dimanche, janvier 03, 2021

Les mots de l’éducation 2020


Cela fait maintenant quatre ans que je procède au même exercice à la fin de l’année. Je demande aux personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) de donner trois mots pour caractériser l’année dans le domaine de l’éducation. Cette année la récolte a été fructueuse avec 1250 mots recueillis. Après cette phase de réponses, les mots ou expressions sont passés à la moulinette d’une application permettant de fabriquer des « nuages de mots » plus ou moins gros selon leur fréquence. 

Pour l’anecdote, la police de caractères que j’ai choisie pour réaliser ce nuage 2020 s’appelle « Pangolin »... !

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Nuage “toxique” ? 

Ce qui saute aux yeux lorsqu’on regarde le résultat, c’est qu’il est essentiellement composé de mots négatifs. Lorsque j’ai publié cette image cela m’a valu plusieurs réactions et de nombreuses remarques. 

On peut s'en réjouir. Un de mes principaux objectifs sur les réseaux sociaux est de provoquer du débat. 

Certains contestent la méthode. Mais je suis le premier à en montrer les limites ! (on n'est pas prof de SES pour rien)

Il s'agit d'un très faible nombre de personnes (430) qui me "suivent" sur les réseaux Facebbok et Twitter et qui ont bien voulu répondre. Cela fait déjà deux éléments qui limitent d'entrée de jeu la représentativité à laquelle cet exercice n'a jamais prétendu. 

Il y a aussi une limite qui tient à une logique déjà rencontrée : on vote non pas pour ce qu'on préfère mais pour ce qu'on pense avoir le plus de chance de "gagner". Ce qui peut renforcer certains mots. 

Enfin, le choix de trois mots est évidemment réducteur et interdit la nuance. J'aurais pu "orienter" en demandant trois mots positifs et trois mots négatifs... Mais on me l'aurait reproché. 

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Quelles que soient les limites dont il faut tenir compte, il ne faudrait pas que la critique conduise à discréditer cet exercice et ce qu'il montre. Or, c'est ce qu'un certain nombre de personnes s'emploient à faire en essayant au passage de me discréditer moi même et en remettant même en cause mon honnêteté et en me prêtant des "intentions cachées"...

Plutôt de s'en prendre au "messager", il faudrait écouter le message. Celui-ci n'est en effet pas marqué par l'optimisme. Cet ensemble de mots exprime un ressenti et une analyse (car il y a malgré tout de l'analyse dans ces mots disparates) marqués par le deuil et surtout la fatigue devant une politique considérée comme à la fois improvisée pour la réponse à la crise sanitaire et très idéologique dans la destruction ou la transformation d'un certain nombre de dispositifs du système éducatif. C'est tout cela qui est exprimé dans ce "nuage" bien sombre (mais pas "toxique" comme on me l’a reproché…) et que je voudrais détailler maintenant en reprenant les mots les plus cités. 


Mépris

Ce mot a été cité plus de 170 fois et était déjà en tête l’an dernier… Au risque de me répéter, je me sens toujours aussi mal à l’aise avec ce terme. On prête à celui qu’on incrimine ainsi des sentiments qui ne sont pas forcément les siens en faisant un procès d'intention. Personnellement, je préfèrerais qu’on s’en tienne aux paroles dites et aux actes plutôt que d’extrapoler sur les pensées de tel ou tel. L’objectivité plutôt que la subjectivité. Pour paraphraser une citation de Paul Reverdy (souvent attribuée à Cocteau) : il n’y a pas de mépris, il n’y a que des preuves de mépris...

Car il n’en reste pas moins que si ce terme est le plus cité, il doit donc y avoir des preuves de ce mépris ressenti. Des mots nous mettent sur la voie : verticalité, contre-ordres, amateurisme, impréparation,  improvisation, solitude, fatigue, épuisement, démerdentiel...  Plus généralement, ce qu’on peut lire dans les commentaires sur les réseaux sociaux, c’est un sentiment de ne pas être écouté et de toujours devoir subir des décisions (ou des absences de décision) venues d’en haut. L’Éducation Nationale est une bureaucratie où on ne cesse de vérifier la conformité à des procédures et d’encadrer les pratiques. Cette bureaucratie et cette verticalité ne sont pas nouvelles mais elles ont été renforcées par le caractère très autoritaire du technocrate Blanquer. 

Tout cela est ressenti comme une « école du manque de confiance » et même de la défiance bien loin du slogan trop souvent martelé pour correspondre à une réalité.

Plus globalement, ce ressenti s’inscrit dans un sentiment de déclassement et de ce qu’il est convenu d'appeler (faute de trouver un meilleur terme) le « malaise enseignant ». Celui-ci ne cesse de prospérer au rythme des comparaisons internationales sur les revenus des enseignants, des maigres annonces de revalorisation et des grands barnums communicationnels de rédéfinition  du métier d’enseignant 



Samuel Paty

L’an dernier, c’est le nom de Christine Renon, la directrice d’une école de Pantin qui s’était suicidée sur son lieu de travail, qui était cité. L’annonce de la décapitation de Samuel Paty le 16 octobre a été un choc ressenti par tous les enseignants. On peut mourir en faisant son métier. 

Évidemment, cet évènement tragique a donné lieu à de multiples interprétations et suscité des réactions très vives. La crispation autour d’une définition de la laïcité n’est qu’un des aspects des tensions qui traversent notre métier (et la société) mais elle a pris un tour dramatique cette année. La question de la conduite de cette séance et plus généralement des méthodes pédagogiques a aussi été questionnée. Faut-il "continuer le travail d’éducation à la citoyenneté” ou faut-il les « inculquer » avec plus ou moins de force ? Cette tentation d’un "catéchisme républicain” est vieille comme l’École. On peut douter qu’elle soit efficace. On notera aussi que le terme d’ « auto-censure » pourtant souvent repris par les médias ne figure pas dans la liste. Le  meilleur hommage que nous pouvons rendre à notre collègue sauvagement assassiné est de continuer à faire vivre les valeurs de la République au quotidien dans la classe et dans l’établissement.



Protocole / démerdentiel

Dans cet ensemble de mots qui font système, on pourrait aussi évoquer l’anti-phrase « on est prêt », ainsi que les mots Impréparation, Improvisation, Amateurisme, Contre-ordres…

L’année 2020 a été marquée par la crise sanitaire. Le 16 mars le pays s’est confiné (encore un mot nouveau) et, si les établissements du primaire et les collèges ont repris en mai-juin avec un « protocole » alors que des lycées ont poursuivi à distance. 

Depuis la rentrée, les consignes et les décisions se succèdent et se contredisent. Le Ministre de l’éducation a vu ses déclarations démenties à plusieurs reprises par d’autres membres du gouvernement ou le Président. C’est cette absence d’anticipation et de prévisibilité qui a été très mal vécue par les enseignants, tout comme le sentiment que l’Éducation Nationale et les enseignants étaient considérés comme une immense garderie nationale où le virus n’existait pas. 

Le principe du protocole semble contradictoire avec la critique de la verticalité. Il y a en effet une demande d’un cadre strict mais en même temps on peut se demander pourquoi l’ÉN continue de déterminer depuis Grenelle ou le rectorat ce que chaque établissement doit faire. Mais cette contradiction n’est qu’apparente car, en fait, l’injonction venue du haut est insupportable quand, non seulement elle méconnait la réalité du terrain mais qu’elle ne s’accompagne pas de moyens. 

C’est là que le protocole conduit à ce « démerdentiel » et à cet appel épuisant au sens du service public et au bénévolat auquel les enseignants sont confrontés depuis longtemps et qu’ils ne supportent plus



Mensonges / « on est prêt »

Le mot « mensonges » n’est pas nouveau dans ce nuage. Il était déjà présent en 2019. Mais il prend de l’ampleur et une autre dimension en 2020 car les mensonges ne se limitent plus au discours politique traditionnel. Rappelons que le premier “mensonge” est celui de 2017 quand le ministre affirmait qu’il n’y aurait « pas de  loi Blanquer ». 

D’une certaine manière le « on est prêt » (maintes fois prononcé par le ministre) fait écho à ce mensonge initial mais il est bien plus criminel. Il y a d’abord des doutes sur les chiffres réels de la contamination dans les établissements scolaires. Mais surtout, cela conduit le ministre, habitué à s’adresser plus à l’opinion qu’aux personnels, à produire une sorte de « vérité alternative » qui ne trompe plus grand monde y compris chez les parents d’élèves.  Y. croit-il lui même ? 



Distanciel /masques /hybride

Distanciel, présentiel ou hybride ? Synchrone ou asynchrone ? Les enseignants ont été amenés à très vite s’adapter et se former pour explorer de nouvelles pratiques et utiliser autrement des outils qui étaient déjà les leurs. 

Une certaine opinion pensait les enseignants rétifs au changement. S’il en était besoin, cette année a prouvé le contraire. Les réseaux, les collectifs enseignants, les ressources mutualisées, l’engagement fort des personnels ont permis la « continuité pédagogique », bien plus vite et bien mieux que les ressources officielles. 

Il faut aussi rappeler que cela a pu se faire parce que, pour l’essentiel, les profs étaient déjà équipés. La décision d’accorder une prime informatique (qui oublie certaines catégories comme les profs docs) est la reconnaissance modeste de cette situation. 

L’école à distance a fait également prendre conscience que le rapport à l’École est différent selon les familles et les milieux sociaux. La crise sanitaire a eu pour effet de mettre en lumière l’urgence de la lutte contre le décrochage et les inégalités scolaires et sociales.


Il a fallu aussi apprendre à communiquer avec des masques ou, pire encore, à distance par l’intermédiaire des écrans. Cela nous rappelle aussi que si le numérique est un formidable outil, l’enseignement est d’abord un échange et une relation humaine. Un écran n’est pas une salle de classe. Et le sourire est aussi un élément clé de la pédagogie !



Après les nuages? 

La lecture de ce nuage de mots peut être déprimante. On peut en critiquer la méthode et la représentativité. J’ai essayé de répondre à cela au début de ce texte. Comme je l’ai dit : plutôt de s'en prendre au "messager", il faudrait écouter le message. 

Tous ceux qui s’intéressent à l’École et construisent des programmes et des propositions dans ce contexte pré-présidentiel seraient bien inspirés de lire attentivement ce que dit ce nuage. 

On aurait beau jeu de s'en prendre aux "enseignants" forcément râleurs, négatifs et conservateurs dans une sorte de totalité qui ne correspond pas à une réalité forcément hétérogène.

Il est aussi facile de dire, comme on l’entend dans certains discours proches du ministre actuel, que ceux-ci n'ont pas compris le bien fondé des réformes et qu'il faut donc leur expliquer pour qu'enfin ils en comprennent tous les bienfaits... 

On ne peut pas "dissoudre le peuple" (Brecht) si celui-ci n'a pas compris ce qui a été préparé par les "sachants"... Quand on prétend gouverner, la surdité et le déni ne sont jamais des postures durables. 


Car le "malaise enseignant" est une réalité et pas seulement une posture. Il prospère sur un sentiment de déclassement et une dévalorisation salariale qui sont structurels. Il y a aussi le ressenti d'un management infantilisant marqué par la verticalité des injonctions et une rigidité bureaucratique qui nous éloignent de l'idée même de "confiance" qui a été pourtant le slogan bien mal choisi de notre ministre. 

Une de mes convictions forgée dans des années d'observation et de militantisme, c'est que pour pouvoir envisager le changement, il faudra  d'abord traiter ce malaise enseignant autrement que par des artifices médiatiques et revoir profondément le mode de gouvernance (pilotage) au sein de notre système éducatif.


Évidemment, le danger est que l'accumulation de préalables ("payez nous mieux", "donnez nous plus de moyens"…) ne masque un réel conservatisme et un refus de toute évolution. C'est probablement vrai chez certains. 

Mais, une autre de mes convictions est que malgré la morosité du climat ambiant, il y a un gros potentiel de changement chez une très grande partie des enseignants. 

A condition qu'on construise celui-ci avec eux dans un véritable climat de confiance en donnant du pouvoir d'agir et qu'il y ait une vraie réflexion sur l'école que nous voulons pour demain. Une École qui soit à la hauteur des enjeux qui sont ceux des inégalités, de l'altérité et de l'urgence écologique. 

C’est à cette condition que le nuage pourra laisser place à une éclaircie...

 

Philippe Watrelot

En annexe, les nuages des années précédentes et la totalité des mots de 2020
(cliquez pour agrandir)































 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Chronique éducation de Philippe Watrelot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

 


lundi, décembre 21, 2020

𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐣𝐞 𝐬𝐮𝐢𝐬 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮 𝐩𝐫𝐨𝐟…


Le premier cours on s'en souvient toujours...

Pour moi c'était à la rentrée 1981 au lycée Bartholdi à Colmar. Déjà, j'avais eu du mal à rentrer au lycée parce que le concierge ne voulait pas me laisser passer. Il pensait que j'étais un élève... J'avais 22 ans. 

J'avais cours avec une classe de Seconde et ils étaient déjà dans la salle quand je suis rentré. Quand j'ai ouvert la porte, à ce moment là, ils se sont tous levés. Moi, bêtement, je me suis retourné. Je croyais qu'il y avait quelqu'un d'important qui était rentré derrière moi. 

C'est quand j'ai compris que la personne "importante" c'était moi que j'ai réalisé, pour la première fois, que j'étais prof... 

Mes premiers cours, j'écrivais tout à la main. Quand je dis "tout", c'est tout... J'écrivais même les questions que je croyais que les élèves allaient me poser ! 

Et puis très vite, je me suis rendu compte que les élèves ne posaient pas ces questions là et que pour devenir vraiment prof, il fallait  "lâcher prise"... 

Ça a été ma deuxième révélation. 

La troisième étape de ma construction et on peut dire que c'est à ce moment là que je me suis dit que j'aimais vraiment ce métier, c'est quand j'ai organisé des "travaux dirigés" sous forme de travaux de groupe. 

J'avais du préparer une séance d'une heure pendant toute une après-midi : les documents, les consignes, le timing... Et le plaisir a été de les voir travailler seuls et de constater que tout ce que j'avais organisé fonctionnait. Et mieux que cela : ils avaient l'air d'apprécier et même d'"apprendre"... 

Ce sont ces trois éléments qui m'ont fait devenir prof...

Et vous ? 


Pour compléter, il y a aussi ce vieux texte : « le guide de château, le mineur et l'animateur»

vendredi, décembre 04, 2020

L’ imposture Blanquer



Les révélations de Médiapart puis de Libération sur la création d’ «Avenir Lycéen» et la réécriture de communiqués d’élus lycéens par des rectorats et l’administration centrale du ministère, commencent à éclabousser le Ministre lui même. Dans le milieu enseignant, beaucoup se prennent à rêver à son départ tant il cumule un niveau de détestation rarement atteint. 

Pourtant Jean-Michel Blanquer, dans l’opinion et dans les médias, semble bénéficier d’une sorte d’immunité qui l’épargne jusqu’à maintenant. L’objet de cet article n’est pas de revenir sur l’«affaire » en cours mais de s’interroger sur les raisons de cette image qui reste positive et de démonter l’imposture Blanquer, ou plutôt LES impostures... 

 

 

Une immunité médiatique

On se souvient des campagnes haineuses dans la presse qui ont accompagné Najat Vallaud-Belkacem durant son ministère et en particulier au moment de la réforme du Collège. Avec Jean-Michel Blanquer, rien de tout cela ! 

D’entrée de jeu, dès son arrivée, il a bénéficié d’une couverture médiatique considérable. A tel point que j’ai très vite renoncé à en tenir le compte exact. 

On a d’abord Le Point, pour qui le futur ministre a tenu une chronique régulière, qui titre en juin 2017 sur « École : Blanquer, l'homme qui veut arrêter les bêtises» puis plus tard, le qualifie  de « nouveau ''cerveau'' de Macron » et de « vice-président ». Le Figaro Magazine n’était pas en reste avec « École : et si enfin ça changeait ?». Il a aussi fait trois fois la couverture de Valeurs Actuelles :  « Dernière chance pour l'école » ; « La nouvelle star » et « Peut-on vraiment sauver l'école?». On peut citer aussi un numéro de Causeur en octobre 2017 où il partage la couverture avec Natacha Polony et cette Une : « Ecole, la dernière chance ». Même l’Obs proposera (août 2017) un grand entretien avec la vedette du gouvernement et fera sa Une sur « École, le grand ménage »

Depuis ces débuts tonitruants, l’ampleur de la couverture médiatique n’a jamais baissé d’intensité. Il faudra, un jour, faire vraiment le compte des interviews données sur tous les médias écrits ou audiovisuels. 

Ceux-ci sont-ils complaisants à son égard ? Il y a en tout cas, au moins, une connivence. L’ancien élève du collège Stanislas trouve de l’écho chez les éditorialistes, anciens « premiers de la classe » qui avaient su se mobiliser contre la "destruction des humanités" qu’ils voyaient dans la réforme du collège. Pourquoi remettre en question un système qui vous a fait réussir ? Tous ces éditorialistes et intellectuels médiatiques, qui pensent encore qu’ils font l’opinion, ont une vision très conservatrice d’une École qu’en fait ils ne connaissent pas. 

L’appareil de communication du ministre est également particulièrement efficace avec plusieurs (ex)journalistes dévoués aux commandes. 

Tout cela contribue à créer une forme d’immunité assez étrange lorsqu’on songe à toutes les fois où le ministre a été contredit au niveau gouvernemental et où son discours performatif méritait au minimum d’être vérifié et même déconstruit. Certains analystes ont parlé d’ « effet Teflon » pour qualifier ce qui est bien plus que de la bienveillance de la part d’un bon nombre d’éditorialistes et d’une partie de la presse. 

 

 

 

Il voulait le poste

L’élection présidentielle de 2017 ne s’est assurément pas faite sur l’éducation. On peut même dire que cette question a été sous-traitée à une officine spécialisée (l’institut Montaigne dont J.M. Blanquer était un éminent contributeur) et qu’il y a eu peu de prise en compte des débats citoyens sur ce sujet dans l’élaboration du programme présidentiel. Réduit à deux pages avec des propositions très disparates qui ont été la feuille de route du début du quinquennat, le programme s’est surtout incarné dans la personne de Jean-Michel Blanquer. 

Faussement présenté comme « représentant de la société civile », c’est en fait un pur haut fonctionnaire, homme de réseaux, très marqué politiquement ancien conseiller ministériel de De Robien, ancien DGesco des ministres Darcos et Chatel, ancien recteur, il a écrit plusieurs livres sur sa vision de l’école qui étaient autant de « lettres de motivation » à l’égard d’un futur président-employeur. Il a donné l’impression d’un homme compétent qui savait où il allait et c’est aussi ce qui explique sa bonne image dans les médias. 

En fait, tous ces éléments que l’on vient de brièvement rappeler sont au cœur d’une série d’impostures que l’on peut développer ici. 

 

 

Erreur sur la personne  

La première imposture n’est pas propre à l’éducation. Elle tient à la manière dont le programme d’Emmanuel Macron a été élaboré ou plutôt son image de candidat progressiste a été « vendue » à des personnes qui se sont engagées sur cette base et qui doivent se sentir aujourd’hui floués du moins pour ceux qui parviennent à gérer cette dissonance cognitive.  

Dans le domaine de l’éducation, on peut dire en effet que Jean-Michel Blanquer propose une vision de l’école décalée par rapport à une bonne partie des (ex ?) militants d’En Marche. Je pense quelquefois à toutes ces personnes, enseignants pour la plupart, soutiens sincères du candidat Macron, qui m'avaient invité dans plusieurs débats sur l'École au moment de la présidentielle. Je me demande ce qu'ils pensent aujourd'hui de l'évolution de l'École sous Blanquer où se combinent libéralisme et conservatisme autoritaire. Je fais l'hypothèse que cela ne correspond pas aux idées généreuses et progressistes qu'ils développaient à l'époque et qu'ils doivent être bien déçus...


Une double imposture apparaît donc dès sa nomination. Le ministre présenté comme « issu de la société civile »se révèle en fait être un technocrate. Mais cela est assez habituel dans la composition des gouvernements. Bien souvent, cette étiquette commode est utilisée dans ce sens. 

Mais c’est surtout comme on l'a évoqué plus haut, quelqu’un qui, même s’il n’était pas explicitement encarté, est déjà très « politique ». Il a été en effet conseiller ministériel, recteur, impliqué dans de nombreux réseaux qui le placent clairement à droite. Cet homme engagé, a beau affirmer dans plusieurs interviews qu’il place l’éducation au dessus des querelles politiques, il fait des choix très marqués idéologiquement et se révèle aussi un redoutable politicien capable de renier ses promesses (« pas de loi Blanquer »). 

 

 

L’imposture de la confiance

La plus grosse imposture, ou plutôt devrait-on parler de mensonge, c’est ce fameux slogan de l’École de la confiance, qui est non seulement un slogan creux mais l’exact inverse du mode de gouvernance adopté par le Ministre. 

Remettons nous en tête une de ses très nombreuses déclarations : « Ce que j'essaie d'enclencher, c'est que l'institution ait confiance en ses recteurs, ses inspecteurs, ses professeurs, et que les professeurs fassent confiance à l'institution, les chefs d'établissement à leurs professeurs, et qu'au bout de la chaîne les élèves aient confiance en eux-mêmes. Cela irradie la question du pouvoir. Cela commence par le cabinet, vous devez être une équipe respectueuse, que chacun soit humble, poli avec ceux avec qui il travaille. Je crois beaucoup à l'exemplarité, la façon d'être de la tête a un impact sur tout le reste. Et tout se conjugue dans les différents aspects, y compris pédagogiques : c'est-à-dire que mon objectif n'est pas de régler tout ce qui va se passer, comme du temps de Jules Ferry, quand tout le monde faisait la même dictée à la même heure, mais que tout le monde maîtrise l'orthographe. Mon but est que les chemins soient trouvés par le génie de chacun dans l'ensemble du système. »

[ «Blanquer, l’homme qui veut arrêter les bêtises» Le Point le 21/06/2017]

On ne sait si on est dans une sorte de pensée magique, où celui qui s’exprime s’auto-convainc, ou dans de la communication cynique et méprisante. Mais la réalité est l’exact opposé de ce discours. 

Le style de gouvernance de JM Blanquer est marqué par la verticalité et l’autoritarisme. L’administration centrale de l’Éducation Nationale était déjà bureaucratique mais elle atteint ici des sommets. Alors qu’on devrait se concentrer sur les objectifs à atteindre, on produit des circulaires et des « livrets » pour encadrer les pratiques des enseignants et la conformité aux procédures. La hiérarchie est utilisée non pas pour aider et conseiller mais pour « évaluer », surveiller et réprimer. 

 

 

Pragmatisme ?

Dans ses innombrables déclarations on l’a aussi beaucoup entendu dire qu’il se réclamait d’un certain « pragmatisme » et qu’il voulait s’appuyer sur les résultats de la science.  Mais ses choix sont en fait très politiques et idéologiques marqués par une vision très libérale et individualiste de la difficulté scolaire. On déconstruit l’éducation prioritaire et son approche sociale et on privilégie l’aide individuelle et l’exfiltration des « méritants ». A propos de la science, on voit bien que la composition du Conseil Scientifique réunit seulement une petite partie de la recherche et en néglige des pans entiers. Quant au pragmatisme, on notera que le Conseil supérieur des programmes n’a tenu aucun compte des remarques des enseignants pour construire des programmes infaisables. Et sur tous les sujets, on avance à marche forcée sans entendre les remarques du terrain et des corps intermédiaires

L’article 1 de la si mal nommée « loi pour une école de la confiance » en 2019 a également marqué une étape importante dans le sentiment d’imposture. Cet article insistait sur la nécessaire exemplarité des enseignants. Elle a été lue par ceux-ci comme une défiance à leur égard. 

Enfin, la polémique sur l’absence des enseignants durant le premier confinement s’est développée avec la complicité du cabinet du ministre. On peut donc dire qu’il a favorisé le « prof bashing ». Et, bien loin de la confiance, son mode de gouvernance repose au contraire sur la méfiance et l’autoritarisme. 

 

 

Imposture de la compétence

Le diable est dans les détails…
La réputation de Jean-Michel Blanquer s’est aussi construite sur une présomption de compétence. Pensez donc ! Cet homme connait son affaire : il a écrit trois livres sur l’École. Il « sait » ... ! 
Il y a aussi cette image, savamment distillée, de joueur d’échecs qui avance ses pions de manière calculée. 
Mais, au vu de l’action menée et notamment ces derniers temps, on peut légitimement questionner cette certitude. Est-il réellement compétent ?
D’abord il est victime de la maladie des technocrates : c’est un « sachant » empli de certitudes. On ne doute pas : « je pense donc tu suis... »
Et cette surdité, qui se double d’une incapacité à faire des compromis, n’est pas un gage de compétences lorsqu’on souhaite gouverner. 
Mais surtout les dernières décisions, notamment durant la crise du bac de l’an dernier et surtout avec la crise sanitaire, révèlent pas mal d'impréparations et une forme d’amateurisme que les affirmations péremptoires « nous sommes prêts » ne font que rendre encore plus criantes. 
Bien loin de la réputation de stratège échiquéen, on notera aussi qu’il sacrifie des pièces essentielles en réussissant même à se mettre à dos l’encadrement intermédiaire de l’EN avec des injonctions contradictoires et des demi-mesures. 
 
Fake news
Cet amateurisme conduit à la fébrilité et enferme dans le mensonge et un discours inaudible. 
On est aujourd’hui au delà du slogan et de la com’ mais dans la fabrication d’une « vérité alternative » pour reprendre une expression utilisée à propos de Donald Trump.  On va ainsi visiter des "écoles Potemkine" ou faire des colloques avec des invités choisis. 
On pourrait  aussi citer de nombreux exemples où on  tord les chiffres. On peut évoquer la manipulation des évaluations CP-CE1. Mais c'est surtout plus récemment le cas avec les chiffres du Covid au sein de l’Éducation Nationale. La revalorisation des enseignants est aussi un bel exemple de manipulation communicationnelle tout comme le Grenelle de l’Éducation. 
Mais on le voit, à l’ère du fact-checking, la presse et les journalistes spécialisés parviennent de plus en plus à démonter et déconstruire cette parole publique. 
Ce qui interroge à propos de cette vérité alternative, c’est qu’on se demande s’il n’y croit pas lui même ! 

 

 

Et après ? 

On dit qu’il a l’oreille du président (ou de la femme du président…) mais il n’arrête pas d’être contredit dans les arbitrages gouvernementaux. La dernière affaire en date avec la création et la manipulation d’un syndicat lycéen tombe bien mal dans une crise gouvernementale multiforme.  

La carte d’immunité de Jean-Michel Blanquer va t-elle tomber ?

C’est peut-être en train de se faire. Mais Emmanuel Macron a du mal à se séparer de ses fidèles. Paradoxalement, la crise actuelle risquerait de le maintenir à son poste car il serait « grillé » pour les régionales. Ou pas…

Il est en tout cas en ce moment en train de battre un triste record (et pourtant il y avait de la concurrence !) : celui d’être le ministre le plus détesté par les enseignants. 

 

 

Philippe Watrelot, le 28 novembre 2020 



Une petite rétrospective...

 

École : les mots et les maux de 2019  (décembre 2019) 

 

Tous ensemble contre Blanquer ? Oui, mais… (aout 2019)


La réforme par ruse (février 2019)


Le coup monté des évaluations de CP-CE1 (octobre 2018)


L’école de la méfiance (septembre 2018)

 

Ça va finir par se voir… (juin 2018)


Un an après, qui êtes vous M. Blanquer ? (mai 2018)

 

JM Blanquer : « je pense donc tu suis ! » (avril 2018)

 

Il faut prendre M. Blanquer au sérieux (décembre 2017)

 

Les mots de Blanquer (septembre 2017)

 

Nomination de Jean-Michel Blanquer (mai 2017)


 

Et... en bonus « Conversations à l'ombre du platane » (1er avril 2018)





☛ Cet article a fait aussi l'objet d'une publication sur le site d'Alternatives Économiques.  

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Chronique éducation de Philippe Watrelot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

samedi, novembre 28, 2020

Rémunération des enseignants : « revalorisation » ou clopinettes ?


Lundi 16 novembre, le ministre de l’éducation a annoncé plusieurs mesures concernant les rémunérations des enseignants et notamment une « prime d’attractivité ». Les titres dans la presse parlent de « revalorisation ». Le terme est-il justifié ? 

On peut d’abord rappeler quelques évidences : 

  • Une prime n’est pas du salaire. 
  • Agir sur l’attractivité n’est pas un réel moyen de rattraper le retard. 
  • Une augmentation qui ne concerne que 30 % des enseignants n’est pas une revalorisation. 

Pour qu’on puisse parler de revalorisation, il faudrait un effort durable et global. Sinon, on court le risque d’amplifier la désespérance d’une profession déjà bien malmenée. 


Annonces 

à la recherche de la revalo perdue ...
Les déclarations du ministre se situent dans un double contexte. Il y a d’abord des négociations salariales qui avaient été entamées dans le cadre de la réforme des retraites. Les rémunérations actuelles des professeurs, déjà faibles mais désavantagées par l’absence de primes auraient été encore plus défavorisées. Le ministre a aussi lancé un Grenelle de l’éducation qui devrait se conclure en février 2021

Le budget 2021 du ministère a été augmenté de 400 millions d'euros (500 millions en année pleine). L’annonce du 16 novembre indique qu’environ la moitié de cette enveloppe sera utilisée pour les enseignants en début de carrière, « afin de favoriser l'attractivité du métier d'enseignant ». 

« La prime bénéficiera à 31 % des enseignants » (y compris CPE et psychologues de l'éducation nationale), « durant les 15 premières années de carrière pour les personnels titulaires et sera dégressive en fonction de l'ancienneté », précise le ministère.

A partir de mai prochain, un enseignant débutant gagnera ainsi 100 euros nets de plus par mois. Un contractuel en début de carrière gagnera 54 euros nets de plus chaque mois. La prime ne concerna pas en revanche les profs à partir de 15 ans d'ancienneté. 

Le ministère de l’éducation nationale prévoit aussi d’autres mesures grâce à cette enveloppe de 500 millions (en année pleine) – dévolue aux augmentations. Le taux de promotion à la hors classe, un grade de fin de carrière, passera ainsi de 17 % à 18 % ; 1 700 enseignants supplémentaires en bénéficieront chaque année. Une enveloppe de 21 millions d’euros de primes pour les directeurs d’école, accordée à titre exceptionnel en 2020, va également être pérennisée – selon des modalités de répartition qui restent à définir. Enfin, le ministère a confirmé l’annonce d’une prime de 150 euros par an destinée à tous les enseignants pour amortir et remplacer leur équipement informatique. 


Attractivité

Les statistiques sont imparables. Les inscriptions aux concours d’enseignement sont en baisse sensible. Le métier d’enseignant n’attire plus. Les étudiants en master comparent les salaires qu’ils peuvent espérer en étant prof avec ceux de leurs camarades ayant le même niveau d’études et ayant un emploi dans d’autres domaines. Un professeur des écoles (bac +5) gagne 72 % de ce qu’il pourrait escompter avec son niveau de diplôme s’il travaillait ailleurs que dans l’Education nationale.

Rappelons aussi que la comparaison peut se faire aussi avec nos voisins. Les salaires des enseignants français sont inférieurs de 7 % en début de carrière à la moyenne des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Tous niveaux confondus, les enseignants français gagnent 22 % de moins que la moyenne des pays développés, surtout en début et milieu de carrière, les salaires remontant en toute fin. Les enseignants français gagnent près de 28 000 euros brut par an dans le primaire, contre 29 900 pour la moyenne des pays de l’OCDE. Les profs de lycée français en début de carrière gagnent, eux, 29 400 euros, contre 32 423 euros pour la moyenne des pays de l’OCDE. L’écart se creuse ensuite, en milieu de carrière : par exemple, après 15 ans d’ancienneté, un prof de collège gagne en France 35 550 euros, contre 43 107 euros pour la moyenne de l’OCDE.

Même si la perte d’attractivité n’est pas due seulement aux salaires (d’autres pays avec des salaires plus élevés ont aussi une baisse des candidatures) mais aussi aux conditions de travail et au prestige qui y est associé, c’est cependant un élément déterminant. 

Travailler sur les débuts de carrière, réduire le temps de passage d’un échelon à l’autre semble donc une nécessité. Mais cela ne peut se réduire à une prime même si celle ci est toujours bonne à prendre pour les collègues qui en bénéficieront. 


Un tiers des enseignants

Car l’annonce du ministre crée aussi du dépit. Tous ceux qui ont plus de 15 ans d’ancienneté se sentent floués. Cette prime ne concerne que 31% des enseignants. Or, la réalité du déclassement n’est pas réservée qu’aux débuts de carrière. 

Entre 2000 et 2018, le salaire des enseignants qualifiés et ayant 15 ans d’ancienneté a augmenté dans la moitié des pays de l’OCDE. L’Angleterre, la France et la Grèce font figure d’exception : le salaire des enseignants y a diminué de respectivement de 3 %, jusqu’à 6 % et 17 %. En France, c’est notamment le gel du point d’indice depuis dix ans qui explique cette diminution.

Ce qui signifie que l’augmentation de la masse salariale dans la Fonction publique n’est due qu’aux passages d’échelon. 

Des études évaluent la perte de pouvoir d’achat entre 20 et 40 %. Un jeune enseignant touchait deux fois le Smic au début des années 1980, contre 1,3 fois aujourd’hui. 

De fait, la prime annoncée ne compensera même pas, la perte de pouvoir d’achat due à l’inflation... Si un enseignant à l’échelon 5 n’avait pas changé d’échelon entre temps il lui faudrait 234 euros en plus par mois rien que pour rattraper l’inflation depuis 2010,. 

La bamboche, ce n’est pas pour demain...


Le chantier des inégalités

On l’a vu, la faible rémunération ne concerne pas que les débuts de carrière. Elle masque aussi des inégalités profondes au sein du monde enseignant.  

Il y a eu une mini polémique en septembre 2019 quand certains journalistes, à la suite d’une mauvaise lecture des statistiques de l’OCDE avaient titré que les enseignants français n’étaient pas moins bien payés que leurs collègues du reste de l’OCDE. Or, ils avaient confondu la moyenne (tirée vers le haut par quelques profs de prépa bien payés) et la médiane qui montre que les enseignants sont globalement en dessous de la norme européenne. On avait pu aussi, à cette occasion, constater la forte hétérogénéité au sein du monde enseignant avec notamment des professeurs des écoles faiblement rémunérés et exclus des quelques rares primes qui existent dans le monde de l’éducation. 

En choisissant d’accorder la même prime aux trois corps de l’enseignement – professeurs des écoles, certifiés, agrégés –, le ministre répond à une demande des organisations syndicales. Car il ne faudrait pas que cette première étape bien modeste fasse oublier les écarts de rémunération entre les différents degrés et niveaux (professeurs des écoles, certifiés, agrégés). Et là, le chantier est immense ! 


Clopinettes, rattrapage ou  revalorisation ? 


Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, affirmait en février 2020  que les hausses de salaires « ne seraient pas des clopinettes » . « L’objectif c’est que nous soyons au cours de la décennie 2020 un des pays qui paye le mieux ses professeurs », insistait-il en parlant d’un « cycle d’augmentations comme il n’y en a pas eu dans le passé ».

Il est certain que le rattrapage des retards accumulés ne peut se concevoir sur un seul budget, qui plus est, en période de crise sanitaire et économique. Mais, justement, ce contexte incite à la prudence voire la méfiance des enseignants. « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » dit un célèbre  adage. Et le ministre nous a habitué à tordre la réalité des chiffres dans un sens qui l’arrange. Alors que l’École a besoin de retrouver optimisme et attractivité, l’absence de visibilité sur une montée en charge au-delà de 2021 empêche les personnels de se projeter sur l’indispensable revalorisation complète des carrières et la correction des écarts de rémunération.

Enfin, même s’il serait indécent de dire que 500 millions sont dérisoires, il n’est peut être pas inutile de rappeler les propos d’Emmanuel Macron lui même à Rodez, le 3 octobre 2019 (avant la crise sanitaire et économique et le « quoi qu’il en coûte ») : « Si je voulais revaloriser, c’est 10 milliards. On ne peut pas mettre 10 milliards demain, c’est vos impôts. ». On n’est donc pas dans les mêmes ordres de grandeur... ! 

Si ce ne sont pas des clopinettes, ces annonces restent des mesurettes...


Donnant-donnant 

Même si le ministre ne cesse de dire qu’il se situe dans une démarche pluri-annuelle, la stratégie qu’il développe et qui était annoncée dans ses livres est globale. Il s’agit de profiter de cette occasion pour transformer le métier d’enseignant. 

Il y a donc la question des contreparties en embuscade. S’il affirme que  « les évolutions qui se dessinent sont positives pour tous ; ce doit être gagnant-gagnant », c’est surtout du donnant-donnant. Il ne semble pas avoir abandonné l’idée de conditionner une partie des augmentations à l’idée de mérite et de profiter de la pseudo « revalorisation » pour redéfinir les missions ou « imposer des tâches supplémentaires aux enseignants » selon les discours. 


On oublie, qu’avant même de redéfinir le métier (ce qui n’est pas illégitime si cela se fait dans une vraie négociation), il faudrait déjà redonner confiance aux enseignants. 

Nous sommes arrivés à un point tel que toute idée de changement, de réforme n’est plus audible par la profession tant que le préalable de la rémunération et d’une meilleure considération n’est pas réglé. 

Car il faudrait aussi répondre à tous les aspects du malaise. Celui-ci est également lié aux conditions de travail et à la gouvernance. Sortir des injonctions contradictoires et verticales, donner un réel pouvoir d’agir, c’est aussi important. Et cela n’a pas de prix ! 


Philippe Watrelot

Ce texte est paru initialement sur le site d'Alternatives Économiques : 

Salaire des enseignants : revalorisation ou entourloupe ? (décembre 2019) 




 
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