vendredi, juin 29, 2018

Ça va finir par se voir...



Ça va finir par se voir...

Le projet de Service National Universel (SNU) a été sérieusement revu à la baisse par rapport à la promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Là, où il envisageait un dispositif plus long avec le soutien de l'armée, on s'oriente vers une formule a minima avec une quinzaine de jours dont on ne sait pas si ce sera obligatoire. Et le coût de cette mesure est toujours critiqué...

Il en va de cette promesse comme de beaucoup d'autres. Si Emmanuel Macron semblait avoir préparé ses réformes dans le domaine économique et social (fiscalité, travail, retraites,...), il n'en est pas de même dans d'autres secteurs de l'action publique. J'ai acquis la conviction que les questions éducatives ne l'intéressaient pas vraiment. Il suffit de se rappeler le caractère hétéroclite de ses propositions durant la campagne.

Des promesses qui étaient peu préparées... Et cette impréparation saute aux yeux aujourd'hui.

La promesse d'interdire les téléphones à l'école et au collège ? On voit bien les contraintes techniques qui en limitent la portée. A tel point que la loi qui a été votée est, en fait, plus une loi d'autorisation que d'interdiction !
 La promesse de réduire le nombre d'élèves en CP et CE1 des zones d'éducation prioritaire ? Cette mesure généreuse mais précipitée se heurte aujourd'hui à des problèmes techniques avec des locaux inexistants à tel point qu'on cherche des solutions en dehors de l'école. Et surtout les moyens humains ne sont pas au rendez vous dans un budget contraint. Et donc, on déshabille les zones rurales pour habiller les REP+ ...
«Muscler le bac » ? Même si on pouvait penser que la réforme était dans les tuyaux, on est étonné par l'impréparation et la précipitation de la mise en place de la réforme. Beaucoup de points semblent improvisés et porteurs d'effets négatifs que la pensée magique et technocratique ne saurait effacer.

 Il faut dire que la principale explication de la rapidité de la mise en oeuvre tient au fait qu'un quinquennat dure cinq ans ! Si on veut présenter des résultats et montrer que les promesses ont été tenues, on n'a pas trop le choix. Et on oublie que le temps de l'éducation n'est pas celui du politique. Et qu'une réforme quelle qu'elle soit demande sinon l'adhésion du moins le consentement des acteurs. Ce que ce ministre qui sait mieux que tout le monde et qui leur fait peu confiance (contrairement à ses assertions) oublie trop souvent.
 Alors, plutôt que de prendre le temps de la concertation et de la consultation des praticiens, on se réfugie dans l'injonction technocratique et une sorte de "pensée magique” en pensant qu'il suffit d'affirmer une volonté au 110 Rue de Grenelle pour que cela redescende impeccablement jusqu'à chaque établissement et école de France...

 Mais tout cela va finir par se voir...


Philippe Watrelot

jeudi, juin 28, 2018

École et numérique : ni mythification ni diabolisation.


Les parlementaires s'intéressent beaucoup au numérique à l'École. 
Actuellement une mission à l'Assemblée Nationale auditionne plusieurs acteurs sur ce sujet. Et ce jeudi 28 juin la sénatrice Catherine Morin-Dessaily vient de rendre public un rapport “Prendre en main notre destin numérique : l'urgence de la formation”. J'avais été auditionné dans le cadre de ce travail sénatorial. 
Je publie ci dessous, tel quel (y compris avec les petits dessins !), le texte de mon intervention durant cette audition. 
PhW
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Présentation
Avant d’en venir au cœur du sujet, je voudrais tout d’abord présenter mon parcours. Je suis enseignant de sciences économiques et sociales depuis 1981. Dans ce cadre, j’ai commencé à m’intéresser à ce qui s’appelait alors l’informatique puis les TICE dès les années 80. Je me souviens avoir participé à une université d’été sur le thème « Informatique et SES » en 1985. J’ai aussi intégré un groupe de travail sur ce sujet dans l’académie de Versailles dans lequel j’ai travaillé pendant une dizaine d’années sur des logiciels et des formations dans ce domaine. J’ai même aussi été durant ces années là, membre d’un groupe de travail ministériel sur l’enseignement de l’informatique. Toujours dans le cadre des SES au début des années 2000, j’ai participé à la création d’un site intitulé « Apprendre avec l’INSEE » (il s’appelle maintenant « statapprendre »). Il s’agissait, à partir des données fournies par l’Insee, de proposer sur des thèmes du programme, des exercices interactifs et des parcours pouvant être utilisés seuls, en autonomie, ou en classe. Je continue aujourd’hui à utiliser ces ressources même si je ne participe plus à leur production. 
Depuis 2006, je suis également en effet formateur en temps partagé à l’IUFM puis à l’ESPÉ de Paris. J'assure la formation disciplinaire des professeurs de SES ainsi que des formations transversales. Dans le cadre de la formation disciplinaire, je propose des séances de formation au numérique. Il s’agit de donner aux étudiants et stagiaires un intérêt et un bagage pour pourvoir reproduire en classe des séances utilisant ces outils. Je les fais travailler en groupe sur des projets. Nous allons aussi les « visiter » en classe sur des séances utilisant le numérique. 
Parallèlement à mon activité professionnelle, j’ai eu une activité associative qui m’a conduit aussi à plusieurs reprises à côtoyer les instances officielles. J’ai notamment été président du CRAP-Cahiers pédagogiques pendant de nombreuses années (jusqu’en 2015). C’est un mouvement pédagogique qui comme son nom l’indique à pour activité principale de publier une revue (depuis 1945). Celle ci s’est à de nombreuses reprises intéressée aux nouvelles technologies et à la culture numérique. 
C’est en tant que président que j’ai participé à la concertation pour la refondation à l’été 2012. J’ai aussi été membre du Conseil National de l’Innovation pour la Réussite Éducative dès sa création. J’ai ensuite brièvement présidé cette instance de septembre 2016 à mars 2017 avant sa dissolution. J’ai animé les travaux qui ont abouti à la rédaction du troisième rapport. 
J’ai aussi participé à une commission mixte CSP/ CNEE sur les programmes de SES durant cette période. Par ailleurs, j’ai une forte activité sur les réseaux sociaux où je fais de la « veille » sur les questions d’éducation après avoir tenu pendant douze ans une revue de presse sur mon blog. 
C’est donc avec tout ce parcours et un regard à la fois rétrospectif et prospectif que je vais essayer de répondre à vos questions et de vous livrer mon analyse. 
J’ai compris qu’il y avait deux questions que vous vouliez plus spécialement aborder. 

  • comment sensibiliser la population, et notamment les jeunes, aux défis liés à l'omniprésence du numérique ? 
  • dans quelle mesure le numérique doit et est pris en compte dans le système éducatif ? quelles innovations doit-on encourager ? 
Mon intervention sera surtout axée sur la question de l’innovation et des pratiques pédagogiques. 


État des lieux
Avant d’en venir aux propositions faisons d’abord un rapide état des lieux. 

La situation du numérique à l’école est marquée par la disparité et l’hétérogénéité.  Ce sont des disparités entre établissements et entre degrés : le primaire est très dépendant des dotations communales et on aboutit à des situations extrêmement inégalitaires. En revanche les collèges semblent relativement bien dotés par les départements, tout comme les lycées le sont par les régions. Toutefois, mes visites en tant que formateur me font constater au quotidien que cela reste aussi très hétérogène. Entre la salle informatique un peu poussiéreuse et équipée avec des ordinateurs qui ne sont plus de la première jeunesse et les équipements de classe mobile que j’ai pu visiter, on fait le grand écart... 
Même si le développement des Tableaux numériques interactifs est notable, l’équipement est aussi marqué par une certaine obsolescence et les problèmes de maintenance en rendent quelquefois l’usage très aléatoire. Le fait que le matériel soit encore souvent concentré dans une ou plusieurs “salles informatiques” qu’il faut réserver contraint les enseignants à consacrer une heure entière à un usage qui pourrait être plus souple avec du matériel plus flexible et mobile. 

La disparité est aussi chez les élèves. L’idée que tous les élèves auraient un téléphone dernier cri dans leur poche est une illusion. Tout comme celle d’un équipement informatique dans tous les foyers. Là où je travaille, dans la banlieue sud, c’est loin d’être le cas. La fracture numérique existe bel et bien. 
En ce qui concerne la formation des élèves, vous le savez, le brevet informatique et internet, ou B2i, est une attestation délivrée aux élèves des écoles élémentaires, des collèges et des lycées qui évalue leur capacité à utiliser les outils informatiques et Internet mais également certaines compétences documentaires et éthiques. Il y a cinq domaines. 
- S'approprier un environnement informatique de travail
- Adopter une attitude responsable
- Créer, produire, traiter, exploiter des données
- S'informer, se documenter
- Communiquer, échanger
Cette attestation n'est cependant pas un diplôme, ce n'est qu'une preuve que l'élève en question a acquis certaines compétences dans l'usage des technologies de l'information et de la communication. Le mode d’évaluation est original puisqu’il repose sur une démarche volontaire de l’élève. Si on veut faire une analyse objective de l’influence de ce brevet, celle ci est relativement faible en primaire ainsi qu’au lycée. Ce n’est qu’au Collège que le B2i a été pris au sérieux dans la mesure où il a été intégré au brevet des collèges. 

La relation entre l’outil informatique et les enseignants est une vieille histoire marquée par un paradoxe. On notera tout d’abord que ceux-ci sont une des catégories sociales les plus équipées à titre personnel en matériel informatique. Et c’est donc logiquement que le premier usage des enseignants est d’abord celui de la préparation de leurs cours. L’outil informatique permet en premier lieu la recherche de documents et de supports de cours mutualisés sur des forums, des sites des listes de discussions officiels,  associatifs ou personnels. L’outil informatique est aussi utilisé pour la présentation et l’adaptation de ces supports de cours auprès des élèves (photocopies, diaporamas, ...). Les enquêtes menées (Profetic, MEN, 2014) montrent aussi que l’outil numérique est également utilisé aujourd’hui pour les usages administratifs (cahier de textes, saisie des notes et des bulletins,) et pour le réseau intranet des établissements. Mais l’utilisation de l’informatique par les élèves pour faire des recherches ou pour individualiser les apprentissages reste faible (20% selon l’enquête Profetic). L’informatique est donc très présente dans la vie de l’enseignant mais paradoxalement elle est relativement peu utilisée encore dans un usage direct avec les élèves en situation d’acteurs ! 
La formation ou plutôt le manque de formation est souvent évoqué comme un frein à un usage pédagogique du numérique. Mais sur ce dernier point, l’accent mis lors de la formation initiale peut faire évoluer les pratiques d’autant plus que la mise en œuvre de séance de cours intégrant le numérique est évaluée au cours de la validation. 

Le numérique a été pris en compte dans les formations initiale et continue. C’est l’item n°9 du référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation paru le 1er juillet 2013 qui précise : 
« - Tirer le meilleur parti des outils, des ressources et des usages numériques, en particulier pour permettre l'individualisation des apprentissages et développer les apprentissages collaboratifs.
- Aider les élèves à s'approprier les outils et les usages numériques de manière critique et créative.
- Participer à l'éducation des élèves à un usage responsable d'internet.
- Utiliser efficacement les technologies pour échanger et se former. »
Cette mention fait suite à ce qui était mentionné dans les référentiels précédents de 2007 et 2010. 
Dans ceux ci la compétence 8 était intitulée “Maîtriser les technologies de l'information et de la communication” et indiquait que « Tout professeur est concerné par l'usage des outils propres à ces technologies et leur intégration dans les pratiques pédagogiques. Au sortir de sa formation professionnelle, il doit avoir les compétences d'usage et de maîtrise raisonnée des technologies de l'information et de la communication dans sa pratique professionnelle. »  Les connaissances et les capacités attendues sont formalisées par un certificat informatique et Internet de niveau 2 "enseignant" “C2i2e” requis en fin de formation professionnelle. 
La formation des enseignants au numérique est donc encadrée par ces compétences et par un certificat spécifique le C2i2e. Toutefois, il y a aujourd’hui beaucoup d’incertitudes sur ce certificat dont on ne sait plus s’il est toujours en vigueur ou abandonné. 

Au niveau du Ministère de l’Éducation Nationale, on a créé en 2014 une nouvelle “direction du numérique pour l’éducation” (DNE) chargée de coordonner l’action dans ce domaine. Le discours officiel en fait un élément clé de la refondation de l'École.  On considère que la diffusion des usages du numérique dans l'enseignement peut constituer un puissant levier de modernisation, d'innovation pédagogique et de démocratisation du système scolaire. On y voit aussi un  outil d'inclusion des enfants en situation de handicap. On retrouve au niveau de chaque académie la même structure avec l’existence d’un DANE (délégué académique au numérique éducatif). Dans chaque discipline au niveau académique, un coordonateur (IATICE) est désigné. Ce sont incontestablement des progrès même si on pourrait aller encore vers plus de transversalité.

Il faut noter aussi que dans le monde associatif et les réseaux sociaux, il y a une grande inventivité et beaucoup de choses qui sont proposées. Des manuels interactifs et numériques, des sites personnels, de la mutualisation, de l’auto-formation, des applications. Il n’y a pas que les entreprises de la EdTech qui sont porteuses d’innovation ! 
Dans un esprit coopératif et mutualiste et quand on leur fait confiance, les enseignants sont en mesure de produire des outils adaptés pour le bien de la réussite de leurs élèves. 


Numérique et école : Ni mythification ni diabolisation. 
Dans la question qui est posée par la commission, on évoque l’ « omniprésence du numérique », on parle aussi d’ « effets pervers ». Dans l’actualité ces inquiétudes sont aussi présentes. L’opinion publique s’inquiète de l’omniprésence des écrans. D’une certaine manière la promesse présidentielle de l’interdiction des téléphones portables à l’École et au Collège en est aussi l’expression. 
Dans le même temps, depuis longtemps le discours officiel est aussi de dire que le numérique est non seulement un facteur de croissance mais aussi un vecteur d’innovation qui pourrait résoudre les difficultés scolaires. 
Pour ma part, avec d’autres, je développe une position nuancée face à ces deux pôles. On pourrait la résumer par une formule qui est presque un slogan : « ni mythification ni diabolisation »

Peut être avez vous reçu Philippe Bihouix et Karine Mauvilly, les auteurs de «Le désastre de l'école numérique». Dans ce livre, ils  affirment qu'«avec l’école numérique, nous allons élever nos enfants "hors-sol", comme des tomates». Pour les deux auteurs, le numérique ne permettrait ni d’apprendre mieux, ni de lutter contre les inégalités. Il serait même nuisible à l’acquisition des fondamentaux, ferait perdre le goût de l’effort et mettrait en péril le métier d’enseignant. 
Ils évoquent aussi l’addiction aux écrans, le problème de la perte de l’attention. Ils plaident pour une école sans écrans. C’est d’ailleurs le sous-titre de leur ouvrage. D’autres chercheurs préconisent d’ailleurs de limiter l’accès aux écrans pour les plus petits. 
Ce livre a suscité de nombreuses réactions. D’une certaine manière, en étant caricatural dans un sens, il accréditerait la thèse inverse qui serait celle d’un rôle « magique » du numérique. Or, les choses sont infiniment plus complexes et appellent à une analyse nuancée. 

L’analyse de Bihouix et Mauvilly s’appuie toutefois sur quelques éléments. L’OCDE avait publié en  septembre 2015 un rapport intitulé “Students, Computers and Learning: Making The Connection”. Cette étude montrait que même les pays qui ont considérablement investi dans les technologies de l’information et de la communication dans l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable de leurs résultats aux évaluations PISA de compréhension de l’écrit, de mathématiques et de sciences. L'utilisation massive d'ordinateurs n'augmenterait ni les résultats individuels, ni les résultats collectifs, quels que soit l'âge, le niveau d'études et l'argent dépensé à former les enseignants dit cette étude. Ce que dit cette étude, en substance, c’est que le numérique n’est en tout cas, pas une solution miracle. 
Comme le soulignait Emmanuel Davidenkoff, dans « le Tsunami numérique » attendre du numérique qu'il améliore, en tant que tel, les apprentissages, relève pour l'heure de la pensée magique. Et il est alors tentant d’en conclure, comme le font certains éditorialistes et d’adversaires du numérique après une lecture rapide (globale ?) du rapport, que rien ne vaut le bon vieux tableau noir et les “bonnes vieilles” méthodes. 
Voici d’ailleurs une des conclusions du rapport OCDE : "In the end, technology can amplify great teaching, but great technology cannot replace poor teaching." En d'autres termes, introduire le numérique ne permet pas de remédier à un enseignement scolaire médiocre ou pauvre. C’est aussi ce que disent les travaux d’André Tricot et Franck Amadieu (« enseigner avec le numérique ») quand on veut bien les lire attentivement. 
La question n’est donc pas de rejeter le numérique hors de l’école et de faire de celle ci un sanctuaire. Notre société est numérique, le numérique est loin d’être seulement un outil au service des apprentissages des élèves, il est aussi et surtout un contexte et une culture.
L’évacuer de l’école est juste un non-sens. La question n’est pas : “les élèves apprennent-ils mieux avec le numérique ?” mais “est-ce bien raisonnable de vouloir préparer nos enfants à vivre, à être citoyen et à travailler dans un monde numérique sans les y préparer avec les outils d’aujourd’hui ?”
Un autre argument utilisé par Bihiouix est de dire en substance : « je sais me servir d’un ordinateur et pourtant je ne l’ai pas appris à l’école ». Mais les digital natives n’existent pas (Tricot) . Les élèves sont souvent des « digital naïfs ». S’il y a une fracture numérique, elle n’est pas tant dans les équipements que dans les usages. 

Le numérique est un outil parmi d’autres. Personne ne milite pour le 100% écran et le zéro papier !  La réalité c’est qu’accompagner le développement du numérique à l’école ne signifie évidemment pas faire d’internet la solution à tous les maux de l’école, mais très humblement, connecter l’école avec son environnement, ouvrir l’accès au savoir à tous, innover dans les modes d’apprentissage et surtout, surtout placer le professeur et l’élève au centre de cette transformation.


Un outil et une culture
J’ai parlé tout à l’heure de « culture numérique ». Une autre illusion est de croire que cela nous donne accès instantanément aux savoirs par le biais de nos téléphones, tablettes, ordinateurs. Il y aurait alors une remise en cause de l’enseignant qui verrait son rôle de dispensateur de savoir dévalorisé. 
Mais il ne faut pas confondre information et connaissances. Le numérique nous donne accès à des informations (quelquefois fausses en plus...) et l’enjeu est de les décrypter, de les mettre en contexte, de les relier... Le rôle de l’enseignant est en effet transformé mais il n’est pas dévalorisé, loin de là. Il devient alors un « passeur culturel », c’est aussi celui qui va aider à forger un esprit critique
Les technologies numériques  ont en effet des potentialités énormes. Ils donnent accès à des informations et des connaissances illimitées (reste à les transformer en savoirs…). Ce sont des répétiteurs infatigables. C’est aussi le moyen de traiter des masses de données avec facilité. Ces outils peuvent agir aussi sur la motivation des élèves, leur concentration, leur participation en classe. Ce sont aussi potentiellement des outils de lutte contre l'ennui à l'école et au final contre l'échec scolaire. Et c’est ce qui explique que les “décideurs” aiment à prendre la pose devant des salles informatiques toutes neuves ou des enfants équipés de tablettes dernier cri. Mais il faut se garder d’une illusion d’optique. Celle de croire qu’à lui seul un outil, aussi performant soit-il, va révolutionner l’enseignement. Certes, le numérique est au cœur d’une révolution de la production et de la consommation dans tous les domaines et il modifie considérablement la manière dont circule l’information et notre rapport aux connaissances. Mais comme je l’ai déjà dit, pour l'enseignement cette transformation passe d’abord par une réflexion sur les usages et donc une formation. 
Si les technologies de l’information et de la communication ont changé notre vie quotidienne, on peut penser que ces innovations vont aussi changer l’École et les manières d’apprendre. Mais il faut accompagner ces transformations plutôt que de les subir. Je prône donc un usage raisonné du numérique. 


Numérique et innovation 
Je viens d’utiliser le mot innovation mais dans son sens économique. Mais il n’y a qu’un pas pour faire du numérique également un vecteur d’innovation dans le domaine pédagogique. Mais il ne faut pas là non plus succomber au « Fantasme techno » que je décrivais qui conduit à une illusion d’optique : Ce n’est pas le numérique qui est innovant mais ce sont les innovants qui sont numériques ! 
Ce sont en effet les enseignants les plus innovants au départ qui se sont emparés des outils numériques pour en explorer les possibilités. Mais ce ne sont pas forcément les outils qui les ont transformés ! On peut avoir du cours magistral 2.0 ! 
Pourquoi les enseignants innovants s’en sont-ils emparés ? Ce n’est justement pas pour en rester au cours frontal et magistral. Dans une perspective de personnalisation et de pédagogie différenciée, le numérique peut être un formidable outil pour apporter les réponses les plus adaptées aux difficultés propres à chaque élève. Le numérique peut ainsi être l’occasion de différencier, de coopérer entre élèves (et entre enseignants), de donner plus de sens aux apprentissages et au final de lutter contre les inégalités sociales. Pour répondre précisément à la deuxième question qui m’est posée ce sont ces pratiques là qu’il faut promouvoir. 
C’est ce que nous avons voulu exprimer à travers le titre donné à ce troisième rapport du Cniré : « Innover pour une école plus juste et plus efficace ». La place du numérique peut, en apparence, sembler faible dans nos analyses et préconisations. Mais, en fait, l’outil numérique apparaît de manière transversale au service d’une démarche globale d’innovation.  
Le rapport de 2014 définissait l’innovation ainsi : « Une pratique innovante est une action pédagogique caractérisée par l’attention soutenue portée aux élèves, au développement de leur bien-être, et à la qualité des apprentissages. En cela, elle promeut et porte les valeurs de la démocratisation scolaire. Prenant appui sur la créativité des personnels et de tous les élèves, une pratique innovante repose également sur une méthodologie de conduite du changement. Le partenariat permet à l’équipe d’enrichir son action grâce aux ressources de son environnement. Chacun de ces points ne suffit pas à lui seul, mais combinés font d’une action une pratique innovante dans sa conduite et ses effets.»
Derrière la question de l’innovation, il y a aussi une question bien plus large qui est celle de la gouvernance au sein de l’Éducation nationale. On peut citer de nouveau le premier rapport de 2014 : « L’innovation associe la recherche nécessaire d’un assouplissement des « rigidités », qu’elles soient pédagogiques, professionnelles ou institutionnelles afin de gagner plus de liberté et d’efficacité dans le travail et la nécessité tout aussi grande de renforcer la capacité des acteurs, non seulement en élargissant leur espace d’initiative et d’action ainsi que leurs perspectives mais aussi en augmentant sensiblement leurs compétences et leurs responsabilités. L’innovation ne peut être pensée et envisagée du seul point de vue des équipes et des acteurs qui s’y engagent, elle implique aussi des conditions organisationnelles et des changements institutionnels. Avant de renforcer les acteurs, elle invite à faire “tomber les murs”  ». Le numérique peut être un formidable vecteur pour  faire tomber ces murs...
La notion de nouveauté est associée à l’idée de créativité ou d’inventivité. Dans l’innovation, il y a l’idée de remise en cause des routines, elle s’oppose à la répétition. Innover c’est donc trouver des solutions originales et adaptées à la situation et au contexte dans lequel elles s’appliquent. C’est aussi ce qui montre la limite des « bonnes pratiques » dans la mesure où il ne peut y avoir standardisation d’un dispositif importé et plaqué tel quel sans qu’il y ait adaptation et inventivité des acteurs de terrain. On innove pour diversifier et fournir des alternatives, pas forcément pour généraliser. Dans notre rapport nous avons d’ailleurs préféré parler d’enseignants en recherche que d’enseignants innovants. 
Le numérique peut aussi être l’occasion de différencier, de coopérer entre élèves (et entre enseignants), de donner plus de sens aux apprentissages et ainsi de lutter contre les inégalités sociales. C’est ce que nous disions plus haut. C’est la raison pour laquelle nous regardons avec beaucoup d’intérêt les pratiques pédagogiques qui mettent les élèves en situation de producteurs (et pas seulement de « pousse-bouton ») et de coopération. C’est le cas par exemple des Twictées qui ne sont pas sans rappeler les travaux de correspondance scolaire de Freinet. Les innovations liées aux classes inversées ouvrent aussi des pistes intéressantes. Toutes les situations également où le numérique permet une évaluation qui soit vraiment au service des apprentissages sont aussi à privilégier. 
Dans notre rapport, nous faisons aussi du numérique un outil pour diffuser et mutualiser les innovations. Une des conditions de la diffusion de l’innovation et de l’efficacité du système éducatif réside dans la capacité à capitaliser de l’expérience et à construire une sorte de « compétence collective » propre à une équipe. Le numérique est un outil qui peut faciliter cela.  Cela suppose aussi que les membres d’une équipe innovante soient invités à écrire sur leurs pratiques. Nous pensons aussi que l’établissement peut être un lieu de formation et de développement personnel. Partir de l’établissement nous renvoie  à une nouvelle conception de la formation où la frontière entre formation initiale et continue devient poreuse. L'école ou l'établissement est un lieu de formation, au même titre que l'ÉSPÉ, c’est ce que nous rappellent les textes. Pour que la formation initiale des nouveaux enseignants réussisse, pour qu'ils arrivent à construire  durablement des compétences et une culture professionnelle communes, il faut qu'ils trouvent dans les  établissements d'accueil, ouverts et en réseaux, des collectifs de travail autonomes et engagés dans un travail collaboratif, et dans leur propre développement professionnel. Là aussi le numérique peut aider. 
La proposition n° 2 que nous formulions est donc de « Développer un espace ou une plateforme numérique permettant la capitalisation des ressources et des expériences validés par les structures ou opérateurs concernés. Permettre les échanges entre les différents acteurs éducatifs (associations, santé, autres ministères certificateurs, recherche…) avec différentes déclinaisons territoriales »
Il s’agit, à partir des outils existants, de développer un espace ou une plateforme numérique accessible à tous, aux professionnels comme au grand public, comprenant notamment une cartographie dynamique afin de proposer des données utiles à l’échelle d’un territoire ou sur requête d’une thématique. 
Autre proposition (la n°4) : créer des « Fab lab » pédagogiques dans les établissements « Encourager la création de « tiers-lieux », espaces d’échanges au sein des  écoles et des établissements, pour rendre la politique éducative locale plus cohérente. Ils favoriseront une meilleure synergie notamment avec les centres sociaux, les espaces numériques, les maisons de quartier, etc. ». Ces lieux permettraient des rencontres, des débats, des travaux avec des universitaires, des experts. Ils favoriseront l'émergence de nouvelles pratiques pédagogiques luttant efficacement contre les inégalités. Ils pourront être animés par des «référents innovation». Certains établissements pourront ainsi devenir des « laboratoires » de recherche appliquée. Dans la perspective des restructurations, rénovations ou créations de bâtiments scolaires à venir, il est temps d'initier un grand plan d'aménagement de l'architecture scolaire incluant les « tiers-lieux » dans les écoles, collèges et les lycées, des espaces d'échanges des élèves entre eux, avec les familles et tous les partenaires de l'école.

Car l’innovation c’est aussi celui de l’aménagement des locaux et de l’architecture scolaire. Il faudrait en finir avec les salles informatiques. Celles ci ont eu une utilité lorsqu’il s’agissait de mutualiser un matériel couteux et qu’il était difficile de déplacer. Aujourd’hui avec des équipements moins couteux et mobiles cela n’a plus de sens. D’autant plus que ces salles avaient de nombreux effets pervers qui étaient notamment de conduire à faire toute une séance avec un seul outil au lieu de diversifier dans une même heure de cours différents supports d’apprentissage. Autre inconvénient, elles amenaient à mettre les élèves seuls face à un écran alors qu’il faudrait au contraire leur apprendre à coopérer. 


Pour conclure, je voudrais finir par une conviction : il faut faire confiance aux enseignants. Le système éducatif souffre d’un excès de bureaucratie où des « sachants » vous disent ce qu’il faut faire et vous enjoignent à vous conformer à des « bonnes pratiques ». Il faut sortir de cette logique « top down » et redonner du pouvoir d’agir. L’inventivité et la créativité dont font preuve les enseignants les plus innovants dans le domaine du numérique en est un bel exemple. Pour reprendre une de mes formules fétiches et qui inverse une expression populaire : « quand on  peut, on veut ! »

Philippe Watrelot
Le 21 mars 2018

samedi, juin 16, 2018

Un an après, qui êtes vous M. Blanquer ?




Je republie un mois après sa première parution sur AOC et avec leur autorisation, cet article qui propose un bilan et un portrait de Jean-Michel Banquer. 

C'est aussi l'occasion pour moi de vous inviter à vous abonner à ce nouveau média en ligne de qualité animé par Sylvain Bourmeau. Je le remercie encore d'avoir accueilli un de mes textes et de m'autoriser à le republier ici
Bonne lecture
PhW


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Le 17 mai 2017, le 1ergouvernement d’Édouard Philippe était nommé. Et Jean-Michel Blanquer était désigné Ministre de l’Éducation Nationale. Au moment de la passation de pouvoir avec Najat Vallaud-Belkacem, il  déclarait :  « Il n'y aura pas une énième loi ou une énième réforme. Il y aura tout simplement la volonté de s'attacher aux problèmes concrets » en donnant « la liberté aux acteurs et du pouvoir à nos professeurs, chefs d'établissements et à l'ensemble des acteurs de l'Education nationale ». Il indiquait souhaiter privilégier « une démarche pragmatique», conserver « ce qui fonctionne » et « passer à autre chose» quand des dispositifs « ne vont pas». Il ajoutait enfin : « Il n'y aura pas beaucoup de règles allant de haut en bas dans ce ministère»
Il est tentant de faire de l’ironie en confrontant ces déclarations à la réalité de la pratique du pouvoir et de renvoyer le ministre à ses contradictions comme on le fait si souvent sur les réseaux sociaux. On pourrait aussi faire la liste des mesures prises depuis un an.
Nous essaierons plutôt de dresser, un an après, un portrait du 33èmeministre de l’Éducation de la Vème République à partir de son action. Il en ressort celui d’un technocrate scientiste et partisan, d’un communicant omniprésent et populiste et d’un macroniste consciencieux... et ambitieux ?


Un technocrate scientiste
Au moment de sa nomination, on a rangé Jean-Michel Blanquer comme d’autres ministres dans la catégorie des « représentants de la société civile ». En fait, le ministre de l’Éducation Nationale est surtout un parfait représentant de la technostructure. Il a été directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien puis deux fois recteur et ensuite Dgesco sous Luc Chatel (2009-2012). Ce n’est donc pas un inconnu lorsqu’il arrive au Ministère dont il connait tous les rouages. 
Il se présente comme non encarté mais il faut rappeler que son nom circulait comme possible ministre, si François Fillon (ou Alain Juppé) avait été élu. Son livre L’Ecole de demain (Odile Jacob 2016), ressemblait à une lettre de motivation ou en tout cas à un programme ministériel assumé. 
On peut d’ailleurs penser que c’est cela qui a entrainé sa nomination. Il semble que la question de l’éducation intéresse peu Emmanuel Macron (l’absence de conseiller à l’Élysée en est une preuve). La partie consacrée à ce sujet dans le programme du candidat était un catalogue disparate mélangeant des niveaux de mesures très différents : de la modernisation du Bac à l’interdiction des téléphones. On peut voir alors la nomination de M. Blanquer comme une sorte d’achat d’un programme « clés en mains ». Un programme qu’il va appliquer après avoir, dans cette première année, non sans une certaine improvisation et sous la contrainte budgétaire, coché les cases des rares promesses ministérielles.
On l’a vu successivement avec la réforme de la réforme du collège où on a « rétabli » les classes bilangues (même si elles n’avaient pas disparues), le latin-grec et on a assoupli le dispositif des EPI. Et ensuite avec un décret sur les rythmes scolaires qui va aboutir au retour à la semaine de quatre jours à terme dans pratiquement toutes les collectivités locales. C’est aussi le cas des CP à 12 ou du dispositif « devoirs faits » qui faisaient partie des promesses, tout comme la réforme du bac. Il n’est pas inutile de rappeler qu’à l’époque de son programme de campagne Emmanuel Macron prévoyait aussi « 4000 à 5000 créations de postes» en plus d’une réorientation des postes déjà créés vers le primaire. Depuis, la loi de finances 2018 a été votée sans création de postes nouveaux.
C’est la succession des décisions d’annulations de la politique précédente qui lui a d’ailleurs valu le surnom de « Ministre Ctrl-Z ». Mais on lui a surtout reproché de le faire sans véritable bilan de ce qui avait été mené précédemment. Ainsi le dispositif « Plus de maîtres que de classes » a été déconstruit au profit des « CP dédoublés » en REP+. Contrairement à la culture de l’évaluation qu’il voulait promouvoir... 
La question de la gouvernance s’est aussi posée avec la publication récente d’un livret très détaillé sur les méthodes de lecture qui a été perçue par les enseignants comme une injonction et une infantilisation.
Ces contradictions, entre un discours fondé sur la confiance et l’autonomie confronté à une pratique verticale du pouvoir, dressent le portrait d’un technocrate à la tête d’une structure bureaucratique obsédée par la conformité des procédures. Au lieu d'indiquer le cap et les finalités, ce qui est en effet du ressort du politique, on fabrique des règlements et on enjoint de se conformer à des modalités qui ont été décidées « en haut lieu » et de manière très verticale. Et un technocrate sait ce qui est bon pour vous...
Car les décisions sont prises au nom de la « science » ou en tout cas d’une certaine idée de celle-ci (avec le poids important des neurosciences). Le danger est celui d’une forme de « scientisme » où la science ne serait plus contestable et l’objet de controverses. Or, la pédagogie n’est pas une science mais un savoir pratique.
Et derrière l’alibi de la science, se profile une question plus globale qui est celle du management et de la gouvernance au sein de l’éducation nationale qui reste très verticale (« top down » diraient certains). Cela renvoie aussi à la conception même de l’enseignement. Il ne faudrait pas qu’il devienne un métier d’exécution où un « bureau des méthodes » composé de « sachants », dicterait, dans une logique taylorienne de travail prescrit, les « bonnes pratiques ». La phrase d’un syndicaliste à propos d’Emmanuel Macron s’applique aussi à Jean-Michel Blanquer : « Je pense, donc… tu suis !» 
D’autant plus que le caractère non partisan, dont se réclame aussi M. Blanquer, peut être également questionné. On pourrait remarquer que la plupart des membres de son équipe, tout comme lui, ont été membres de cabinets de droite. Mais en ces temps macronistes de brouillage des cartes, ce n’est pas suffisant.
On notera surtout que les positions du Ministre se situent dans une perspective très centrée sur le « mérite » et qui semble ignorer, voire nier, les enjeux sociaux des inégalités au profit d’une approche essentiellement individuelle.
Et enfin, même s’il fait des déclarations sur l’innovation et la modernité, son discours et ses mesures sont surtout conservatrices. On oublie que « révolution » (titre du livre d’E. Macron) au sens astronomique, c’est revenir au point de départ.... ! 


Un communicant populiste 
Ce discours a été très largement répercuté dans la presse. Si certains reprochaient à Najat Vallaud Belkacem de faire de la com’, avec Jean-Michel Blanquer on est passé à un stade supérieur. Je m’étais risqué à faire le compte des interviews données aux différents médias de sa nomination jusqu’à la fin de l’année 2017. On arrivait à un décompte de plus de soixante-dix entretiens et portraits.
Il y a donc une stratégie délibérée de conquête de l’opinion. Et jusqu’à maintenant cela fonctionne. C'est un des ministres qui a su émerger de l'anonymat du gouvernement. Les sondages d'opinion, même s’il faut les relativiser, montrent qu’il a, auprès du grand public, l'image d'un “expert” qui sait de quoi il parle.
Sa communication ne vise pas de manière directe les enseignants. Ceux qui s'indignent et réagissent sur les réseaux sociaux sont une minorité. On peut d’ailleurs penser que malgré quelques erreurs, ses propos séduisent aussi une bonne partie des enseignants.
Jean Michel Blanquer donne en effet  à entendre ce que l'opinion a envie d'entendre et joue clairement la carte des parents (et des grands parents...) en ravivant de vieilles recettes datant d'une école nostalgique et fantasmée. Il joue sur le “biais de confirmation” avec un discours de restauration (de l'uniforme, de l'autorité, des méthodes de lecture) qui rentre parfaitement en résonance avec la vision nostalgique et de déploration qu'on trouve chez les 67 millions d'experts de l'école que sont les français... 
Le chercheur Xavier Pons a popularisé l’expression de « populisme éducatif » pour « décrire une situation politique d’ensemble, dans laquelle des responsables politiques proposent sur tel ou tel sujet des mesures qui flattent les attentes perçues de la population, sans tenir compte des arguments, des propositions et des connaissances disponibles. Y compris lorsque ces connaissances, issues notamment de chercheurs, sont le résultat de l’action publique elle-même. Ce populisme est “éducatif” non seulement parce qu’il intervient dans le champ de l’éducation mais aussi parce qu’il véhicule une vision simplifiée du processus d’éducation et contribue, sur des bases contestables, à forger l’opinion sur les enjeux de politique éducative.» On peut étendre la réflexion de ce chercheur à la situation présente et considérer que la stratégie du Ministre relève bien de ce populisme éducatif. 
Car il s’agit bien d’une stratégie. L’omniprésence médiatique du ministre est avant tout un moyen de contrôler la mise à l’agenda et le calendrier. Et le flot ininterrompu des déclarations, dont certaines utilisent la vieille ficelle de l’annonce de dispositifs déjà existants, est surtout destiné à annihiler la capacité de réaction et de critiques. A peine une annonce faite, qu’une autre arrive... C’est donc aussi un moyen de détourner le regard de sujets plus importants. C’est enfin un atout pour construire un rapport de forces favorable en prévision de futures situations conflictuelles avec les enseignants....


Un macroniste consciencieux...
Cette technique d’ « une carte postale par jour » (expression de Nicolas Sarkozy) n’est pas propre à Jean-Michel Blanquer même s’il l’a poussée à un haut niveau. C’est une caractéristique du gouvernement Philippe et du président Macron qui jouent sur un rythme élevé de réformes et d’annonces. D’une certaine manière, on peut dire que M. Blanquer est un macroniste consciencieux. 
Non seulement, il s’applique à se conformer aux promesses électorales, au risque d’une impréparation dans leur mise en œuvre, et d’en oublier certaines pour cause de rigueur budgétaire, mais il reprend les mêmes postures que son président.
A l’occasion du bilan de la première année d’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron, plusieurs commentateurs ont en effet mis en évidence une stratégie qui consiste à fabriquer du clivage et ne pas tenir compte des corps intermédiaires. Cette posture s'accommode donc très bien du radicalisme comme d'un repoussoir (et inversement). Les vrais ennemis du macronisme sont les réformistes.
On retrouve ce même travers chez JM Blanquer. Son utilisation du terme péjoratif de « pédagogistes » pour fabriquer des épouvantails et désigner ceux qui sont pourtant les plus favorables au changement de l’école, relève de cette posture. Tout comme la difficulté à construire une réelle négociation qui ne soit pas une simple « concertation » voire un passage en force. Ou encore la reprise en main, ou la mise à l’écart, d’instances indépendantes comme le Conseil Supérieur des Programmes ou le Conseil National de l’Évaluation du Système Scolaire.  On pourrait finalement résumer cela par un vrai-faux slogan : « Pas de disruption, pas de discussion... ! »


Un an et après ?
Jean Michel Blanquer dans ses multiples interviews a souvent répété qu’il n’avait pas d’autres ambitions que de réussir dans son ministère et que seule la cause de l’École lui importait. La durée moyenne d’un ministre de l’éducation durant la Ve République est de deux ans et demi. Saura t-il aller au delà ? Cela dépend de deux choses : son ambition personnelle mais aussi des réactions des enseignants et de l’opinion face à la suite des réformes.
Pour l’instant, on est encore dans une sorte de sidération ou une réception neutre (voire enthousiaste) de certaines décisions remettant en cause la politique qui l’a précédé. Mais cette stratégie d’annulation du “Ctrl-Z » porte aussi, en elle même, ses propres limites. Je l’ai déjà écrit, : avec cette valse des dispositifs et cet effet de yo-yo, on justifie l’attentisme et la méfiance de ceux qui refusaient de s’engager. Et on laisse penser aux plus investis que leurs efforts étaient vains. Finalement, on aboutit à l’idée que l’École est irréformable et que la force d’inertie l’emporte sur la nécessité de changement.
Mais la sidération peut très bien ne pas durer. Si la réforme du bac et du lycée ne semble pas, pour l’instant, faire l’objet d’une protestation nette, en revanche l’orientation dans le supérieur est porteuse de plus de troubles et d’inquiétudes dans l’opinion et notamment les jeunes et leurs parents. ParcourSup et la loi ORE, à l’épreuve du temps, peuvent montrer leurs limites et remettre en question la promesse républicaine de mobilité sociale. On peut penser aussi que ce n’est pas forcément sur le seul aspect éducatif que les tensions peuvent naître mais plus largement dans la remise en question du service public, le gel du point d’indice et la baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires dont l’éducation nationale n’est qu’un des aspects. 


Jean-Michel Blanquer affirmait croire, dans ses premières déclarations, en la capacité d’expérimentation du système éducatif et dans un management « horizontal », mais ce pur représentant de la technostructure commence par décider de manière verticale de modifications sans se donner le temps de l’évaluation et de la concertation. Certes, il n’y aura pas forcément de « loi Blanquer » (sauf peut-être sur l’interdiction des téléphones), parce qu’au final, le système éducatif se transforme par décrets et arrêtés. Mais on peut douter du « pragmatisme » dont il se réclamait tant la stratégie et le dogmatisme ont pris le pas sur ce qui n’était, au mieux, que des intentions voire un artifice....
Philippe Watrelot, le 16/05/2018




lundi, juin 04, 2018

Quand la cour des comptes s'intéresse à la formation des enseignants


La Cour des Comptes vient d’adresser un “référé” aux deux ministres en charge de la formation des enseignants. Elle fait six propositions sur une réforme des ESPÉ et de la formation, auxquelles répondent déjà Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal dans une lettre adressée au président de la Cour. 
Je me livre ci dessous à une lecture et une analyse à chaud de ces deux documents. Cela demandera bien sûr à être affiné et précisé. En tout cas c'est un dossier important qui mérite qu'on s'y intéresse. Bien plus qu'à l'uniforme à l'école... 
PhW
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La cour des comptes (CC) dans son référé paru lundi 4 juin 2018 fait un double constat et fait ensuite six propositions auxquelles répondent les deux ministres en charge du dossier

- Premier constat : il faut « renforcer le pilotage de l’État face aux universités et améliorer la connaissance des coûts»
Posture assez classique de la CC qui estime que la formation coûte trop cher et qu’il y a du gaspillage du fait d’une insuffisance de pilotage. On peut relever la phrase suivante : « il existe des sites où les effectifs de certains parcours sont inférieurs à dix étudiants. » utilisée pour justifier une rationalisation de la carte des formations et un pilotage plus volontariste. On suggère aussi de redonner plus de pouvoir à l’État au détriment des universités dans le pilotage de la formation

- Deuxième constat : il faut « mieux recruter, former et accompagner les jeunes enseignants»
La CC constate une crise de l’attractivité du métier d’enseignant et des difficultés pour les premières années. Pour y remédier, il faut dit-elle « organiser un accompagnement renforcé lors de l’entrée dans le métier ». Mais surtout, on propose de changer les modalités de recrutement avec des épreuves d’admissibilité en fin de licence et des épreuves d’admission au cours de l’année de M1. La CC conseille également d’aller vers plus de polyvalence et de la bivalence avec un système de majeure et de mineure pour les professeurs des écoles.

« À l’issue de son enquête, la Cour formule les recommandations suivantes :

• Concernant le pilotage de la formation initiale des enseignants :

* Recommandation n°1 : identifier dans les contrats des sites universitaires concernés la mission de formation des enseignants ; prévoir en annexe des contrats, un document d’orientation pour l’offre de formation MEEF au sein du site ; préciser dans le dialogue de gestion annuel les moyens au bénéfice de l’ÉSPÉ ;

* Recommandation n°2 : rationaliser l’offre de formation en affirmant le rôle d’impulsion de la région académique pour promouvoir les coopérations inter-ÉSPÉ et mutualiser des formations au niveau inter-académique ;

* Recommandation n°3 : mettre en place un dispositif d’évaluation de l’évolution des pratiques enseignantes et de l’entrée dans le métier à la suite de la création des ÉSPÉ

• Concernant les parcours de formation :

* Recommandation n°4 : formaliser et systématiser les procédures académiques de suivi des stagiaires et de repérage des difficultés ; organiser pour chaque stagiaire en difficulté un plan de formation et de suivi individualisé et, préalablement à la titularisation, formaliser l’engagement de l’intéressé à suivre ce plan ; débuter les formations complémentaires dès l’année de stage ;

* Recommandation n°5 : développer la bivalence et la polyvalence dans les parcours de licence, proposer des licences combinant une majeure et une mineure pouvant relever d’UFR différentes, et offrir aux étudiants de licence des modules de formation de nature à éclairer leur orientation vers les métiers de l’enseignement ;

* Recommandation n°6 : placer les épreuves d’admissibilité en fin de licence ; asseoir davantage les épreuves d’admission, qui seraient placées au cours de l’année de M1, sur des enseignements de professionnalisation. »


Dans leur réponse, les Ministres (Vidal et Blanquer) vont dans le sens des préconisations de la Cour des Comptes.
Ils rappellent qu’ont déjà été mises en place des procédures de contrôle des moyens.
Ils soulignent aussi que la rationalisation et la mutualisation des formations au niveau inter-académique font effectivement partie du programme de travail des ministères.
Ils annoncent aussi mettre en place un dispositif d’évaluation de l’évolution des pratiques enseignantes et de l’entrée dans le métier tout en constatant que l’approche par compétences définie dans le référentiel métier (et le PPCR) est insuffisamment pris en compte dans la formation et en particulier dans les universités. On évoque aussi un « outil d’auto-positionnement » des stagiaires, appelé à se développer. 
On confirme aussi la volonté d’aller vers plus d’interdisciplinarité dans la formation.
Enfin, sur la place des concours, « un consensus se dégage progressivement en faveur d’une épreuve d’admissibilité en fin de licence et d’une épreuve d’admission située en M1 ou en M2»


Analyse sommaire et à chaud...

Recommandation n°1 : Alors qu'on nous parle sans arrêt d'autonomie des universités (or les Espé sont justement partie intégrante des universités), la CC veut un pilotage ministériel plus centralisé, en particulier sur le financement : « préciser dans le dialogue de gestion annuel les moyens au bénéfice de l’ÉSPÉ ». En clair, on veut redonner le pouvoir au(x) ministre(s).

Recommandation n°2 : C’est là que se situent les économies. C’est évidemment en lien avec les rumeurs de fusions d'académies qui se sont précisées avec les déclarations du ministre à propos de Rouen et Caen.
On aurait donc des regroupement par pôle inter-académique afin de « rationaliser l'offre de formation ». Ce qui rend un peu amer le formateur de SES que je suis, c’est que lorsque j’ai été recruté en 2006 à l’IUFM de Paris c’était pour m’occuper de la formation au niveau de l’Ile de France regroupée à Paris. Quand on est passé à la masterisation et aux ESPÉ, j’ai alerté, mais en vain, sur l’erreur de ne pas conserver cette logique inter-académique pour des « petites » disciplines aux effectifs limités. Je n’ai pas été entendu. Maintenant on y revient mais cette rationalisation va faire des dégâts...

Recommandation n°3 : « Evaluation de l'évolution des pratiques enseignantes et entrée dans le métier ». Il ne s’agit pas de voir le mal partout. Il y a en effet une nécessité d’évaluer les effets de la formation sur les pratiques enseignantes. Mais la condition c’est que cette évaluation soit faite avec rigueur et qu’on évite le mélange des genres et le danger du « formatage » comme le laisse entendre la recommandation suivante.

Recommandation n°4 : il s’agit en effet de « formaliser et systématiser les procédures académiques de suivi des stagiaires et de repérage des difficultés ; organiser pour chaque stagiaire en difficulté un plan de formation et de suivi individualisé et, préalablement à la titularisation, formaliser l’engagement de l’intéressé à suivre ce plan ; débuter les formations complémentaires dès l’année de stage ».
Ce que je n’apprécie pas dans l’évolution de la formation que j’ai vécue c’est qu’aujourd’hui le formateur se transforme de plus en plus en évaluateur. Je trouve que cette évolution est néfaste à la relation de confiance avec les stagiaires.
Si on renforce cela, l'Espé serait tout le temps dans le suivi (flicage ?) des enseignants. Si en plus les inspecteurs/trices s’en mêlent on risque d’avoir une formation encore plus infantilisante. Quand on voit les annonces récentes sur les méthodes de lecture (livret orange) on peut là aussi craindre que cette logique d’évaluation renforcée se transforme en contrôle de conformité.

Recommandation n°5 : « développer la bivalence et la polyvalence dans les parcours de licence ». Cette logique se situe dans le prolongement d’autres évolutions récentes. La réforme du lycée par exemple multiplie les enseignements qui peuvent être assumés par des enseignants de différentes disciplines. Quand l’interdisciplinarité est au service de projet, on ne peut qu’être d’accord. Quand il s’agit d’une polyvalence contrainte et surtout destinée à faire des économies avec plus de flexibilité, on peut être plus inquiet.

Recommandation n°6 : C’est celle qui concerne la place du concours : « placer les épreuves d’admissibilité en fin de licence ; asseoir davantage les épreuves d’admission, qui seraient placées au cours de l’année de M1, sur des enseignements de professionnalisation ».
J’ai milité dès 2012 pour que le concours soit en fin de licence, je l’ai redit dans une note Terra Nova. Je pense aussi qu’il faut que l’admission se fasse sur des épreuves réellement professionnelles. Je suis donc plutôt favorable à cette évolution d’autant plus que le concours tel qu’il est placé en fin de M1 reposait sur un bachotage peu formateur
Mais il y a un risque, qui est celui de profiter de ce décalage pour placer les « stagiaires » dans un entre-deux qui pourrait reposer sur de la précarité et une remise en cause de l’année de formation en alternance (et du salaire qui va avec...).
Autre question : que faire de ceux qui seront admissibles et pas admis après avoir passé un an dans cette situation intermédiaire ? 

On peut dire que le rapport de la Cour des Comptes sert les intérêts de Jean-Michel Blanquer. Il va dans le sens d’une gouvernance modifiée et qui redonne la main au ministère et aux rectorats au détriment d’une certaine indépendance. On voit aussi se profiler des économies avec les regroupements académiques. 
Il y a aussi des zones d’ombres dans ces recommandations. 
Rien n’est dit explicitement sur les personnels des ESPÉ. J-M Blanquer a dit à plusieurs reprises lors d’interviews ou de déclarations plus restreintes qu’il fallait changer des situations acquises et aller vers plus de formateurs « de terrain ». En tant que formateur en temps partagé (depuis 11 ans...) je devrais me réjouir. Mais je ne peux m’empêcher de craindre que cela soit surtout l’occasion de revenir à un « compagnonnage » confié aux tuteurs dans les établissements et que la relative autonomie des formateurs ne soit contestée par un contrôle plus ferme et directif de l’État Employeur avec les rectorats et l’inspection. Et tout cela dans une logique d’économie...

Philippe Watrelot
Formateur en temps partagé à l’ESPÉ de Paris et "professionnel de la défiance" (©) ... !


Mes autres billets sur la formation
Des ESPÉ...rances ? (avril 2013)


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dimanche, juin 03, 2018

Uniforme à l'École : faux "retour" et cache-misère

Sur cette photo (oui, c'est moi..) , je porte un magnifique sweat-shirt produit par la MDL (maison des lycéens) de mon établissement. Sa vente a eu beaucoup de succès. Il existe en plusieurs couleurs... 
Chaque année, je suis frappé lors de la photo de classe par la volonté de beaucoup d'élèves de se trouver un signe de rassemblement. Une année, ils s'étaient même fabriqué des écussons du lycée ! 
Tout cela pour dire que le sentiment d'appartenance ne doit pas être pris avec des sarcasmes. Je pense qu'on a insuffisamment travaillé en France sur cette dimension du climat scolaire. 
Dans ma carrière, j'ai travaillé deux ans au lycée français de New York (LFNY). C'était, certes, un lycée "français" mais qui empruntait beaucoup de caractéristiques des "High schools" US privées. Il y avait évidemment un "yearbook" et une "prom" à la fin de l'année. J'ai beaucoup appris sur le climat scolaire et les rituels à cette occasion.

Nous étions aussi soumis à un "dresscode" (pour les profs aussi)... Ce que j'ai constaté, en revanche c'est que, contrairement à l'objectif souvent avancé, cela n'a jamais empêché les différences sociales d'apparaitre. Elles se font plus subtilement mais elles sont très visibles quand même, croyez moi ! 

Dans le débat actuel sur l'uniforme et son "retour", je trouve qu'on ne se pose pas les bonnes questions et qu'on ne fait que complaire à toute une frange de la population qui se réfère à une école fantasmée et qui n'a, de fait, jamais existé.
On devrait d'ailleurs mettre à l'amende tous les journalistes et les hommes politiques qui utilisent l'expression de "retour". Je suis sûr qu'on pourrait financer quelques sorties scolaires !

Plutôt que de se focaliser sur d'illusoires effets sur l'autorité ou les inégalités (qu'on cache plus qu'on ne les combat), on devrait s'interroger sur les moyens d'améliorer le climat scolaire et le sentiment d'appartenance et d'intégration dans le respect des différences et de l'individualité et la libre adhésion. 
Et surtout il faudrait se donner les moyens de lutter vraiment contre les inégalités plutôt que d'essayer vainement de les masquer avec un uniforme "cache misère"...
PhW

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jeudi, avril 26, 2018

Education et coups de com' : Le retour du «retour»…




Dans plusieurs articles de presse et sur les réseaux sociaux; on commente les recommandations de JM Blanquer en parlant du « retour de la dictée », du « retour du B-A-BA »,  du «retour aux fondamentaux» ou du «retour du bon sens». Je voudrais faire quelques remarques sur les pièges de communication contenus dans ces expressions.

Même si les journalistes sont aussi susceptibles que les enseignants (c’est dire ! ), je me permets de leur dire qu’il ne faudrait pas se laisser abuser par ce genre d’astuce de communication. Pour qu’il y ait retour, il faudrait qu’il y ait eu abandon. 
Or, c’est faux ! Les enseignants font des dictées, du calcul mental et sont soucieux de l’efficacité des apprentissages de leurs élèves. 
Laisser entendre que ce ne serait pas le cas ne résiste pas à un examen des pratiques (cf conférence de consensus récente sur la lecture). Il faudrait aller faire un tour dans les classes au lieu de se laisser abuser par la communication ministérielle et ses vieilles ficelles. Et se rappeler que le procédé a souvent été utilisé. La dernière annonce de la dictée quotidienne c’était en 2015 ! 

L’invocation des “fondamentaux” comme une sorte de mantra par les ministres est un bel exemple de ces idées qui apparaissent de bon sens mais qui ne résistent pas aux chiffres et au concret de la vraie vie de l’éducation…C’est du populisme éducatif destiné à plaire à l’opinion !
On ferait mieux de déconstruire ces préjugés et ces idées toutes faites pour qu'il puisse y avoir un vrai débat documenté et rigoureux.

Autre problème de communication : se focaliser sur la “liberté pédagogique”. Cette notion est piégée. Elle a de nombreux implicites comme l’idée que les enseignants pourraient faire ce qu’ils veulent dans une sorte d’exercice “libéral” du métier. La liberté pédagogique est souvent un faux nez du conservatisme. 
En plus l’implicite de la “liberté pédagogique” serait qu'on aurait une sorte de "privilège" qui dispenserait des règles s'appliquant à tous les fonctionnaires. Parlons plutôt d'autonomie des équipes avec une démarche collective s'appuyant sur notre expertise et notre connaissance du terrain. 

Par ailleurs je trouve normal que le politique nous fixe des objectifs et nous dise qu'il faut aller de A à B. Mais ici, on ne nous dit pas le but, mais on nous enjoint à utiliser tel itinéraire, quelles chaussures mettre et comment nous habiller pour faire la randonnée ! 

En résumé : Méfions nous des effets de com’. Remettons les annonces en contexte et confrontons les à la réalité des pratiques. Et faisons confiance au terrain plutôt que d’entretenir le doute sur le professionnalisme des enseignants. 

Pour le traduire en langage « nouveau monde » : un peu moins de « top-down » (so XXe siècle), un peu plus de « bottom-up » et de l’ « empowerment » ! voilà de quoi vraiment disrupter et penser « en dehors de la boîte » !!!

Philippe Watrelot


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