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vendredi, août 12, 2016

La bibliothèque idéale du prof débutant


il faudrait que je range…
Le titre est un peu ambitieux, j'en conviens... Plus modestement, je vous propose quelques conseils de lecture dans le prolongement de mes précédents billets de blog (ici et là) autour de la thématique des débuts dans l’enseignement. C’est bien sûr une sélection qui m’est personnelle, fondée sur des critères subjectifs (les miens !), et même, avec un peu (beaucoup...) de copinage...
J’ai choisi de diviser cette bibliographie en quatre parties. La première est consacrée aux livres spécifiquement destinés aux débutants. Dans la deuxième partie, j’ai sélectionné quelques ouvrages accessibles et qui font le tour de la question sur des sujets qui sont au cœur des préoccupations des débutants : l’autorité et la gestion de classe, apprendre, mémoriser, évaluer... La troisième partie propose quelques livres pour aller plus loin tout en restant accessibles. La dernière partie s’intitule “Chemins de traverses”, on y trouvera des lectures un peu décalées :  des romans, des recueils d’aphorismes, des BD... Et ce ne sont pas les moins intéressants et utiles pour démarrer et réfléchir à son métier ! 

N’hésitez pas à compléter cette liste en la commentant ici ou sur les réseaux sociaux où je suis présent (Facebook, Twitter, Linkedin...). D'ailleurs plusieurs des titres présentés ci-dessous viennent de contributions et de discussions sur ces réseaux. “Mutualiser”, “Coopérer” devraient être deux mots clés pour tous les enseignants, débutants ou non...!

 Note : tous les titres des livres contiennent des liens actifs qui renvoient soit au site de l’éditeur soit à une note de lecture de l’ouvrage.

PhW


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POUR DÉBUTER…

L’étudiant, 2015
Le livre doit en être à sa cinquième édition avec des enrichissements et des actualisations. François Muller nous propose une belle boite à outils destinée comme le titre l’indique à tous les enseignants (et pas seulement les débutants). On y trouve donc  des situations-problèmes et des auto-tests ainsi que des pistes de travail sur tous les sujets qui intéressent les enseignants. Mais c’est aussi un ouvrage de vulgarisation de la recherche en science de l’éducation avec de très nombreuses références. Incontournable !





Françoise Clerc , Nicole Priou, Sophie Genès Analyses de situation pour bien débuter dans l’enseignement Hachette 2011
Les trois auteures donnent elles aussi beaucoup de conseils mais pour construire le livre, elles s’appuient surtout sur de nombreux témoignages de jeunes enseignants. Cela donne un aspect très vivant et interactif à cet ouvrage.


Françoise Clerc Débuter dans l’enseignement Hachette éducation 2003
Françoise Clerc  Bien débuter dans l’enseignement Hachette 2010
Deux autres publications de Françoise Clerc, une des co-auteures du livre précédent. Des conseils très utiles et de nombreuses annexes. Le deuxième livre est une actualisation du premier dont j’aimais beaucoup la forme et qui m’a été très utile dans mon travail de formateur.


Le livre proposé par Ostiane est plus spécialement destiné aux enseignants du primaire. Écrit dans un  style très agréable, il se veut très pratique et concret. J’aime beaucoup l’optimisme et l’esprit positif qui se dégage de ce livre à l’image de son auteure.




Jean-Michel Zakhartchouk  Réussir ses premiers cours ESF 2011
Ce livre est le pendant pour le secondaire (et surtout le collège) du précédent. JMZ aborde tous les points qui posent questions quand on débute : gérer la classe, évaluer, donner des devoirs (ou pas), s’organiser, planifier... Très concret et plein de conseils pratiques.


De Boeck 2011
La lecture de cet ouvrage exige un effort. Mais il donne une base très solide de connaissances utiles à tous dans plusieurs domaines : les conceptions de l’apprentissage, l’approche par objectifs et l’approche par compétences et une réflexion sur ce qu’est une discipline scolaire.


Christian Daujeard, Philippe Surrel L'ABC des profs 123 clés pour faire cours Canopé Dijon 2011
Un bon livre, court, dense et concret dans ses conseils. Ce livre est issu de séances de formation. il est structuré en quatre parties (1 – moments clés, 2 – faire cours, faire travailler, 3 – gérer, tenir, animer, 4 – des outils). Il est accompagné d’un DVD où chaque situation a été tournée deux fois : dans la 1ère version l'enseignant cumule volontairement des erreurs de conduite de classe ; dans la deuxième, il met en pratique des alternatives possibles qui tirent parti des clés présentées dans l'ouvrage.
 





Ghislain Dominé Les TICE en classe, mode d’emploi ESF 2014
Même si on possède un ordinateur et un accès à Internet chez soi, cela ne fait pas de vous un expert dans l’usage du numérique en classe ! Avec ce livre, l’auteur met à la portée de tout enseignant les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) en classe. Et il montre surtout que, bien plus que le matériel, la question centrale est celle des usages. Avec lui, l’outil numérique devient le support d’une pédagogie coopérative plutôt que descendante.



Catherine Chabrun Entrer en pédagogie Freinet Ed. Libertalia 2016
J’ai hésité à placer ce livre dans cette catégorie. Est-il vraiment destiné aux débutants ? On peut se dire que l’évolution vers la pédagogie Freinet est le résultat d’un cheminement professionnel. Mais lorsqu’on lit le petit livre de Catherine, on se dit que les conseils qu’elle donne sont valables pour tous et qu’on peut y trouver des idées même quand on débute. C'est aussi le cas du livre de Sylvain Connac cité plus loin.





Philippe Meirieu, Lettre à un jeune professeur, ESF - France Inter, 2005.
On trouvera plusieurs livres de Philippe Meirieu dans cette bibliographie. Il faut dire qu’il a beaucoup publié et que bon nombre de ses ouvrages font référence. Celui-ci est un peu à part. On n’y trouvera pas de conseils pratiques (quoique...) mais surtout une remise en perspective du sens de ce métier et de ses enjeux. Donner du sens à son action, voilà l’utilité de ce livre. Et c’est essentiel !







POUR FAIRE LE POINT SUR UNE QUESTION

Philippe Meirieu Apprendre oui mais comment  ESF 1987
Ce livre fait partie des rares best sellers en pédagogie. Il  s'appuie sur des analyses de cas, comporte de très nombreux exemples et, surtout, des tableaux synthétiques qui se veulent très opérationnels pour la conduite de la classe. Le lecteur s'y trouve mis en situation d'activité, confronté à des exercices, des récits d'expériences pédagogiques ou d'événements de la vie scolaire ; à partir de là, l'auteur dégage quelques principes fondamentaux et propose toute une série d'outils pour construire une pédagogie véritablement différenciée, pour accompagner et permettre la réussite de tous...


Jean-Pierre Astolfi L’erreur un outil pour enseigner  ESF 1997
J’ai une tendresse particulière pour ce petit livre d’un auteur que nous regretterons longtemps (il a été président du CRAP-Cahiers Pédagogiques). Pour moi, tout enseignant devrait avoir lu ce livre ! Il propose une véritable réflexion sur le statut de l’erreur dans les apprentissages en proposant de passer de l’idée de faute à celle d’erreur. Sa réflexion permet d’aider l’enseignant à comprendre les difficultés de ses élèves et à ces derniers d’utiliser leurs erreurs pour rectifier, progresser, rebondir. Du même auteur, on pourra aussi aller lire l’enthousiasmant La saveur des savoirs (2008).


Bruno Robbes a consacré sa thèse à la question de l’autorité éducative et écrit de nombreux articles sur le sujet (je signale celui sur les “trois conceptions actuelles de l’autorité” qui est très éclairant). Dans cet ouvrage, il se veut concret en présentant des études de cas qui nous montre que, loin du “charisme”ou de l’“autorité naturelle”, celle-ci s’apprend, se construit et s’exerce collectivement.




Florence Castincaud et Jean-Michel Zakhartchouk L’évaluation,plus juste et plus efficace : comment faire ? CANOPE CRDP d’Amiens - Cahiers pédagogiques 2014
Un livre stimulant pour faire évoluer les pratiques en terme d’évaluation des élèves. On y trouve à la fois les concepts clés sur ce sujet ainsi que des récits  de pratique par des enseignants.



Annie Di Martino, Anne-Marie Sanchez  Socle commun et compétences – Pratiques pour le collège ESF, 2011
Les deux auteures proposent de nombreux outils pour organiser des situations d’apprentissage, évaluer et valoriser les acquis des élèves dans le cadre du travail par compétences. Elles insistent particulièrement sur la notion de “tâches complexes”  et de “ressources”.



François Marie Gérard Évaluer des compétences, Guide pratique De Boeck 2008
Ce guide (belge) qui se présente comme un outil d’autoformation propose apports théoriques, mises en situation, exemples, et s’organise autour de quatre compétences relatives à l’évaluation des apprentissages : préparer les élèves à résoudre des situations complexes, élaborer des situations complexes, traiter et analyser les productions des élèves lors d’une évaluation, exploiter les résultats d’une évaluation des acquis des élèves. Et en plus il ne manque pas d’humour !




Alain Lieury Mémoire et réussite scolaire  Dunod, 2004
Alain Lieury est décédé brutalement en 2015, ce chercheur a beaucoup travaillé sur les mécanismes d’apprentissage et plus particulièrement sur la mémoire. Il avait un réel talent de vulgarisateur. Ce livre en est la preuve.


André Giordan Apprendre ! Belin, 1998, nlle édition 2002
Un très bon livre de vulgarisation sur cette question des mécanismes d’apprentissage. L’auteur y développe le résultat de plus de vingt ans de recherche sur ce sujet. Giordan a particulièrement mis en évidence le rôle des représentations dans les obstacles à l’apprentissage. Il cherche aussi à dépasser les modèles transmissif, behavioriste, constructiviste ou socioconstructiviste en proposant une synthèse (le modèle allostérique). Mais n’ayez pas peur de tous ces concepts, il écrit dans une langue très simple et accessible !




Jean-Michel Zakhartchouk Apprendre à apprendre Canopé 2016
Le nouveau socle commun intègre désormais dans son domaine 2 les « outils et méthodes pour apprendre ». Cet ouvrage propose de multiples pistes, depuis l’école primaire jusqu’au lycée, pour que les élèves puissent s’approprier ces compétences méthodologiques, à travers les disciplines, dans chaque matière, en classe ou aux marges de la classe.




Elena Pasquinelli, Mon cerveau ce héros, mythes et réalité, Le Pommier, 2015
Alors qu’on raconte tout et son contraire sur le cerveau et les meilleurs moyens d’apprendre, l’auteur dénonce et analyse les neuromythes dans ce petit ouvrage plein d’humour.



Pour permettre aux élèves de se remotiver pour les apprentissages l’auteur s’appuie sur des notions neurobiologiques et donne des exemples de mises en application au quotidien dans la classe. Ce livre aborde la dimension affective de l’apprentissage et entend démontrer que la violence et l’échec scolaire ne sont pas des fatalités.


Ce livre donne de nombreuses pistes pour développer la coopération à l’école (primaire) en s’appuyant sur les apports de la pédagogie Freinet et de la pédagogie institutionnelle. Mais il ne se contente pas de cette dimension pratique. Sylvain Connac propose aussi une réflexion sur les effets pédagogiques de la coopération sur les apprentissages et remet en perspective les valeurs qui sous-tendent ces pédagogies.








POUR ALLER PLUS LOIN…

Philippe Meirieu, Faire l’École, Faire la classe, ESF – 2004
Cet ouvrage est issu de séances de formation. Il comporte de nombreux  exercices et outils qui permettent à l’enseignant de se situer à deux niveaux : celui de la classe et celui de l’établissement et au delà du système éducatif. J’aime beaucoup la présentation en “principes” et surtout en “tensions” qui permettent de réfléchir à son métier autrement que de manière binaire.


Pierre Merle Les notes, secret de fabrication PUF 2007
Selon les dernières enquêtes, l’évaluation représente entre un tiers et un quart du temps de travail de l’enseignant (et sûrement encore plus quand on débute… !). Il est donc utile de réfléchir à nos pratiques d’évaluation. Pierre Merle nous amène ici à remettre en perspective la manière dont se construisent les notes et les biais qui sont en jeu, observés et formalisés par la docimologie. On peut approfondir cette question avec un Que Sais-je n° 3278 rédigé par le même auteur sur la Sociologie de l’évaluation scolaire.


Au delà du titre génial, ce qui est bien avec les livres de Perrenoud c’est qu’il est très fort pour voir les dilemmes et les tensions et énumérer les différentes dimensions d’un phénomène (c’est le roi des listes...). Ici c’est au service d’une belle réflexion sur le métier d’enseignant. A lire si on veut prendre un peu de recul.


Ce livre est un bon complément à celui de Bruno Robbes cité plus haut. Il offre différents conseils pour construire dans la classe, à l’école primaire, une autorité efficace, qui permette les apprentissages et le vivre ensemble, bien loin des « recettes pour tenir la classe ». L’auteure, qui se réfère à la pédagogie institutionnelle, met en relation les outils et dispositifs qu’elle présente avec les valeurs qui leur donnent du sens.




Serge Boimare  L’enfant et la peur d’apprendre Dunod 2000.
N’ayons pas peur des mots : c’est un livre essentiel. Serge Boimare nous éclaire sur les mécanismes psychologiques que les enfants doivent mobiliser pour accepter d’apprendre. Pour remédier à la peur d’apprendre de ces élèves, l’enseignant doit faire œuvre de médiation culturelle. Mais si l’approche psychologique et la théorisation est présente, l’essentiel du livre est constitué par la description et l’analyse de nombreuses situations de classe.



Annick Davisse, Jean-Yves Rochex,  Pourvu qu’ils apprennent CRDP de l'Académie de Créteil, 1998
Annick Davisse, Jean-Yves Rochex Pourvu qu'ils m'écoutent…CRDP Académie de Créteil 1998
Ces deux ouvrages jumeaux sont le produit d’un travail mené à l’IUFM de Créteil. Lorsqu'ils débutent, les premières questions que se posent les enseignants stagiaires sont le plus souvent formulées en termes de conduite de la classe, d'autorité et de discipline, mais dans un deuxième temps, c'est la diversité des élèves, l'“ hétérogénéité”, qui mobilise leur réflexion. Ces deux recueils fondés sur les mémoires professionnels des stagiaires reflètent ces questionnements. On y voit comment les enseignants débutant élaborent des stratégies pour faire évoluer positivement le rapport au savoir des élèves, et donner du sens aux activités scolaires proposées.


Bernard Charlot, Élisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex,  École et savoir dans les banlieues...et ailleurs Armand Colin 1992
Elisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex L’expérience scolaire des nouveaux lycéens, Armand Colin 1998
Bernard Charlot  Du rapport au savoir, Anthropos, 1997
Les travaux de l’équipe ESCOL de l'université de Paris VIII offrent une réflexion majeure sur les questions d’inégalités et d’échec scolaires. Ils permettent d’approfondir et de nuancer la notion de “handicap socio-culturel” en mettant en évidence un “rapport au savoir” différent selon les catégories sociales. Ils mettent aussi en garde contre des pratiques pédagogiques qui peuvent renforcer une dimension utilitariste ou “applicationniste” de l’activité scolaire. Enfin, pour ces chercheurs, la pédagogie, selon eux massivement appliquée aujourd’hui, s’adresse aux enfants des classes moyennes déjà préparés, et est trop souvent inconsciente des pièges implicites pour les enfants des classes populaires et conforte ces élèves dans une posture attentiste et assoient leur dépendance tout en renforçant les inégalités.


Catherine Gueguen est pédiatre. C’est de l’avoir vue en conférence qui m’a donné envie de lire son livre et de mieux connaitre ses propositions. Même si le mot de “bienveillance” est souvent galvaudé, son approche fondée sur les recherches en neurologie montre qu'une relation empathique est décisive pour permettre au cerveau d'évoluer de manière optimale, et déployer pleinement ses capacités intellectuelles et affectives.






PRENDRE DES CHEMINS DE TRAVERSE…  





Daniel Pennac Chagrin d’école Gallimard 2007
A lire absolument ! On y apprend bien plus que dans de nombreux ouvrages de pédagogie. Car le mérite de Daniel Pennac (qui a été prof) c’est de nous mettre dans la peau du cancre qu’il fût aussi. Et nous amener ainsi à faire preuve d’empathie et à ressentir ce qui se passe quand ça bloque et qu’on ne peut pas apprendre.



David Lepoutre, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages Éditions Odile Jacob, 1997
Je suis professeur de SES et j’ai donc une prédilection pour les sciences sociales. Ici, il s’agit précisément d’ethnographie. L’auteur a été professeur d’Histoire-Géographie à la Courneuve et y a habité. Il décrit les pratiques, les rites, les modes d’utilisation de l’espace des jeunes de banlieue. Il s’intéresse particulièrement aux usages de la violence (verbale et physique) et à la logique de l’honneur qui sous-tend la plupart des relations. Même si l’ouvrage a maintenant une vingtaine d’années, il reste utile pour comprendre ce qui se joue dans les quartiers et qui arrive jusqu’aux portes du collège et de la salle de classe.



Stéphane Beaud Pays de malheur ! La Découverte , 2004
J’ai plusieurs fois offert ce livre à certains de mes élèves. C’est un vrai livre de sociologie et aussi un miroir pour bon nombre d’entre eux qui y voient un écho à leurs propres interrogations. On y parle de l’École, des inégalités, de mobilité sociale... On ne saurait trop conseiller à tous ceux qui caricaturent ou connaissent mal la banlieue de lire ce livre. Pour moi, il donne du sens à mon métier d’enseignant.




Jeanne Benameur Présent ? Collection Folio (n° 4728), Gallimard 2008
L’action de ce roman se passe dans un collège ZEP. L’auteure est une ancienne professeur de français. Mais il s’agit d’une œuvre de fiction où tout se joue et se cristallise autour d’un conseil de classe de 3ème. Les personnages (enseignants, personnels, parents et élèves) sont décrits avec beaucoup d’empathie.



François Bégaudeau Entre les murs Gallimard 2006
Ici, il s’agit du livre. On se souvient que le film a eu beaucoup de succès et a remporté la palme d’or au festival de Cannes en 2009. On pourra lire sur ce blog une critique que j’avais faite de ce film au moment de sa sortie.
Que ce soit pour le film comme pour le livre, il ne faut pas voir Entre les murs comme un modèle, ni même un reportage sur l’École et encore moins un ouvrage de pédagogie. Il s’agit d’une œuvre littéraire (ou cinématographique) avec ses parti-pris et ses raccourcis. Mais il permet une réflexion sur ce qui se passe dans une classe, entre les murs et dans la tête d’un prof, sur ce que peut être la posture de l’enseignant et au final sur le sens de l’École. C’est déjà beaucoup.




Fabrice Erre Une année au lycée (tomes 1, 2, 3) Dargaud
Trois albums de BD hilarants où vous ne cessez de vous dire en les lisant «mais c’est tellement ça !». L’auteur est professeur d’Histoire-Géographie dans un lycée du côté de Montpellier. Il tient aussi une rubrique sur le site du journal Le Monde. Et, en vrai, il n’est pas du tout coiffé comme ça !



Martin Vidberg Journal d’un remplaçant Delcourt 2007
Tout le monde connait aujourd’hui les dessins de Martin Vidberg qui dessine pour Le Monde et bien d’autres supports (dont les Cahiers Pédagogiques). On reconnait du premier coup d’œil ses personnages en forme de patates. On ne sait pas forcément qu’il a été professeur des écoles avant de se consacrer essentiellement au dessin. Le recueil qui l’a fait connaitre c’est ce Journal d’un remplaçant où il raconte avec beaucoup de finesse et d’émotion son année comme remplaçant avec en particulier un passage dans une école pour enfants en grande difficulté.



Fernand Deligny Graine de crapule Editions du Scarabée, Centre d'entraînement aux méthodes d'éducation active.1960.
Avril 77, je fais mon stage BAFA pour devenir animateur de “colo”. Par hasard et nécessité, ce fut avec les CEMEA. Et cette semaine fut une découverte à tous égards. J’y ai découvert que l’éducation, la pédagogie ce sont des valeurs mises en action à tel point que je suis devenu formateur pendant plus de 20 ans dans cette association. Et la découverte, ce fut aussi ce tout petit livre que j’ai acheté à la fin du stage. Depuis, j’ai du le racheter une dizaine de fois tant je l’ai prêté ou offert...
Je voulais finir cette liste par ce livre essentiel, même s’il est certainement le plus court de tous ceux présentés ici.
Cet ouvrage a été publié pour la première fois au lendemain de la guerre. Accompagné de dessins de l’auteur, ce sont essentiellement des aphorismes ou de très courts récits qui sont présentés. Au delà de la singularité de l’expérience d’un éducateur auprès d’enfants “difficiles”, ce livre touche à l’universel et est utile à tous ceux qui agissent auprès d’enfants et d’adolescents.
« Avant de t’indigner, rappelle toi de quoi tu étais capable lorsque tu avais leur âge »,
«  Trop se pencher sur eux, c’est la meilleure position pour recevoir un coup de pied au derrière »
« Lorsque tout marche bien, il est grand temps d’entreprendre autre chose »
Chacune de ces phrases m’a accompagné. D’abord dans ma pratique d’animateur, ensuite dans ma vie d’enseignant.
Deligny nous dit ce qu’est la “bonne distance” de l’adulte. Il nous aide à gérer la tension entre l’ambition que nous devons avoir et la modestie de notre action. Ce livre ne parle pas de changer l’École, il est bien plus que cela, il parle de nous mêmes, d’éducation, il parle de la vie...

Bonnes lectures !



Philippe Watrelot
12 aout 2016





samedi, juillet 16, 2016

Conseils de (vieux) prof...



“Ne soyons pas trop généreux de conseils ; gardons-en pour nous-mêmes.” John Locke

Il y a toujours beaucoup de prétention à s’ériger en donneur de conseils. D’abord parce que le “conseilleur” n’est pas forcément lui même un modèle ni un exemple et peut avoir du mal quelquefois à appliquer ses propres conseils... Et puis ensuite parce qu’il n’y a pas une seule manière de faire et que toutes les situations sont particulières. Même s’il y a quand même des invariants, il faut que chacun puisse trouver son style.
Donc, mon premier conseil : méfiez vous des conseils ! (y compris des miens, mais que ça ne vous empêche pas de poursuivre votre lecture...!)


Tout ne se joue pas lors de la première heure ! Il faut prendre du recul face à toutes ces généralités dites souvent sur un ton péremptoire “Ne pas sourire avant Noël”, “ne pas leur tourner le dos” et autres fadaises. Non, tout ne se joue pas dès la première heure de cours. Vous risquez même d’être surpris par les quinze premiers jours qui vont souvent se passer dans une sorte d’état de grâce. C’est ensuite que les élèves vont vous tester et qu’il va falloir faire attention et tenir bon sur un certain nombre de principes. Mais, même là, tout ne se joue pas définitivement. On peut se rattraper même si on a mal commencé.


(je n'ai pas le téléphone de la 3ème fée...)
L’autorité ça s’apprend et ça se construit : une autre fausse évidence souvent entendue est celle sur l’ “autorité naturelle”. Et c’est souvent une angoisse chez les enseignants (et pas seulement débutants...) : vais-je me faire respecter ? Vais-je y arriver avec cette classe ? Il ne suffit pas de maîtriser les savoirs savants et scolaires pour être un bon enseignant. Il faut aussi avoir réfléchi à son rôle et aux questions d’autorité. L’autorité se construit au quotidien et tout au long de sa carrière. Et elle se construit aussi collectivement : quand il y a une cohérence au niveau de l’équipe et de l’établissement, que le climat scolaire est propice aux apprentissages, l’autorité est alors partagée et multipliée...


Dire ce que l’on va faire, faire ce que l’on a dit :  ce qui importe pour un enseignant (et au final pour tout adulte) c’est d’être cohérent et prévisible. C’est pourquoi il faut toujours annoncer clairement les règles que l’on va suivre et s’y tenir. C’est une question de clarté du fonctionnement et de respect vis à vis des élèves. Et c'est ainsi d'ailleurs que se construit l'autorité.
Cela veut dire aussi qu’il ne faut pas annoncer et promettre des choses qu’on ne peut pas tenir. C’est donc pour cela que, s’il est souhaitable que ces règles et ces valeurs soient formulées explicitement, il peut être dangereux de s’enfermer dans un ensemble de contraintes trop important comme des « règlements de classe » interminables. La cohérence, elle se voit surtout dans les actes et dans les valeurs qui les sous-tendent.


Donner des repères va dans le même sens. Annoncer le plan du cours et/ou les objectifs, donner le temps pour chaque tâche, matérialiser par des rituels l’entrée dans l’espace particulier qu’est la classe sont des moyens de sécuriser l’élève. Une des fonctions majeures de l’enseignant c’est d’être garant du “cadre” et donc de rappeler les limites afin de garantir à chacun (y compris contre soi même) qu'il puisse bien y avoir la possibilité d'apprendre.


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Enseigner est d’abord une relation (mais pas seulement)  : ce n’est évidemment pas que cela, mais si on ne crée pas d’abord le contact il ne peut pas y avoir transmission des connaissances… Il y a donc une dimension  affective et interpersonnelle essentielle dans l’acte d’enseignement. Qu’on s’en défende ou qu’on l’assume, notre métier ressemble aussi à celui d’un animateur au contact d’enfants : il faut gérer l’affectif, négocier... Mais être enseignant c’est aussi et surtout une question de savoirs et savoir-faire à apprendre aux élèves. Et pour cela mieux vaut avoir une certaine passion et transmettre la saveur des savoirs. Le risque est double : oublier les savoirs et ne plus être que dans le relationnel et à l’inverse être un savant qui oublie d’établir le contact et de se mettre à la portée des élèves.


En cas de conflit, décalez et dépersonnalisez : lorsqu’il y a de la tension, on perd (souvent) la raison. Réagir à chaud n’est pas forcément une bonne solution d’autant plus lorsqu’on court le risque de l’engrenage devant le reste de la classe. Il peut alors être utile de retarder et de décaler la confrontation en proposant par exemple d’en reparler à froid par exemple à la fin de la classe. Dépersonnaliser est un des grands principes du droit. Il faut distinguer l’acte et la personne. Celle ci a commis un acte qui n’est pas acceptable et c’est cela qui est l’objet du conflit et d’une forme de jugement. Mais (et c’est aussi un moyen de préserver l’estime de soi) celui qui commis cela n’est pas réductible à ce seul acte. Concrètement cela signifie dire à l’élève : “tu vaux mieux que l’acte que tu as commis ou les paroles que tu as dites”


De la mesure en toute chose... : en cas “d’indiscipline” (bavardage, intervention intempestive, « insolence », …),  il faut graduer la riposte et ne pas monter tout de suite sur ses grands chevaux.  Il faut aussi quelquefois être (un peu) sourd et aveugle et savoir décider de ce que l’on relève et de ce qu’on ne relève pas
Il n’est pas nécessaire non plus de hausser le ton de la voix et encore moins de crier : l’énervement est interactif.


Ne pas confondre la classe et les individus : une classe c’est plus que l’addition de 30 ou 35 individualités. Elle a une personnalité qui lui est propre et des fonctionnements qui sont spécifiques. Il est utile de les connaître et de comprendre comment fonctionne un groupe.
Mais il ne faut pas tomber dans l’illusion d’optique inverse : se dire que “la” classe a compris à partir de quelques réponses qui vous font croire que, collectivement, les notions ont été assimilées. Sauf que  ce n’est pas “la” classe qui apprend mais une collection d’individus qui ne sont pas semblables, qui ont des profils d’apprentissages différents. Il faut donc se donner les moyens de vérifier les apprentissages individuels et ne pas se fier à une réaction en apparence collective.  


Permettre que l’individu profite du groupe et que chaque individu trouve sa place  dans le groupe : Même si la classe existe en tant que telle, elle ne doit donc pas faire oublier les individus qui la composent. Il faut trouver des dispositifs qui permettent à chacun d’évoluer à son rythme et de trouver sa place et d’apprendre de manière personnalisée. La coopération et l’entraide sont aussi des valeurs qui peuvent permettre au groupe d’exister au delà de la relation frontale prof/ classe.


L’ennui naît de l’uniformité : Certes, on a tous en mémoire de rares enseignants qui parvenaient à nous captiver par leur parole. Mais, on se souvient aussi de longs monologues où l’attention décroche assez vite. Ménager des pauses, varier les activités, sont aujourd’hui des règles d’or de la construction d’une séance de cours. Faire la classe, c’est donc aussi proposer des dispositifs et des supports variés pour combattre un éventuel ennui des élèves et offrir aussi par ce biais des opportunités différentes d’apprendre. 
Cette nécessité du rythme et de la variété des dispositifs permet la prise en compte de la diversité des profils d’apprentissage des élèves. On apprend pas tous de la même manière et il faut que le cours en tienne compte. 
Mais toutes les techniques et tous les dispositifs ne se valent pas. Ils doivent être aussi évalués sous l’angle des valeurs que l’on veut privilégier dans la classe.


Plus je parle, moins ils travaillent ; Cette formule est le titre d’un article de Raoul Pantanella dans les Cahiers Pédagogiques en 2002. Notre ami nous rappelle que si l’on veut faire apprendre les élèves, il est utile voire indispensable de les mettre en activité. On apprend mieux lorsqu’on est actif et acteur plutôt que lorsqu’on est spectateur du cours.
Si le cours magistral peut avoir son utilité (surtout pour l’ego du prof...), il ne peut être qu’une dimension du cours. On est bien plus efficace lorsque on est dans le côte à côte que dans le face à face...


L’expert ne doit pas oublier qu’il est un ex-pair : l’enseignant a un devoir d’empathie et doit être capable, pour comprendre les erreurs (et pas les “fautes”…) de ses élèves de comprendre ce qui peut les provoquer. Rien de pire qu’un enseignant « qui ne peut pas comprendre qu’on ne peut pas comprendre ». (Bachelard).
Le problème, si l’on peut dire, c’est que bien souvent, l’enseignant est un ex bon élève… Alors qu’il est utile pour exercer ce métier de se rappeler les expériences  où l’on a été soi-même en situation d’échec ou du moins en difficulté


Être optimiste... : Comment faire ce métier si on ne croit pas un tout petit peu que son action peut changer le destin ou du moins les connaissances de ceux que l’on a en face de soi  et les faire progresser ? Célestin Freinet finissait la liste de ses invariants par  “l'optimiste espoir en la vie”. Philippe Meirieu parle du “postulat d’éducabilité” et cite souvent cette phrase du philosophe Alain « l’on ne peut instruire sans supposer toute l’intelligence possible dans un marmot ».
Notre métier est à la fois ambitieux et modeste. Ambitieux car on se fixe des objectifs élevés pour les jeunes qui nous sont confiés. Modeste car on ne sait que très rarement si notre enseignement a eu un effet durable malgré les résistances à apprendre. Modeste aussi, car nous devons lutter également contre le poids des déterminismes sociaux et la rigidité d’un système éducatif qui peut lui aussi créer des inégalités malgré nos actions individuelles.
Mais, en tout cas, être pessimiste, ou pire encore cynique, est selon moi presque une faute professionnelle !


Philippe Watrelot
 
Licence Creative Commons
Chronique éducation de Philippe Watrelot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre à http://philippe-watrelot.blogspot.fr.