sinon... bonne reprise ?



12 minutes
Jeudi 3 novembre : deuxième débat des candidats à la primaire de la Droite. Il a fallu attendre 22h50 pour qu'on parle brièvement pendant douze minutes, de l'Education Nationale... Lamentable, tout comme les propositions...
Toutefois avant de détailler celles-ci, il faut quand même dire que si l'éducation, pourtant annoncée comme l'un des trois thèmes majeurs de ce débat, a été si peu (et mal) traitée, cela ne tient pas seulement aux candidats. C'est aussi la responsabilité des journalistes qui s'excitent sur de la politique fiction (vote pour Hollande au 2eme tour) et les querelles de personnes (20 minutes sur le cas Bayrou...) tellement ils sont eux mêmes englués dans le microcosme...
Le constat de la faible place de l’éducation est partagé par les journalistes spécialisées. C’est le cas de Caroline Beyer dans Le Figaro tout comme chez Louise Cunéo qui s’était déjà livrée avant le débat à une analyse des programmes dans Le Point . Trois mots clés traversent ce court moment d’échange sur ce thème pourtant majeur : “autorité”, “fondamentaux et “sélection. Tous les candidats prônent la restauration (ah, bon elle a disparu ?) de l’“autorité” et relie cela à la nécessité d’une autonomie accrue des chefs d’établissements : “pour une école avec davantage d'autorité, il faut, selon eux, que le directeur en ait davantage sur ses enseignants (en pouvant notamment les choisir et les évaluer lui-même), ce qui leur permettra à leur tour d'en avoir davantage sur les élèves. ”souligne Louise Cunéo. L’accent est aussi mis sur les «fondamentaux» - les fameux lire, écrire , compter – dont il faut augmenter les horaires et surtout dont la maîtrise devient la condition même du passage en classe supérieure. Ainsi, pour Nicolas Sarkozy, pas question de laisser passer dans le niveau supérieur les élèves qui ne maîtrisent pas la lecture à la fin du CP. Ils sont presque tous d'accord pour créer une rupture à la fin du CM2 en instaurant une évaluation empêchant l'entrée au collège d'élèves qui n'auraient pas les prérequis suffisants. Seule Nathalie Kosciusko-Morizet se démarque en étant la seule à défendre le collège unique, s'opposant au “tri des enfants à l'âge de 11 ans”. À l’opposé on trouve Bruno Le Maire qui, comme il l'avait déjà fait valoir dans son opposition à la réforme du collège, défend “une intelligence de la main qui vaut l'intelligence de l'esprit et pense que tout le monde n’a pas le talent de faire des études. Quel sort pour les “vaincus” ? Les candidats souhaitent globalement développer l'apprentissage et même le proposer, pour Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, dès 14 ans. Et pour Sarkozy, les “décrocheurs”, les jeunes entre 18 et 25 ans qui n'auront ni formation ni emploi, seront envoyés au service militaire obligatoire.
l'École du 21e siècle selon
la Primaire de la Droite...
Sur ce thème de la verticalité et de l’autorité c'est Jean-François Copé qui va le plus loin sur ce terrain. Chant de la Marseillaise, levée de drapeau, port de l'uniforme “
On a aussi évoqué brièvement la question des suppressions de postes d'enseignants. Tous les candidats se sont tous déjà prononcés pour des suppressions de postes de fonctionnaires mais il y a toujours après ce débat, beaucoup de flou sur ce qui est prévu pour l’éducation. Seul Nicolas Sarkozy a réitéré ses déclarations précédentes sur les enseignants : “Qu'ils travaillent plus, que leur nombre soit diminué et qu'ils soient mieux payés.”

Résumons... Autonomie des chefs d'établissement qui pourraient recruter et évaluer leurs enseignants, remise en cause du collège unique (sauf NKM et Juppé mais qui n’a rien dit là dessus jeudi soir), sélection à l'entrée en sixième voire même dès le CP (Sarkozy), uniforme (Copé), développement du privé (Poisson), apprentissage confié aux entreprises (tous...) , augmentation du temps de travail des enseignants, suppression des rythmes scolaires... Et puis ces leitmotivs que sont la supposée "restauration" de l'autorité et les fameux "fondamentaux"...

Ce que je retiendrai pour ma part c’est une indignation et un non-dit. L’idée qui me révolte c’est qu'il y aurait des enfants "doués" et d'autres qui n'auraient pas de "talent" pour les études, et que finalement si certains sont en échec ils n'ont qu'à s'en prendre qu'à eux et à leurs parents... À aucun moment, on a parlé d'inégalités sociales et encore moins de justice sociale. Ce qui se passe aujourd'hui dans ce semblant de débat sur l'école est bien une question de lutte des classes. L'École de la droite c'est l'école de l'inégalité, de la remise en cause du droit à la réussite pour tous les jeunes et de la sélection précoce...







Harcèlement
Mercredi 2 novembre : journée nationale de lutte contre le harcèlement
C’était la deuxième journée dédiée à la l’action contre ce fléau bien plus important et destructeur qu’on ne le croit. Elle était surtout consacrée au cyber-harcèlement avec notamment la diffusion d’un clip destiné à sensibiliser jeunes et parents.
extrait du clip
Que disent les chiffres? Globalement, le harcèlement touche 12 % des élèves du primaire et 10 % des collégiens. Mais selon l’enquête internationale HBSC (Health behaviour in school-aged children) il aurait diminué au collège de 15% entre 2010 et 2014. En ce qui concerne le cyber-harcèlement, un collégien sur cinq y est confronté, selon une enquête 2013 de la Depp. "Près de 40 % des élèves de 11 à 16 ans disent avoir déjà été victimes de cyberviolences", rapporte quant à elle Catherine Blaya, chercheuse en sociologie de l'Éducation et présidente de l'Observatoire international de la violence à l'école, interviewée par Le Jdd. Les filles sont davantage exposées à ce que l'on nomme le «cybersexisme»: 20% des collégiennes et lycéennes des établissements franciliens sont insultées sur la toile en raison de leur apparence physique, contre 13% pour les garçons, constate une étude de l'Observatoire universitaire international éducation et prévention (Ouiep-Université Paris Est) menée en 2016. Elles font également davantage l'objet de rumeurs sur les réseaux sociaux (13 % contre 6%). Selon une enquête francilienne du centre Hubertine-Auclert menée sur les 12-15 ans, une fille sur 11 et un garçon sur 15 ont déjà vu des photos ou des vidéos d'eux modifiées et/ou diffusées sans leur accord.
La couverture médiatique de cet évènement a, semble t-il, été assez efficace avec de nombreux articles fondés pour l’essentiel sur des témoignages et des reportages. Beaucoup de victimes de harcèlement racontent ce qu’ils ont enduré. Plus rare, on pourra lire aussi dans Libération des témoignages de “harceleurs” . Sur ce point, on pourra compléter la réflexion par un entretien avec Frédéric Kochman, pédopsychiatre dans L’Obs . Il dresse notamment un portrait des cyber-harceleurs : “Il existe deux " modèles " : le prédateur masculin, le "lion", qui recherche la gazelle vulnérable pour le repas du soir, peut avoir été un garçon victime de harcèlement, ex-enfant roi, à qui on a fixé peu de limites, et éprouve peu d’empathie et de compassion. Et pour poursuivre la métaphore, la bande de tigresses, qui opèrent en groupe. Trois copines narquoises et dominatrices s’attaquent à une seule, à une petite jeune plus faible, peut-être parce qu’elle est hyper timide ou hyper émotive. Ou parce qu’elle a déjà connu une telle situation. ”. Pour la pédopsychiatre Nicole Catheline, interrogée par Libération, le harcèlement scolaire est avant tout un phénomène de groupe. “Le harceleur est seul au départ puis il fédère très vite autour de lui des copains. Cette situation ne se maintient que parce que les autres le soutiennent ou l’encouragent, soulagés de ne pas être à la place de la victime. Ensuite, il y a une émulation à l’intérieur du groupe : c’est à celui qui trouvera l’action la plus «gore» pour se faire remarquer et trouver sa place.” Car les jeunes ont besoin d’être “reconnus par leurs pairs et de se sentir exister aux yeux des autres pour se doter d’une identité”, estime le psychiatre Xavier Pommereau, toujours dans Libération. L’agresseur est aussi entretenu dans sa mauvaise action par des spectateurs, “d’autres élèves qui rient : c’est son audimat”. Mais Nicole Catheline rappelle aussi que la majorité des harceleurs sont des enfants en souffrance qui réagissent à leur mal-être en s’en prenant à quelqu’un d’autre. Il ne faut donc pas oublier que, pour reprendre la métaphore de Frédéric Kochman, les “gazelles” d’aujourd’hui peuvent être les “lions” de demain et inversement...

Prof à la gomme
Jeudi 3 novembre, le soir, à la télé on avait le choix. On pouvait déprimer avec le deuxième débat de la primaire de la droite retransmis sur les chaînes info ou pester avec le reportage d'Envoyé spécial de France2 sur le recrutement des profs. Cela dit, vu l’horaire tardif auquel les candidats ont parlé de l’éducation on pouvait s’infliger la double peine...
Le magazine Envoyé Spécial a donc proposé un reportage (qu’on peut revoir sur le site de France TV Info ou le journaliste Paul Sanfourche a choisi de se faire embaucher en tant que contractuel. En tout, il va postuler dans douze académies pour quatre matières dans lesquelles il n'a pas les compétences requises. Il aurait pu enseigner le français dans l'académie de Créteil, la plus déficitaire − même s'il ne sait plus ce qu'est une proposition subordonnée relative. Il ne restait plus qu’à remplir un dossier mais le journaliste ne va pas donner suite… Poussant l'expérience plus loin, le journaliste s'est inventé un MBA de finance décerné par une école bidon pour postuler à un poste de prof de maths, une des matières les plus déficitaires. Paul Sanfourche donne cinq réponses fausses sur six questions posées lors d'un "entretien d'embauche" de huit minutes et connaît tout juste le théorème de Pythagore. Il n'a aucune expérience de la pédagogie ? Cela ne l’empêchera pas d'enseigner les maths.
L’enquête est impressionnante et a suscité des réactions contrastées sur les réseaux sociaux.
La plupart des enseignants reconnaissent que ce reportage met en lumière une réalité qui est celle du recrutement des vacataires et de la pénurie d’enseignants dans certaines matières. Et beaucoup trouvent aussi que ce n'est pas mal que les parents (et donc les électeurs) comprennent à quoi mène (et mènerait) une politique de réduction des postes de fonctionnaires...
D’autres s’étonnent cependant des méthodes employées. Car le journaliste passe quand même par la falsification d’un diplôme. On déplore aussi qu’il filme les élèves en caméra cachée. La fin justifie t-elle les moyens ? Et pour un certain nombre d’enseignants, ce reportage est ressenti comme une énième attaque contre l’École et in fine comme une remise en cause des enseignants...
On peut s’étonner que l’on s’indigne davantage du projecteur que du problème qu'il éclaire. C'est une réalité qu’un certain nombre de contractuels n'ont pas les formations disciplinaire et pédagogique pour enseigner. Mais beaucoup d’entre eux font un travail admirable, compte tenu, en plus de la situation de précarité dans laquelle ils se trouvent. Si le reportage montre une réalité qu’on ne peut nier, il aurait donc gagné à être plus nuancé au risque d’être moins “spectaculaire” et de jeter le trouble sur la compétence de tous.
Il aurait aussi mérité qu’on remette cette question en perspective en rappelant la difficile reconstruction d’un vivier de remplaçants après la suppression de 80.000 postes par Sarkozy. On pourrait aussi traiter plus globalement de la question du recrutement de tous les enseignants et donc aussi de leur formation et de leur rémunération. Car, en le démontrant par l’absurde, le reportage a aussi une vertu : celle de réaffirmer l'utilité de la formation et d'un nombre suffisant d'enseignants auprès de politiques qui parfois en doutent au delà du raisonnable !

Diplômes
Le samedi 5 novembre, la société des agrégés (de l’université) organise la “nuit de l’agrégation” (de 19h à 23h) à Paris à la cité de la Mode. Cette manifestation est organisée pour célébrer les 250 ans de ce diplôme et ce concours.
Cette annonce a suscité des moqueries sur les réseaux sociaux et réveillé de vieilles rancœurs. C’est surtout la société des agrégés avec la volonté de regrouper les gens porteurs de la même distinction avec la présentation du grade d'agrégé comme une aristocratie qui fait l'objet de propos satiriques. Cette dimension se heurte à une culture égalitariste des enseignants qui ne voient pas forcément ainsi le collectif enseignant. Et qui ne voient pas pourquoi avec un travail égal on se retrouve avec un salaire et un horaire différents. D’autant plus que ce diplôme est supposé valider une “excellence académique”, il ne dit rien des qualités pédagogiques de son détenteur.
Dans un article paru cette semaine sur Slate.fr, Louise Tourret s’interroge : “Pourquoi tant de haine envers l'agrégation ?”. Selon elle, cette polémique donne une idée de toutes les tensions au sein de l'éducation nationale. Et elle suggère : “cet anniversaire pourrait être l’occasion de s’interroger collectivement sur la conséquence des concours (réussis ou ratés) et de leur logique (réussir ou échouer) sur la psyché nationale, et particulièrement celle des enseignants, mais aussi sur le poids du diplôme initial dans le destin des individus.”
Ce questionnement fait écho à un texte plus ancien. C’est Lucien Marbœuf sur son blog en décembre 2015 qui parle de “condescendance pyramidale à propos du monde enseignant et en déplore le cloisonnement et la division. Un texte dont je conseille la (re)lecture.
Pour prendre plus de recul et réfléchir plus largement sur les diplômes et la méritocratie, on pourra aller lire l’interview au journal Le Monde à propos de la sortie de son livre “Course aux diplômes : qui sont les perdants ? ” de la sociologue Séverine Chauvel qui rappelle (après d’autres) l’emprise du diplôme qu’elle qualifie de “fétiche” dans la société française. Elle propose également une réflexion intéressante sur la massification et sur les inégalités face à l’accès et aux usages de ces diplômes.

Butinages
C’est donc logiquement qu’on en arrive à la dernière rubrique de ce bloc-notes avec quelques conseils de lectures butinées au cours de cette semaine.

Le jeudi 3 novembre c’était aussi la journée de la gentillesse . On a pu craindre un chômage technique sur les réseaux sociaux ( !) et de toutes façons elle s’est arrêtée vers 20h30 salle Wagram. Plus sérieusement, à l’occasion de cette journée, on pourra lire sur le Huffington Post un article qui nous apprend que les cours d'empathie et de gentillesse font leur entrée dans les écoles primaires d’un certain nombre de pays. Le Danemark propose désormais des cours d'empathie obligatoires pour les enfants de 6 à 16 ans. Et dans d'autres pays, ces enseignements existent depuis un bon moment.

Dans L’Humanité, on se pose la question : “L’école doit-elle enseigner la morale ? ”. Pour répondre à cette question, on pourra lire les contributions de Catherine Kintzler, philosophe, Laurence De Cock, professeure en lycée et Grégory Chambat, enseignant en collège.

Pour ceux qui ont envie de réfléchir à l’évolution de la pédagogie, on pourra lire une intéressante synthèse sur les pédagogies libertaires et émancipatrices sur le site d'Alternative Libertaire. On pourra aussi visionner la vidéo des entretiens Jean Zay organisés par le MEN et consacrés au cinquantenaire de la disparition de Célestin Freinet.

On finit cette revue de presse avec le dernier dossier des Cahiers Pédagogiques consacré à “Justice et injustices à l’école”. Si tout le numéro est évidemment à lire, c’est surtout par l’éditorial de la rédactrice en Chef Cécile Blanchard que je voudrais conclure en lui laissant la parole : “Il parait que des « pédagogistes  » malveillants ont décidé d’assassiner l’école ! Comme ça, un beau matin, ils se sont levés, se sont concertés, et ils ont décidé la mise à mort de notre glorieuse et immaculée Éducation nationale, par overdose de bienveillance et de refus des bonnes vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves, puisqu’elles ont réussi aux élites d’aujourd’hui. Un véritable complot, vous dit-on ! Les mêmes, on le suppose, ont parait-il réussi à imposer dans les manuels scolaires de collège pour enfants de 10 ans une théorie du genre qui ne figure nulle part dans les programmes. Si ce n’est pas la preuve d’un complot, ça ! Le monde est devenu fou.[…] 
À moins qu’il ne s’agisse d’un phénomène répétitif, selon une périodicité avoisinant le quinquennat, où, dans une sorte d’affolement général, ressortent les délires paranoïdes de ceux qui veulent se bâtir un destin électoral sur l’angoisse. Ainsi, certains attisent la peur du migrant pour pousser la population au refus des centres d’accueil dans leur commune ou leur région ; d’autres, ou les mêmes, attisent la peur de l’échec scolaire des enfants, du déclassement, du chômage, pour pousser l’opinion publique à réclamer le retour aux fondamentaux et à la sélection précoce. Le monde est injuste, pourquoi l’école échapperait-elle à la règle ? Mais au fond, qu’en pense vraiment la majorité très silencieuse, quand elle n’est pas tenue de prendre parti pour ou contre un slogan simplificateur et biaisé ? Que veut l’opinion publique, de plus en plus demandeuse d’écoles et de pédagogies alternatives et qui plébiscite le livre de Céline Alvarez (pas exempt de critiques par ailleurs), à rebours de l’exigence d’un retour à des méthodes pédagogiques autoritaristes d’un autre temps ? Faudra-t-il décider des politiques éducatives en fonction des palmarès de vente de livres ? Le monde est fou, vous dit-on ! Allons, doublez-moi la dose d’antidote !”

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, octobre 30, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 24 au 30 octobre 2016



- Violences - Laxisme - Entreprendre – Goujat ?- Butinages .


On aurait pu croire que l’actualité éducative allait avoir du mal à remplir ce bloc notes en cette période de vacances scolaires. Il n’en est rien. La violence qui s’est manifestée avant les congés a continué à occuper la presse. Elle a été l’objet d’une instrumentalisation avec le thème récurrent du “laxisme” mais avec une violence verbale relativement inédite.
On parlera également de l’esprit d’entreprise et on évoquera aussi une accusation de sexisme à propos d’un rapport de jury du Capes. Avant de finir par quelques lectures diverses.


Violences
“La France a peur”. Au delà d’un certain âge, on est nombreux à se rappeler de cette phrase d'ouverture du journal télévisé de TF1 du 18 février 1976, prononcée par le présentateur Roger Gicquel. Toutes proportions gardées, on a l’impression que la presse d’aujourd’hui utilise le même registre. De nombreux journaux évoquent une montée de la violence contre la police mais aussi contre d’autres institutions telles que les hôpitaux et l’éducation nationale. Même si tout cela s’est heureusement arrêté avec les vacances scolaires, les journaux et autres sites d’information restent sur la lancée de la semaine dernière et récapitulent de nombreux cas de violence dans l’éducation. Cocktails Molotov lancés sur un lycée de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) dont le proviseur a été violemment agressé ; élève s'en prenant à son professeur au point de lui casser la mâchoire dans un lycée professionnel de Calais (Pas-de-Calais) ; enseignant passé à tabac en pleine rue à Argenteuil au moment où il ramenait sa classe dans son établissement ; tentative d'étranglement d'un professeur à Lyon, coup de poing contre une prof au lycée international de Colomiers près de Toulouse, etc.
La presse nous apprend que huit jeunes ont été interpellés mardi après les violences qui ont eu lieu devant le lycée professionnel Hélène Boucher à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) le 17 octobre dernier. Environ 80 jeunes avaient semé le trouble devant les grilles de l'établissement avec des jets de mortiers et de cocktail Molotov. La proviseure du lycée avait reçu des coups et perdu connaissance. Une enquête du journal Le Monde évoque une « tension particulière » au lycée depuis la rentrée. «Ils s’en sont pris à l’institution, confirme le responsable du pôle adolescents de la ville de Tremblay. Quelque chose a dû se passer au lycée, une chose vécue comme une discrimination. Ce mouvement part de là. »
La sociologue Marie-Duru Bellat sur France Info explique ce phénomène par deux tendances longues : “. La première est d'ordre général sur la jeunesse. On a souvent tendance à dire que ça ne va pas bien. Ce qui se traduit par des problèmes d'intégration de nombreux jeunes, notamment chez ceux qui sont peu instruits. La seconde est liée à la stratégie pour lutter contre l'échec scolaire. On garde les jeunes longtemps à l'école, dans les filières générales, même lorsqu'ils sont en situation d'échec. Cela nourrit des ambitions et crée des désillusions. Quand vous vous sentez nul pendant dix ans, cela peut poser des problèmes.” Et elle conclue cette interview ainsi “ce que ces événements disent, c'est qu'il faut plus de mixité sociale. C'est en brassant les élèves qui posent problème avec ceux qui souhaitent travailler que les classes pourront s'autocontrôler. ”. Pour le sociologue Sébastien Roché dans Le Point, ces violences ne sont pas inédites et s’inscrivent même dans un schéma ancien : “Ces établissements sont tous situés dans des zones sensibles avec des tensions structurelles qu'on connaît depuis plus de trente ans. Ces violences nouvelles révèlent des tensions classiques, malheureusement anciennes.”
Dans ce genre de situation où les médias (et les politiques) mettent le projecteur sur un phénomène on sait bien qu’il est toujours difficile de faire la part des choses et de déterminer s’il s’agit bien d’une amplification de celui-ci ou juste une présentation qui fait porter l’attention sur un aspect qui n’est pas forcément plus important mais qui va faire système et créer un sentiment de peur voire d’imitation et de contagion.
Mais quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins que face à des actes graves, les sanctions sont indispensables. Poser des limites et faire respecter un cadre fait partie de l’éducation. Et encore une fois, il faut malheureusement le rappeler : analyser, expliquer, n’est pas excuser...

Laxisme
Avec la médiatisation de ces évènements, la tentation est grande pour ceux qui cherchent à instrumentaliser ces actes de violences, symboles selon eux du «laxisme» du gouvernement et de la dégradation des conditions de travail des enseignants.
Une information va particulièrement accentuer le sentiment d’abandon ressenti par certains enseignants. Elle est relatée par France3 Nord-Pas de Calais. L’article intitulé “Harcèlement scolaire à Condé-sur-l'Escaut : des profs sanctionnés, un député choqué” nous informe que des enseignants du Lycée du Pays de Condé à Condé sur l'Escaut s'étaient mis en grève, pour dénoncer des faits de harcèlement scolaire, dont un élève de seconde se plaignait. Sept élèves ont été mis en cause dans cette affaire, parmi lesquels trois principaux protagonistes qui sont aujourd'hui mis en examen, et qui ont été exclus de l'établissement à l'issue d'un conseil de discipline. Mais l'affaire n'en est pas restée là, côté enseignants, puisque l'on apprend que des professeurs qui s'étaient mis en grève le 3 octobre, en soutien au lycéen harcelé, ont été l’objet d’une retenue sur salaire. Ce qui indigne le député maire (PCF) de Saint-Amand Alain Bocquet qui le dénonce dans un courrier adressé en début de semaine à la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem. Cette affaire ajoutée aux autres a pu constituer la goutte d’eau qui fait déborder le vase de l’exaspération dans un contexte de forte crispation.
“Face aux violences scolaires, l'Education Nationale fait le choix des bourreaux ”Une tribune sur le Huffngton Post de Fatiha Boudjahlat circule en ce moment sur les réseaux sociaux. Elle entonne le refrain du “laxisme” qui serait dominant aujourd'hui et selon elle "fait le choix des bourreaux". Elle s'en prend aux CPE qui seraient les principaux instruments de ce laxisme avec l'“idéologie libérale-libertaire des pédagogistes”. Cette enseignante dans la région de Toulouse est secrétaire nationale à l'éducation du MRC. Elle a aussi donné une interview à Jean-Paul Brighelli dans Le Point où elle reprend la même argumentation et s'en prend nommément à plusieurs personnes (Éric Debarbieux, Laurence De Cock, Grégory Chambat,...) coupables selon elle d’être des “pédagogistes baignés dans leur idéologie méprisante, compassionnelle et misérabiliste” et d’inverser le “rôle de la victime et de l'agresseur ”. On peut citer aussi la conclusion de cette interview : “On ne peut plus parler de sauvageons, mais de barbares. Créés de toute pièce par la philanthropie misérabiliste des élus, des hauts fonctionnaires et des pédagogistes. Une fausse générosité aux frais de la société et au prix de la réussite du plus grand nombre.”
Depuis la publication de cette tribune et cette interview le ton est encore monté. Le fait de l’avoir citée dans ma veille sur Facebook me vaut d’être associé, moi aussi, aux “pédagogistes” honnis par cette dame qui continue ses invectives sur les réseaux sociaux. “Bourreaux aujourd’hui ... après les “assassins de l’École il y a quinze jours, on voit que le champ sémantique reste le même et que l’escalade verbale continue. On est très loin de l’argumentation et même de la raison avec cette fabrication d’un monstre coupable de tous les maux de l’école et de la société que serait le “pédagogiste” et des attaques contre les personnes. Et on ressort de cet épisode avec un goût très amer et la désagréable impression qu’on a franchi encore un cran dans ce que je n’ose plus appeler un “débat” sur l’école…
Pour ne pas en rester sur ce sentiment, il faut aller lire sur ce sujet le très bon billet de Guillaume Caron sur son blog : “Où se cache le laxisme ? . Tout le texte est évidemment à lire mais on peut mettre en exergue ce passage : “Le premier des laxismes, c’est justement de considérer ces questions de violence, de climat scolaire et d’autorité comme une question simple… et donc d’en profiter pour asséner des discours simplistes (voir populistes). Là se niche bien un laxisme intellectuel et professionnel qui ne manque pas, au passage, de trouver des boucs émissaires plutôt que de tenter de trouver des solutions. Agir ainsi, c’est aussi cloisonner les acteurs de l’éducation des enfants (opposer les profs et les parents, les profs et les chefs d’établissement, les profs et les animateurs périscolaires…). Se contenter d’affirmer qu’il “faut restaurer l’autorité” ou “rendre l’autorité aux enseignants”, c’est précisément faire preuve de laxisme dans l’action au profit d’une exigence de façade. ” Et notre ami conclut ainsi “ Pour finir, s’il y a bien un laxisme qui ronge l’école, c’est celui qui consiste à laisser des élèves sur le bord du chemin. Et là encore, les facteurs sont multiples et les discours simplistes sont contre productifs. Mais là se nichent les germes d’une part de la violence quotidienne. Dire cela, ce n’est en rien nier certains problèmes du quotidien des profs et des éducateurs. Dire cela ce n’est pas non plus évacuer les questions d’autorité. Au contraire, il faut en parler mais en professionnels, au risque de se voir confisquer le sujet par des gens dont l’intention n’est en rien la réussite de tous les élèves…

Entreprendre
Dans un texte paru sur le site The Conversation, la sociologue Lucie Tanguy se livre à une analyse critique des dispositifs de découverte de l'entreprise tels que les créations de "mini-entreprises" par l'intermédiaire d'une association comme “entreprendre pour apprendre" . Selon elle, “laisser aux entreprises la liberté de concevoir un cursus d’enseignement enfreint le principe de laïcité à l’école.” et elle considère que “La philosophie entrepreunariale repose sur une autre conception [que la formation du citoyen NDLR] : la responsabilité de soi, de sa réussite comme de ses échecs. Elle relativise la connaissance et l’arrime aux situations dans lesquelles elle peut être mobilisée. Dans un cas la pédagogie est, en principe, un moyen de faire accéder tous les jeunes aux connaissances nécessaires et à la culture dans une société donnée à un moment donné, dans l’autre, les inégalités de départ sont entérinées pour conduire les jeunes apprenants vers des places qui leur sont présentées comme accessibles. ”
Cette tribune sans concession de Lucie Tanguy a suscité quelques réactions et en particulier celle de Laurent Fillion sur son blog qui estime que la chercheuse “aurait dû aller sur le terrain voir ce qui se fait vraiment plutôt que d’enquêter à partir des documents écrits et de rester sur ses a priori. ” Après avoir relevé plusieurs approximations dans l’analyse, et avant de raconter l’effet sur ses élèves de ce type de projet, il ajoute : “J’entends déjà ceux qui adorent jouer les avant-garde du prolétariat derrière leur écran crier au grand complot du capitalisme mangeur d’hommes, de la marchandisation et de l’uberisation de l’école comme le fait sur la fin Lucie Tanguy. Dans les faits, on en est bien loin …”.
Le débat est en effet complexe et, là aussi, il est souvent difficile de dépasser les a priori et les représentations. Rappelons qu’en 2005, le premier socle commun de compétences et de connaissances, comportait sept “piliers”. Ils étaient inspirés d’une proposition du conseil de l’Europe qui proposait huit “compétences clés”. On notera que la huitième compétence a disparu dans la transcription française, il s’agissait d’“apprendre à apprendre”, ce n’est pas innocent mais ce n’est pas notre sujet. Une autre compétence européenne a changé de nom. En effet, l’“esprit d’entreprise” (entrepreneurship) de la liste européenne est devenu “Autonomie et initiative” dans le socle français. Trop polémique… Pour beaucoup d’enseignants, l’idée même de préparer les élèves au monde du travail leur apparait comme indigne et antinomique de leur mission de transmission de la culture. Et le mot d’entreprise et même d’entrepreneuriat est tabou.
On peut toutefois partager une bonne partie des critiques de Lucie Tanguy. Quand on est comme moi, professeur de sciences économiques et sociales, on voit l'importance de l'influence des lobbys patronaux sur la connaissance de l'entreprise et cet objectif quasi-idéologique de faire "aimer" l'entreprise. Or, pour moi l'enseignement n'est pas une question d'émotions mais de connaissances. J'œuvre pour que mes élèves aient une meilleure connaissance des mécanismes économiques et sociaux et notamment de l'entreprise mais je ne suis pas là pour leur faire "aimer", comme je le disais déjà il y a quelques années sur mon blog ce n'est pas un savoir ni même une compétence.
En revanche, l'“entrepreneuriat" doit-il être un mot tabou ? Peut-on développer l'esprit d'entreprise ou plutôt d'entreprendre dans le cadre de l’École ? On peut d’abord rappeler que cet “esprit” là ne se réalise pas uniquement dans le cadre des entreprises privées mais aussi dans l'ESS et l'engagement associatif. Mais comment ? Certainement pas par de l'endoctrinement et pas uniquement par une accumulation de connaissances sur le sujet. L'esprit d'entreprendre est surtout une affaire de compétences et de savoirs-être. Dans le billet de blog que j'ai cité, je joignais un texte de Philippe Frémeaux qui le dit bien mieux que je ne pourrais l’écrire : «Si l'école française à un problème avec la transmission de l'envie d'entreprendre, ce n'est pas en ajoutant une discipline supplémentaire qu'on va le résoudre. L'enjeu est plus profond et tient d'abord aux valeurs et aux méthodes que l'école française a trop longtemps portées et porte trop souvent encore : la soumission à l'autorité, la transmission de haut en bas de savoirs incontestables, la faible valorisation de l'initiative, l'absence de travail collectif. Si l'on veut que l'école encourage l'esprit d'entreprise, il faut au contraire qu'elle valorise et développe l'autonomie des élèves, leur prise d'initiative, leur sens critique, aussi bien individuellement qu'en groupe, car l'entreprise qui réussit n'est pas seulement une aventure individuelle mais le fruit d'un projet collectif. »

Goujat ?
Sur le site de Rue89, on apprend que le dernier rapport de jury du CAPES de lettres n’est pas passé inaperçu. Quelques lignes dans l’introduction faite par le président du jury suscitent la colère d’un nombre croissant de professeurs qui lui reprochent son sexisme. Le président du jury, Patrick Laudet, universitaire, Inspecteur Général fait le constat de la dégradation du métier mais se félicite entre autres de l’augmentation du nombre de candidats, et particulièrement de candidats masculins au CAPES de Lettres. Il écrit « La proportion des garçons au CAPES de lettres, celle des candidats et plus encore celle des reçus, s’améliore significativement, ce qui est un symptôme d’attractivité nouvelle pour le métier de professeur de Lettres. Enseigner les lettres n’est pas une spécificité féminine et nos élèves ont besoin de l’expérimenter au quotidien. Ils y gagneront incontestablement, les garçons entre autres, et la présence accrue d’hommes pour enseigner les Lettres contribuera à affiner l’image parfois dégradée qu’ils ont de la discipline. Pour qui est légitimement soucieux de parité, c’est là une tendance vraiment encourageante. »
C’est ce passage qui a suscité un texte et une pétition pour demander le retrait de ces remarques et l’engagement d’une réflexion sur la parité dans l’Education Nationale. Il faut souligner que cette affaire n’est pas sans rappeler l’indignation qui avait suivi des propos assez comparables d’Antoine Compagnon en 2014 .
On peut reconnaitre une réelle maladresse (voire un impensé) dans ce texte. Ce qui a irrité de nombreux collègues c’est qu’elle laisse entendre une causalité simpliste ou la présence féminine dans l'enseignement contribuerait à dégrader l'image de la discipline. La question me semble t-il, que l’on peut se poser est de se demander si la remarque du président du jury relève du constat sociologique ou du jugement. Et si la solution qu'il préconise est la seule ou s'il en existe d'autres.
L’analyse des évolutions de la société nous montre en effet que certains métiers ont vu leur prestige diminuer. L’enseignement en fait partie. C’est un fait sociale que la féminisation d'un métier s'accompagne d'une perte de prestige dudit métier dans la société (patriarcale, marquée par les stéréotypes, etc.). Mais il serait réducteur de l’expliquer par le seul phénomène de la féminisation et dans un lien unique de causalité. Il faut d’abord prendre en compte la massification. A la suite de l’effort de scolarisation et de l’accueil des générations du baby-boom, dans les années 70-80, les effectifs d’enseignants ont considérablement augmenté et cela s’est fait aussi par un apport féminin important. La massification couplée à la hausse du niveau de qualification de la population conduit à la perte de prestige à laquelle s’ajoute des rémunérations qui stagnent. Dans ce contexte, plutôt qu’une causalité, il faudrait parler d’interaction : les femmes vont occuper des emplois moins prestigieux et moins rémunérés et la féminisation joue aussi dans la perte de prestige. D'autre part, il faut aussi souligner que dans une société qui reste très patriarcale, les métiers très féminisés correspondent aussi à une transposition dans le monde professionnel des stéréotypes traditionnels : la femme qui soigne, la femme qui accueille, la femme qui s'occupe des enfants...
Il faut évidemment déplorer cette situation. Aller vers plus de mixité dans les recrutement des concours est évidemment une des solutions mais on ne peut faire l’économie (sans jeux de mots…) de la question des rémunérations des enseignants dans l’amélioration du prestige et donc de l’attractivité de ce métier. Et sans parler du fait que, y compris dans la fonction publique et dans l’enseignement, plus on s’élève dans la hiérarchie, plus la proportion de femmes se réduit... La parité, même dans l’EN, ce n’est pas gagné...
On pourra compléter la réflexion par un article paru dans The Conversation qui relate une étude publiée dans la revue Science qui montre qu’à niveau égal, les femmes bénéficient d’évaluations plus favorables lors des recrutements dans les disciplines où elles sont sous-représentées. On pourra aussi consulter un article de la chercheuse Marlaine Cacouault-Bitaud dans la revue Travail, genre et sociétés qui tente de répondre de manière bien plus argumentée et scientifique à la question posée plus haut “La feminisation d’une profession est-elle le signe d’une baisse de prestige ?”

Butinages
Comme à l’habitude, pour finir, quelques lectures glanées ici et là sur les sites d’information et ailleurs.

“les enfants c’était mieux avant… ” Les enfants seraient plus violents, moins bons à l'école, en orthographe, moins respectueux des aînés... Sur Slate.fr, la journaliste Béatrice Kammerer se livre à une savoureuse déconstruction historique et psychologique de tous ces préjugés.

C’est sur le site de France Musique qu’on apprend que la ministre de la Culture a lancé un nouveau dispositif. “Création en cours” - c’est son nom - vise à installer 100 jeunes artistes issus de toutes les disciplines (spectacle vivant, arts plastiques, cinéma, audiovisuel…) en résidence dans les écoles et collèges les plus éloignés de la culture. Il s’appliquera dans les classes du CM1 à la 6e, et son objectif est double : démocratiser la culture et l’éducation artistique tout en favorisant l’insertion professionnelle des jeunes artistes.

“Parents, lisez des histoires à vos enfants !” c’est le conseil que nous lance Lucien Marboeuf sur son blog. Il s’appuie sur une étude norvégienne parue il y a presque un an, qui vient confirmer ce que bien d’autres – et nombre d’enseignants – disent déjà : la lecture parent / enfant est décisive dans l’apprentissage de la lecture.

Oui, mais on peut pas tout lire... C’est l’humoriste François Morel dans sa chronique de vendredi 28 octobre sur France Inter , intitulée “Ces livres abominables” qui nous apprend qu’une responsable de la politique éducative de la ville de Paris aurait envoyé un courrier à la direction des affaires scolaires pour qu’on retire des “espaces lecture” deux ouvrages et en particulier “le dictionnaire fou du corps de Katy Couprie aux éditions Thierry Magnier. Pudibonderie ? Censure ? Crainte du retour d’une campagne réactionnaire qui s’était déjà intéressée aux livres pour enfants ?
Nous vivons vraiment une drôle d’époque...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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