samedi, septembre 24, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 19 au 25 septembre 2016





— 3-18 — 60.000 —Sarkozix et les dégâts de la Marine —Assassins - Lectures - .


Voici venu le temps des tactiques électorales. Et l’École n’y échappe pas.
D’abord du côté gouvernemental avec la promesse faite par la ministre d’étendre la scolarité de 3 à 18 ans qui n’est pas sans arrières pensées électorales. C’est le cas aussi avec la communication sur les 60.000 postes promis et créés.
En face, le feuilleton continue avec les aventures de Sarkozix le gaulois mais aussi les propositions de Marine Le Pen pour l’éducation. Outrance et excès sont au rendez vous tout comme dans le livre qui a agité les réseaux sociaux enseignants. Écrit par une journaliste de l’Obs, il dresse une liste des “assassins de l’École”. Rien de moins...
On finira ce bloc-notes avec quelques conseils de lecture. .



3-18
Pour “aller plus loin sur l'éducation lors du prochain quinquennat”, “je proposerai d'étendre la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans”. C'est par un tweet publié le 17 septembre lors des universités de l'engagement, (organisées par le PS jusqu'au 3 décembre), que la ministre de l'Education a formulé cette proposition qu’on peut presque qualifier de “promesse de campagne”. Pour aller jusqu’au bout de cette réforme, Najat Vallaud-Belkacem estime qu’il faudrait créer "5.000 à 7.000 postes de professeurs supplémentaires".
Dans la course à la présidentielle qui commence, Najat Vallaud-Belkacem se pose donc à contre-courant des positions de candidats à la primaire à droite, qui veulent durcir l'orientation en fin de 3e et prônent la sélection précoce... Elle donne ainsi des gages à son camp et à un électorat qu’il faut reconquérir. Pour le Snes-FSU, syndicat majoritaire du second degré, ainsi que pour le Parti Communiste, l'allongement de la scolarité obligatoire est en effet une vieille revendication.
Pour comprendre les enjeux, rappelons qu’actuellement la scolarité obligatoire est de 6 à 16 ans . C’est la réforme Berthoin en 1959 qui a fait passer la limite de 14 à 16 ans. Si aujourd’hui 98% des enfants de 3 ans vont déjà à l’école maternelle, c’est à l’autre bout de la proposition que les questions sont les plus vives. Aujourd’hui près de 97% des jeunes de 16 ans sont au lycée et plus de 77% des jeunes de 18 ans sont scolarisés. Mais on sait que le décrochage est un problème qui est loin d’être résolu (on estime à 80.000 le nombre de décrocheurs de 16 à 18 ans). L’obligation de scolarité obligerait à faire évoluer le système pour favoriser les passerelles entre les voies et les filières et offrir des orientations plus positives.
Comment cette proposition est-elle accueillie ? A droite, on parle de “fuite en avant”, de démagogie, on ironise sur le fait que c’est un moyen de truquer les chiffres du chômage. “Il est curieux que cette proposition arrive à quelques mois de l’élection présidentielle” s’étonne, quant à elle, Frédérique Rolet du SNES-FSU dans L’Humanité Sur RMC, la même affirme "Pour que l'école obligatoire jusqu'à 18 ans soit efficace, il faut repenser toute la scolarité". En résumé, si beaucoup à gauche considèrent que cette proposition va dans le bon sens, elle serait trop tardive et aurait un parfum de manœuvre électorale.
On aurait pu préférer que cela soit annoncé en début de quinquennat. On peut aussi considérer qu’il fallait d'abord recréer des postes pour assurer l'existant et redonner de la formation aux stagiaires, ce qui rendait difficile la réalisation effective de cette proposition, faute de vivier. On ne peut faire de l'incantation sans vérifier que l'intendance suive. La subtilité de ce coup politique est qu’il oblige des opposants de gauche à se positionner et à admettre donc implicitement que pour que la proposition dont ils ne peuvent vraiment se désolidariser puisse se réaliser, il faudrait battre la droite dès le 1er tour...
Au delà du commentaire politique, faisons un pas de côté pour revenir à un débat plus général sur la conduite du changement. Frédérique Rolet l’affirme "Pour que l'école obligatoire jusqu'à 18 ans soit efficace, il faut repenser toute la scolarité". Ce qui suppose donc de profondes réformes. Car à système éducatif constant, une telle obligation n’aurait que peu d’effets en particulier sur les décrocheurs qu’on s’acharnerait à maintenir dans un système inchangé qui ne leur convient pas. Avec la question de l'extension de la scolarité à 18 ans comme avec la question de la fin du redoublement et bien d'autres points du même genre, ce qui se pose c'est de savoir quelle est la dose de volontarisme et celle de conditions préalables pour réussir une réforme. Sans compter la question du temps...
Ce qui est intéressant également c’est de constater qu’il y a là aussi dans la déclaration de F. Rolet une sorte de volontarisme qui étonne quand on pense aux critiques faites à la réforme du collège qu’on accusait justement d’être trop...volontariste.
La conduite du changement est une alchimie complexe. Si on attend que tout le monde soit formé pour mettre en œuvre un dispositif, on ne le fera jamais. A l'inverse si on décide brutalement un changement sans qu'il y ait un minimum d'anticipation ça ne marchera pas non plus. On peut de temps en temps "bousculer" pour contraindre les pratiques à s'adapter et trouver collectivement des solutions à la nouvelle situation. Mais cela demande du temps et il y a souvent une impatience qui nous conduit à juger trop vite de l'efficacité de telle ou telle mesure à peine lancée (je lis déjà des articles sur le bilan des EPI...). Il faut aussi tenir compte du phénomène des “prophéties autoréalisatrices" : si on pense que ça ne va pas marcher... il y a de fortes chances pour que ça ne marche pas ! Et dans le contexte actuel de morosité et de crispation, l'optimisme n'est pas la valeur la mieux partagée....!

60.000
60.000 postes dans l'Éducation : engagement tenu ! ” C’est ce que met en avant la communication sur le site du Ministère. Tout comme avec l’annonce de la future disparition du “trou de la sécu”, on est dans la mise en avant du bilan du quinquennat avec une des promesses les plus emblématiques de la campagne de 2012. J’avais montré dans un article de blog il y a quelques mois, le contexte et les enjeux de cet engagement. Avec l’annonce de la création de 12.842 postes dans le projet de loi de finances 2017 qui s’ajoutent aux 47.158 déjà créés ce seraient donc 54.000 postes qui auront été créés dans l’éducation nationale auxquels il faut ajouter 5000 postes dans l’enseignement supérieur et 1000 dans l’enseignement agricole. Il faut aussi rappeler que c’étaient près de 80.000 postes qui avaient été supprimés sous le précédent quinquennat. C’est la raison pour laquelle, il est préférable de parler de re-créations...
Alors, le compte est bon ? Si beaucoup de journaux titrent sur cette promesse tenue, cela n’empêche pas les critiques et les calculs. Selon Xavier Marand co-secrétaire général du SNES-FSUinterviewé par France Info "La ministre fait des jeux d'écriture pour atteindre 60 000 postes".Il explique que les concours pour les postes d'enseignants "ne font pas le plein" et considère que les effets sur le terrain sont assez peu visibles.
Sur quoi porte le débat ? Comme je l’avais déjà montré dans un article de blog, il y a, me semble t-il, trois points de débats :
- temps plein ou mi-temps ?
- créations brutes ou nettes ?
- postes créés ou pourvus ?
Près de la moitié des postes créés l’ont été dans le cadre de la restauration de la formation initiale des enseignants. Ceux-ci sont de nouveau en alternance pour la première année d’enseignants. On ne peut que s’en réjouir mais cela signifie qu’aujourd’hui parmi les postes créés une partie est encore à mi-temps. Cela amène certaines critiques à considérer qu’on ne peut pas les compter comme des créations de 60.000 postes ETP (équivalents temps plein). Mais ils le seront ensuite !
Le deuxième reproche est plus important. Car dans le même temps que des postes sont créés, d’autres enseignants partent en retraite. Les créations compensent-elles ces départs ? En d’autres termes, s’agit-il de créations brutes ou nettes ? À cela s’ajoute une autre dimension qui est celle du boom démographique qui a été négligé par le précédent quinquennat et a eu un effet de soustraction limitant l’impact des créations dans les classes et les établissements. Plusieurs analystes considèrent que, pour évaluer l’effet réel de la politique menée, il faudrait regarder le nombre de postes de titulaires effectivement créés, c'est à dire supplémentaires par rapport à la fin du quinquennat précédent et les comparer aux besoins du système scolaire au regard de la hausse démographique. Il y a donc toute une ligne syndicale et politique très critique qui va même jusqu’à parler d’ “entourloupe” voire de “mensonge”... Il n'en reste pas moins que cette posture peut avoir des conséquences dans les urnes et conduire à des politiques de suppressions de postes. Et là il n'y aura plus à discuter pour savoir si elles seront "nettes" ou "brutes". Elles seront juste brutales...
La troisième critique nous rappelle que “poste créé” ne veut pas dire “poste pourvu”. Ce sont 25.000 enseignants que va recruter l'Éducation nationale en 2017. Mais le problème est que tous les postes mis aux concours ne trouvent pas forcément de candidats. Concernant le CRPE, alors que tous les postes étaient pourvus en 2011, 550 ne l’étaient pas en 2016. Et si 800 postes n'étaient pas pourvus au Capes externe de 2011, 1.100 ne l’ont pas été en 2016, essentiellement en mathématiques, lettres (modernes et classiques), anglais et allemand. Même si les concours 2016 ont montré une reprise des inscriptions, certains CAPES (concours du second degré) ont un rapport inscrits/postes très bas. Ce qui fait dire que la sélectivité est faible. En fait pour le premier degré, les concours sont aussi plus ou moins sélectifs selon les départements nous dit Le Monde . Et pour certains concours, nous dit le journaliste Erwin Canard, sur EducPros.fr la question d'une baisse des exigences se pose même. En mathématiques, nous dit le journaliste , entre 2012 et 2015, la barre d’admissibilité (sur 20 points) a été successivement placée à 6,75, 6,50, 6 et 5,7, avant de remonter à 6 en 2016. La question du recrutement nous renvoie à celle de l’attractivité du métier et évidemment aussi à celle de la rémunération.
Quoi qu’il en soit, si la question des 60.000 postes sera, sans nul doute, âprement débattue dans la campagne présidentielle qui a déjà commencé, il ne faut pas oublier que tous les programmes de la droite prévoient quant à eux une baisse du nombre de postes...

Sarkozix et les dégâts de la Marine
Le feuilleton de la campagne continue avec cette semaine les aventures de Sarkozix le gaulois mais aussi les propositions de Marine Le Pen pour l’éducation.
les parodies ont fleuri sur Twitter...
Lundi 19 septembre, à Franconville, dans le Val-d'Oise, Nicolas Sarkozy a donné un meeting durant lequel il a donné sa vision de l'intégration à la société française. "Nous ne nous contenterons plus d'une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l'assimilation", a-t-il lancé en ajoutant que tout nouveau citoyen devrait se dire : "J'aime la France, j'apprends l'histoire de France, je vis comme un Français. Et il a poursuivi en affirmant qu'à partir du moment où l'on devient Français, "on vit comme un Français et nos ancêtres sont les Gaulois".
Cette phrase a suscité beaucoup de critiques et de sarcasmes sur les réseaux sociaux. Mais il faut bien reconnaitre que l’ex-président et candidat a rempli son objectif : il provoque et il met le thème de l’identité nationale à l’agenda et oblige tout le monde à se positionner par rapport à cela.
Il y a donc eu beaucoup de réactions sur cette expression controversée” selon Le Figaro . Pour la replacer dans un contexte historique on pourra se tourner vers un texte de Claude Lelièvre Mediapart qui revient au point de départ en redonnant le texte d’Ernest Lavisse à l’origine de l’expression ou un  texte de 2008 de l’historienne Suzanne Citron (Rue89) . Elle a aussi suscité des remarques sur les réseaux sociaux de la part des profs d’histoire . Deux chercheuses (Mathilde Larrère et Laurence de Cock) qui ont été particulièrement actives sur les réseaux sociaux ont rassemblé dans un “storify l’ensemble de leurs interventions sur Twitter.
Pendant ce temps là, se tenait une convention le jeudi 22 septembre sur le thème de l’Ecole organisée par le Collectif Racine et le Collectif Marianne. La convention a été ouverte par Florian Philippot et c’est Marine Le Pen qui a prononcé le discours de clôture. On trouvera un compte rendu assez détaillé dans Le Monde ou Les Échos. On lira aussi une forte critique dans une interview de Laurent Escure de l’UNSA Éducation dans l’Obs. La présidente du Front National a, en fait, formulé trois propositions :
- un retour aux “fondamentaux" avec 50 % du temps consacré à l’apprentissage du français.
- suppression du collège unique avec « revalorisation » de la voie professionnelle
- et à l'université : sélection dès l'entrée et à tous les niveaux. 

Marine Le Pen s’est aussi livrée, sans surprise, à une critique en règle des « pseudo-pédagogues qui hantent les couloirs de la Rue de Grenelle ». « Les folies pédagogistes ont trop duré, les professeurs n’ont pas besoin d’experts scientifiques, ils sont les vrais experts», a-t-elle asséné (et on va voir qu’elle n’est pas la seule...). Le message qu’elle voudrait faire passer au monde enseignant qu’elle cherche à séduire est donc très démagogique : dans son projet ce ne sont ni les chercheurs ni les enfants qui seraient « au centre », mais les professeurs.

Assassins
Mise au pilori...
C’est la page du magazine Le Point qui a surtout fait réagir . On y voit huit visages alignés sur deux rangées avec leur nom et une courte présentation et en titre “Ils ont tué l’école !”. Cette présentation (qui en rappelle d’autres) accompagne la présentation de l’ouvrage de Carole Barjon (journaliste à l'Obs....) “Mais qui sont les assassins de l'École ?”. Sur le site de l’éditeur Robert Laffont, voici comment l’auteur présente son livre : «20 % des jeunes Français savent à peine lire. Comment a-t-on pu en arriver là, dans une démocratie comme la France, longtemps enviée pour la qualité de son système éducatif ? Qui sont les véritables responsables de ce désastre ? […]Pour m'expliquer l'origine de cette faillite, j'ai voulu connaître les auteurs, ou plutôt les fauteurs, des politiques éducatives qui y ont conduit. Les identifier, afin de comprendre ce qu'ils avaient en tête au moment où ils ont conçu et/ou appliqué ces nouveaux contenus, ces nouvelles pratiques, ces nouvelles méthodes, ces nouvelles règles. À l'heure de la transparence et de la traçabilité dans tous les domaines, j'ai voulu savoir comment des gens en principe sains d'esprit ont pu engendrer de telles aberrations, ce que ces réformateurs mal inspirés pensent du résultat de leurs initiatives et s'ils en éprouvent aujourd'hui des regrets, voire des remords. Paradoxe terrible : ceux qui voulaient rendre l'école moins inégalitaire en sont arrivés à la rendre plus injuste.» Là aussi, il y a eu de nombreuses réactions. On peut citer surtout celle de Christophe Chartreux sur son blog “Prof en campagne qui est la plus emblématique.
Au delà de l’indignation légitime devant le procédé et les approximations de cette journaliste, il faut aller chercher dans la critique de son confrère Paul Quinio dans L’Obs quelques matière à réfléchir. S'il pointe les outrances de ce pamphlet, il appelle aussi le lecteur "pédago-compatible" à penser contre lui-même en considérant que cet ouvrage peut y aider. Il y a d’abord une question mille fois posée : est-ce que l'école d'aujourd'hui est celle des “pédagos” ou celle du conservatisme ? En d'autres termes souffre t'elle d'un excès de réformes ou au contraire d'une insuffisance ou encore d'un dévoiement des réformes? On a beau jeu d'accuser les pédagos et de les rendre responsables de la difficulté du système à lutter contre les inégalités alors que celui-ci est surtout marqué par l'immobilisme. Le journaliste évoque ensuite des “méa-culpa” à propos de questionnements de certains de ces "pseudo-assassins". Meirieu et Dubet qui s'interrogent ? mais c'est normal de s'interroger et ce n'est en rien un “méa-culpa“ ! Avoir des convictions et les porter ne signifie pas qu'on est pétri de certitudes, il est normal de se questionner alors qu'en face, bien souvent on ne se pose aucune question tant on est sûr d'avoir raison ! A la lecture de cette recension on s'aperçoit aussi que la principale référence sur laquelle s'appuie Barjon semble être les travaux de Sandrine Garcia et Anne-Claudine Oller dont on a montré le caractère très discutable. Et il y a beaucoup d’autres approximations du même genre.
Enfin, si l’interrogation posée sur la persistance des inégalités est ô combien légitime, la manière d’y répondre en désignant à la vindicte des “assassins” est insupportable et nous renvoie à des procédés et des époques qu’on aurait aimé savoir derrière nous...

Lectures
Finissons cette revue de presse par quelques lectures...

Notre attention a été attirée cette semaine par l’interview de Denis Laforgue, dans le Café Pédagogique . Celui-ci est ethnographe et il a observé pendant deux ans le fonctionnement d'une inspection académique. L’entretien donne envie de lire le livre. On y évoque tout le poids des logiques routinières dans le maintien des inégalités.

La démocratisation des diplômes est-elle allée trop loin? ”, c’est la question que pose Louise Tourret sur Slate.fr après sa lecture du livre de Louis Chauvel La Spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions. (Seuil).
Il y aurait plein de choses à dire sur cet article. En cours de SES (désolé je fais mon prof...) je prends bien soin de distinguer “démocratisation" et "massification"... Incontestablement il y a eu une massification de l'école mais malheureusement il s'agit d'une démocratisation en trompe l'œil ( le sociologue Pierre Merle parle de “démocratisation ségrégative” ). Bien sûr il y a plus de personnes qui ont le bac mais ce ne sont pas les mêmes bacs et l'accès est loin d'être le même selon les catégories sociales. Ensuite, la thèse de l""inflation scolaire" (développée d'abord par Marie Duru-Bellat) est contestable et doit être nuancée. Si certains métiers sont en effet l’objet d’une surqualification conduisant à une dévalorisation du diplôme (là où il fallait le brevet, il faut aujourd’hui le bac) pour d’autres l’augmentation des diplômes correspond à une véritable augmentation des qualifications requises. S'il existe une peur du déclassement bien présente en France et que Chauvel reformule une nouvelle fois dans ce livre, cette peur doit être nuancée et relativisée. Et, en tout cas, elle ne doit pas amener à conclure dans une sorte de pessimisme nihiliste à l'idée que les diplômes ne valent plus rien... Cette thèse est aussi dangereuse parce qu'elle démobilise les plus fragiles et qu'elle sert les intérêts des plus privilégiés qui savent, eux, que les diplômes leur sont utiles... L'enjeu est plutôt de construire une vraie “démocratisation" plutôt que de, au final, faire le jeu de l'élitisme.
Nous avons massifié. Nous n’avons pas su démocratiser” c’est d’ailleurs ce que dit Charlotte Magri dans The Conversation. Cette ancienne professeur des écoles qui avait été la lanceuse d’alerte sur la situation des écoles à Marseille vient de sortir un livre intitulé “Lettre ouverte au ministre de l’Éducation Nationale” (Stock)

Dans Libération du 19 septembre, on pourra lire une tribune d’Andréas Schleicher, directeur du département Éducation à l’OCDE . Pour lui «les types de compétences les plus faciles à enseigner et à évaluer sont aussi les plus faciles à numériser, à automatiser et à externaliser. C’est pourquoi l’éducation doit s’attacher davantage à notre façon de raisonner, en développant notamment la créativité, l’esprit critique, la résolution de problèmes et la prise de décisions, à notre façon de travailler, en développant les compétences de communication et de collaboration, et à nos traits de personnalité, en encourageant ceux qui nous aident à mieux vivre et travailler ensemble.» Il annonce donc que dans les prochaines enquêtes PISA à partir de 2018 on évaluera les “compétences globales” c'est-à-dire la résolution de problèmes et la capacité à coopérer.

Le plat de résistance de cette série de lectures est un rapport absolument passionnant. Intitulé Quelle finalité pour quelle École ? , il émane de France Stratégie qui est un organisme officiel de réflexion prospective héritier du commissariat au Plan. “Quelle école voulons nous ?” c’est la question à laquelle répond ce rapport rédigé par Son Thierry Ly qui constate qu’une des difficultés aujourd’hui de notre système éducatif est que ses finalités ne sont pas claires et cela contribue au malaise des enseignants. Le collectif réuni autour de cet économiste définit trois hypothèses : une école qui prépare au monde professionnel, une école qui permette l’accomplissement de la personnalité, une école qui transmet une culture commune. Et pour chacune d’entre elles, il repère les défis et essaye de voir concrètement les conséquences en termes d’organisation. C’est vraiment très éclairant et cela donne de nombreuses pistes de réflexion et d’actions...
Et dans la période qui s’annonce on a vraiment besoin d’une réflexion rigoureuse et hors des caricatures, par Toutatis !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, septembre 18, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 12 au 18 septembre 2016





- Inégalités — Mérite — École numérique — Mixité — élections pestilentielles - .



Et si on parlait vraiment des inégalités à l’école et des moyens de les réduire ? C’est le pari (fou) de ce bloc-notes qui commence par ce qui est au coeur du rapport de l’OCDE et de plusieurs autres publications.
Dans ce retour sur l’actualité éducative, on parlera aussi de l’évolution du système d’inspection et d’évaluation des enseignants, de l’école numérique. On reviendra également sur le thème de la mixité sociale avant de finir par le feuilleton sur les élections marqué par la surenchère et la confusion des repères...



Inégalités
Quoi qu’on pense de l’OCDE, la publication chaque année de Regards sur l’Éducation par cette institution est un évènement et ce rapport est toujours une source d’informations et de réflexions. L’édition 2016 qui compile 100.000 données sur l'état des systèmes éducatifs en 2014, ne fait pas exception et éclaire plusieurs débats hexagonaux.
On y apprend que la France consacrait (en 2013) un investissement "plutôt faible" à l'école primaire, avec 7.200 dollars par élève et par an contre 8.500 en moyenne dans l'OCDE. On notera toutefois que lors de la conférence de rentrée scolaire, la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a défendu un rééquilibrage des dépenses en faveur du premier degré, chiffres plus récents à l'appui, avec une dépense annuelle par écolier en hausse de 12,5%, atteignant 6.500 euros en 2017 contre 5.800 euros en 2012.
La publication de l’OCDE évoque aussi les rémunérations des professeurs . “Les salaires des enseignants restent peu attractifs” dans l'Hexagone, relève l'OCDE, en mettant en regard le salaire effectif - primes incluses - d'un enseignant du primaire avec celui d'un actif diplômé de l'enseignement supérieur. Un enseignant du primaire reçoit 76 % du salaire de cet actif. 
Pour les enseignants de collège en filière générale, l'assertion est moins vraie : ils perçoivent 91 % du salaire d'un actif diplômé de l'enseignement supérieur.
 L'OCDE a aussi comparé le salaire statutaire des enseignants (hors prime) avec celui d'une personne active. En début de carrière, la France est en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE. 
En revanche, en fin de carrière, un enseignant qui termine à l'échelon maximal serait selon le rapport au-dessus de la moyenne OCDE.
Il y a bien d’autres sujets encore qui sont abordés dans ce très riche rapport. Mais le mot clé de cette année semble être celui d’“inégalité”. Et l’évaluation de la situation qui est faite peut se résumer comme le fait Le Figaro par cette formule scolaire “pour l'OCDE, la France peut mieux faire. “La France a réussi beaucoup de choses sur un plan quantitatif mais pêche toujours sur un plan qualitatif”, résume Éric Charbonnier, expert éducation à l'OCDE. On peut constater que si, depuis quarante ans, le niveau d'instruction de la population française s'est considérablement élevé, les inégalités se sont creusées ces dix dernières années. “La France a réussi à massifier son éducation, en emmenant toujours plus de jeunes à des diplômes du secondaire et aux études supérieures, elle garde une élite forte et performante, mais elle a laissé une partie, les moins favorisés, sur le bord du chemin”, ajoute le même Eric Charbonnier dans Le Parisien
On peut espérer que ce thème majeur de la lutte contre les inégalités reste encore dans l’actualité. Le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) doit rendre public dans dix jours une vaste étude, passant au crible vingt ans de politiques publiques éducatives, au titre parlant «Pour quelles raisons la France est-elle devenue le pays le plus inégalitaire de l'OCDE». En préparation de cette publication, il faut signaler le bon dossier du journal Le Parisien du vendredi 16 avec pour titre : “Inégalités scolaires : le défi de l'école française”. Outre un très bon reportage de Christel Brigaudeau au fond d’une classe de CP, on y trouve aussi une interview d’Arnaud Riegert membre de ce Conseil national d’évaluation du système scolaire . A la question “Faut-il donner encore plus de moyens financiers à l'école pour corriger le tir ?”, il répond “L'Education est le premier budget de la France, et les moyens supplémentaires que le pays serait en mesure de lui accorder ne suffiraient pas à changer radicalement la situation. Les dizaines de milliers de postes créés sous le quinquennat de François Hollande n'ont pas changé la donne. Les inégalités scolaires doivent être attaquées sur plusieurs angles en même temps pour que la lutte soit efficace : il faut des moyens mais aussi une plus grande mixité et de nouvelles méthodes pédagogiques.
Toujours sur ce thème des inégalités et de l’École, il faut aussi attirer l’attention sur un livre qui vient de paraitre. Il s’agit de «L’école qui classe» de la sociologue Joanie Cayouette-Remblière dont on pourra lire un compte-rendu dans Libération A partir de l’analyse du parcours de 530 élèves suivis à travers leurs bulletins scolaires, du primaire au baccalauréat, elle en arrive à la conclusion que l'école française contribue à fabriquer les inégalités. Elle l’exprime très clairement dans dans le Café Pédagogique : “Lorsque l'on parle inégalités scolaires, on entend souvent que les élèves de classes populaires arrivent à l'école avec des manquements et qu'ils gardent ce handicap. Avec ce travail, je montre que les écarts se creusent au fil des parcours. Certains chercheurs en ont eu l'intuition. Mais cela n'avait jamais été démontré, chiffres à l'appui. Or on le voit ici très nettement au niveau local. Ce ne sont pas les écarts de début de sixième que l'on retrouve en fin de parcours. Loin de les résorber, l'école française creuse les inégalités.
Face à de tels enjeux, on se prend à rêver que le débat sur l’éducation porte vraiment sur cette question essentielle plutôt que de s’écharper sur des questions de blouse ou de salut au drapeau...

Mérite ?
Beaucoup d’articles cette semaine ont porté sur l’évaluation des enseignants et le nouveau système de gestion des carrières.
L'Éducation nationale s'apprête à modifier le système d'avancement des carrières en vigueur pour tous les enseignants. Ils feront l'objet d'une inspection quatre fois au cours de leur carrière qui pourra se solder par une augmentation. Cette réforme coûtera 1 milliard d'euros sur les trois prochaines années. […]Cette réforme avait été annoncée par la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, en mai dernier, pour revaloriser leurs carrières. Un document de travail du ministère de l'Éducation nationale, révélé par RTL et que le Figaro a pu consulter, en précise ce jeudi les premiers détails ” C’est ce qu’on peut lire, par exemple dans Le Figaro . Les médias semblent présenter l'information “révélée” par RTL comme entièrement nouvelle... Mais comme le rappelle Le Figaro dans l’extrait cité plus haut, tout ce qui est décrit est déjà dans les tuyaux depuis plusieurs mois (depuis mai au moins pour le grand public) et se situe dans le cadre des négociations PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations). Elles avaient été présentées fin mai dans un article très complet du Café Pédagogique
Donc ce n'est pas un "scoop". Ce qui est intéressant aussi à observer c'est la manière dont les médias en rendent compte avec plus ou moins de subtilité et de précision et avec plus ou moins d'arrières-pensées politiques. Par exemple, présenter cela comme un “salaire au mérite" comme le font plusieurs journaux est pour le moins excessif et tendancieux...
Essayons de prendre un peu de recul pour se demander si le système actuel est satisfaisant avant de voir d’où vient ce projet et les avantages et les inconvénients qu’il peut avoir et de finir par les difficultés qu’il peut rencontrer...
Le système actuel est-il satisfaisant ? La réponse est NON ! Demandez à des enseignants le nombre d’inspections au cours de leur carrière : 2, 3 ou 4 maximum... En plus du faible nombre, on sait aussi que souvent les inspections sont très infantilisantes dans leur modalités mêmes : collègues prévenus tardivement, jugés plutôt que conseillés, critères peu objectifs et soumis aux lubies de tel ou tel inspecteur,... Tout cela sur une seul heure de cours qui décide pour un bon nombre d’années de la vitesse à laquelle vous allez avancer dans votre carrière (3 vitesses : ancienneté, petit choix, grand choix) et donc de votre salaire. Ce qui est évalué est essentiellement de l’ordre de ce qui se passe dans l’activité d’enseignement, tout ce que vous pouvez faire “à côté” compte plus ou moins pour du beurre. On sait aussi, c’est la légende noire de l’enseignement, qu’il existe des très mauvais professeurs qui peuvent même faire du mal aux élèves, mais qu’il est très difficile de les sortir des classes et même de voir cela dans une inspection ponctuelle où ils peuvent faire illusion. Enfin, comme les inspecteurs ont un pouvoir réel sur les profs puisque leur note et leur rémunération dépend de leur avis, cela développe des comportements infantilisants et des pratiques un peu clientélistes qui sont regrettables : peut-on parler normalement à son inspecteur lorsqu’on sait qu’il vous note ? Oui, pour certains vieux schnoques comme moi, mais pas tout le monde. Quant à la notation administrative (sur 40 alors que la notation pédagogique est sur 60) faite par le chef d’établissement c’est tellement codifié et soumis à des péréquations que son effet est minime.
En bref, un système actuel qui permet assez mal de valoriser certains profs et qui ne permet pas non plus de sanctionner les mauvais (ben oui, ça existe...). C’est aussi un système "inadapté, relevant davantage du jugement que du conseil" puisqu'il "poursuit deux objectifs inconciliables : l'amélioration des pratiques professionnelles d'un côté et la gestion différenciée des carrières de l'autre". Ce n’est pas moi qui le dit, c’est un document interne au SNES évoqué par le site Touteduc
Pourquoi le système a t-il perduré ? Parce qu’il est, en fait, assez indolore. Et parce que, quoi qu’on en dise, et même si le moment de l’inspection est toujours vécu de manière stressante, il fout la paix aux enseignants. Ceux-ci sont des fonctionnaires qui sont en fait très peu contrôlés. Il a reposé aussi sur un système de co-gestion qui a fait se maintenir voire prospéré l’activité syndicale et si on avait l’esprit mal tourné on pourrait penser que c’est aussi une raison de son maintien. Enfin, il est encore la raison d’être de l’existence des corps d’inspection. C’est leur gagne-pain et c’est là dessus qu’eux mêmes sont en grande partie évalués !
D’où vient le système proposé aujourd’hui ? D’abord de la négociation syndicale qui est toujours en cours. Tout n’est donc pas encore acté comme semblent le dire à tort certains médias. Il vient ensuite du constat que, comme je l’ai montré plus haut, le système actuel trouve ses limites. Un constat partagé jusque là par l’essentiel des syndicats. Le système propose des rendez vous et un système de “vitesses” simplifié qui est plus clair que les visites aléatoires et peu fréquentes évoquées plus haut. Par ailleurs, il essaie de prendre en compte la globalité de l’engagement du professeur plutôt que le seul aspect du cours même si c’est considéré par beaucoup comme le cœur du métier. Il prend en compte les “nouvelles” missions de l’enseignant et valorise ceux qui vont au delà de ce seul aspect du cours proprement dit. Il ne s’agit pas de “salaire au mérite” mais de prise en compte de l’engagement sur des critères relativement objectifs. Le protocole d'évaluation est beaucoup plus rigoureux, semble t-il. Il repose aussi sur un bilan de compétences et une part d’auto-évaluation et de dialogue entre les différentes parties concernées. Cependant il reste encore très individuel et pourrait mettre plus en avant la dimension collective. Ce qui se fait plus dans le primaire où les IEN font de plus en plus des inspections d’école qui englobe l’ensemble des professeurs des écoles et leur travail d’équipe.
Qu’est-ce qui risque de bloquer ? Peut-on faire évoluer le système avec les mêmes acteurs que ceux qui ont contribué à la situation actuelle? Autrement dit :
- le corps d’inspection saura t-il évoluer d’une fonction de contrôle/sanction à une fonction de conseil/accompagnement ?
- Les chefs d’établissement sauront-ils collectivement dépasser le rapport ambigu au pouvoir que peuvent avoir certains d’entre eux ?
- Quant aux enseignants : sauront-ils dépasser une sorte de “passion pour l’égalité” qui a du mal à accepter la valorisation de quelques uns dans un métier où paradoxalement on met en avant la dimension collective alors que dans la majeure partie des cas on continue à en avoir une vision individualiste?
Dans ce contexte, les approximations des médias qui résument les propositions en une formule qui serait celle du “salaire au mérite” ne peuvent que contribuer à jeter de l’huile sur le feu. Et à mettre en péril la fragile négociation avec les syndicats qui est menée jusque là. Des syndicats qui peuvent se crisper et (re)tomber dans la surenchère qui avait pu être évitée jusque là.

École numérique
Annoncé en mai 2015 par le Président de la République le plan Numérique pour l'éducation qui vise "à préparer l'école et la jeunesse aux enjeux d'un monde en transformation" se déploie sur un quart des collèges et 1800 Ecoles repartis sur l'ensemble du territoire. Dans une interview donnée à Educavox Florence Robine , la Directrice Générale des Enseignements Scolaires au ministère de l'Education Nationale, précise pourquoi la simultanéité du lancement de ce plan et de la réforme du Collège répond à une stratégie globale du ministère de l'éducation nationale. Pour elle, il ne s'agit pas de faire du numerique pour le numerique mais en faire "une aide précieuse à des leviers de réussite au cœur de la réforme du collège". Pour la Dgesco, le numérique permet de "donner du sens aux apprentissages, de tisser du lien entre les disciplines, de rendre les élèves plus autonomes et plus actifs.". Il peut en particulier constituer "une aide précieuse pour l'évolution des pratiques pédagogiques pour la question de l'individualisation des enseignements et la question de l'évaluation".
Cette vision positive du numérique est contestée par un ouvrage récent qui a donné lieu à de nombreux commentaires et entretiens. Philippe Bihouix et Karine Mauvilly viennent en effet de sortir «Le désastre de l'école numérique». Ce livre très critique rassemble de nombreuses formules chocs où on affirme qu'«avec l’école numérique, nous allons élever nos enfants "hors-sol", comme des tomates». Pour les deux auteurs le numérique ne permettrait ni d’apprendre mieux, ni de lutter contre les inégalités. Il serait même nuisible à l’acquisition des fondamentaux, ferait perdre le goût de l’effort et mettrait en péril le métier d’enseignant.
Cet ouvrage très polémique commence à susciter de nombreuses réactions d'enseignants et d'experts de l'école qui réagissent à ces affirmations et à une thèse qu'ils/elles jugent infondée. Pour se faire son opinion, on pourra lire les textes de Ninon Louise Lepage , de Stéphanie de Vanssay ou encore de Caroline Jouneau-Sion, Marie-Caroline Missir, Bruno Devauchelle, Jennifer Elbaz et bien d'autres...On peut signaler aussi sur ce sujet un tribune collective pour défendre l'enseignement du “code" à l'école à lire sur le site de Libération.

Mixité sociale
Une semaine après, la tribune de Thomas Piketty dénonçant la faible mixité sociale continue de faire des vagues et d’avoir des effets directs sur les décisions ministérielles et rectorales. Et le débat continue aussi dans la presse.
Celui qui était encore le recteur de Paris, François Weil (il a été nommé au conseil d’État le mercredi 14 et remplacé par Gilles Pécout jusque là recteur de Nancy-Metz) annonçait lundi 12 septembre le projet d’utiliser un algorithme pour déterminer l'affectation des élèves de 6e, pour la rentrée prochaine. Son petit nom : "Affelnet 6e", comme son grand frère "Affelnet 2nde", qui répartit les lycéens en fonction de leurs vœux d'orientation. Parallèlement, le rectorat a indiqué qu'une "expérimentation" serait menée à la rentrée 2017 concernant des "secteurs multi-collèges"comme le préconise l’économiste Julien Grenet.
Un logiciel peut il créer de la mixité sociale ? se demande l’Express C’est la même question posée par Louise Tourret sur Slate.fr ou dans un article de France Info . A Paris, malgré quelques bugs, Affelnet a eu des effets bénéfiques pour l’entrée en seconde. Il a mis un terme au "marché des élèves", par lequel les proviseurs des lycées se partageaient les dossiers de façon opaque et subjective, et il a fortement contribué à diversifier le public scolaire dans les établissements parisiens. Mais en effet ce n’est certainement pas la seule solution et un algorithme ne suffit pas.
On peut aussi évoquer le projet de secteurs "multi-collèges", qui sera testé dans certains quartiers de la capitale en 2017. C’est l'économiste Julien Grenet, dont les travaux ont été cités par Thomas Piketty dans son texte, qui a conçu ce dispositif. Il est interrogé par Mediapart et donne aussi une interview très intéressante à L'Obs. Il partage le constat de Piketty mais en revanche est beaucoup plus circonspect sur les solutions proposées par l'auteur du “Capital au XXIe siècle”. Il ne pense pas que de contraindre le privé soit une solution efficace d’autant plus qu’elle risque d’être coûteuse politiquement en prenant le risque de relancer la “guerre scolaire” . “Concentrons-nous déjà sur la carte scolaire du public. A Paris, le phénomène de ségrégation sociale est lié pour moitié à des inégalités internes aux quartiers. […] Les inégalités s’expriment de manière très fine sur le territoire parisien et la carte scolaire, qui s’appuie exclusivement sur les adresses des élèves, ne parvient pas à les réduire. Pour arriver à une répartition plus homogène des populations, d’un collège à l’autre, il n’y a donc pas besoin de convoyer les enfants d’un bout à l’autre de Paris. Il suffit de faire bouger légèrement les frontières et de prévoir des zones de recrutement plus larges, communes à trois collèges par exemple. ”. Il estime aussi que Th. Piketty est trop sévère avec le Ministère et le Rectorat car, selon lui, beaucoup a déjà été fait notamment pour les lycées.

élections pestilentielles
Le feuilleton continue et la surenchère aussi...
Dans une émission de itélé, Jean François Copé déclare : Je propose de remettre la nation au cœur de l’école afin de transmettre la fierté d’être français à nos enfants :
- Rendre obligatoire le lever du drapeau à l’école.
- Rendre obligatoire le chant de la Marseillaise.
- Rendre obligatoire le port de l'uniforme dans les écoles publiques.

François Fillon veut quant à lui s'attaquer aux programmes scolaires. Le candidat à la primaire de la droite, qui a été ministre de l'Education nationale de Jacques Chirac, s'attaque aux «idéologues» qui pensent selon lui les programmes d'histoire : «Proposer à des académiciens de rédiger nos programmes d'Histoire». Dans l’hebdomadaire Famille Chrétienne , à qui il a accordé à une interview publiée jeudi dernier, le député de Paris s'agace de voir les programmes actuels «rédigés par des idéologues qui dégradent en permanence notre héritage historique». «Il y a une perte de repères qui se traduit chez une certaine jeunesse par une attitude très agressive vis-à-vis de la France et de son histoire», s'alarme François Fillon. «Au terme de ce processus, ajoute-t-il, il y a l'incivisme et des risques de dérives». Et il conclut : «Nous avons le devoir de redonner à l'ensemble de nos concitoyens des raisons d'être fiers d'être français».
Autre candidat à la primaire, Bruno Le Maire interviewé par Libération souhaite le remplacement du collège unique par un «collège diversifié» où des options professionalisantes seraient proposées dès la sixième. Quant à Nicolas Sarkozy, l’ancien chef de l’Etat recycle ses mesures de 2007 et de 2012, en y ajoutant une couche supplémentaire de fermeté nous dit Le Monde Le candidat à la primaire de la droite promet ainsi d’abroger les réformes du collège et des rythmes scolaires. Il souhaite également augmenter de 25% le temps de présence des enseignants du secondaire, contre une hausse de 20% de leur salaire.
Pendant ce temps à Fréjus...
Mais il n’y a pas qu’à droite qu’on rentre dans la surenchère. On peut même avoir un sentiment de grande confusion et de perte de repères quand on observe les recompositions qui semblent s’opérer aujourd’hui dans les débats sur l’École.
Ainsi, le 24 septembre prochain, dans la région parisienne c'est le collectif Condorcet (un collectif construit par des opposants à la réforme du collège) qui organise un colloque avec l’ancien recteur Alain Morvan, Loys Bonod, la sociologue Nathalie Bulle entre autres et... Paul Vannier ( secrétaire à l’éducation du Parti de Gauche). Et surtout avec une rencontre sur "l'école et la transmission" organisée à l'Assemblée Nationale par République Moderne” le mardi 27 septembre que s’accentue le malaise. Cette rencontre rassemblera JP. Chevènement, M. Onfray, JP. Brighelli (qui est ce week-end aux “estivales de Marine le Pen” à Fréjus ) et ... Arnaud Montebourg...
Finissons par un sourire (jaune)
Internet est cruel car il permet de retrouver des choses qu'on croyait oubliées...Claude Lelièvre sur son blog exhume un texte de Jean François Copé de 2009 (sur Slate.fr) intitulé “Faire de la langue arabe une option comme une autre” On peut y lire notamment ceci : « Il est légitime pour des parents de souhaiter que leurs enfants apprennent la langue d'origine de leur famille. Non seulement pour garder un lien vivant avec leur histoire familiale, mais surtout pour leur ouvrir des opportunités.»Amnésie ? opportunisme ? A vous de choisir... !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, septembre 11, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 5 au 11 septembre 2016



- Mixité - Élections – Grève et réforme - Butinages - .


Dans ce bloc-notes, beaucoup de sujets sont les mêmes que la semaine dernière : le vote des enseignants, les propositions des candidats de la droite, les suites de la rentrée, l’innovation...
Il y a cependant quelques sujets nouveaux. La mixité sociale a été remise sous les projecteurs par Thomas Piketty. Et c’est tant mieux ! Et puis, il y a eu une grève des enseignants contre la réforme du collège. Même si elle n’a pas beaucoup mobilisé, la question de la conduite de la réforme suscite, quant à elle, de nombreux commentaires.


Mixité
Thomas Piketty a remis récemment le thème de la mixité sociale à l’agenda médiatique. Une première tentative le 30 aout avec un billet sur son blog pourtant hébergé par Le Monde n’a pas eu beaucoup de retentissement. Mais le 6 septembre, le même texte republié sous forme d’une tribune toujours pour Le Monde atteint son but. La Ministre lui répond par l’intermédiaire d’un billet (toujours sur Le Monde) et ses propositions sont commentées et débattues.
Que dit Piketty ? En s’appuyant sur plusieurs études, il constate que « La ségrégation sociale dans les collèges atteint des sommets inacceptables» et dénonce particulièrement la situation de la ville de Paris. Il précise : « Dans les collèges socialement les plus huppés, il n’y existe quasiment aucun élève défavorisé (moins de 1 %). A l’autre extrême, certains collèges comptent plus de 60 % d’élèves défavorisés. » Parmi les propositions qu’il formule, il souhaite qu’on intégre les collèges privés dans la carte scolaire et aussi qu’on améliore le système Affelnet afin de le rendre plus transparent.
Mais avant d’en venir aux propositions qui ont fait l’objet du débat, attardons nous d’abord sur le constat. Et ce n’est pas la première fois (et pas la dernière...) qu’on le fait. En France, il y a un séparatisme social et géographique que de nombreux géographes et sociologues ont déjà analysé. Rappelons le livre d’Éric Maurin Le Ghetto Français en 2004 qui décrivait déjà ce phénomène. Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) avait produit en juin 2015 un rapport avec un constat et des préconisations à partir d’une étude menée par Son-Thierry Ly et Arnaud Riegert. Thomas Piketty s’appuie, quant à lui sur des travaux menés par ses collègues économistes de l’Ecole d’Economie de Paris (et en particulier Julien Grenet ). Toutes ces études montrent que l’absence de mixité sociale se concentre dans certaines régions et dans certains établissements. La ségrégation sociale varie de 1 à 10 selon les départements, avec une forte concentration en région parisienne, dans le Nord de la France et dans les régions lyonnaise et marseillaise. Et l’exemple extrême est évidemment Paris. Car le séparatisme social y est à son maximum et doublé d’une sélection opérée par les établissements eux-mêmes. Mais Piketty, s’en prend surtout au privé, qui, "pratique une exclusion sociale quasi-complète des classes sociales défavorisées". Dans la capitale, où il y a 175 collèges, la quasi-totalité des enfants dit socialement "défavorisés" – c’est-à-dire dont les parents sont ouvriers, chômeurs, ou inactifs – sont dans les établissements publics. Ces enfants défavorisés représentent moins de 1% dans les établissements privés. C’est ce que Piketty qualifie d’"extrême ségrégation sociale". Et il s’en prend à la passivité du gouvernement devant cette situation.
Face à ce constat, Thomas Piketty est pour  une solution mécanique, assez brutale. Il propose d’imposer au privé, une procédure commune d’affectation des élèves, avec un système qui fasse en sorte que tous les collèges, publics ou privés, comptent entre 10 et 20%, ou alors, entre 5 et 25% d’élèves défavorisés. Il suggère donc d’imposer ainsi au privé un quota d’enfants socialement défavorisés. Thomas Piketty sait très bien que ça serait toucher à la sacro-sainte ( !) liberté de recrutement des établissements privés.
Pour la Ministre interrogée par Le Monde : “Penser que l’on pourrait imposer autoritairement la mixité sociale, en supprimant au passage une partie de la liberté de choix des parents, c’est entretenir une forme d’illusion qui aboutit à l’immobilisme. ”. Elle estime que la solution doit venir de la mobilisation des acteurs de terrain, plus que de « décisions imposées ». Et elle rappelle qu’une expérimentation est menée dans vingt cinq territoires pilotes. Cela se situe dans le prolongement du discours tenu en janvier 2015 de “mobilisation de l’école pour les valeurs de la République où elle annonçait (c’était la 8ème mesure) vouloir“renforcer les actions contre les déterminismes sociaux et territoriaux”. Pour Marie-Caroline Missir, sur son blog la position ministérielle marque un revirement de pensée. “En indiquant qu’on ne peut pas imposer la mixité sociale dans les établissements scolaires, la ministre opère un virage à 180 degrés par rapport à toutes les positions affichées par son parti depuis 2012, et notamment François Hollande. ” écrit la journaliste qui constate que “ce discours pointe une autre évolution : ce ne sont pas les chefs d’établissement ou le ministère qui sont placés au centre du jeu dans l’expérimentation mise en place par la ministre, mais les collectivités. Et ceci montre à quel point le paysage éducatif s’est transformé en moins de 10 ans : l’échelle territoriale est devenue le niveau de référence des politiques scolaires”.
En dehors de la réaction ministérielle, le thème de la mixité sociale a suscité de nombreux commentaires. La Croix rappelle qu’elle publiait en mai dernier publiait les résultats d’une étude qui montrait que les collèges privés sont surreprésentés parmi les établissements les plus mélangés socialement. Mais il nous faut signaler que la méthodologie de cette étude avait été fortement contestée au moment de sa publication. 20minutes recense un certain nombre d’initiatives pour favoriser la mixité sociale à l’école. L’analyse la plus intéressante est celle de Marie Duru-Bellat sur AlterEco+ . Pour elle “Le principal outil ne peut être la contrainte… On assiste à un relatif échec de la carte scolaire et, dans le cadre actuel, il vaut mieux rendre les différents établissements également attractifs en rééquilibrant les conditions d’enseignement.”. Elle propose de “trouver les moyens d'affecter des enseignants particulièrement expérimentés dans les établissements les plus défavorisés. Et, ajoute t-elle, apprendre à gérer l’hétérogénéité des classes devrait faire partie de la formation de tous les enseignants.
Toujours sur AlterEco+, je propose moi aussi une analyse où je rappelle que l’exigence de mixité sociale ne suffit pas . On peut avoir de la mixité sociale à la grille du collège ou du lycée mais, une fois entré dans l’enceinte de l’établissement, trouver des classes de niveau terriblement homogènes scolairement par le jeu des options ou des filières. Il faut donc distinguer la mixité sociale et l’hétérogénéité scolaire et combiner les deux impératifs.
Derrière la question de la mixité sociale (et des classes hétérogènes) il y a des enjeux majeurs. Comment construire du “vivre ensemble ”, comment reconnaitre la différence et l’altérité, quand on se retrouve avec un système qui aboutit à de la ségrégation et privilégie la compétition et la sélection plutôt que la coopération ?

Élections
Le flot de propositions sur l’école ne s’est pas tari au cours de la semaine écoulée. Pour ne pas rester que sur la primaire de la droite signalons que Emmanuel Macron a lui aussi fait part de ses idées pour l’éducation au cours de cette semaine.
Mais c’est surtout à droite qu’on s’est déchainé . C’est ainsi qu’on a entendu Nicolas Sarkozy affirmer “je veux dire aux enseignants que notre politique éducative commencera par un effort sans précédent de revalorisation de leur condition ”. Ce qui a beaucoup fait rire sur les réseaux sociaux. Ce qui fait moins rire, c’est de lire Bruno Le Maire, dans Libération qui déclare “je combats la vision égalitariste de l’école”. Il propose aussi, de fait, la fin du collège unique avec de l’orientation (c’est-à-dire une sélection) dès la sixième. “Les enfants doivent avoir accès très tôt à des options qui font découvrir les métiers : bâtiment, restauration, commerce, code informatique… ” précise t-il. Il y a évidemment un habillage politiquement correct mais derrière on voit bien que la sélection et l'orientation précoce qu’il préconise sont en fait le résultat d'un système qui refuse de s'adapter et qui renvoie donc à une sorte d'innéisme ("il n'a pas d'affinités" n'est qu'une reformulation de “il n'est pas doué"…) ce qui relève des inégalités sociales et que l'École ne sait pas bien traiter. Ce que propose Le Maire est donc une forme de renoncement à l’ambition démocratique de l’école et, osons le mot, une école de classes. Car au final, la seule question qui vaille c'est de demander à Bruno Le Maire s'il souhaiterait pour ses propres enfants ces "options pros"...
«Républicains»: en arrière toute, et même plus loinc’est ainsi que Claude Lelièvre sur son blog résume le débat à droite. Pour lui, ce n’est même pas du retour en arrière c’est du “jamais vu ”...Pour Najat Vallaud-Belkacem, invitée de LCI, le amrdi 6 septembre, il n'y a "plus aucun filtre" entre la fachosphère et la droite. Quant au Premier Ministre, il accuse la droite de vouloir “saccager l’école .
Ces craintes vont-elles faire revenir les enseignants vers le vote socialiste et vers François Hollande ? Rien n’est moins sûr. Comme la semaine dernière, plusieurs articles abordent cette question. C’est le cas du Monde qui parle d’une “délicate reconquête et évoque surtout le risque de l’abstention. Dans Les Échos, on s’appuie sur une enquête réalisée par Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS, pour le Cevipof et publiée cet été sur la relation entre les enseignants et le PS. On y observe “un affaissement important des intentions de vote en faveur de François Hollande entre janvier 2016 et mai 2016, passant de 30,7 % à 24,3 %.” Avant la présidentielle de 2012, le candidat socialiste était crédité de 44 % des intentions de vote des enseignants au premier tour. “ Les enseignants, qui constituent le cœur de l'électorat socialiste traditionnel, l'abandonnent soit au profit d'un candidat centriste soit au profit d'Alain Juppé” souligne le Cevipof.
Si la grève du 8 septembre (on va le voir) a été peu suivie, il n’y a pas forcément de quoi se réjouir. Le problème, c'est que les enseignants risquent donc de faire la grève du vote: ça ne coûte rien, et le résultat est immédiat. Et là, il y a de quoi s’inquiéter...

Grève et réforme
La grève des enseignants du secondaire le 8 septembre contre la réforme du collège avait des allures de test et de “pari risqué pour reprendre les mots des journalistes. Et la mobilisation a été faible : le pourcentage de grévistes est compris entre 5% de profs mobilisés (selon le ministère) et 25% (selon le Snes-FSU).
Cela veut-il dire que tout est rentré dans l’ordre et que la réforme du Collège se met en place sans encombres ? Pas tout à fait. Il y a d’abord les chefs d’établissement du SNPDEN qui, même s’ils constatent que la réforme du collège «se met en place sans problèmes», malgré «la subsistance de fortes réticences chez les professeurs», constatent aussi qu’ : « Il y a eu des réactions extrêmement violentes contre cette réforme. . Selon Philippe Tournier, le secrétaire général, en fait, «la révolte des enseignants visait surtout la méthode utilisée par gouvernement pour la mettre en place ».Il décrit «la faillite de la réforme classique de l’Education Nationale, où l’on décide en haut, avant de faire appliquer par le bas de la pyramide». Pour le secrétaire général du SNPDEN, «il faut arrêter de traiter les enseignants comme des enfants», mais «être attentif à leurs idées», et « passer de la culture de la réforme à celle du changement». Au passage, on aimerait bien que cette bonne résolution soit appliquée par tous ses adhérents dans leurs établissements, mais passons...
C’est en substance ce que dit aussi un article de Louise Tourret sur Slate.fr . Le titre (donné par la rédaction en chef) est particulièrement mal choisi : “La réforme du collège complique trop la vie des enseignants ”. D'abord parce que “les” enseignants comme un tout homogène, ça n'existe pas. Il y a plein d'endroits ou des enseignants se sont mis au travail et où la réforme ne leur “complique" pas la vie mais leur donne, certes du travail, mais aussi le sentiment qu'on avance enfin face aux difficultés du système (que semble occulter l'article de Louise Tourret qui parle de "détricotage" comme s'il n'y avait pas de nécessité à réformer mais juste un désir de laisser sa marque). Par ailleurs, le titre ne reflète pas l'essentiel de l'article qui nous parle plutôt de la “conduite du changement" et de la gouvernance de l'éducation nationale. Et sur ce point, on peut être identifié à tort ou à raison comme “pro-réforme" et être d'accord avec l'analyse faite par la journaliste qui convoque aussi Antoine Prost, Anne Barrère, et bien d'autres pour dire que l'injonction verticale n'est pas forcément la meilleure solution. C’est en tout cas, un texte qui a suscité énormément de commentaires sur les réseaux sociaux et en particulier ma page Facebook !
Que dit Louise Tourret ? On peut reprendre le chapô de l’article : “une réforme qui ne remporte pas l'adhésion des enseignants est une réforme vouée à l'échec.” Des historiens (A. Prost) ou des sociologues de l’éducation ont déjà montré les limites des réformes. Ils sont évoqués aussi dans un article de synthèse de Denis Peiron sur La Croix. On pourra compléter aussi la lecture de ce texte avec l’interview la sociologue Anne Barrère dans La Lettre de l’éducation il ya quelques semaines où elle conteste l’expression de “résistance au changement” : “il me semble utile de se rappeler que les sociologues des organisations Michel Crozier et Erhard Friedberg proposaient de rayer cette expression du vocabulaire. Pour eux, elle évoque trop une réaction passive, globale et par défaut, alors qu’il s’agit de stratégies d’acteurs raisonnées, centrées sur la défense de ce qu’ils estiment être, à un moment donné, des enjeux importants. Dans le cas des enseignants, l’emploi de l’expression permet d’oublier qu’il s’agit d’un monde professionnel très diversifié, mais aussi de passer sous silence ces stratégies elles-mêmes diverses. Pour certains, ce sont les propositions pédagogiques qui sont contestables, pour d’autres la réforme vient bousculer des équilibres acquis dans les établissements, pour d’autres encore, l’importance de leur discipline est remise en question. Mais il me semble que le point commun de ces stratégies est la défense de l’autonomie professionnelle, face à une réforme qui certes laisse des marges de manœuvre, mais déplace la mise en œuvre des programmes et fait des directions d’établissement des acteurs importants, ravivant l’inquiétude des enseignants sur un contrôle accru de leur travail pédagogique.
Plusieurs commentateurs de cet article insistent sur la faible préparation et la formation mal maîtrisée dans un certain nombre d’établissements. L’infantilisation et la verticalité sont toujours des réalités de la machine Educ Nat. On peut donc constater (et je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises) que la conduite du changement Top-down et le discours performatif de la technostructure de l'EN trouve aujourd'hui ses limites. Dans le même temps, d’autres commentateurs interrogent : connait-on une seule réforme qui ait remporté l’adhésion des enseignants ? Pourquoi juger de l’efficacité d’un dispositif avant même qu’il soit en place ? Au delà des intérêts et des conditions de travail des enseignants, n’y a t-il pas à prendre en compte l’intérêt général ? N’est-ce pas justement le rôle du pouvoir politique ?
On peut considérer aussi que cette condition nécessaire ne doit pas faire oublier le statut de salarié et de fonctionnaire qui est le nôtre qui touche aux limites de la sacro-sainte (mais si ancienne) “liberté pédagogique”. Connait-on beaucoup d'entreprises où un salarié peut dire face à un changement instauré par la direction « je la sens pas cette réforme, je ne vais pas l'appliquer, de toutes façons, je ne risque rien »? Comme dit un proverbe arabe : « Qui veut faire quelque chose trouve un moyen. qui ne veut pas faire trouve une excuse.» Mais il est vrai que l’adhésion ou du moins l’absence d’hostilité est nécessaire dans des métiers où l’engagement des personnes est essentiel. Et pour cela, il faut en effet (et c’est d’ailleurs l’esprit de la réforme) redonner du pouvoir d’agir aux enseignants et faire « la pédagogie de la pédagogie ». Car il faut éviter le phénomène bien français, de la prophétie auto-réalisatrice : Si, dès le départ, on pense que ça ne va pas marcher c'est sûr qu'il y a toutes les chances pour que ça ne marche pas !
Ce pessimisme critique permanent est une bonne partie du malheur français.

Butinages…
Pour finir ce bloc-notes, on peut évoquer brièvement quelques lectures qui ne rentrent pas forcément dans les cases des analyses développées plus haut mais qui méritent d’être signalées.

C’est le cas de la tribune de Bruno Magliulo dans Libération . “Bac Pro : arrêtons le massacre ! ” le titre donne le ton de cette tribune où l’ancien inspecteur s'indigne du sort réservé aux étudiants issus des bacs pros dans le supérieur et propose de repenser l’accompagnement de ces étudiants et retravailler vraiment sur les orientations. Un texte argumenté et avec beaucoup de propositions concrètes.

Des propositions concrètes, on en trouve aussi dans le long texte de Marie Duru Bellat sur le site de l’Observatoire des inégalités. Intitulé “Refonder enfin l’école”, il s’agit en fait d’un extrait d’un ouvrage collectif “Que faire contre les inégalités ? 30 experts s’engagent ” publié par l’observatoire des inégalités. La sociologue spécialiste de l’école détaille ses propositions pour réduire les inégalités à l’école.

Un autre texte qui invite à la réflexion peut être lu dans La Lettre de l’éducation . Il s’agit d’un entretien très intéressant avec François Taddei sur le thème de l'innovation. L’entretien vaut aussi par les questions de Luc Cédelle qui n’élude pas le fait qu'aujourd'hui “innovation” est un mot piégé et rencontre des résistances de la part d'un certain nombre d'enseignants. A la question “Vous êtes de ceux qui, dans le débat éducatif, portent un discours enthousiaste sur le thème de l’innovation. Avez-vous conscience du fait que l’ode à l’innovation peut aussi être anxiogène ? ”, voici ce que le chercheur et directeur du centre de recherches interdisciplinaires répond : « Qu’on le souhaite ou pas, le changement est là. La question est : Comment s’y adapter ? Cela exige un effort, mais nous n’avons pas la possibilité de décréter le « non-changement ». En revanche, nous pouvons influer sur les modalités du changement et faire en sorte qu’elles nous correspondent. A nous d’en être des acteurs et d’avoir un regard critique, de savoir aussi quelles sont les valeurs fondatrices que nous voulons préserver. Sommes-nous satisfaits du système éducatif tel qu’il est ? Accepte-t-on qu’il y ait autant d’inégalités ? Que toujours plus d’enfants, pour différentes raisons, restent en marge du système ? Une chose est certaine : tout système qui ne sait pas évoluer dans un monde qui change devient obsolète. Si l’on refuse globalement les innovations, elles nous seront imposées.»

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, septembre 04, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 29 aout au 4 septembre 2016





- Nouvelle rentrée – Dernière rentrée – Vote enseignant – La Droite et l’école – Innovant - .



Quel “angle” trouver pour parler de la rentrée ? C’est la question que se posent chaque année les journalistes face à ce marronnier. Il est quelquefois difficile de se renouveler. La question se pose aussi pour quelqu’un qui, comme moi, se livre à l’exercice de la revue de presse. Que choisir parmi la masse d’articles sur l’éducation qui paraissent à ce seul moment de l’année ?
Pour cette rentrée 2016, deux angles semblent s’imposer : celui de la nouveauté et celui du bilan. La nouveauté se trouve au collège et dans les nouveaux programmes mais malheureusement aussi dans l’importance prise par la sécurité. Quant au bilan c’est en effet la dernière rentrée pour la ministre et pour ce gouvernement avant les élections présidentielles et législatives. Et chacun (y compris le président) cherche à faire le bilan de l’action menée. On peut aussi coupler ces deux thèmes avec celui de l’état d’esprit de l'opinion des enseignants  face à ces nouveautés et au bilan de l’action gouvernementale. La proximité des élections conduit aussi la pléthore de candidats (de droite cette semaine) à s’exprimer sur ce sujet. . On s’intéressera aussi pour finir à la figure de l’enseignant « innovant » mise en avant dans les médias à l’occasion de cette rentrée.



Nouvelle rentrée

Rentrée scolaire : cette année, tout change ! titre Le Parisien alors que L’Humanité se livre à un tour d’horizon des points chauds”.
Si le lycée et ses 2 millions d’élèves restent un peu en dehors des changements, les nouveautés se concentrent sur le primaire et surtout le collège. « Réécrire tous les programmes en même temps, du primaire à la 3e, ne s'était jamais vu, observe l'historien de l'éducation Claude Lelièvre, au collège, on assiste à une réforme de contenus fort importante. C'est très cohérent sur le papier, mais sur le terrain, ça va forcément tanguer. » Il y a bien sûr la réforme des programmes mais aussi la mise en œuvre de nouveaux dispositifs comme les fameux Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) ou l’accompagnement qui ont concentré les critiques. Rappelons qu’une grève à l’appel de plusieurs syndicats est prévue le 8 septembre prochain sur cette thématique. Le SNES-FSU exige un «moratoire» et appelle les collègues à «la résistance pédagogique» en n’appliquant pas cette réforme «mal pensée» et officiellement en vigueur dès la rentrée. La ministre a d’ores et déjà répondu qu’il n’y aura pas de moratoire : “Mesdames et messieurs, la réalité risque de vous paraître bien fade. Je crains que vous ne soyez déçus. La réforme du collège entre en vigueur à cette rentrée, et non, la Terre ne va pas se couper en deux. ” a t-elle déclaré lors de sa conférence de presse de rentrée.
Dans une enquête réalisée par Le Mondeet intitulée la mise en œuvre de la réforme du collège s’annonce difficile ”, cette interview de Michel Richard, secrétaire général adjoint du SNPDEN résume assez bien la situation : “60 % des collèges mettront en œuvre la réforme « sans grand enthousiasme, par devoir », un quart l’appliquera plus volontiers car elle s’inscrit dans la continuité de leurs pratiques – la pédagogie par projet, l’interdisciplinarité ; et 15 % seront d’irréductibles villages Gaulois, des collèges où les enseignants feront le service minimum ”. Et si la presse donne abondamment la parole à des enseignants inquiets ou en colère, on trouve aussi des articles qui montrent également des équipes qui se mobilisent et innovent, comme dans cet article de L’Express qui évoque en titre “un "travail monstre" mais "un pari pour les élèves"”.
L’autre “nouveauté”, si l’on peut dire, de la rentrée c’est l’importance prise par la sécurité. On a détaillé dans le bloc notes de la semaine dernière les principales mesures. On rajoutera à ce dossier l’article de Louise Tourret sur Slate.fr qui constate que “la rentrée, habituellement un rituel charmant, se transforme cette année en épisode anxiogène ”.

Dernière rentrée
C'est la dernière rentrée du quinquennat...
Et logiquement, on a plusieurs articles qui portent sur le bilan de la politique menée depuis 2012. Mais le président et la ministre de leur côté ne sont pas en reste et font aussi leur bilan et la promotion de leur action.
Lors de la conférence de rentrée de Lundi dernier la ministre s’est dite fière” de son bilan . François Hollande, a lui aussi pris la parole quand il a accompagné la ministre de l'Education nationale le jeudi 1er septembre dans le Loiret. Il est revenu à Orléans où le 9 février 2012, il avait prononcé son discours fondateur sur l'école. Dans son discours du 1er septembre 2016 , il n’a pas manqué pas de faire le bilan de son action dans le prolongement de ce qu’il disait déjà durant les journées de la refondation en mai dernier. Il a même tracé des perspectives pour la suite comme le souligne Les Échos . Après avoir fait de la scolarité obligatoire - primaire et collège - la priorité depuis 2012, “le lycée doit être la prochaine étape de nos réformes” a en effet lancé François Hollande, en citant le lycée général et le lycée professionnel. “L'école doit rester et restera la première priorité du pays”, a-t-il assuré.
Le bilan fait dans la presse est plus nuancé que celui proposé par la communication gouvernementale. Pour s’y retrouver, on pourra consulter une sorte de frise chronologique des réformes menées depuis 2012dans Le Figaro . Dans Les Échos, Marie-Christine Corbier pointe des “premiers résultats, noyés dans les espoirs déçus du quinquennat ” et parle d’un “bilan mitigé . Selon elle, trop de chantiers ont été engagés et non finis. Les Échos donnent aussi la parole à l’expert de l’OCDE, Eric Charbonnier qui considère qu’il y a eu des maladresses et des retards dans la mise en œuvre des réformes. Muriel Florin, pour un collectif de journaux de province passe en revue promesses et réalisations. Dans Libération on fait de même en interrogeant les différents syndicats. Le Figaro propose aussi un bilan des réformes en donnant la parole à son syndicaliste préféré à savoir le vice-président du SNALC. Dans AlterEco+, on considère que , malgré les efforts, ”la France peut mieux faire”. Le système scolaire français est toujours marqué par un sous-investissement dans le primaire ce qui compromet la lutte contre les inégalités. Toujours dans AlterEco+, on trouvera (sous ma plume) un bilan de la formation des enseignants qu’on pourra compléter avec une interview dans EducPros de Jacques Ginestié, représentant des directeurs d’ESPÉ . 20minutes s’intéresse pour sa part au bilan de la réforme des rythmes scolaires. L’Express revient, quant à lui, sur la promesse des 60.000 postes tout comme les décodeurs du Monde .

Vote enseignant
Puisque c’est la perspective des prochaines élections (présidentielles et législatives) qui justifie ces bilans, il est tout aussi logique que la presse s’intéresse au vote des enseignants. le vote des enseignants est-il déjà perdu pour Hollande ?” c’est la question que pose Europe1. Selon un sondage Opinionway paru en juillet 2015, le dernier à aborder précisément la question, seuls 21% des plus de 800.000 enseignants français seraient prêts à voter François Hollande en 2017. les profs et le PS, un amour déçu ? ” demande Le Parisien. Il faut rappeler comme le font plusieurs médias qu’au premier tour de la présidentielle de 2012, les enseignants avaient voté à 44% pour le candidat PS d'alors.
Pourquoi ce “désamour” ? Certains y voient l’effet des réformes qui se sont succédé (collège, programmes, rythmes scolaires) ou le sentiment que les promesses n’ont pas été tenues. Les créations de postes ne se voient pas encore vraiment dans les classes du fait de la poursuite du boom démographique et du délai lié à la formation des enseignants. La revalorisation des rémunérations des enseignants du primaire et le dégel du point d’indice semblent arriver tardivement et ne comblent pas le sentiment très fort de déclassement et de “malaise” (Les Échos) qui colle toujours à la peau des enseignants. Mais il peut y avoir débat sur ce sentiment et certains syndicalistes insistent sur le fait que l’opinion enseignante est loin d’être aussi homogène que cela.
On peut aussi considérer que les élections ne se feront pas uniquement pour ceux-ci sur des questions éducatives. Bruno Jeanbart d'OpinionWay, interrogé par Europe1 le résume ainsi : "Les enseignants forment un électorat sensible à toutes les problématiques de l'électorat de gauche. Des réformes comme la loi Travail ou des propositions comme la déchéance de nationalité ont affaibli le rapport entre le PS est cet électorat". Pour lui, la réforme du collège ou la question des nouveaux programmes, qui entrent en vigueur en cette rentrée 2016, "mettent certes de l'huile sur le feu. Mais ce n'est pas l'enjeu majeur".
Mais “les” enseignants ont-ils la mémoire courte ? Se rappellent-ils des mesures prises par la Droite ? Dans Le Parisien, le Premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis a récemment voulu croire que les enseignants ne pouvaient "pas placer d’espoir dans la droite." Autrement dit qu’on pouvait obtenir le vote des enseignants par défaut. Un pari dangereux et qui demanderait plutôt de la pédagogie…

La Droite et l’École
Au cas où les enseignants aient la mémoire courte, les candidats à la primaire de droite sont là pour nous la rafraichir. Nous l’évoquions déjà la semaine dernière dans le Bloc-Notes mais le flot de déclarations ne s’est pas interrompu. Dès dimanche dernier, 28 aout, avec François Fillon qui, en meeting à Sablé sur Sarthe a dénoncé des programmes scolaires qui font «douter de notre histoire». L’ancien premier ministre souhaite donc « réécrire les programmes d’histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national», en s’entourant de “trois académiciens”. Le “récit national” c’est un peu la syllabique des historiens...
En fait l’éducation est loin d’être un sujet qui passionne à droite. Lors du vote du projet porté par Les Républicains, en avril, les militants avaient été bien moins nombreux à voter sur les propositions portant sur l'éducation (27.000 votants), que sur l'immigration (près du double). Mais ici, l’éducation se téléscope avec le thème porteur de l’identité. Même si on retrouve aussi la vieille thématique du mérite et de l’individualisme Un article de L’Obs résume d'ailleurs les propositions par cette formule : “Patriotisme et écrémage”. Toujours sur le même site, on pourra aussi lire l’analyse de Grégory Chambat sur la manière dont les “réac-républicains” prennent d’assaut l’école .
Écrémage” c’est le mot qui vient à l’esprit quand on lit l’interview de Bruno Le Maire au Parisien . Il veut en finir avec le collège unique, grâce à la "mise en place d'heures d'options professionnelles dès la 6e, basées sur le libre choix". Avec Le Maire, on n’est jamais déçu. On pouvait craindre un retour d'une orientation - ségrégation dès la fin de la 5e. Quelle erreur.....c'est un "“choix”” (je n’ai pas assez de guillemets) en fin de CM2 qui est proposé ! Il souhaite aussi que les lycées professionnels, CFA et Greta fusionnent et sortent du giron de l'Éducation nationale, pour être placés sous la tutelle des Régions et permettre aux entreprises de participer.
Cette surenchère à droite est très inquiétante. D’autant plus qu’elle semble trouver des échos dans l’opinion si on en croit un sondage récent (réalisé auprès de 1099 personnes). Selon BVA 75 % des personnes interrogées perçoivent une baisse de la qualité de l’enseignement à l’école, mais la majorité d’entre elles (61 %) ont une bonne opinion des enseignants. 56 % se disent contre la réforme du collège et 65 % des sondés se disent favorables au retour de l’uniforme, dont 23 % « tout à fait favorables ».
Alors que les inégalités sociales sont toujours très fortes et que la mixité sociale reste souvent de l’ordre des intentions, comme nous les rappelle des articles récents d’Eric Charbonnier et de Thomas Piketty , on continue de s’exciter sur le retour de l’uniforme, nos ancêtres les gaulois et le récit national... Sérieusement ? Soyez à la hauteur des enjeux !

Innovant
Le “1 hebdo du 31 aout 2016 consacre un intéressant dossier sur “Ces profs qui font bouger l’école”. Mais c’est surtout quand Céline Alvarez est l’invitée de France Inter à 8h20 le 1er septembre que la figure de l’enseignant innovant est la plus mise en avant.

Cette ancienne institutrice qui a quitté l’éducation nationale au bout de deux ans publie aujourd’hui "Les lois naturelles de l'enfant" un livre fondé sur son expérience combinant les principes de l’éducation Montessori et des neurosciences. Son livre est accompagné d’un plan média important avec un article dans Télérama, une longue interview sur France Inter et bien d’autres interventions dans les médias. Et son livre est en tête de gondole chez de très nombreux libraires.
"Il faut arrêter les débats idéologiques stériles ! Pourquoi ne se base-t-on pas sur une démarche scientifique ?" demande-t-elle. "Tout le monde s'épuise avec ce système, les enfants sont à bout, les enseignants donnent tout, et les parents se fatiguent à la maison avec les devoirs", déplore-t-elle. Et elle ajoute que "L'enfant apprend en étant actif et pas passif, quand il est aimé et pas jugé". Elle dénonce aussi le système d'inspection des enseignants : "Il faut changer le rôle des inspecteurs. Ca suffit d'infantiliser les enseignants ! [...] Les enseignants ont besoin de se tromper, d'avancer en faisant des erreurs".
Ces propos pourraient être partagés par beaucoup d’enseignants. Mais la personne de Céline Alvarez suscite des réactions très vives, voire excessives, tant dans l’adhésion que dans le rejet. On lui reproche d’avoir quitté le système après en avoir profité ou encore de présenter comme révolutionnaires des pratiques qui sont celles de nombreux enseignants. La critique la plus élaborée est celle Paul Devin, le penseur le plus influent de la FSU, sur son blog hébergé par Médiapart . A part un couplet peu convaincant sur ce qu’il appelle “le diktat de la motivation” plusieurs de ces remarques appuient là où ça fait mal. On voit bien en tout cas que la figure de l’enseignant innovant telle qu’elle est présentée dans la presse, peut susciter des rejets et des agacements. Au pays des profs, on n’aime pas les têtes qui dépassent et (quel paradoxe !) les donneurs de leçons...
Comment conclure ? À cause de la démission d’ Emmanuel Macron, l’article préparé par Muriel Florin du Progrès de Lyon sur les profs a été raccourci. Or, elle avait sollicité plusieurs personnes pour répondre à la question “Qu’est-ce qu’un bon prof ? ”J’avais été sollicité pour contribuer. Comme je n'aime pas gâcher, voici ce court texte : « J’ai beaucoup (trop) écrit sur ce que devrait être un “bon prof” : bienveillance, empathie, cohérence, justice, dynamisme, passion,… La liste pourrait être interminable ! Et si un bon prof c'était surtout celui qui n'est jamais persuadé qu'il l'est ? ne jamais complètement se satisfaire de ce qu’on propose et être sans cesse en recherche ? Rien de pire que ceux qui sont revenus de tout sans jamais y être allés et qui cultivent le cynisme et le fatalisme. Mais l’“innovant” pétri de certitudes et qui pense avoir trouvé LA méthode seul dans son coin est tout aussi inquiétant. Avoir des convictions mais pas de certitudes, questionner sans cesse sa pratique et l’adapter à chacun, oser au risque de se planter, échanger, débattre avec ses collègues… c’est surtout ça être un bon prof… »
Alors que la figure de l’enseignant innovant solitaire et rebelle face au système, voire “révolutionnaire” est régulièrement convoquée par la presse comme à chaque rentrée, il ne me semblait pas inutile de rappeler ces quelques évidences et de rappeler aussi que rien ne peut se faire durablement sans collectif. Et, plutôt que d’avoir une sorte d’injonction à l’innovation il serait tout aussi utile de mettre en valeurs les transformations qui se font modestement “à bas bruit” dans les équipes et au sein du service public.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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