jeudi, mai 11, 2017

La 32ème et la première



Le 26 aout 2014, il y avait pas mal de circonspection et même un peu d’inquiétude. C’est ce jour là  qu’était annoncée la composition du gouvernement avec Najat Vallaud Belkacem comme nouvelle ministre de l’éducation. Najat Vallaud-Belkacem était la 32ème ministre à ce poste de la Vème République, et la première femme. Elle succédait à Benoit Hamon qui n’avait tenu que 147 jours à ce poste. Et avant lui, Vincent Peillon était parti, mi-contraint, mi volontairement, en payant la facture de la réforme des rythmes.
L’inquiétude était donc de savoir si on allait avoir une volonté politique ou si on allait voir se poursuivre les renoncements. Et la circonspection était liée à la venue d’une personnalité, certes sympathique, mais qui ne connaissait rien à l’éducation nationale.
Or, c’est compliqué l’Éducation Nationale. C’est une grosse machine avec pas mal de pesanteurs et de susceptibilités. C’est aussi un corps enseignant hétérogène. Avec un fort sentiment de déclassement qui contribue à une méfiance à l’égard des réformes et de l’institution.  Car c'est aussi une gouvernance qui reste très injonctive avec un poids de la technostructure et une verticalité à revoir. Et ce sont surtout des décisions qu’on prend et qui n’ont un effet que dix ans après. 
La tâche était donc complexe. Or, on a vu une volonté politique qui s’est attachée non seulement à poursuivre la refondation mais à lui donner plus de sens. Les réformes ce n’est pas pour embêter les gens mais pour lutter contre les inégalités sociales et l’échec scolaire!
Pourtant l’action politique au cours du quinquennat n’a cessé de se heurter à la contrainte du temps. L’élaboration des programmes a pris du retard. Et la conjonction des nouveaux programmes avec la réforme du collège mise en place en une seule et dernière année a donné un sentiment de précipitation néfaste. Mais l’erreur majeure a été la décision par le premier ministre de publier le décret sur le collège le lendemain d’une grève importante, au détriment du dialogue social (encore possible).
La revalorisation des enseignants du premier degré est, elle aussi, venue bien tardivement. Et l’action dans le domaine de l’éducation a pâti aussi d’un ressentiment plus général d’une bonne partie du corps enseignant à l’égard de la politique menée par le gouvernement.
Dans un tel contexte, la Ministre, a pourtant su garder le cap. Elle a poursuivi son travail avec courage alors que les attaques étaient très vives à la fois sur son action mais aussi sur sa personne. Elle a du affronter de nombreuses polémiques fabriquées de toutes pièces et d’une très grande mauvaise foi.

© Philippe Devernay / MENESR.
Contrairement à ce que certains “haters” sur les réseaux sociaux et quelques articles de presse, inconditionnels d’une pensée binaire et facile, ont laissé entendre, je n’étais pas un « proche » de la Ministre ni même un « soutien inconditionnel ». J’ai été très honoré de sa confiance quand on m’a demandé de poursuivre et finaliser l’action du Conseil National de l’Innovation et de la réussite éducative. Mais j’ai aussi, sur mon blog et dans les médias, porté un regard critique (et constructif) sur certaines limites des réformes et de son action.
Mais je voudrais plutôt, à l’issue de ce mandat, tirer un bilan positif de la politique menée depuis 2012. Najat Vallaud Belkacem n’a pas été seulement un symbole de la méritocratie et une grande "communicante", elle a aussi été une femme politique subtile qui a vite compris les enjeux du changement dans l’École et a fait preuve de détermination et de convictions dans la mise en œuvre d’une politique au service de la réussite de tous.

On ne peut maintenant qu'espérer que cette politique ne soit pas remise en cause par les alternances et qu'on puisse avoir une durabilité des changements.
L'École a besoin de la continuité de cette dynamique. 

Philippe Watrelot


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dimanche, mai 07, 2017

Pour l’École, maintenant, on fait quoi ?



La France a choisi la République plutôt que le danger autoritaire, l’ouverture plutôt que le repli sur soi, la tolérance plutôt que la haine, le dialogue plutôt que l’invective. On doit s’en réjouir et souhaiter à Emmanuel Macron et à la société française de parvenir à enrayer les facteurs économiques et sociaux qui conduisent à l’exclusion, le creusement des inégalités et la fracture sociale et qui alimentent le vote extrémiste.
Le nouveau président a semblé prendre la mesure de cet enjeu dans son discours de ce dimanche soir. Mais les chantiers sont immenses.
De cette dynamique nouvelle, on peut placer de l’espoir dans la volonté de dépasser les clivages et les postures et de construire de nouveaux projets communs. Même si on sait bien que les choix à faire nous renvoient à des valeurs et des arbitrages qui doivent être clairs et sans ambigüité.

 Dans le domaine de l’éducation,  les défis sont importants.
Mais il importe tout d’abord à la nouvelle équipe de ne pas oublier ce qui a commencé à être déjà entrepris pour reconstruire une école plus juste et plus efficace. Il faut poursuivre ce travail et l’amplifier parce que la défaillance de l’École à contribuer autant qu’elle le pourrait à répondre à la promesse républicaine et à être réellement démocratique est un des ferments de la défiance à l’égard des institutions et de la montée de l’extrême droite et des intégrismes.
La continuité de l’action est absolument nécessaire dans l’Education nationale. Le temps de l’Éducation n’est pas celui du politique. Il ne s’agit pas de déconstruire ce qui a été fait précédemment mais de s’appuyer dessus pour le poursuivre et l’améliorer.
Rien de pire que la succession des “réformes”. Les enseignants ont besoin de permanence pour continuer à évoluer. Car paradoxalement, pour permettre le changement, il faut s’appuyer sur ce qui se fait déjà. Contrairement à une image trop souvent répandue, le système éducatif n’est pas une institution immobile. L’École publique et ses enseignants sont capables d’expérimentation et d’innovation.  Si on leur donne les moyens et le pouvoir d’agir.

La lutte contre les inégalités doit être au cœur de cette transformation. On ne peut se satisfaire d’une École qui ne fonctionne que pour la moitié de ses élèves.
Au pessimisme de la raison, il faut opposer l’optimisme de l’action. Agir “ici et maintenant” en se saisissant des leviers qui existent, en s’autorisant à innover et à bousculer quelques habitudes et pesanteurs administratives. Plutôt que le risque  de se retrouver confronté dans cinq ans (et même avant) à une explosion sociale et à une école publique menacée, elle, d’implosion.

L’École doit faire sa part dans la transformation indispensable de la société française.
Favoriser une pédagogie plus explicite et différenciée, transformer la gouvernance du système éducatif tout en garantissant la conformité à des objectifs nationaux,  agir sur la formation et en particulier continue, favoriser la coopération et les alliances éducatives, donner plus de pouvoir aux équipes enseignantes pour répondre aux défis. Et surtout ne pas se fier aux  solutions simplistes et médiatiques pour penser la complexité d’une action systémique.
Pour cela, il faudra aussi accepter et favoriser le dialogue social avec les acteurs du changement et les enseignants.
J’ai envie de conclure sur cet optimisme de l’action qui devrait s’exprimer à tous les niveaux. Aussi bien au sommet de l’État que dans l’action de chacun au quotidien. Pour ma part, si j’étais fataliste, si je ne pensais pas que mon action peut faire changer (un peu) les choses, je ne serais pas enseignant !

Philippe Watrelot


jeudi, mai 04, 2017

M. Macron, si on parlait d'éducation ?

les six minutes du débat consacrées à l'éducation


Six minutes...
Six petites minutes sur l’éducation dans le débat du mercredi 3 mai. Trois pour chacun des candidats à l’issue de deux heures d’un « débat » éprouvant. Je me disais en le regardant que, comme beaucoup de mes collègues, j’allais devoir ramer ensuite pour expliquer à mes élèves qu’un “vrai” débat, ce n’est pas ça...
Évidemment, ce n’est pas de votre faute. Je suis même admiratif de votre calme face à quelqu’un qui cherchait à vous déstabiliser et à vous faire perdre patience. En tant que prof’ confronté à des classes et des élèves difficiles, je sais apprécier la performance.

Venons en à l’éducation...
Si je m’adresse à vous à l’issue de ce débat, c’est d’abord parce que je n’ai rien à dire à Marine Le Pen. Sur ce sujet, elle a déroulé ce qui est proprement un programme réactionnaire et de remise en question d’avancées démocratiques majeures comme le collège unique que j’ai déjà dénoncé.
No pasaran... 
Mais si je m’adresse à vous c’est surtout parce que les propositions que vous avez déroulées sur l’éducation  dans ce débat et dans toute cette campagne m’ont déçu et me laissent interrogatif voire inquiet. Et 3 minutes, c'est bien court...
Bien sûr, je partage les grands principes énoncés. Il faut lutter contre les inégalités et pour cela « mettre le paquet » sur le primaire. Mais le diable est dans les détails. 


Des maîtres ou des classes en plus ?
Vous avez rappelé mercredi soir, votre mesure phare : limiter à 12 élèves les classes de CE1/CP dans les REP et REP+. Il y a plusieurs questions soulevées par ce dispositif.
Suffit-il de baisser les effectifs pour que la réussite et les apprentissages s’améliorent ? Les études sur ce sujet montrent qu’il faut en effet une baisse sensible de ces effectifs mais qu’il est également nécessaire d’avoir un changement de pédagogie et donc de la formation continue. On peut continuer à avoir la même pédagogie avec des élèves en moins... L’enjeu de la formation des enseignants est essentiel. La réponse ne peut pas être uniquement quantitative et ce chiffre “magique” de 12 élèves n’est pas la panacée.
L’autre question est très pratique : c’est celle des locaux. Où mettre ces élèves ? Si, dans certains endroits, des classes sont effectivement vacantes, dans d’autres il y a pénurie. Il faudrait donc construire ou plutôt aider les communes à construire.
Pourquoi n’avoir pas annoncé plutôt “un enseignant pour douze élèves” ? Cette formulation aurait permis de privilégier la piste de la co-intervention qui est plus prometteuse mais aussi plus réaliste. Le fait d’avoir deux enseignants permet non seulement de mieux différencier et d’apporter des réponses aux difficultés propres à chacun mais oblige aussi ces mêmes enseignants à échanger et à co-élaborer leurs séquences de travail. Alors que ce métier est souvent trop solitaire et peu propice au changement, ce dispositif est un moyen de faire évoluer la conception du métier et de créer les conditions d’un développement professionnel (je vous conseille la lecture d’un rapport où ce sujet est abordé...! )
La co-intervention est à la base du dispositif « Plus de maîtres que de classes » (PDMQDC). 
Or on apprend, au détour de certaines interviews que la mesure que vous proposez se ferait en dépouillant ce dispositif qui n’a que trois ans d’existence. Comme le rappelle une note récente de l’institut Alain Savary, une fois de plus, le politique mettra-t-il fin à une « innovation » avant même qu’on puisse comprendre ce qu’elle génère ?

Les ÉPI sont fauchés ?
C’est d’ailleurs la même logique qui est à l’œuvre dans l’autre annonce que vous avez rappelée mercredi soir. Vous avez en effet évoqué la « réintroduction » des classes bilangues et du latin. On a pu lire aussi que vous prévoyez comme forme d’autonomie des établissements la possibilité de ne plus appliquer les EPI si le conseil  d’administration de l’établissement le décide.
Je vois bien, et je la déplore, la stratégie de concession sur des sujets qui ont pu braquer une partie des enseignants et des parents en collège.
Mais, on peut surtout voir le risque d’une reconstruction de classes de niveaux dans les collèges et donc un sérieux  coup de canif à la question de l’hétérogénéité scolaire (à distinguer de la mixité sociale) qui est essentielle pour la lutte contre les inégalités. On ne trouve d’ailleurs pas de réelle réflexion sur la question centrale de la mixité sociale et scolaire dans ce que vous avez publié. On ne vous a pas entendu davantage sur le rôle que pourrait jouer l'enseignement privé dans la mixité sociale.


Donner du temps au temps…
On retrouve, tout comme pour les PDMQDC, un défaut propre à toute question éducative où on défait ce qui est mis en place avant de laisser le temps à une réforme de s’installer. Quand comprendra t-on que l’éducation nationale a besoin de continuité et de temps pour laisser s’installer les changements plutôt que de remplacer un dispositif par un autre dispositif ?
C’est cette succession d’annonces qui épuise les enseignants et les conduit à une forme de cynisme désabusé.
Et surtout on laisse croire aux plus conservateurs que toute réforme est impossible et aux plus investis que leurs efforts sont vains...


Quelle autonomie ? 
Quel management ? Comment gouverner l’éducation nationale ? On lit peu de choses sur ce sujet dans votre projet. Hormis l’affirmation qu’il faut donner plus d’autonomie aux établissements. Mais un grand flou subsiste.
J’ai participé à un débat sur l’éducation organisé par un groupe local de En Marche et j’ai pu constater que les avis étaient partagés sur cette question au sein de vos soutiens. Certains semblent considérer que le pilotage et l’initiative passent forcément par un leader, un « manager » qui tient les rênes et évolue dans une logique d’émulation voire de compétition . D’autres voient plutôt l’autonomie comme étant collective et surtout celle des équipes enseignantes et éducatives dotées d’un pouvoir d’agir et d’auto-évaluation. C'est sur cette position que je me situe. 
Vous devrez clarifier vos positions. Car ces questions sont centrales et conditionnent non seulement la vie des enseignants et la reconnaissance de leur expertise et initiative mais aussi l’efficacité du système et sa capacité à se transformer. L’autonomie ne doit pas être vue sous un angle technocratique mais dans une logique pédagogique  et au service de valeurs partagées et définies dans un cadre national. 

Projet
Si vous avez affirmé aussi dans vos discours que vous vouliez “refonder” l’école (tiens c’est curieux j’ai déjà entendu cela... ) on a l’impression que vous tenez pour négligeable ce qui a été fait durant ce quinquennat qui s’achève. C'est dommage.
Et, pour autant, on n’a pas eu le sentiment que l’éducation est un sujet qui vous intéresse vraiment. On a plus l’impression d’un catalogue de mesures un peu disparates qu’un « projet » fédérateur.
Or, le chantier est immense, on a besoin d’un souffle et d’une réelle énergie pour continuer à construire une école plus juste, qui lutte vraiment contre les inégalités et la fracture sociale. Une école publique qui soit aussi plus efficace, à la fois plus agile et mieux pilotée et au service de la réussite de tous. 

Ph. Watrelot


« Les alternances politiques empêchent la gouvernance de l’Education nationale d’être constante, cohérente dans le temps. […]. Nous avons un vrai problème de gouvernance : la continuité n’est pas assurée, or elle est absolument nécessaire dans l’Education nationale.»

Antoine Prost Historien, Propos recueillis par Véronique Soulé — Libération le 25 septembre 2013


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dimanche, avril 30, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 24 au 30 avril 2017





- L’École bleu marine – l’École en marche – Appels- Perdir – Butinages – .



Un bloc notes essentiellement politique, mais pas que...
Et si, avant d’évoquer les appels à “faire barrage”, on commençait par (re)parler d’éducation dans cette campagne? On analysera successivement le programme de Marine Le Pen puis celui d’Emmanuel Macron.
Puis on consacrera un passage du bloc-notes aux appels au vote qui se sont multipliés aussi dans le monde de l’éducation. On évoquera également la situation des perdir avant de finir par quelques conseils de lecture.




L’École bleu marine
Commençons par le programme de Marine Le Pen. J’avais proposé il y a quelques semaines une analyse avec un billet de blog dans une série sur les programmes éducation des candidats. Pour approfondir, il faut aller aux sources. Il y a bien sûr les les “144 engagements de Marine le Pen. Mais ceux-ci ne dévoilent pas tout. Il faut aussi regarder du côté des propositions pour l’école du collectif Racine (le collectif dédié à l’École dans la galaxie Mariniste). On peut aussi visionner l’interview (vidéo) d’Alain Avello par SOS éducation. Celui-ci est le président du collectif Racine et le conseiller de la candidate. La vidéo fait une vingtaine de minutes mais c’est édifiant.
On pourra trouver une analyse assez détaillée des projets de Marine Le Pen pour l’éducation dans Libération. La journaliste Marie Piquemal a interviewé longuement Alain Avello et repris toutes les sources citées plus haut. On a aussi une analyse assez pointue dans un comparatif paru proposé par l’AFP où le même Avello est confronté à deux responsables du programme éducation de En Marche.
Le programme de Marine Le Pen, selon son conseiller, passe par la priorité aux fameux “fondamentaux”. En primaire 50% du temps d’enseignement devrait être consacré au français. Et cela suppose des réductions pour les autres matières et en particulier l’apprentissage d’une langue étrangère (au primaire). Il y a bien sûr aussi l’inévitable couplet sur le “rétablissement de l’autorité” par le recours à l’uniforme et un renforcement des sanctions. A. Avello évoque notamment l’éloignement des élèves perturbateurs de leur établissement d’origine, en les inscrivant dans des internats à «environ 80 kilomètres», avance-t-il. On trouve aussi une attaque contre la pédagogie : «Il faut centrer la formation sur les savoirs disciplinaires seulement, et ne plus enseigner la pédagogie. Cela est un non-sens qui fait perdre du temps à tout le monde, car la pédagogie n’est pas une science. C’est un art.» . Il évoque aussi la création d’une nouvelle discipline (qui remplacerait la philo en techno et l’EMC). Elle s’appellerait «civisme et droit», avec un Capes dédié, et un enseignement dispensé dès le primaire et jusqu’en terminale, avec trois heures hebdomadaires. Et un objectif : «Il faut donner aux élèves des raisons d’aimer la France, il faut que l’école remplisse son rôle d’"assimilatrice".». L’article de Libération évoque aussi la question de l’autonomie. Pour le FN, l’égalité des chances passe d’abord par le moins d’autonomie possible. Dans le viseur : la liberté pédagogique des enseignants. «Au titre de l’égalité, il faut que les contenus soient les mêmes partout.» affirme le conseiller éducation. Il cite l’apprentissage de la lecture en guise d’exemple. «La méthode syllabique doit être la norme dans toutes les classes de CP, même si à la marge, on pourrait laisser l’enseignant compléter en utilisant d’autres méthodes.». On évoque aussi la “revalorisation” du baccalauréat et la sélection à l’entrée du baccalauréat. Enfin, et surtout, il y a la fin du collège unique et l’orientation précoce dès quatorze ans.

Outre le programme, on peut signaler aussi l’appel de Jean-Paul Brighelli à voter pour Marine Le Pen. Rappelons qu’il était déjà conseiller éducation de “debout la France”, le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Il y a donc une logique et un parcours que l’on pouvait pressentir depuis plusieurs années...


L’École en Marche
Le programme éducation d’Emmanuel Macron a été analysé avec la même attention. On peut signaler mon propre billet de blog ou celui de Jean-Michel Zakhartchouk . On trouvera aussi une autre analyse dans le Café Pédagogique et un résumé dans VousNousIls . Libération a procédé de la même manière que pour Marine Le Pen et décrypte, point par point, les mesures du programme du candidat d'En marche en matière d'éducation en interrogeant les porteurs de ce projet.
Comme l'indique l'article, il est difficile de connaitre les noms des responsables de l'équipe éducation d'Emmanuel Macron. Ceux-ci mettent en avant le fait qu'ils seraient "en poste" (et pas seulement "en marche" ...). L’article présente une personne : Fanny Anor, Prof d’histoire-géo en détachement qui était jusqu’à peu salariée de l’Institut Montaigne. Dans un autre article proposé par l’AFP sur le site du Point , une deuxième personne se dévoile. Il s’agit d’Anousheh Karvar, ex-trésorière de la CFDT et directrice du cabinet de Myriam El Khomri, présentée ici comme la responsable Education d'En Marche. Puisqu’on en est à parler des personnes, quelques noms circulent pour le poste de ministre. On évoque celui de Benoist Apparu ou de Philippe Meirieu (mais c’est une rumeur lancée par Brighelli). On peut se dire aussi que l’ancien Recteur (et dir’cab de Peillon), Pierre-Yves Duwoye qui déploie sa réflexion sur son blog pourrait être candidat. Et puisqu’on en est au petit jeu des pronostics, on pourrait aussi considérer que Laurent Bigorgne, qui dirige l’institut Montaigne pourrait être intéressé. Enfin, on notera une tribune de François de Rugy dans le Huffington Post qui développe les principaux axes de ce programme éducation.
Comment qualifier ce programme ? Jean-Michel Zakhartchouk parle de «promesses et zones d’ombre». Dans mon propre billet de blog le titre joue sur les mots (normal...) en parlant d’ «En marche, un pas en avant, un pas en arrière». Sur le site VousNousIls , le syndicat SNES-FSU regrette un “programme pas assez détaillé”, et quelques “méconnaissances du système éducatif”. François Jarraud dans le Café Pédagogique résume le programme en deux mots : «Autonomie et solidarité».
En ce qui concerne le 1er terme, Emmanuel Macron, parle alternativement de «donner l’initiative», de «plus d’autonomie» ou encore de «stimuler l’innovation» des acteurs de terrain. Cela signifie d’abord une plus grande latitude laissée aux établissements (et à leurs chefs) et un pilotage par l’évaluation. Mais pour Libération cela voudrait dire aussi le choix d’appliquer ou non les réformes en vigueur. A l’école, la réforme des rythmes scolaires ne sera plus obligatoire. Un décret, publiable dès cet été, doit redonner le choix aux communes, après concertation avec les écoles. Au collège, la réforme ne serait pas abrogée en tant que telle mais pour les 20% dégagés dans l’emploi du temps des élèves pour les enseignements interdisciplinaires (les fameux EPI), chaque établissement pourrait décider de ce qu’il en fait: continuer les EPI, ou remettre en place des parcours bilingues (deux langues vivantes dès la sixième), ou bien des enseignements de langues anciennes. La décision serait prise par le conseil d’administration de l’établissement. Au lycée, l’équipe Macron envisage aussi de laisser les équipes appliquer ou pas l’accompagnement personnalisé et les enseignements d’exploration, mis en place par la réforme Chatel de 2010. Ce qui est très inquiétant pour les SES, au passage...
Sur France Tv Info on revient sur l’autre aspect emblématique du programme. Pour lutter contre l'échec et les inégalités scolaires, Emmanuel Macron propose que les classes de CP et de CE1 des écoles en zone prioritaire soient limitées à 12 élèves. Le financement de la mesure, qui nécessiterait l'embauche de 4 000 à 5 000 nouveaux professeurs des écoles, est encore flou, mais passerait par l'économie de "centaines de millions d'euros" sur l'organisation du baccalauréat. Les syndicats d'enseignants sont séduits par cette promesse, mais ont encore des doutes sur sa faisabilité. Ils refusent notamment que son financement passe par l'augmentation des effectifs d'élèves ailleurs, ou par le sacrifice d'autres dispositifs éducatifs présents dans les zones prioritaires. Autre question pratique que pose cette mesure: les locaux. La construction et l’entretien des écoles sont du ressort des communes. Si certaines écoles ont des salles en rab, beaucoup sont étriquées. Dédoubler une classe suppose deux salles. «Nous avons préparé une enveloppe de 200 millions d’euros pour aider les communes, précise Fanny Anor pour Libération . Le temps des travaux, quand il n’y aura pas de solution, deux enseignants feront classe dans la même salle.»
Dans Ouest France on trouvera des précisions sur le baccalauréat qu’Emmanuel Macron veut simplifier en ne faisant que quatre épreuves terminale (le reste en Contrôle en Cours de Formation) alors que Marine Le Pen souhaite surtout renforcer la sélectivité de cet examen.
On trouvera aussi un comparatif dans Le Figaro-Étudiant et un autre sur BFMTv . Quoi qu’il en soit, on voit bien que dans les deux cas, comme VousNousIls nous le rappelle, les réformes mises en place par Najat Vallaud-Belkacem risquent d’être détricotées ou abrogées lors du prochain quinquennat.

Appels
Les appels à faire barrage à Marine Le Pen se multiplient dans l’éducation et l’enseignement supérieur nous dit Le Monde . Sur le site des Cahiers Pédagogiques on pourra trouver le communiqué du CRAP-Cahiers Pédagogiques, bien sûr, mais aussi celui du Collectif des associations partenaires de l’École (CAPE) ainsi que de l’ESPER qui représente quarante-cinq organisations agissant dans le champ de l’éducation (mutuelles, associations, coopératives et syndicats). . Certaines des associations, rassemblées dans ces collectifs, ont également produit des communiqués spécifiques. C’est le cas des Francas , de l’AFEV , de la FCPE et de sûrement bien d’autres qui me pardonneront de ne pas avoir vu leurs communiqués.
Les syndicats, eux aussi s’expriment clairement et appellent à voter contre Marine Le Pen. On pourra lire les communiqués et prises de position de l’UNSA , la CFDT , du SNUipp-FSU , du SNES-FSU . Des présidents d’université se sont aussi prononcés clairement contre le FN. C’est le cas de Yves Jean, le président de l’université de Poitiers qui a envoyé un courriel aux 26 000 étudiants et 3000 personnels de l'Université de Poitiers pour défendre «les valeurs et traditions universitaires au sein desquelles la tolérance occupe une place essentielle». Frédéric Dardel,le président de Paris V a fait de même. « En vous adressant ce message très personnel et inhabituel pour moi, j’abuse de mes prérogatives de Président », écrit-il dans ce mail à destination de toute l'université René Descartes à Paris. Selon lui, «l’enjeu pour l’existence même de l’esprit universitaire est tel que je suis obligé de franchir cette limite». Il insiste sur un point : «aujourd'hui, avec plus de sept millions de suffrages récoltés au premier tour et des conditions de report de voix et d’abstention tout à fait incertaines, je suis inquiet, je suis même très inquiet.»
Cette inquiétude, on la retrouve aussi chez Gérard Aschiéri, ancien responsable de la FSU et aujourd’hui membre du CESE. D’abord publiée sur son compte Facebook, cette prise de position est devenue une tribune sur le site d’Alternatives Économiques. Il appelle chacun à “réfléchir à ses responsabilités ”. Il rappelle, s’il en était besoin, l’enjeu. “Dans notre système d’aujourd’hui l’abstention, le vote nul ou blanc ne sont pas neutres : ils favorisent nécessairement un camp et le risque est réel que ce camp soit celui du FN. Je lis ici et là des militants engagés qui disent qu’ils ne s’imaginent pas mettre un tel bulletin dans l’urne. Je peux les entendre, mais je leur demande simplement s’ils peuvent s’imaginer se réveiller le 8 mai avec une France où Marine Le Pen serait présidente.” et il conclut par ces mots : “Les choix de chacun sont libres, mais cette liberté oblige en même temps chacun à réfléchir à ses responsabilités. ”
On peut aussi le dire autrement avec cette citation : « Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l'essentiel parce que l'effort lui paraît indigne de soi ? » (Cherchez l'auteur, et la date...)


Perdir
Les perdir ont beaucoup à dire...
Les “perdir” dans le jargon administratif de l’EN, ce sont les personnels de direction. Sentiment de baisse continue du niveau des élèves, relations tendues avec les parents, saturation face aux injonctions venues du sommet... Dans les collèges et lycées, jamais le moral des personnels de direction de l'Éducation nationale n'a été aussi bas, si l'on en croit les premiers résultats d'une enquête menée par Georges Fotinos et dont on peut trouver des éléments sur VousNousIls et Le Figaro . Cet ancien chargé de mission de l'inspection générale, a fait de cette question sa spécialité, depuis une première enquête en 2003 sur ce sujet soigneusement laissé de côté par l'Éducation nationale. Il a présenté ce 25 avril des données comparables sur 15 ans.
Parmi les perdir, selon cette enquête menée sur un panel de 3000 principaux de collège et proviseurs de lycée 14,4% seraient au stade de burn-out clinique, nécessitant des soins et pas seulement une modification de leurs conditions de travail.


Butinages
Pour finir, comme d’habitude, quelques lectures butinées au cours de ma veille sur Internet.

Je vous conseille d’aller lire les 15 mesures pour réformer le collège proposées par des collégiens dans un atelier animé par Mara Goyet et présentées sur le blog “Alchimie du Collège” . Vous serez impressionnés par la pertinence de certaines de ces propositions.

Dans Le Monde du 28 avril, une interview du sociologue Olivier Galland mérite d’être lue. Il délivre son analyse sur les attitudes politiques des jeunes à l’entrée de la vie professionnelle. Mais il parle aussi du système éducatif en ces termes : «Concernant l’école, on le sait, les destins scolaires se jouent très tôt. D’où l’importance de mettre l’accent sur le primaire, sous-doté, et les apprentissages fondamentaux. La scolarisation précoce peut également être une piste. On doit porter plus d’attention à la qualité de l’enseignement. La réussite des élèves en dépend : c’est une évidence mais on ne s’en est pas assez préoccupé. La formation pédagogique a été trop longtemps laissée à l’abandon en France. L’affectation des professeurs, centralisée et liée à l’ancienneté, est un non-sens. »
Et il poursuit« Par ailleurs, l’enseignement en France est encore très académique, peu adapté aux jeunes de milieux sociaux avec des déficits culturels. Il ne s’agit pas de leur fournir un enseignement au rabais mais un peu plus en prise avec la société réelle. Enfin, une plus grande individualisation renforcerait la transmission des connaissances. Les jeunes n’entrent pas avec la même égalité des chances dans le système scolaire or l’école ne les réduit absolument pas. Mais cela rentre en contradiction avec le modèle égalitariste à la française. La centralisation et la bureaucratisation de l’éducation nationale sont peu adaptées à ces défis. Sans compter des syndicats enseignants souvent opposés aux réformes, comme on a pu le voir avec celle initiée par Najat Vallaud-Belkacem. La culture française reste très élitiste. L’école française sait très bien sélectionner les meilleurs. En revanche, faire réussir le plus grand nombre n’est malheureusement pas une obsession politique. »

Finissons avec un peu d’autopromotion. Il y a une semaine est paru le Hors-Série numérique n° 46 des Cahiers Pédagogiques intitulé « Antidotes ». Ce dossier gratuit rassemble 25 textes publiés sur le site de la revue pour déconstruire et combattre les mensonges et idées reçues sur l’École. Ceux ci ne sont pas présents que durant les périodes électorales !
Je vous encourage donc vivement à télécharger et conserver ce numéro où vous retrouverez des textes écrits par : Florence Castincaud - Catherine Chabrun - Grégory Chambat - Sylvain Connac - Jacques Crinon - Bernard Desclaux - Michel Develay - François Dubet - Marie Duru-Bellat - Hervé Hamon- Roger-François Gauthier- Michel Guillou - Claude Lelièvre - Françoise Lorcerie - Philippe Meirieu - Yannick Mevel - Pierre Merle - Liliana Moyano - Patrick Rayou - Yves Reuter - Bruno Robbes - Philippe Watrelot - Jean-Michel Zakhartchouk. Et en prime, une introduction intitulée “67 millions de spécialistes de l’École” .

Bonne lecture et Bon vote ! (il n’y aura pas de bloc-notes le week-end prochain)



Philippe Watrelot

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samedi, avril 22, 2017

67 millions de spécialistes de l’école





Je publie sur mon blog, ce texte écrit spécialement pour le Hors-Série numérique n° 46 des Cahiers Pédagogiques intitulé « Antidotes ». Ce dossier gratuit rassemble 25 textes publiés sur le site de la revue pour déconstruire et combattre les mensonges et idées reçues sur l’École. Ceux ci ne sont pas présents que durant les périodes électorales !  
Je vous encourage donc vivement à télécharger et conserver ce numéro où vous retrouverez des textes écrits par : Florence Castincaud - Catherine Chabrun - Grégory Chambat - Sylvain Connac - Jacques Crinon - Bernard Desclaux - Michel Develay - François Dubet - Marie Duru-Bellat - Hervé Hamon- Roger-François Gauthier- Michel Guillou - Claude Lelièvre - Françoise Lorcerie - Philippe Meirieu - Yannick Mevel - Pierre Merle - Liliana Moyano - Patrick Rayou - Yves Reuter - Bruno Robbes - Philippe Watrelot - Jean-Michel Zakhartchouk.

PhW
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« Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé » Einstein. 


Tout le monde a déjà fait l’expérience lors d’un repas de famille ou une discussion entre amis. Il suffit d’aborder le thème de l’École pour que tout le monde ait un avis, tiré de sa propre expérience d’élève, d’ancien élève, de parent, de grand parent… Et en général frappé au coin du « bon sens » et s’appuyant sur quelques représentations et prénotions solidement installées et souvent marquées par la nostalgie. Il en est ainsi pour de très nombreux sujets : les méthodes de lecture, le « niveau » (qui baisse évidemment), l’évaluation, le « jargon » pédagogique, etc.

Ces discussions dans un cercle restreint sont-elles compensées par des débats de qualité dans les médias ? La réponse est malheureusement négative. Il est rare que la Presse nous offre cela. Il y a plusieurs raisons. D’abord les journalistes spécialisés y sont rares et on y invite peu d’ « experts ». Et surtout les médias (en particulier audiovisuels) aiment bien les polémiques et les débats binaires. Car la nuance n’est pas spectaculaire ! De plus, la parole y est confisquée par d'anciens bons élèves.


Où sont les « experts » ?
Une expérience (forcément singulière) fait-elle de vous un expert ? Par exemple, le fait d’être allé à l’hôpital fait-il de vous un expert des questions de santé ? Évidemment non. Il vous autorise à avoir un avis sur le service que vous avez reçu et à vouloir être mieux informé des enjeux de ce domaine, mais cela s’arrête là. L’avis des usagers de l’École est évidemment important et il mérite d’être entendu, L’École étant l’affaire de tous. Mais, il importe d’essayer à chaque fois de distinguer l’opinion, l’avis et l’expérience de chacun, des faits établis et d’une démarche de vérité scientifique.

Cette réflexion sur l’expertise s’applique aussi aux enseignants eux-mêmes. Le fait d’être un professionnel fait-il de vous un « expert » de l’École ? Dans le débat récent et très vif sur la réforme du Collège, on m’a souvent fait un procès en légitimité parce que j’enseignais en lycée et que je n’avais donc « pas le droit de parler de ce que je ne connaissais pas ». On déniait ainsi l’idée même de la représentation et des corps intermédiaires puisque je n’étais pas vu comme le représentant d’un mouvement pédagogique qui avait collectivement réfléchi sur ce sujet (et qui compte de nombreux enseignants de collège) mais comme un individu portant une parole singulière.

Le fait de travailler dans l’Éducation nationale fait-il de vous un expert ? Cela vous donne une vision et une expérience de votre travail qui est utile et nécessaire et qui doit être entendue. Mais, même si cette expérience est partagée par plusieurs, cela n’en fait pas pour autant une vérité absolue. Quelqu’un avec les mêmes conditions de travail peut avoir un avis différent sur tel ou tel dispositif. Renvoyer celui qui ne pense pas pareil que vous à une sorte d’étrangeté et le considérer comme « hors-sol » a été un procédé très utilisé pendant les débats récents sur le Collège. L’expertise suppose aussi un recul et une analyse qui peuvent être nourries par la réflexion collective.


Intellectuels et spécialistes
Ces débats mobilisent aussi les intellectuels qui sont souvent interrogés pour donner leur avis. Le fait d’être un intellectuel reconnu (et médiatique) fait-il de vous un expert de l’École ?

On se souvient du tollé qu’avait suscité la ministre Najat Vallaud-Belkacem lorsqu’elle avait qualifié en avril 2015, de « pseudo-intellectuels » ceux qui s’exprimaient sur les médias à propos de la réforme du collège. C’était évidemment une erreur. Il s’agissait bien incontestablement d’intellectuels. Elle aurait plutôt dû parler de « pseudo-experts », car le fait d’être un « intellectuel » ou un éditorialiste n’autorise pas pour autant à parler sur tout. L’expertise dans un domaine n’est pas transférable à tous les sujets. Pour eux, il y a une responsabilité plus grande : on devrait être fondé à émettre une opinion si et seulement si on a pris la peine de se renseigner avant de donner son avis...
Si l’on peut avoir de l’indulgence pour ceux qui s’expriment sans connaitre parce qu’ils subissent le poids des préjugés et des prénotions, on en a moins pour l'ignorance quand elle est le fait des savants.

Les sociologues, les philosophes, les historiens, les économistes, les psychologues spécialisés dans l’éducation existent mais ils sont peu sollicités et leur parole est rarement entendue. Cela tient à plusieurs raisons.

Il y a d’abord le fait que ce que dit l’analyse scientifique est bien souvent contre-intuitif et va à l’encontre de ce que dit l’expérience immédiate. Ce n’est pas propre aux sciences sociales et humaines. Si on s’en tenait à sa propre perception et pas à la science on pourrait penser que la terre est plate…!

De fait, il y a aussi une sorte de méfiance à l’égard des sciences de l’éducation que certains n’hésitent pas à qualifier de pseudo-science voire d’imposture. Ce qui est un moyen de faire retomber le débat dans le sens commun en déniant l’idée même qu’il puisse y avoir des experts.
Ensuite, et cela n’est pas contradictoire, parce que la « neutralité axiologique » peut être souvent contestée. En d’autres termes, il y a souvent un soupçon de parti-pris qui amène à disqualifier l’analyse, jugée alors comme une opinion.  

Enfin et surtout les vrais spécialistes de l’École, souvent effrayés à juste titre par la teneur du débat et sa violence, hésitent à s’y confronter et préfèrent s’abstenir. C’est ainsi que seules quelques rares personnalités prennent les coups et concentrent les attaques. On pense évidemment à Philippe Meirieu qui a littéralement « incarné » la pédagogie dans les médias pendant tant d’années.


Oppositions binaires et représentations
Connaissances/compétences, didactiques/pédagogie, enseignement/éducation, bienveillance/exigence, motivation/effort, laxisme/rigueur, savoir/élève… Le débat sur l’éducation est plein de ces fausses oppositions que j’avais déjà essayé de recenser.  Avec évidemment en tête de liste Républicains/Pédagogues. Le débat sur l’École mérite mieux que ces oppositions binaires et stériles. Elles pourrissent le débat sur l’éducation. Il est vrai que la nuance et la complexité ne font pas bon ménage avec les débats simplistes qu’affectionnent les médias. Il nous faut essayer de comprendre comment elles se construisent et s’alimentent.

La nostalgie d’une école mythifiée est un puissant ressort de cette construction. « C’était mieux avant », tout le monde l’a déjà plus ou moins dit. D’autant qu’avec le tri opéré dans les souvenirs, on a tendance à idéaliser ou ne retenir que les aspects positifs de la période qui précède. Le souvenir qu’on a de l’École d’autrefois est amplifié par l’imagerie produite par les films, les romans et les médias. La gloire de mon père de Marcel Pagnol, le film Être et avoir, toutes les images sur les « hussards noirs de la République », ont contribué à forger le mythe de cette École passée qui semblait imperméable à toutes critiques et constituer un des lieux sacrés de la République.

On en oublie que l’École de la troisième République a été fondée sur le principe méritocratique et sur la volonté de renouvellement des élites. Et la sélection est inscrite dans l’ADN même de cette école et donc par ricochet dans l’esprit même de nos concitoyens. D’où l’attachement aux notes ou bien encore toutes les lamentations sur « le niveau qui baisse », la « baisse des exigences » et le bac qui est « donné ».


Nostalgie, déclinisme et réaction
Ces représentations vont bien au delà de la simple nostalgie. Elles sont trop souvent au service d’une pensée décliniste et d’un discours réactionnaire. Sans chercher très loin, il suffit de relire les interventions de Nicolas Sarkozy, qui fustigait l’ « esprit de 68 » et qui, en meeting à Lille, le 8 juin 2016, estaimait que les militants du « parti pédagogique » se sont « échinés à détruire méthodiquement le respect de l’autorité, l’apprentissage de la langue, la transmission de notre histoire nationale, de nos mœurs, de nos valeurs ». La figure du « pédagogiste » (forcément délirant voire « assassin ») est un épouvantail facile dans certains discours conservateurs. C’est ce que ne manque pas de faire un  des candidats à chacun de ses meetings en parlant des « pédagogistes prétentieux»
En fait, le discours sur l’École est, de plus en plus explicitement, l’expression d’une pensée réactionnaire. La mise en avant du « mérite » et la dénonciation de l’ « égalitarisme », la promotion de l’apprentissage pour ceux qui ne sont « pas doués pour l’école », sont autant d’éléments de langage qui relèvent de ce discours conservateur et de réaction.

De plus, en désignant un bouc émissaire, on évacue la complexité des situations. Le procédé rhétorique qui consiste à se fabriquer son propre ennemi (« stratégie de l’homme de paille ») en la personne du pédagogiste s’accompagne aussi d’une autre posture. Elle consiste à dénier aux autres une qualité qu’on s’attribue à soi-même. Tout se passe comme s’il y avait eu une sorte de hold-up sémantique où plusieurs mots (exigence, savoir, excellence, rigueur, et bien d’autres) avaient été confisqués par ceux qui se réclament de la tradition et de la préservation d’une École qui serait en train de disparaitre.

Et c’est ainsi que se construisent ces oppositions qu’on évoquait plus haut. Pourquoi ne serait-on pas à la fois « exigeant » et « bienveillant » ? Pourquoi faudrait-il choisir entre le savoir et l’élève ? Le travail de l’enseignant ne correspond pas à ces oppositions stériles. On ne choisit pas le matin avant de rentrer en classe de privilégier les compétences au détriment des connaissances ou l’élève plutôt que les savoirs.
Pour motiver les élèves il faut aller les chercher là où ils sont en leur proposant des activités qui partent de leur vécu. Et ce n’est pas être moins « exigeant » bien au contraire. De même est-ce prendre les connaissances très au sérieux que de soucier de la durabilité des acquis comme on le fait dans le travail par compétences. C’est être finalement peu exigeant (avec soi-même et avec le système dans lequel on travaille) que d’accepter qu’il produise tant d’échecs. 

Il s’agit donc de raisonner plutôt en « tension » entre deux pôles que de voir les débats de manière binaire. Comme le dit très bien Philippe Meirieu : « Il faudrait enfin qu'on arrive à sortir de cette méthode qui consiste à penser toujours sur le mode de variation en sens inverse, c'est-à-dire que plus je m'intéresse à l'élève, moins je m'intéresse au savoir ou plus je m'intéresse au savoir, moins je m'intéresse à l'élève ... »

Cette pensée binaire est alimentée aussi par les médias. L’opposition la plus connue et la plus classique est celle qui oppose « Pédagogues et Républicains ». Elle est bien pratique pour construire des pseudo-débats en deux colonnes, d’un côté les « Pour » de l’autre côté les « Contre ». Dans un tel cadre, la nuance est difficile à faire entendre.
Cela a particulièrement été sensible dans la séquence sur la réforme du collège. Invité dans les médias à de nombreuses reprises, il a été très difficile pour moi, dans les formats qui étaient proposés, de sortir de cet étiquetage. Il était alors presque impossible de faire entendre un soutien critique ou de discuter les conditions de mise en œuvre alors qu’on attendait de vous une pensée simple et tranchée. Cela a évidemment encore plus été amplifié dans les réseaux sociaux. Comment développer une pensée complexe en 140 caractères ?


Un débat confisqué par les bons élèves
Éditorialistes, journalistes, intellectuels, hommes politiques, ils ont tous un point commun : ce sont d’anciens « bons élèves ». Dans un système fondé sur la méritocratie, c’est d’ailleurs ce qui justifie leur place. Or, ce sont ceux-là qui parlent et qui contribuent à façonner l’opinion et à mettre tel ou tel sujet à l’agenda.  

Lorsqu’on invite un intellectuel à parler de l’École, on lui demande son avis sur un système qui lui a été plutôt favorable. Et souvent le/la journaliste qui lui pose des questions est dans le même cas. L’analyse est alors biaisée. Comment critiquer un système qui vous a fait réussir ? Comment penser l’idée même de « difficulté scolaire » ou d’échec scolaire quand cela n’a jamais été votre cas ?
Cela va même plus loin lorsque ceux qui tiennent un discours de préservation du système peuvent en être des « rescapés ». C’est-à-dire des personnes qui ont pu s’en sortir alors que rien ne les prédestinait à cela au départ. Même si  les statistiques les relativisent, il reste, et c’est tant mieux, des cas d’ascension sociale exemplaires. Le problème, c’est lorsque cela conduit à un discours facile qui nierait tout déterminisme social : « puisque moi, j’ai réussi malgré tout, pourquoi d’autres n’y arriveraient pas ? Quand on veut, on peut… »  Le discours sur le mérite s’en trouve alors renforcé et l’échec scolaire est  présenté comme un phénomène individuel et le résultat de l’absence d’efforts. Si on n’a pas saisi sa chance, on a que ce qu’on « mérite » !
Pour parler d’École ou d’autre chose, ceux qui sont en échec scolaire, ceux qui sont en situation de pauvreté, ont rarement accès aux médias. Ou alors c’est à la rubrique faits divers ou lorsque les banlieues et les quartiers « sensibles » s’échauffent...
Tout le discours très ambigu sur la « baisse de l’exigence » ou sur « les dangers de l’égalitarisme », voire la remise en cause du collège unique, peut donc être aussi lu comme un refus des plus inclus du système (classes favorisées et moyennes, y compris les enseignants) de lutter vraiment contre les inégalités en confisquant le débat sur l’École.

Le phénomène marche aussi pour la « mise à l’agenda », c’est-à-dire le fait de choisir quels seront les thèmes qui seront traités et leur hiérarchie dans l’information. Par exemple, chaque année nous avons droit à une rafale de sujets sur le bac : le plus jeune candidat, le plus vieux, la triche, les sujets, le coût de l’épreuve… Cela commence traditionnellement par l’épreuve de philosophie. En oubliant que celle-ci ne marque pas le début du bac mais seulement celui du bac général qui ne représente qu’à peine un tiers des bacheliers... Les bacs technologiques et professionnels sont rarement évoqués. On ne traite ce sujet que sous le seul prisme du bac général qui se trouve être celui où vont être sur-représentés les enfants des catégories les plus favorisées.
On s’aperçoit aussi que les véritables journalistes spécialisés dans l’éducation sont rares. Il y en a dans la presse écrite, un peu à la radio et encore moins à la télévision. Cette pénurie n’est pas de circonstance. Les sujets sur l’éducation, alors qu’ils touchent tous les français, y sont souvent jugés secondaires par les rédactions et souvent confiés à des journalistes de bonne volonté mais inexpérimentés. Ce qui, compte tenu des contraintes de production et des représentations évoquées plus haut, conduit bien souvent à une présentation caricaturale ou à la reproduction de discours figés et convenus.
Tout comme il y a des émissions sur la santé, il serait utile qu’il y ait des émissions de vulgarisation sur les enjeux de l’éducation dans les médias. Car l’éducation c’est en effet un sujet qui intéresse tout le monde. Mais plutôt que d’en parler sur le mode de la polémique caricaturale, les médias seraient bien inspirés d’en faire un sujet de connaissance et de culture. 


« L’École mérite mieux que ça ». Cela pourrait être la conclusion de cette réflexion.
On devrait se réjouir que l’École suscite tant de discussions passionnées chez les Français. Car cela prouve au moins que ce sujet ne laisse pas indifférent. Et un militant pédagogique ne peut qu’être sensible à cet intérêt. L’éducation, c’est l’affaire de tous.
Mais, tout comme nous le faisons en classe, pour que la discussion ne se limite pas à un échange un peu vain d’idées toutes faites et d’invectives, il faut produire les conditions d’un débat argumenté. C’est-à-dire déconstruire les prénotions, les préjugés, apporter de la connaissance (et admettre donc qu’il y en ait une !) et repérer les véritables enjeux. C’est la responsabilité de tous : politiques, médias et acteurs de l’École.


Philippe Watrelot


dimanche, avril 09, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 3 au 9 avril 2017


- Campagne- Guyane - Butinages - .


C’est un petit bloc notes cette semaine. L’actualité éducative semble s’être assoupie avec le début des congés de printemps. Il y a malgré tout les élections pour animer un peu cette chronique même si la place de l’éducation dans la campagne est faible. On évoquera aussi la situation en Guyane où une partie des revendications porte sur ce sujet. Et on terminera par quelques liens où la politique est aussi présente.


Campagne
La campagne pour les élections présidentielles constitue encore l’essentiel de ce bloc-notes.
Les candidats, eux mêmes, se sont peu exprimés sur ce sujet durant le “grand débat” et dans leurs diverses interventions. A part une séquence durant l’émission politique de France2 où Emmanuel Macron a été interpellé par une professeur d’Histoire-Géographie sur la colonisation. Il s’avère que cette enseignante était un sous-marin filloniste ce qu’elle a pourtant nié sur le plateau.
Ce sont plutôt les analyses des programmes qui abondent. Comme la semaine dernière, je vais commencer par signaler un de mes textes. J’ai en effet produit, moi aussi, une synthèse comparative des programmes des cinq principaux candidats. Elle est lisible sur le site du magazine Alternatives économiques et sur mon blog . Cette synthèse clôt une série de billets de blog qui détaillaient les programmes "éducation" des candidats :
• « L'École de Marine Le Pen : une École injuste et inefficace »
• « En Marche et l’École : un pas en avant, un pas en arrière…»
• « Hamon et l’éducation : l'héritier embarrassé »
• « Mélenchon et l’éducation : le gaucho-conservatisme »
• « Fillon et l’éducation : libéral et rétrograde »
Fin de l’auto-promotion !



Deux émissions ont pu confronter les analyses avec la présence de représentants des candidats. C’est le cas de 7 milliards de voisins sur RFI . L’émission « Grand Rendez-Vous Europe 1- « Les Echos » - « CNews » dimanche 2 avril avait elle aussi mis ce thème au centre du débat.
On trouve aussi plusieurs articles qui mettent l’accent sur un thème particulier.
L’Express revient sur l’uniforme à l’École, “une mesure entre "nostalgie" et "respect de l'autorité" ”. 20minutes.fr développe à peu près le même sujet en répondant à la question “Comment les candidats veulent renforcer l’autorité à l’école” Marie-Christine Corbier dans Les Échos fait aussi un comparatif mais en s’intéressant particulièrement aux “fondamentaux”. La priorité au « lire, écrire, compter » est une vitrine commune qui cache de vraies divergences entre les candidats à l'Elysée.
Le Figaro s’intéresse aux revendications des fédérations de parents d’élèves dans la campagne présidentielle. La FCPE regrette «l'absence de réflexion transpartisane» en France. «Tout est remis en cause à chaque alternance», estime Hervé-Jean Le Niger, vice-président, qui parle d'«instrumentalisation de l'école». Valérie Marty, la présidente de la PEEP souhaite quant à elle une plus grande ouverture de l’école et une plus grande collaboration avec les parents.
Parce qu’il n’y a pas que cinq candidats mais onze, je signale de nouveau la bonne synthèse du journal des femmes qui présente les programmes éducation de tous les candidats.

Guyane
La semaine a été aussi marquée par la poursuite du mouvement social en Guyane. La situation de ce département d’outre mer est marquée par plusieurs problèmes structurels et un retard dans de nombreux domaines. Samedi 1er avril, la ministre des Outre-Mer, Ericka Bareigts, et le ministre de l’Intérieur, Matthias Fekl, avaient annoncé un plan de 1,085 milliard d’euros d’engagements de l’État en Guyane. Une somme insuffisante pour régler les problèmes de santé et d’éducation selon les manifestants qui exigent 2,5 milliards d’euros tout de suite. On retrouve une analyse de la situation et les principales revendications dans une vidéo d’un porte-parole des manifestants.
Pour l’éducation, les guyanais mobilisés réclament la construction de 10 collèges, 500 classes de primaire et 5 lycées. Selon Jean-Michel Blanquer, qui a été recteur de Guyane entre 2004 et 2006, les problèmes d’éducation dans le département se résument à « ce que vivaient les instituteurs du XXe siècle » : « des lieux reculés où le français n’était pas la langue des enfants et où certaines familles plaçaient tous leurs espoirs dans l’école, tandis que d’autres n’en voyaient pas l’intérêt. Mais le climat et la latitude étaient différents », explique-t-il dans Le Figaro
Dans un entretien à France Guyane , la ministre de l’éducation évoque les constructions scolaires, mais aussi le renforcement du rectorat et l’extension du dispositif "Plus de maîtres que de classes". Mais il n’est pas sûr que cela suffise. Les syndicats enseignants réclament, outre les constructions évoquées plus haut, la restauration scolaire et le transport gratuits pour tous les élèves, l’enseignement systématique des langues maternelles, le doublement immédiat du nombre de postes d’Intervenants Langue Maternelle (ILM), le rattrapage du retard en personnels pour encadrer les élèves (3 500 adultes de plus pour atteindre la moyenne nationale), des mesures visant à rendre le département attractif comme un concours exceptionnel (à l’instar de celui de l’académie de Créteil).

Butinages
Pour finir ce petit bloc-notes de vacances, je signale quelques lectures ou émissions de radio que j’ai trouvées intéressantes.

On reste dans le domaine des élections avec l’émission FranceInfo Junior . En partenariat avec Unicef France, la radio a posé la question "Et vous, si vous étiez président, que feriez-vous ?" à plusieurs enfants et ados. Les élèves ont de nombreuses idées pour rendre l'école meilleure : accueil des élèves handicapés, jeunes en difficulté et en décrochage scolaire, horaires de cours... Pour rebondir, Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l'Éducation nationale et auteur du rapport "Grande pauvreté et réussite scolaire" leur répond et remet en perspective leurs propositions de manière très pertinente. A écouter.

On peut signaler aussi l’interview dans un style très direct de Nathalie Mons pour la revue Acteurs Publics . La présidente du Cnesco revient sur les missions de ce conseil national d'évaluation du système scolaire. Elle les définit ainsi : “Nous sommes un lanceur d’alerte dans le sens où nous mettons à la disposition du grand public des résultats d’évaluation de l’école française, sans polémique, mais sans tabou non plus, sur des sujets sensibles : les inégalités sociales et migratoires, la mixité, les forts problèmes d’insertion des jeunes dans l’enseignement professionnel. En France, nous souffrons d’une très faible reddition des comptes de la part du personnel politique liée au fait qu’historiquement, l’évaluation se pratique en interne aux ministères sans procédure démocratique de publicisation des rapports d’évaluation, à l’exception notable de la Cour des comptes. Parce que le personnel politique est peu jugé sur les résultats objectifs de son action, les politiques publiques sont très rarement fondées sur les résultats d’évaluations préalables ou plus largement de la recherche. ”. Elle revient aussi sur les critiques qui lui ont été portées ainsi que toutes les petites attaques insidieuses qui montrent que l'indépendance n'est pas toujours bien vécue par l'administration et le politique...

On peut conseiller aussi une autre lecture qui nous ramène elle aussi aux élections. Il s’agit de trois tribunes rassemblées dans L’Humanité de Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, Liliana Moyano, présidente de la Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques (FCPE) et Marine Roussillon, responsable de la commission école du PCF. L’une comme l’autre évoquent les enjeux de l’école. Je retiens pour conclure l’interpellation de Liliana Moyano : “En regardant mes enfants récemment, je me suis surprise à me dire que l’école leur avait appris le passé simple, mais rien sur le futur compliqué. Face à un monde incertain, changeant, le rôle de l’école ne cesse d’être réaffirmé, encensé comme barrière à toutes les difficultés sociales et sociétales. Face à ces enjeux, les projets pour l’école que j’ai pu lire jusqu’ici me paraissent maigres et sans vision. Entre une école qui sent la naphtaline, le tout-libéral ou des propositions séduisantes mais sans vision de long terme, nos candidats peinent à être à la hauteur des défis de demain. Nous avons hérité d’une formidable ingénierie, d’une magnifique machine, peuplée d’hommes et de femmes qui ne demandent qu’une chose, qu’on leur assigne et qu’on leur reconnaisse leur rôle social : celui de former les citoyens de demain. […] Il est intolérable de voir aujourd’hui que l’école reproduit non seulement les inégalités sociales et territoriales, mais qu’elle les aggrave et les transforme en inégalités scolaires. ”

Il n’y aura pas de bloc-notes le week-end prochain. Pour cette deuxième semaine de la zone C, je serai absent car je vais tester quelque chose dont on m’a beaucoup parlé : les vacances !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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