vendredi, août 12, 2016

La bibliothèque idéale du prof débutant


il faudrait que je range…
Le titre est un peu ambitieux, j'en conviens... Plus modestement, je vous propose quelques conseils de lecture dans le prolongement de mes précédents billets de blog (ici et ) autour de la thématique des débuts dans l’enseignement. C’est bien sûr une sélection qui m’est personnelle, fondée sur des critères subjectifs (les miens !), et même, avec un peu (beaucoup...) de copinage...
J’ai choisi de diviser cette bibliographie en quatre parties. La première est consacrée aux livres spécifiquement destinés aux débutants. Dans la deuxième partie, j’ai sélectionné quelques ouvrages accessibles et qui font le tour de la question sur des sujets qui sont au cœur des préoccupations des débutants : l’autorité et la gestion de classe, apprendre, mémoriser, évaluer... La troisième partie propose quelques livres pour aller plus loin tout en restant accessibles. La dernière partie s’intitule “Chemins de traverses”, on y trouvera des lectures un peu décalées :  des romans, des recueils d’aphorismes, des BD... Et ce ne sont pas les moins intéressants et utiles pour démarrer et réfléchir à son métier ! 

N’hésitez pas à compléter cette liste en la commentant ici ou sur les réseaux sociaux où je suis présent (Facebook, Twitter, Linkedin...). D'ailleurs plusieurs des titres présentés ci-dessous viennent de contributions et de discussions sur ces réseaux. “Mutualiser”, “Coopérer” devraient être deux mots clés pour tous les enseignants, débutants ou non...!

 Note : tous les titres des livres contiennent des liens actifs qui renvoient soit au site de l’éditeur soit à une note de lecture de l’ouvrage.

PhW


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POUR DÉBUTER…

L’étudiant, 2015
Le livre doit en être à sa cinquième édition avec des enrichissements et des actualisations. François Muller nous propose une belle boite à outils destinée comme le titre l’indique à tous les enseignants (et pas seulement les débutants). On y trouve donc  des situations-problèmes et des auto-tests ainsi que des pistes de travail sur tous les sujets qui intéressent les enseignants. Mais c’est aussi un ouvrage de vulgarisation de la recherche en science de l’éducation avec de très nombreuses références. Incontournable !





Françoise Clerc , Nicole Priou, Sophie Genès Analyses de situation pour bien débuter dans l’enseignement Hachette 2011
Les trois auteures donnent elles aussi beaucoup de conseils mais pour construire le livre, elles s’appuient surtout sur de nombreux témoignages de jeunes enseignants. Cela donne un aspect très vivant et interactif à cet ouvrage.


Françoise Clerc Débuter dans l’enseignement Hachette éducation 2003
Françoise Clerc  Bien débuter dans l’enseignement Hachette 2010
Deux autres publications de Françoise Clerc, une des co-auteures du livre précédent. Des conseils très utiles et de nombreuses annexes. Le deuxième livre est une actualisation du premier dont j’aimais beaucoup la forme et qui m’a été très utile dans mon travail de formateur.


Le livre proposé par Ostiane est plus spécialement destiné aux enseignants du primaire. Écrit dans un  style très agréable, il se veut très pratique et concret. J’aime beaucoup l’optimisme et l’esprit positif qui se dégage de ce livre à l’image de son auteure.




Jean-Michel Zakhartchouk  Réussir ses premiers cours ESF 2011
Ce livre est le pendant pour le secondaire (et surtout le collège) du précédent. JMZ aborde tous les points qui posent questions quand on débute : gérer la classe, évaluer, donner des devoirs (ou pas), s’organiser, planifier... Très concret et plein de conseils pratiques.


De Boeck 2011
La lecture de cet ouvrage exige un effort. Mais il donne une base très solide de connaissances utiles à tous dans plusieurs domaines : les conceptions de l’apprentissage, l’approche par objectifs et l’approche par compétences et une réflexion sur ce qu’est une discipline scolaire.


Christian Daujeard, Philippe Surrel L'ABC des profs 123 clés pour faire cours Canopé Dijon 2011
Un bon livre, court, dense et concret dans ses conseils. Ce livre est issu de séances de formation. il est structuré en quatre parties (1 – moments clés, 2 – faire cours, faire travailler, 3 – gérer, tenir, animer, 4 – des outils). Il est accompagné d’un DVD où chaque situation a été tournée deux fois : dans la 1ère version l'enseignant cumule volontairement des erreurs de conduite de classe ; dans la deuxième, il met en pratique des alternatives possibles qui tirent parti des clés présentées dans l'ouvrage.
 





Ghislain Dominé Les TICE en classe, mode d’emploi ESF 2014
Même si on possède un ordinateur et un accès à Internet chez soi, cela ne fait pas de vous un expert dans l’usage du numérique en classe ! Avec ce livre, l’auteur met à la portée de tout enseignant les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) en classe. Et il montre surtout que, bien plus que le matériel, la question centrale est celle des usages. Avec lui, l’outil numérique devient le support d’une pédagogie coopérative plutôt que descendante.



Catherine Chabrun Entrer en pédagogie Freinet Ed. Libertalia 2016
J’ai hésité à placer ce livre dans cette catégorie. Est-il vraiment destiné aux débutants ? On peut se dire que l’évolution vers la pédagogie Freinet est le résultat d’un cheminement professionnel. Mais lorsqu’on lit le petit livre de Catherine, on se dit que les conseils qu’elle donne sont valables pour tous et qu’on peut y trouver des idées même quand on débute. C'est aussi le cas du livre de Sylvain Connac cité plus loin.





Philippe Meirieu, Lettre à un jeune professeur, ESF - France Inter, 2005.
On trouvera plusieurs livres de Philippe Meirieu dans cette bibliographie. Il faut dire qu’il a beaucoup publié et que bon nombre de ses ouvrages font référence. Celui-ci est un peu à part. On n’y trouvera pas de conseils pratiques (quoique...) mais surtout une remise en perspective du sens de ce métier et de ses enjeux. Donner du sens à son action, voilà l’utilité de ce livre. Et c’est essentiel !







POUR FAIRE LE POINT SUR UNE QUESTION

Philippe Meirieu Apprendre oui mais comment  ESF 1987
Ce livre fait partie des rares best sellers en pédagogie. Il  s'appuie sur des analyses de cas, comporte de très nombreux exemples et, surtout, des tableaux synthétiques qui se veulent très opérationnels pour la conduite de la classe. Le lecteur s'y trouve mis en situation d'activité, confronté à des exercices, des récits d'expériences pédagogiques ou d'événements de la vie scolaire ; à partir de là, l'auteur dégage quelques principes fondamentaux et propose toute une série d'outils pour construire une pédagogie véritablement différenciée, pour accompagner et permettre la réussite de tous...


Jean-Pierre Astolfi L’erreur un outil pour enseigner  ESF 1997
J’ai une tendresse particulière pour ce petit livre d’un auteur que nous regretterons longtemps (il a été président du CRAP-Cahiers Pédagogiques). Pour moi, tout enseignant devrait avoir lu ce livre ! Il propose une véritable réflexion sur le statut de l’erreur dans les apprentissages en proposant de passer de l’idée de faute à celle d’erreur. Sa réflexion permet d’aider l’enseignant à comprendre les difficultés de ses élèves et à ces derniers d’utiliser leurs erreurs pour rectifier, progresser, rebondir. Du même auteur, on pourra aussi aller lire l’enthousiasmant La saveur des savoirs (2008).


Bruno Robbes a consacré sa thèse à la question de l’autorité éducative et écrit de nombreux articles sur le sujet (je signale celui sur les “trois conceptions actuelles de l’autorité” qui est très éclairant). Dans cet ouvrage, il se veut concret en présentant des études de cas qui nous montre que, loin du “charisme”ou de l’“autorité naturelle”, celle-ci s’apprend, se construit et s’exerce collectivement.




Florence Castincaud et Jean-Michel Zakhartchouk L’évaluation,plus juste et plus efficace : comment faire ? CANOPE CRDP d’Amiens - Cahiers pédagogiques 2014
Un livre stimulant pour faire évoluer les pratiques en terme d’évaluation des élèves. On y trouve à la fois les concepts clés sur ce sujet ainsi que des récits  de pratique par des enseignants.



Annie Di Martino, Anne-Marie Sanchez  Socle commun et compétences – Pratiques pour le collège ESF, 2011
Les deux auteures proposent de nombreux outils pour organiser des situations d’apprentissage, évaluer et valoriser les acquis des élèves dans le cadre du travail par compétences. Elles insistent particulièrement sur la notion de “tâches complexes”  et de “ressources”.



François Marie Gérard Évaluer des compétences, Guide pratique De Boeck 2008
Ce guide (belge) qui se présente comme un outil d’autoformation propose apports théoriques, mises en situation, exemples, et s’organise autour de quatre compétences relatives à l’évaluation des apprentissages : préparer les élèves à résoudre des situations complexes, élaborer des situations complexes, traiter et analyser les productions des élèves lors d’une évaluation, exploiter les résultats d’une évaluation des acquis des élèves. Et en plus il ne manque pas d’humour !




Alain Lieury Mémoire et réussite scolaire  Dunod, 2004
Alain Lieury est décédé brutalement en 2015, ce chercheur a beaucoup travaillé sur les mécanismes d’apprentissage et plus particulièrement sur la mémoire. Il avait un réel talent de vulgarisateur. Ce livre en est la preuve.


André Giordan Apprendre ! Belin, 1998, nlle édition 2002
Un très bon livre de vulgarisation sur cette question des mécanismes d’apprentissage. L’auteur y développe le résultat de plus de vingt ans de recherche sur ce sujet. Giordan a particulièrement mis en évidence le rôle des représentations dans les obstacles à l’apprentissage. Il cherche aussi à dépasser les modèles transmissif, behavioriste, constructiviste ou socioconstructiviste en proposant une synthèse (le modèle allostérique). Mais n’ayez pas peur de tous ces concepts, il écrit dans une langue très simple et accessible !




Jean-Michel Zakhartchouk Apprendre à apprendre Canopé 2016
Le nouveau socle commun intègre désormais dans son domaine 2 les « outils et méthodes pour apprendre ». Cet ouvrage propose de multiples pistes, depuis l’école primaire jusqu’au lycée, pour que les élèves puissent s’approprier ces compétences méthodologiques, à travers les disciplines, dans chaque matière, en classe ou aux marges de la classe.




Elena Pasquinelli, Mon cerveau ce héros, mythes et réalité, Le Pommier, 2015
Alors qu’on raconte tout et son contraire sur le cerveau et les meilleurs moyens d’apprendre, l’auteur dénonce et analyse les neuromythes dans ce petit ouvrage plein d’humour.



Pour permettre aux élèves de se remotiver pour les apprentissages l’auteur s’appuie sur des notions neurobiologiques et donne des exemples de mises en application au quotidien dans la classe. Ce livre aborde la dimension affective de l’apprentissage et entend démontrer que la violence et l’échec scolaire ne sont pas des fatalités.


Ce livre donne de nombreuses pistes pour développer la coopération à l’école (primaire) en s’appuyant sur les apports de la pédagogie Freinet et de la pédagogie institutionnelle. Mais il ne se contente pas de cette dimension pratique. Sylvain Connac propose aussi une réflexion sur les effets pédagogiques de la coopération sur les apprentissages et remet en perspective les valeurs qui sous-tendent ces pédagogies.








POUR ALLER PLUS LOIN…

Philippe Meirieu, Faire l’École, Faire la classe, ESF – 2004
Cet ouvrage est issu de séances de formation. Il comporte de nombreux  exercices et outils qui permettent à l’enseignant de se situer à deux niveaux : celui de la classe et celui de l’établissement et au delà du système éducatif. J’aime beaucoup la présentation en “principes” et surtout en “tensions” qui permettent de réfléchir à son métier autrement que de manière binaire.


Pierre Merle Les notes, secret de fabrication PUF 2007
Selon les dernières enquêtes, l’évaluation représente entre un tiers et un quart du temps de travail de l’enseignant (et sûrement encore plus quand on débute… !). Il est donc utile de réfléchir à nos pratiques d’évaluation. Pierre Merle nous amène ici à remettre en perspective la manière dont se construisent les notes et les biais qui sont en jeu, observés et formalisés par la docimologie. On peut approfondir cette question avec un Que Sais-je n° 3278 rédigé par le même auteur sur la Sociologie de l’évaluation scolaire.


Au delà du titre génial, ce qui est bien avec les livres de Perrenoud c’est qu’il est très fort pour voir les dilemmes et les tensions et énumérer les différentes dimensions d’un phénomène (c’est le roi des listes...). Ici c’est au service d’une belle réflexion sur le métier d’enseignant. A lire si on veut prendre un peu de recul.


Ce livre est un bon complément à celui de Bruno Robbes cité plus haut. Il offre différents conseils pour construire dans la classe, à l’école primaire, une autorité efficace, qui permette les apprentissages et le vivre ensemble, bien loin des « recettes pour tenir la classe ». L’auteure, qui se réfère à la pédagogie institutionnelle, met en relation les outils et dispositifs qu’elle présente avec les valeurs qui leur donnent du sens.




Serge Boimare  L’enfant et la peur d’apprendre Dunod 2000.
N’ayons pas peur des mots : c’est un livre essentiel. Serge Boimare nous éclaire sur les mécanismes psychologiques que les enfants doivent mobiliser pour accepter d’apprendre. Pour remédier à la peur d’apprendre de ces élèves, l’enseignant doit faire œuvre de médiation culturelle. Mais si l’approche psychologique et la théorisation est présente, l’essentiel du livre est constitué par la description et l’analyse de nombreuses situations de classe.



Annick Davisse, Jean-Yves Rochex,  Pourvu qu’ils apprennent CRDP de l'Académie de Créteil, 1998
Annick Davisse, Jean-Yves Rochex Pourvu qu'ils m'écoutent…CRDP Académie de Créteil 1998
Ces deux ouvrages jumeaux sont le produit d’un travail mené à l’IUFM de Créteil. Lorsqu'ils débutent, les premières questions que se posent les enseignants stagiaires sont le plus souvent formulées en termes de conduite de la classe, d'autorité et de discipline, mais dans un deuxième temps, c'est la diversité des élèves, l'“ hétérogénéité”, qui mobilise leur réflexion. Ces deux recueils fondés sur les mémoires professionnels des stagiaires reflètent ces questionnements. On y voit comment les enseignants débutant élaborent des stratégies pour faire évoluer positivement le rapport au savoir des élèves, et donner du sens aux activités scolaires proposées.


Bernard Charlot, Élisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex,  École et savoir dans les banlieues...et ailleurs Armand Colin 1992
Elisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex L’expérience scolaire des nouveaux lycéens, Armand Colin 1998
Bernard Charlot  Du rapport au savoir, Anthropos, 1997
Les travaux de l’équipe ESCOL de l'université de Paris VIII offrent une réflexion majeure sur les questions d’inégalités et d’échec scolaires. Ils permettent d’approfondir et de nuancer la notion de “handicap socio-culturel” en mettant en évidence un “rapport au savoir” différent selon les catégories sociales. Ils mettent aussi en garde contre des pratiques pédagogiques qui peuvent renforcer une dimension utilitariste ou “applicationniste” de l’activité scolaire. Enfin, pour ces chercheurs, la pédagogie, selon eux massivement appliquée aujourd’hui, s’adresse aux enfants des classes moyennes déjà préparés, et est trop souvent inconsciente des pièges implicites pour les enfants des classes populaires et conforte ces élèves dans une posture attentiste et assoient leur dépendance tout en renforçant les inégalités.


Catherine Gueguen est pédiatre. C’est de l’avoir vue en conférence qui m’a donné envie de lire son livre et de mieux connaitre ses propositions. Même si le mot de “bienveillance” est souvent galvaudé, son approche fondée sur les recherches en neurologie montre qu'une relation empathique est décisive pour permettre au cerveau d'évoluer de manière optimale, et déployer pleinement ses capacités intellectuelles et affectives.






PRENDRE DES CHEMINS DE TRAVERSE…  





Daniel Pennac Chagrin d’école Gallimard 2007
A lire absolument ! On y apprend bien plus que dans de nombreux ouvrages de pédagogie. Car le mérite de Daniel Pennac (qui a été prof) c’est de nous mettre dans la peau du cancre qu’il fût aussi. Et nous amener ainsi à faire preuve d’empathie et à ressentir ce qui se passe quand ça bloque et qu’on ne peut pas apprendre.



David Lepoutre, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages Éditions Odile Jacob, 1997
Je suis professeur de SES et j’ai donc une prédilection pour les sciences sociales. Ici, il s’agit précisément d’ethnographie. L’auteur a été professeur d’Histoire-Géographie à la Courneuve et y a habité. Il décrit les pratiques, les rites, les modes d’utilisation de l’espace des jeunes de banlieue. Il s’intéresse particulièrement aux usages de la violence (verbale et physique) et à la logique de l’honneur qui sous-tend la plupart des relations. Même si l’ouvrage a maintenant une vingtaine d’années, il reste utile pour comprendre ce qui se joue dans les quartiers et qui arrive jusqu’aux portes du collège et de la salle de classe.



Stéphane Beaud Pays de malheur ! La Découverte , 2004
J’ai plusieurs fois offert ce livre à certains de mes élèves. C’est un vrai livre de sociologie et aussi un miroir pour bon nombre d’entre eux qui y voient un écho à leurs propres interrogations. On y parle de l’École, des inégalités, de mobilité sociale... On ne saurait trop conseiller à tous ceux qui caricaturent ou connaissent mal la banlieue de lire ce livre. Pour moi, il donne du sens à mon métier d’enseignant.




Jeanne Benameur Présent ? Collection Folio (n° 4728), Gallimard 2008
L’action de ce roman se passe dans un collège ZEP. L’auteure est une ancienne professeur de français. Mais il s’agit d’une œuvre de fiction où tout se joue et se cristallise autour d’un conseil de classe de 3ème. Les personnages (enseignants, personnels, parents et élèves) sont décrits avec beaucoup d’empathie.



François Bégaudeau Entre les murs Gallimard 2006
Ici, il s’agit du livre. On se souvient que le film a eu beaucoup de succès et a remporté la palme d’or au festival de Cannes en 2009. On pourra lire sur ce blog une critique que j’avais faite de ce film au moment de sa sortie.
Que ce soit pour le film comme pour le livre, il ne faut pas voir Entre les murs comme un modèle, ni même un reportage sur l’École et encore moins un ouvrage de pédagogie. Il s’agit d’une œuvre littéraire (ou cinématographique) avec ses parti-pris et ses raccourcis. Mais il permet une réflexion sur ce qui se passe dans une classe, entre les murs et dans la tête d’un prof, sur ce que peut être la posture de l’enseignant et au final sur le sens de l’École. C’est déjà beaucoup.




Fabrice Erre Une année au lycée (tomes 1, 2, 3) Dargaud
Trois albums de BD hilarants où vous ne cessez de vous dire en les lisant «mais c’est tellement ça !». L’auteur est professeur d’Histoire-Géographie dans un lycée du côté de Montpellier. Il tient aussi une rubrique sur le site du journal Le Monde. Et, en vrai, il n’est pas du tout coiffé comme ça !



Martin Vidberg Journal d’un remplaçant Delcourt 2007
Tout le monde connait aujourd’hui les dessins de Martin Vidberg qui dessine pour Le Monde et bien d’autres supports (dont les Cahiers Pédagogiques). On reconnait du premier coup d’œil ses personnages en forme de patates. On ne sait pas forcément qu’il a été professeur des écoles avant de se consacrer essentiellement au dessin. Le recueil qui l’a fait connaitre c’est ce Journal d’un remplaçant où il raconte avec beaucoup de finesse et d’émotion son année comme remplaçant avec en particulier un passage dans une école pour enfants en grande difficulté.



Fernand Deligny Graine de crapule Editions du Scarabée, Centre d'entraînement aux méthodes d'éducation active.1960.
Avril 77, je fais mon stage BAFA pour devenir animateur de “colo”. Par hasard et nécessité, ce fut avec les CEMEA. Et cette semaine fut une découverte à tous égards. J’y ai découvert que l’éducation, la pédagogie ce sont des valeurs mises en action à tel point que je suis devenu formateur pendant plus de 20 ans dans cette association. Et la découverte, ce fut aussi ce tout petit livre que j’ai acheté à la fin du stage. Depuis, j’ai du le racheter une dizaine de fois tant je l’ai prêté ou offert...
Je voulais finir cette liste par ce livre essentiel, même s’il est certainement le plus court de tous ceux présentés ici.
Cet ouvrage a été publié pour la première fois au lendemain de la guerre. Accompagné de dessins de l’auteur, ce sont essentiellement des aphorismes ou de très courts récits qui sont présentés. Au delà de la singularité de l’expérience d’un éducateur auprès d’enfants “difficiles”, ce livre touche à l’universel et est utile à tous ceux qui agissent auprès d’enfants et d’adolescents.
« Avant de t’indigner, rappelle toi de quoi tu étais capable lorsque tu avais leur âge »,
«  Trop se pencher sur eux, c’est la meilleure position pour recevoir un coup de pied au derrière »
« Lorsque tout marche bien, il est grand temps d’entreprendre autre chose »
Chacune de ces phrases m’a accompagné. D’abord dans ma pratique d’animateur, ensuite dans ma vie d’enseignant.
Deligny nous dit ce qu’est la “bonne distance” de l’adulte. Il nous aide à gérer la tension entre l’ambition que nous devons avoir et la modestie de notre action. Ce livre ne parle pas de changer l’École, il est bien plus que cela, il parle de nous mêmes, d’éducation, il parle de la vie...

Bonnes lectures !



Philippe Watrelot
12 aout 2016





mercredi, août 10, 2016

Radicalement réformistes !



“Radicalement réformistes” est un texte publié dans le n°2 de la revue Questions de classes. Je le republie sur mon blog avec l’autorisation d'un des animateurs de ce collectif. Ce court billet s’insérait initialement dans un ensemble de quatre contributions (Bernard Collot, Jean-Pierre Fournier, Grégory Chambat et donc moi même).
Si vous voulez lire ces autres textes je ne peux que vous inviter à acheter le numéro en question intitulé “Pratiques d’égalité” et même vous abonner à cette revue militante. 
Il n’y a pas que les Cahiers Pédagogiques pour penser son métier et son engagement dans l’École ! 
Et le travail exigeant du collectif autour de Questions de Classes (revue et site)  est précieux en ces temps où la “radicalité” affichée dans les discours semble souvent s’arrêter aux portes de la classe. J’ai assez souvent fustigé le « gaucho-conservatisme » (et agacé plus d’un avec cette expression...) pour savoir que Questions de classes échappe à ce qualificatif !
À l’inverse (et de manière péjorative), on m’a souvent rangé parmi les “pédagogistes”. Avec ce texte c’est l’occasion de préciser ma position et de montrer que, pour moi, de manière positive ça rime avec “réformiste”...

PhW


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« Nous ne comprendrions pas que des camarades fassent de la pédagogie nouvelle sans se soucier des parties décisives qui se jouent à la porte de l’école ; mais nous ne comprenons pas davantage les éducateurs qui se passionnent, activement ou plus souvent passivement, hélas ! pour l’action militante, et restent dans leur classe de paisibles conservateurs, craignant la vie et l’élan, redoutant l’apparent désordre de la construction et de l’effort.»
Célestin Freinet, L’Éducateur prolétarien n° 1, oct. 1936



Depuis de très nombreuses années le slogan du CRAP est “Changer l'école pour changer la société, changer la société pour changer l'école". Cette tension est au cœur de notre engagement. “Changer l’École” parce que nous sommes d’abord des éducateurs et que la pédagogie c’est très “politique”. Ce sont des valeurs mises en action. “Changer la société” parce que nous savons que tout ne se joue pas à l’école et qu’il faut aussi faire advenir une société plus juste.
L'un va avec l'autre mais chacun est différent. En d'autres termes, il ne suffit pas de construire dans sa classe et son établissement des dispositifs pédagogiques  mais il faut aussi s'impliquer dans une transformation sociale. Mais inversement, il ne suffit pas de se réfugier dans l'attente du grand soir pour penser que l'École va se transformer d'elle même et ne rien changer dans sa pratique.
L’École ne peut pas tout, mais elle doit faire sa part…

Les travaux des sociologues comme les études internationales nous montrent que l’École Française contribue non seulement à reproduire les inégalités mais en crée. Il faut donc la transformer sans attendre. Et cela signifie qu’on ne peut accumuler les préalables dans une sorte de procrastination collective mais se saisir de tous les leviers et de toutes les occasions. Le maximalisme peut conduire à l’immobilisme et peut sembler quelquefois bien confortable comme nous le rappelle Freinet. Pour nous, militants pédagogiques, l’ « éthique de conviction » doit se confronter à l’ « éthique de responsabilité ».
“Réformiste” n’est ni un gros mot, ni une insulte. Lorsqu’une réforme nous semble aller “dans le bon sens”, aussi modeste soit elle, il est important de jouer le jeu et de l’accompagner. Tout en étant vigilant et se donner tous les moyens pour qu’elle puisse être efficace. Il faudrait parvenir pour cela à sortir de ces fausses oppositions binaires et des postures qui pourrissent le débat. Il y a une certaine autonomie des champs et on peut concevoir des réformes qui aillent dans le bon sens dans l’éducation alors même qu’on est en désaccord sur bien d’autres sujets.
Réaffirmons-le : le combat pour de véritables changements dans l’école ici et maintenant est indispensable si on a l’ambition de réduire les inégalités dans la société. Nous n’allons pas attendre des lendemains qui chantent et face à ce qu’on pourrait qualifier de  « gaucho-conservatisme », nous sommes radicalement réformateurs.
Philippe Watrelot
31 mai 2015



➡︎ Pour compléter : “Utopistes  en bande organisée” (sur ce blog)


Philippe Watrelot

Licence Creative Commons


samedi, juillet 16, 2016

Débuter dans l’enseignement : Conseils et ressources 2016





Les concours enseignants de 2016 ont permis de recruter près de 25.000 nouveaux enseignants.
C’est donc un très grand nombre de nouveaux professeurs (jeunes ou moins jeunes) qui vont débuter à la rentrée 2016, même si les nouvelles modalités de formation mises en place depuis 2014 ont permis à la plupart d’entre eux d’avoir déjà une idée de ce qu’est le métier d’enseignant.
Sur mon blog, les deux articles les plus lus sont “Qu’est-ce qu’un bon prof ?” (plus de 67.000 visites) et “Conseils et ressources pour débuter dans l'enseignement – 2013” (16.000 visites). C’est bien la preuve que les préoccupations d’un bon nombre de mes lecteurs se situent dans cette problématique des débuts dans l’enseignement.
Mon précédent article datant de 2013, je vous propose une actualisation de ces conseils et ressources. Bien sûr une bonne partie des liens et des conseils contenus dans ce billet de 2013 (tout comme dans celui de 2009) sont toujours pertinents et je vous invite à les lire et les consulter aussi. Et surtout, à partager et mutualiser !


Réflexions et conseils personnels
Je me suis déjà souvent exprimé dans des textes ici même ou ailleurs dans la presse sur les questions de formation initiale et sur les débuts dans l’enseignement. C’est un sujet qui m’intéresse à plus d’un titre. On peut dire d’abord que j’écris les conseils que je n’ai pas eus quand j’ai débuté moi-même. Je suis aussi formateur en temps partagé (l’autre moitié de mon temps je suis prof en lycée) depuis 2006 et je vois quelques constantes dans les questions qui me sont posées chaque année. Enfin, j’ai été pendant une dizaine d’années responsable d’un mouvement pédagogique (le CRAP-Cahiers Pédagogiques) qui a beaucoup travaillé sur cette thématique.
Le dernier texte en date se situe sur ce blog. Je l’ai rédigé en complément de cette compilation. Il s’intitule “Conseils de (vieux) prof” et reprend sous forme de maximes plusieurs éléments déjà développés dans d’autres textes.
En particulier dans “Qu’est-ce qu’un bon prof ?” qui date de 2010. C’est le texte le plus consulté sur ce blog et il a donné lieu à de nombreuses reprises sur plusieurs sites.
Un autre texte récent se trouve sur le site de The Conversation. J’essaie d’y définir les exigences de l’enseignant d’aujourd’hui qui doit avoir “Cinq faire au feu”...
“Un (suffisamment) bon prof... ” est une tribune que vous pourrez lire dans le n°4 de la revue de l’Éducation (payant). Sur la question de l’autorité, j’ai aussi commis un article dans le nouveau Hors série Numérique des Cahiers Pédagogiques n°43 “Débuter dans l’enseignement” (Coordonné par Catherine Rossignol et Sylvain Connac) qui vient de paraitre (juin 2016). Je vous conseille évidemment la lecture de tout ce dossier ainsi que de la webographie-sitographie qui y est jointe.


Les Cahiers Pédagogiques : un outil d’auto-formation
Ce dossier fait suite au premier hors-série numérique publié par les Cahiers Pédagogiques en 2006 qui rassemblait des textes déjà publiés dans des numéros précédents. Intitulé Quelques outils et réflexions pour (bien) débuter dans l’enseignement .
Avant ce dossier, nous avions consacré plusieurs numéros aux débuts dans le métier. « Faire la classe au quotidien » n° 406 (septembre 2002) et « Premiers pas dans l’enseignement » n°418 ( novembre 2003), « Enseigner, un métier qui s’apprend » n° 435 (août 2005) ou bien encore un numéro sur « L’autorité » n°426 (septembre 2004) . D’autres numéros peuvent être plus aussi  utiles pour les débutants. «  Observer la classe » n° 511 (février 2014) est une activité qui mérite d’être questionnée alors que l’année de stage est ponctuée de nombreuses visites.
« La sanction » n° 451 (mars 2007) ou « As-tu fait tes devoirs ? » n° 468 (décembre 2008), « Aider à mémoriser » n° 474 (juin 2009) ou encore « Le climat scolaire » n°523 (septembre 2015) sont des thèmes qui peuvent intéresser les débutants. « Travailler par compétences » n° 476 (octobre 2009) est un des numéros qui a eu le plus de succès, il a été complété par plusieurs autres hors série et dossiers sur ce thème des compétences (et notamment le n° 491 « Évaluer à l’heure des compétences » ). Dans le prolongement de cette réflexion et dans la perspective de la réforme du collège, il faut citer aussi deux numéros récents : « Croiser des disciplines, partager des savoirs » n° 521 (avril 2015) et « Mettre en œuvre les EPI » N°528 (mars 2016)
Même si l’on peut considérer que tous les numéros contribuent à la formation, on peut encore citer plus spécifiquement  « Enseignant, un métier qui bouge » n°514 (Juin 2014) « La classe, pour apprendre et vivre ensemble » n° 481 (mai 2010), « Attention aux consignes » n° 483 (septembre 2010), « L’erreur pour apprendre » n° 494 (janvier 2012), « Quand la classe est difficile » n° 501 (décembre 2012).
Dans les hors série numériques, on trouvera aussi des ressources directement utilisables. Et donc en particulier ce nouveau Hors série numérique n°43 “Débuter dans l’enseignement” qui vient de paraitre avec plusieurs textes intéressant directement les débutants.


Butinages
Répétons le, la plus grande partie des ressources citées dans la compilation de 2016 sont toujours valables. Je ne vais donc pas les reprendre ici pour consacrer ce chapitre à quelques nouvelles découvertes et à l’actualisation de certaines ressources institutionnelles.

Commençons par une rubrique “spécial copinage” en allant voir les blogs de quelques amis. Mila Saint-Anne tient une chronique où elle aborde souvent le quotidien de sa classe et le travail par compétences.  J’apprécie particulièrement le billet intitulé « Quel est votre secret ? » . Guillaume Caron est prof de maths et consacre l’essentiel de son blog à cette discipline mais on y trouve aussi des articles plus généraux. Il faut citer en particulier  « Autorité : et si ça s’apprenait ? ». Toujours sur cette question de l’autorité, la référence incontournable reste l’article de 2006 de Bruno Robbes «Les conceptions actuelles de l'autorité » sur le site des Cahiers Pédagogiques. Sur la question de l’évaluation, je vous conseille d’aller voir ce que dit Laurent Fillion sur « Une certaine vision de l’évaluation ». Et pour les profs des écoles, la visite du site Charivari à l'école est incontournable et en particulier sa rubrique “Spécial profs débutants”.

Dans les outils indispensables., il y a évidemment Néopass@ction qui rassemble des vidéos d’analyse de pratiques d’enseignants dans leur classe. Une mine de ressources et de réflexions.

Diversifier, le site de François Muller, l’auteur du « Manuel de survie à l’usage de l’enseignant (même débutant) » est une formidable boîte à outils pour tous les enseignants.

Le réseau CANOPÉ (ex-CNDP) propose un ensemble de ressources pour les nouveaux enseignants des 1er et 2nd degrés ainsi que des actualités utiles dans la pratique du métier d’enseignant, notamment des témoignages d’équipes pédagogiques ;
On pourra compléter que la banque de séquences didactiques ainsi qu’avec la page Canopé sur le Climat scolaire.

La CASDEN-Banque Populaire, une banque mutualiste destinée aux enseignants propose un site “Jeunes Profs

Sur le site “Vocation enseignant”, on pourra notamment consulter une page rassemblant 10 conseils pour bien débuter dans l’enseignement (inspirés du livre de Françoise Clerc, Sophie Genès et Nicole Priou. Hachette éducation - 224 pages - Juin 2011)

Les cercles des Cahiers pédagogiques proposent un forum destiné à ceux qui débutent dans le métier.

Dominique Pernoux a produit une sitographie pour bien débuter dans le métier de professeur des écoles.
L’ICEM34 présente  http://www.icem34.fr/pour l’organisation de la coopération en classe.
Sur le site de l’école Saint-Didier, Rémi Castérès liste une série de difficultés rencontrées par les professeurs des écoles débutants et tente d’y répondre. (mais c’est adaptable au second degré)

Enfin sur le site de FranceTv Éducation, on pourra voir plusieurs vidéos sur le métier d’enseignant



Cette liste ne prétend pas être exhaustive. Elle doit être d’abord complétée avec les liens proposés dans la compilation de 2013 que je ne rappelle pas ici. Mais elle peut être aussi enrichie de vos propres contributions. Vous pouvez les ajouter en utilisant la fonction “Commentaires” de ce blog ou en me contactant par le biais des réseaux sociaux, sur ma page Facebook ou sur mon compte Twitter.

Mutualisons !

Philippe Watrelot

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