dimanche, juin 25, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 19 au 25 Juin 2017





- En musique – des fables et pas de téléphone – Le mois de Blanquer – Bac, bugs et couacs – Butinages - .


Le mois de juin c’est un peu le mois du ministre de l’éducation. Avec le marronnier du bac, on l’invite partout et souvent il en profite pour évoquer d’autres sujets. Cette année, avec le changement de gouvernement, le rythme des annonces s’est encore accéléré. Attention ça chauffe, on ne peut plus suivre ! Entre la rentrée en musique, la distribution des fables de La Fontaine et les casiers pour les portables, il y a de quoi faire. Sans compter les autres dossiers qui se poursuivent : les rythmes, les CP à 12 élèves, le collège... A tel point qu’on en arriverait presque à oublier le Bac avec ses bugs et ses couacs...



En musique
« Je vous l’annonce, on fera la rentrée en musique dans un maximum d’endroits dès cette année, en mobilisant les élèves de l’année précédente ou des orchestres extérieurs.» Dans une interview accordée début juin au quotidien Le Parisien le ministre de l'Éducation nationale avait annoncé sa volonté de développer l'enseignement de la musique dans les collèges.
Malgré cette annonce du début du mois de juin, la circulaire allant dans ce sens et qui a été envoyée aux Recteurs et aux inspecteurs le 20 juin a d’abord été prise pour un faux lorsqu’elle a commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Pourtant elle est bien réelle. Il s’agit de s’appuyer sur les chorales et autres orchestres pour accueillir en musique les nouveaux élèves afin de «marquer de manière positive le début de l'année dans les écoles, les collèges et les lycées.».
Beaucoup d’acteurs de l’école se sont étonnés qu’une telle proposition arrive le 20 juin alors que les lycées n’ont plus d’élèves, comme aussi beaucoup de collèges et que seules les écoles primaires travaillent encore. Comment dans ces condition préparer efficacement une telle opération ?
Et si on prenait, malgré tout, cette rentrée en musique au sérieux ? c’est ce que propose Mara Goyet dans son blog du Monde. A bien des égards pour des pédagogues convaincus, on peut penser que ce serait une bonne idée. L'enjeu c'est de travailler sur le climat scolaire et le sentiment d'appartenance à une collectivité. Des projets comme ceux là peuvent y aider. Les rituels d'entrée que beaucoup d'entre nous pratiquent à l'échelle de leur classe, peuvent être élargis au niveau d'un établissement. Accueillir les nouveaux, partager un projet commun avec une dimension culturelle, travailler sur le sensible et l'artistique, on peut trouver des aspects positifs à cette" proposition"...
Sauf que ce n'est pas présenté comme une "proposition" mais que ça ressemble furieusement à une injonction ministérielle...! Ce qui a fait penser à un canular lorsque la lettre a circulé c'est que celle ci apparaissait tellement en contradiction avec les premières déclarations du ministre. Celui-ci parlait à l'époque d'en finir avec la verticalité, de laisser l'initiative aux établissements et aux équipes. Il déclarait qu'il n'y aurait pas de "réforme Blanquer" et qu'il en était fier... De même, il clamait son attachement aux expérimentations et à l'évaluation. Mais très vite les défauts de la gouvernance "à la française" qui fonctionne sur le fantasme qu'il suffit de dire pour faire et que ce qui est décidé en haut redescend impeccablement jusqu'au plus petit échelon (même le 20 juin !) a repris le dessus. On s'est aussi très vite empressé de "détricoter" les dispositifs précédents au nom d'une "autonomie" mal pensée et qui oublie la dimension du temps de l'appropriation et du travail collectif.
Finalement, cette "rentrée en musique" n'était pas un canular et aurait pu même être une bonne idée. En revanche ce qui est de plus en plus un canular, c'est de croire qu'on peut continuer à gouverner l'éducation nationale ainsi...


Un livre mais pas de téléphone
On est passé de Ctrl-Z à Ctrl-C et Ctrl-V...
Jean-Michel Blanquer fait maintenant du copier-coller.
Le Ministre a annoncé sur France 2 nous dit Le Parisien que les 150 000 élèves de CM2 allaient recevoir un exemplaire des Fables de la Fontaine. «C’est une incitation à la lecture. Avec la ministre de la Culture, on veut beaucoup travailler sur la question du livre. La lecture, c’est fondamental», a expliqué Jean-Michel Blanquer..
La distribution des fables de La Fontaine est en fait le retour de l'opération "Un livre pour les vacances", initiée en 2010 par Luc Chatel (et son Dgesco de l'époque, un certain JM Blanquer). On peut même faire un petit exercice en comparant le dispositif de 2017 avec la présentation de la circulaire de 2017 avec la description de l'opération de 2010 .
Des livres, mais pas de portable...
Les téléphones portables seront-ils interdits au collège, comme le candidat Emmanuel Macron s'y était engagé pendant la campagne présidentielle ? «Tout ce qui a été dit doit être accompli », a répondu, vendredi 23 juin, le ministre de l'Education nationale dans une interview sur France 2 . «Il y a un problème, il faut le regarder en face» a-t-il estimé, jugeant qu'il fallait «prendre des mesures pratiques». «Par exemple, a-t-il expliqué, en Conseil des ministres, il y a un casier. On y met son téléphone portable, et ensuite, on rentre en Conseil des ministres, de sorte qu'on n'est pas interrompu. Ce qui est possible en Conseil des ministres doit être possible en classe.».


Le mois de Blanquer
De toutes façons, le mois de juin c’est un peu le mois du ministre de l’Éducation. Il y a donc un effet de projecteur et Jean-Michel Blanquer se saisit de cette attention des médias à son encontre. Cela peut aussi donner le sentiment d’une sur-activité avec ces nouvelles déclarations alors que les autres dossiers se poursuivent.
Mais avant d’évoquer ces dossiers en cours, arrêtons nous sur le dernier portrait en date du Ministre. Celui-ci est en Une du Point avec ce titre «Blanquer : l’homme qui veut arrêter les bêtises»
Et le magazine, précise qu’il «rompt avec le pédagogisme qui a démoli l'école». Dans ce portrait très élogieux du magazine (où le nouveau ministre a tenu une chronique pendant ces dernières années) , on trouvera un paragraphe  qui ne manquera pas d’être commenté au regard des mesures précédentes (et futures ?) : «« Désengoncer ». Pour lui et pour l'école, Jean-Michel Blanquer a un idéal : une conception du pouvoir fondée sur le « pouvoir faire », selon son expression. Aux recteurs d'académie qu'il a accueillis au ministère peu de temps après s'y être installé, il a donné le ton : « Plus je vous donnerai de pouvoir, plus j'en aurai ! » Les esprits taquins ne manqueront pas de déceler dans cette formule une tentation hégémonique typiquement macronienne, les plus tendres y verront au contraire le souhait de « libérer les énergies ». « Il faut "désengoncer" pour créer, il faut que les professeurs n'aient pas le sentiment que l'école est une chape de plomb », scande pour sa part Blanquer. Le ministre se désole également de constater que « les élèves de France sont parmi ceux qui ont le moins confiance en eux-mêmes », ce qu'il considère comme une « sorte de thermomètre de la situation générale ». Quels moyens pour y remédier ? Un « cercle vertueux » fondé sur une confiance en cascade : « Ce que j'essaie d'enclencher, c'est que l'institution ait confiance en ses recteurs, ses inspecteurs, ses professeurs, et que les professeurs fassent confiance à l'institution, les chefs d'établissement à leurs professeurs, et qu'au bout de la chaîne les élèves aient confiance en eux-mêmes. Cela irradie la question du pouvoir. Cela commence par le cabinet, vous devez être une équipe respectueuse, que chacun soit humble, poli avec ceux avec qui il travaille. Je crois beaucoup à l'exemplarité, la façon d'être de la tête a un impact sur tout le reste. Et tout se conjugue dans les différents aspects, y compris pédagogiques : c'est-à-dire que mon objectif n'est pas de régler tout ce qui va se passer, comme du temps de Jules Ferry, quand tout le monde faisait la même dictée à la même heure, mais que tout le monde maîtrise l'orthographe. Mon but est que les chemins soient trouvés par le génie de chacun dans l'ensemble du système. » Bref, « créer l'école de la confiance pour une société de confiance, c'est la clé du bonheur » ! Cela commencera dès la rentrée prochaine. Convaincu que la musique joue un rôle majeur dans l'épanouissement intime mais aussi collectif, Blanquer, main dans la main avec la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a sollicité les orchestres et les chorales pour une rentrée des classes en musique. Quant à la forme que doit prendre son propre pouvoir de ministre ? « Je crois à quelque chose de profond derrière l'idée de "en même temps" : dignifier la fonction tout en étant capable de contact et de simplicité. » Décidément macronien.».
Après ce dossier du Point, le Ministre pourra aussi mettre à son crédit ( ?) les déclarations d’Alain Finkielkraut qui se réjouissait sur France Inter le 22 juin : «Parmi les bonnes surprises, la nomination de JM Blanquer à l'éducation nationale».

Venons en maintenant aux dossiers en cours. On peut s’aider d’une dépêche AFP qui recense les principaux changements à la rentrée : CP à 12, réforme de la réforme du collège, semaine de quatre jours... Tout cela ne se passe pas sans heurts et difficultés.
Rappelons d’abord que l’arrêté sur le Collège est paru au Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale . Mais les établissements risquent d’avoir du mal à ajuster leurs répartitions horaires et d’être confrontés à d’âpres négociations entre les différentes disciplines.
Aurélie Collas dans dans Le Monde rappelle que le passage à 12 élèves pour les classes de CP se fait à marche forcée et au détriment des « maîtres + ». Selon cet article, l’application, dès la rentrée, de cette promesse de campagne du candidat Macron tourne au casse-tête.
Quant aux rythmes scolaires, le décret n’est toujours pas paru alors que la rentrée approche et que des informations contradictoires jettent le trouble dans les communes. Sur le fond du débat, je signale deux textes. D’abord une interview de Claire Leconte dans La Montagne où la chronobiologiste plaide pour une semaine de six jours d’école. Et puis, un argumentaire très rigoureux d’un parent d’élève contre la semaine de quatre jours à lire dans Les Cahiers Pédagogiques


Bac, bugs et couacs
Depuis le début de cette session, pas un jour ne passe sans qu’une alerte soit lancée sur les réseaux sociaux, avant d’être confirmée… ou pas. Alerte à la « fuite », alerte aux sujets de secours, alerte aux questions qui s’échangent – et parfois même se monnaient – sur Twitter, alerte à la distribution de copies hasardeuse ou retardée, alerte à la question jugée inattendue ou mal posée… Le pire étant ce qui est arrivé aux élèves de STMG qui ont été obligés de repasser l’épreuve d’Espagnol LV1 car le sujet avait déjà été donné à la session de septembre 2016
Plusieurs articles, dans Le Monde ou sur BFMtv reviennent sur ces couacs à répétition. Sont-ils plus nombreux ? La direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco) a dénombré le recours à six sujets de secours pour les trois baccalauréats – général, technologique et professionnel – en 2017, contre onze durant la session 2016. Concernant les rectificatifs réalisés en cours d’épreuve par l’inspection générale – suite à une incompréhension ou à l’inexactitude d’un intitulé –, ce sont quinze ajustements qui ont dû avoir lieu, contre vingt-trois en 2016.

Mais en dehors de ces couacs, le débat se poursuit sur l’épreuve elle même. On pourra lire dans L’Obs un article qui tente de faire le point sur les arguments en faveur d'une évolution du bac. Pour les proviseurs du SNPDEN, qui donnaient une conférence de presse cette semaine, «le bac ne sert à rien» peut-on lire dans Les Échos . Le principal syndicat des chefs d'établissement réclame à sa place deux évaluations, dont un examen d'entrée dans le supérieur.

Le Figaro pose aussi la question de l’utilité du Brevet. On peut faire remarquer à cette occasion qu’il serait alors utile d’éviter les empilements dont l’éducation nationale a le secret. Il faudrait aussi qu’on s'interroge si ce qu'on évalue au DNB (le petit nom du brevet) est vraiment ce qu'il faut savoir à 15 ans. De ce point de vue, il existe un outil, qui s'appelle le Socle, mais curieusement, il n'est utilisé, pour le moment, que pour obliger les profs de collège à remplir des formulaires interminables (que personne ne lira). A quand un DNB qui serve vraiment à évaluer le Socle ?


Butinages
Finissons avec quelques conseils de lectures glanées au fil de la semaine.

Olivier Maulini dans Les Cahiers Pédagogiques propose une réflexion sur l’autonomie des établissements ; Sonne-t-elle le glas de l’unité nationale, ou au contraire celui d’une égalité de façade enfin démasquée ? Libère-t-elle d’un carcan archaïque, ou en organise-t-elle plutôt un autre, habilement managé, plus contraignant parce que plus rusé ? Olivier Maulini suit cette piste dans la situation française actuelle, à la fois conditionnée par son héritage jacobin et soumise au devoir de participation contemporain.

Ne vous laissez pas abuser par le titre survendu de cet article du Huffington Post qui parle de « cours d’attention» proposés à la rentrée... En fait, il s’agit d’un dispositif qui n’est pas obligatoire et dont le contenu est intéressant.
Ce programme s'appelle Atole pour "Attentif à l'école". Il a été mis en place par Jean-Philippe Lachaux, chercheur en neurosciences de l'attention au Centre de recherche de Lyon. « On amène d'abord les enfants à comprendre comment leur attention fonctionne de l'intérieur, explique le scientifique au HuffPost. C'est un phénomène biologique soumis à des lois. On leur apprend à reconnaître ce qui les distrait et à réagir pour se concentrer à nouveau. «Il faut concevoir Atole comme un nouvel outil dans la palette pédagogique du professeur, précise le chercheur. Pour que chacun ressente à quel point c'est agréable de n'avoir qu'une chose à faire, sans se poser de question.».

Finissons avec une nouvelle très inquiétante. On vient d’apprendre que la théorie de l’évolution ne serait plus enseignée dans le secondaire en Turquie. Dernièrement, le vice-premier ministre Numan Kurtulmus avait jugé que les travaux de Darwin étaient « vieux et mauvais » et qu’il n’était pas indispensable de les enseigner. C’est aujourd’hui le chef du comité sur les programmes scolaires au sein du ministère de l'Éducation turc qui considère la théorie comme "controversée et trop compliquée". Dès 2019, le darwinisme quittera donc les manuels du secondaire (collège et lycée) et ne sera abordé que dans l'enseignement supérieur. Le progrès est en marche...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, juin 18, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 12 au 18 juin 2017



- Marronnier- Réforme du bac – Débats en cours - Butinages - .


Je déclare officiellement ouverte la saison du marronnier du bac ! Comme chaque année, la presse nous abreuve de sujets plus ou moins convenus et prévisibles sur ce « rituel ». Toutefois, cette année, ce marronnier se double de sujets plus sérieux qui s’intéressent à la réforme du bac annoncée par le ministre.
Cela n’empêche pas non plus les autres débats sur la politique éducative de se poursuivre avec de nombreux textes de qualité.


Marronnier
Tout commence à la Révolution française, le 10 août 1792. Ce jour-là, alors que le roi Louis XVI a quitté Versailles pour résider à Paris, dans son palais des Tuileries, le peuple attaque les Tuileries : 20.000 hommes —dont nombre de sans-culottes avec des fourches— partent à l’assaut de la bâtisse défendue par 950 gardes suisses. La quasi totalité est massacrée par la foule. Beaucoup de gardes suisses seront enterrés au jardin des Tuileries, sous un gros marronnier rose. Chaque année, au printemps, l’arbre fleurissait au-dessus des tombes. Et chaque année, au même moment, les journaux publiaient des articles qui rappelaient cette fameuse journée du 10 août. C’est là l’origine du mot “marronnier” pour désigner les articles sur des sujets qui se répètent et qui sont prévisibles. (Et la preuve que c’est bien répétitif, c’est que je vous ai déjà servi cette anecdote l’an dernier à la même date !)
Chaque année, il y a aussi le même petit agacement...L'épreuve de philo du bac général semble marquer pour la presse le début des épreuves du Bac. Et chaque année, on oublie que le bac général ne concerne qu'une petite moitié des bacheliers et que les épreuves des bacs technique et professionnel ont pour une bonne part déjà commencé...
Comme on peut le lire dans Ouest France et dans bien d’autres journaux , il y a cette année 718.990 candidats aux baccalauréats (379.580 dans le général, 199.233 dans le professionnel et 140.077 dans le technologique). La candidate la plus âgée a 74 ans et la plus jeune 13 ans. Le nombre de candidats ne cesse d’augmenter et représente aujourd’hui plus de 80% d’une génération. Cet examen est un évènement coûteux (57 millions d’euros et 80€ en moyenne par candidat) parce qu’il concerne de plus en plus de monde mais aussi parce qu’il repose sur une grande diversité d’épreuves. Ce sont pas moins de 4000 sujets différents qui sont proposés chaque année.
Comme chaque année, on a eu droit aussi aux vœux du ministre . Et comme chaque année, on a aussi droit aux articles sur les “fuites”. Le ministère de l’éducation nationale a ouvert une enquête sur d’éventuelles fuites des sujets de physique-chimie et de sciences de la vie et de la terre (SVT) au bac S. Comme chaque année aussi, on a droit à une réflexion sur l’épreuve de philosophie et l’épreuve “reine” qu’est la dissertation. Ce sont les seuls sujets qui sont abondamment commentés. On peut lire aussi des textes de collègues nous expliquent doctement comment il faut aborder la philosophie. Au risque de se répéter d’une année sur l’autre... On attend la même attention des journaux pour l’épreuve d’EPS !
Comme chaque année, cela devient une habitude, les élèves pétitionnent. Contre les sujets de physique-chimie dans de nombreux centres étrangers ou encore contre les sujets d’histoire-géographie en France Métropolitaine. La première pétition date de 2014. Louise Tourret pour Slate.fr consacre un article à ce phénomène qui prend de l’ampleur : les lycéens se sentent davantage autorisés à protester, comme si donner son avis et faire partager son ressenti sur les sujets d’un «monument national» comme le bac allait de soi. Ces mobilisations numériques s’expliquent par la familiarité avec les réseaux sociaux. On retrouve d’ailleurs celle ci aussi sur Twitter avec les réactions à chaud des lycéens qui se lâchent après les épreuves.
En dehors des reportages sur le plus jeune ou le plus vieux candidat, ou sur les triplées qui passent le bac , on trouve aussi quelques éléments intéressants de comparaison internationale. Dans Ouest France , on nous confirme que nos voisins européens bachotent également. Et sur FranceInfo, on s’intéresse au terrible "suneung", l’examen d’entrée en fac en Corée du Sud. On voit donc que le rituel d’un examen existe dans de très nombreux pays (avec plus ou moins de contrôle continu). Mais on note aussi que le bac “à la française” cumule deux fonctions souvent disjointes ailleurs : c’est à la fois un examen de fin d’études et la porte d’entrée vers l’enseignement supérieur puisqu’il est considéré comme le premier grade universitaire. C’est cette double fonction qui est aujourd’hui menacée et qui, en dehors de sa lourdeur d’organisation, conduit à ce qu’on (re)parle cette année de réforme du bac.


Réforme du bac ?
«Le baccalauréat 2017, dernière session avant la réforme ?» se demande Le Monde comme bien d’autres journaux. En effet, dès la campagne présidentielle, le projet du candidat Macron annonçait une réforme de l’examen. Jean-Michel Blanquer, aujourd’hui ministre, s’était déjà exprimé sur ce sujet en juin 2016 dans Le Figaro . De nombreux rapports ( comme par exemple celui de Terra Nova en 2016) ont déjà été publiés les années précédentes. Le sujet est donc sur la table depuis longtemps. Mais les ministres, jusque là se sont bien gardés de toucher à ce « monument national » pour reprendre l’expression de Jack Lang. La dernière réforme en 1995 modifiait les séries (A, B, C et D sont devenues L, ES et S) mais ne touchait pas vraiment aux épreuves elles mêmes. Et les quelques tentatives en 2005 et en 2008 ont vite été abandonnées devant les risques de mobilisation lycéenne. Le nouveau ministre qui était alors déjà aux affaires sait combien ce sujet est explosif.

Quel est le projet actuel ? Il s’agit de muscler” l’examen selon les dires de JM Blanquer (et accessoirement de faire des économies). On propose de limiter l’examen final à quatre matières obligatoires maximum et de faire passer le reste des épreuves en contrôle continu en cours de formation. Mais la question est aussi celle de ce qui se passe en amont et en aval.
En aval, c’est déjà en train de se faire puisque la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal a dit vouloir expérimenter les “pré-requis” pour l’entrée à l’université. C’est-à-dire une forme de sélection qui montre bien que le bac à lui seul ne suffirait plus pour les études supérieures. D’une certaine manière le tirage au sort dans certaines filières le montre aussi. Et surtout, on voit bien que les orientations en filières sélectives se font avant le bac sur dossier. Le système Admission post bac organise l’entrée des élèves de terminale à l’université sur la base du contrôle continu. Dès lors, à quoi sert l’examen du baccalauréat ? Comme le titre Le Monde «APB a t-il tué le bac ? »
En amont, cela pose, par ricochet, la question des choix d’option des élèves en fonction des orientations post-bac. Autrement, dit, se posera nécessairement la question du maintien des filières (L, ES et L en général) et des séries (général, techno et pro). Alors qu’on ne cesse de parler dans les rapports et autres colloques de l’adéquation Bac-3/Bac/+3, la réforme du bac c’est aussi forcément la réforme du lycée...

Ce sujet nous sort donc du “marronnier” et nous permet de prendre connaissance des positions d’un certain nombre de spécialistes du système éducatif sur cet enjeu.
Dans La Croix, Claude Lelièvre, historien de l’éducation, suggère une réforme du Bac avec la « suppression des filières pour proposer au lycée des enseignements modulaires, le nombre de formations dans le supérieur étant infiniment plus grand que celui des séries au Bac ». Dans une interview donnée à l’institut Montaigne, l’ancien recteur, Christian Forestier se prononce lui aussi pour une réforme et considère que «toute proposition de réforme sur le baccalauréat doit intégrer une réflexion plus globale sur l’accès à l’enseignement supérieur» et il précise «Il est donc impératif d’aller vers plus de régulation pour remédier à ce déséquilibre. L’introduction de davantage de sélection n’a en aucun cas pour objet de réduire l’accès à l’enseignement supérieur. Il n’y a pas trop d’étudiants en France ! »
Pour Martin Andler, co-auteur du rapport Terra Nova de 2016, interrogé par Les Échos : « L'organisation du bac ne va pas résoudre la question de la transition vers l'enseignement supérieur. Pour s'attaquer à cela, il faut que, dans l'enseignement supérieur, les établissements précisent les attentes qu'ils ont vis-à-vis des étudiants. Et que le rôle de l'année de terminale soit de préparer à l'enseignement supérieur. Les élèves dont les parents ont fait des études savent que l'enjeu de l'année de terminale n'est pas de préparer le bac, mais de se préparer à l'enseignement supérieur. Ce que beaucoup d'élèves de milieux modestes ne savent pas ! Et ils peuvent se retrouver en difficulté, malgré des notes extraordinaires au bac, car eux-mêmes et leurs professeurs ne les ont pas préparés à l'enseignement supérieur. On est dans un système complètement hypocrite.»
Pour le sociologue Olivier Galland interrogé par EducPros , le Bac reste un marqueur social mais «l'idée que le bac est garant de l'égalité est un leurre». Et il rappelle que l’opinion des lycéens serait en train de changer. Alors qu’ils se mobilisaient en 2005 pour le maintien d’un examen national, les positions seraient aujourd’hui en train de changer. Et il précise, en s’appuyant sur des enquêtes qu’«une partie des lycéens est plutôt favorable à la méritocratie scolaire, c'est-à-dire à l'idée que le niveau de réussite dans les études doit être pris en compte dans l'orientation, ce qui n'est pas très éloigné d'une idée de sélection par le mérite scolaire, idée pourtant totalement rejetée par les syndicats étudiants.»

Il semble donc y avoir un semblant de consensus sur la nécessité de faire évoluer le baccalauréat aussi bien du côté des spécialistes que des lycéens, voire même du côté des enseignants. Mais celui-ci n’est qu’apparent car on en reste au niveau des intentions. On n’est pas pour l’instant rentré dans le dur des négociations. Et celle-ci risquent d’achopper sur plusieurs points. D’abord sur la question du choix des matières : « d’accord pour alléger, mais pas touche à ma matière ! » pourrait être la réaction de nombreux enseignants. Et la réforme peut aussi se heurter au principe d’égalité républicaine même si celui-ci est déjà bien mis à mal par la situation actuelle. Il est possible que le bac 2018 ressemble encore beaucoup au bac 2017...


Débats sur les réformes
Pendant la période du bac les autres débats se poursuivent...
Jean-Michel Zakhartchouk, dans un billet de blog initulé « Marche en avant ou néosarkozysme ?» manifeste son inquiétude à l’égard du nouveau ministre, car, dit-il «à mesure que se dessine la politique suivie par le ministère Blanquer, on ne peut qu’être inquiet, car de nombreux signes convergent vers une résurgence des recettes essayées sous le quinquennat Sarkozy plus que vers une vraie rénovation du système éducatif, vraiment pragmatique et “progressiste” ». On trouve la même inquiétude chez Catherine Chabrun, sur son blog Médiapart elle dit sa «Méfiance pour l’École de la confiance» et en particulier le dédoublement des classes de CP.
Charles Hadji dans The Conversation s’intéresse, quant à lui, à la “réforme de la réforme” du collège. Il reproche au ministre actuel de s’employer à “détricoter” ce qui avait mis en place par celle qui l’a précédé en oubliant le diagnostic de départ qui montrait que le collège était unanimement considéré comme le “maillon faible” du système. «Procéder ainsi, nous dit Charles Hadji, c’est conforter ce qui constitue une difficulté majeure pour toute réforme : sa prise en otage dans les querelles politiciennes. Alors qu’une réforme n’a pour raison d’être que d’améliorer une situation en apportant des réponses à un problème dûment diagnostiqué. L’urgence est de revenir au diagnostic (qu’est-ce qui fait problème dans le collège aujourd’hui ?), pour rechercher, à partir de là, des solutions intelligentes. De s’entendre sur un « bien commun », en prenant en compte prioritairement les intérêts des premiers concernés, à savoir les élèves.»
Pierre Merle, pour sa part s’intéresse au redoublement. Dans une interview pour le site d’Alternatives économiques le sociologue de l’éducation, critique les revirements de JM Blanquer sur ce sujet. Pour lui, cela s’apparente plus à un «effet d’annonce» plutôt qu’à une politique cohérente. Pour P. Merle, «le redoublement est une politique coûteuse et inefficace». Il constate cependant que «les économies réalisées grâce à la baisse du taux de redoublement - passé de 39 % en 2003 à 22 % en 2015 – n’ont pas assez été utilisées pour aider les élèves. La réforme du collège, par exemple, permet une aide personnalisé pour tous les élèves, alors qu’il aurait fallu cibler en priorité les élèves en difficulté. Par ailleurs, les politiques d’aides individualisées n’ont pas été à la hauteur. Elles relèvent d’une politique de la rustine.» Pour lui, «il faudrait aussi d’avantage de mixité académique. Le regroupement des élèves faibles entre eux produit des “effets de pairs” négatifs, la généralisation du découragement et de comportements scolaires inadaptés. C’est pour cela que la volonté de M.Blanquer de recréer des sections latines ou européennes, où se concentreront les bons élèves, est également mauvaise. La ségrégation académique est un obstacle au progrès du plus grand nombre.»

La critique la plus cinglante de la politique qui semble se dessiner, on la trouve dans un texte signé de Jean-Paul Delahaye avec pour titre : « les responsables de l’échec sont de retour». L’ancien inspecteur général de l’éducation nationale (et ancien Dgesco et conseiller de Vincent Peillon)  dénonce, dans une tribune au journal Le Monde , un projet qui est fondé sur « l’objectif de tri et de sélection des meilleurs ». En voici la conclusion « Une des difficultés rencontrées pour réformer l’école vient du fait que les intérêts particuliers portés à la conservation d’un système qui fait si bien réussir leurs enfants, se retrouvent sur les deux côtés de l’échiquier politique et s’expriment beaucoup dans les médias, savent se faire entendre, défendent les positions acquises y compris s’agissant des choix budgétaires, et ont un pouvoir de retardement des réformes, voire de blocage. Le plus désolant sans doute c’est que les mesures annoncées répondent aux demandes de certaines élites sociopolitiques, quel que soit par ailleurs leur positionnement politique, à droite, au centre ou à gauche. Celles-ci veulent conserver leur position dominante dans le système éducatif. Elles visent plus à restaurer pour les leurs qu’à refonder pour tous.»


Butinages
Comme à l’habitude, on finit avec quelques liens intéressants glanés au cours de la semaine.

Une étude européenne tout d’abord, qui aurait pu avoir sa place dans le chapitre précédent de ce bloc-notes. Le réseau Eurydice, créé par la Commission européenne pour diffuser des informations sur les systèmes éducatifs, vient de publier des données qui montrent que la France est championne des fameux “fondamentaux” dont le ministre ne cesse de dire qu’il faudrait les renforcer. Comme l'avait déjà souligné l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la France fait partie des pays qui donnent le plus d'heures de français, de mathématiques ou de sciences à ses élèves. L'étude Eurydice insiste aussi sur une autre spécificité du système français : le nombre d'années de scolarisation obligatoire y est moindre que dans d'autres pays. Les années d'école sont donc plus chargées en France qu'ailleurs, d'autant que le volume d'heures de cours y est plus important.

Dans The Conversation Laurent Frajerman, chercheur à l’institut de la FSU et à Paris I publie un article où il explore les différents sens de l'autonomie pour les établissements scolaires. Les termes du débat y sont bien exposés. On y lit aussi, ce qui est étonnant de la part d’un ancien syndicaliste, une vision assez pessimiste sur l’existence des collectifs enseignants et sur le rôle de contre-pouvoir que peut jouer l’action collective.

Sur le site nonfiction.fr, la philosophe Irène Pereira livre un texte fort intéressant. Elle montre que la sociologie de l'éducation a été conduite à jeter un regard critique sur l'optimisme émancipateur des pédagogies nouvelles. Mais insiste t-elle et contrairement à certains qui s'arrêtent à cette première phase critique, cela n'invite pas pour autant à renoncer aux pratiques pédagogiques émancipatrices. Mais « à jeter un regard critique sur ces pratiques afin de les améliorer». Un message à tout ceux, à droite et surtout à gauche, qui s’abritent derrière les quelques dérives potentielles des pédagogies alternatives pour justifier leur propre conservatisme...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, juin 11, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 5 au 11 juin 2017



- Ctrl-Z - Collège – Rythmes et blues - Redoublement – Ailleurs - .



Un bloc notes “blanquérisé”... Le ministre a multiplié les déclarations et les annonces. A tel point qu’on ne pourra tout évoquer dans cette chronique tardive. On essaiera surtout d’en faire une analyse générale et de se concentrer sur les plus importantes : le collège, les rythmes et le redoublement.



Ctrl-Z
Dessin de Jacques Risso
Jean-Michel Blanquer a fait la Une de plusieurs quotidiens cette semaine (dont Libération et Le Parisien). Il faut dire qu’il a multiplié les déclarations sur de très nombreux sujets : rythmes scolaires, collège, devoirs, stages de remise à niveau, redoublement, baccalauréat, dates des vacances et bien d’autres encore...
Beaucoup de ces annonces visent à « détricoter » (c’est le terme le plus employé) les mesures prises précédemment. Une autre expression a fait florès pour le désigner : « le ministre Ctrl-Z» celui qui annule ce qui a été fait précédemment. On peut aussi, et surtout, voir cette débauche d’annonces, comme de la communication politique à quelques jours des élections législatives. Alors que la rentrée 2017 est déjà sur les rails et les marges de manœuvre très étroites, beaucoup de ces déclarations n’auront, quoi qu’on en dise, que peu d’effets immédiats. Il faut aussi remarquer, en plus, que plusieurs de ses déclarations, rentrent en contradiction avec ses positions ou actions antérieures. Et surtout, elles envoient des signaux contradictoires qui, à terme, peuvent être néfastes à la volonté de changement du ministre. Comme le souligne Louise Tourret dans Libération : « Les revirements actuels donneraient plutôt raison à ceux qui, sur le terrain, n’ont pas joué le jeu des réformes, les appliquant a minima, attendant un changement de ministre. » et on peut rajouter qu' « on laisse croire aux plus investis que leurs efforts sont vains…»
On a surtout envie de dire au Ministre qu'à côté de Ctrl-Z, il y a aussi Ctrl-C et Ctrl-V pour reproduire les initiatives et les innovations au lieu de les décourager !

Ce sont surtout les semaines précédentes au moment de la nomination du gouvernement qui ont été propices aux portraits. Cette semaine, on en trouve cependant un nouveau très intéressant dans Le Monde . Les deux journalistes, Aurélie Collas et Mattea Battaglia décrivent quelqu’un qui serait «programmé pour l’éducation» à la fois ennemi du pédagogisme et féru de neuro-sciences. Un “pragmatique” partisan du bottom-up (approche descendante) où on part des expérimentations pour ensuite évaluer et généraliser. Mais remarquent les deux auteures, «Rien de tout cela dans ses premières décisions, qui consistent surtout pour l’heure à défaire ce que la gauche avait entrepris. Sur les réseaux sociaux, on le surnomme déjà le « ministre des Ctrl + Z » ou du « détricotage ». Il avait pourtant assuré qu’il ne serait pas le ministre « des zigzags » ou des « stop and go ».». C’est plus ou moins le même reproche qui est formulé par Jean-Pierre Veran sur son blog Mediapart . «Le ministre de l’éducation nationale a affirmé ne pas vouloir donner dans l’injonction, être pragmatique, prudent et à l’écoute. […] Et voici qu’hier ce même ministre soumet au conseil supérieur de l’éducation un décret qui prévoit une modification importante de l’organisation des collèges, avec le rétablissement des classes bi-langues et des enseignements de langues anciennes et l’amoindrissement de la place accordée à l’accompagnement personnalisé et aux enseignements pratiques interdisciplinaires. Et un autre qui prévoit le retour possible à la semaine de quatre jours de classe dans le premier degré. Ni l’un ni l’autre de ces décrets n’ont reçu l’assentiment du conseil supérieur de l’éducation, mais le ministre passera outre ces avis défavorables. Le changement, ce n’est pas pour maintenant !». Et le blogueur, ancien inspecteur, conclut : «Ces premiers signaux de l’action ministérielle pourraient laisser présager une école soumise au régime de la marche forcée si peu compatible avec la stabilité nécessaire au temps éducatif d’une part, l’autonomie des équipes d’établissement d’autre part.»
Comme l’évoque JP Véran, la semaine a aussi été marquée par la présentation, jeudi dernier, à l’organe consultatif qu’est le Conseil Supérieur de l’Éducation des deux propositions mises en avant par JM Blanquer : un décret sur la réforme des rythmes et un arrêté sur la réforme du collège. Les deux textes ont donné lieu à des votes négatifs mais on peut penser que le ministre passera outre cet avis consultatif. Nous allons détailler maintenant ces deux propositions ainsi que les déclarations sur le redoublement.



Réforme de la réforme du collège
«La réforme du collège sera enterrée le 8 juin», c’était le titre-choc d’un article du Parisien paru la semaine dernière. Dans le projet d’arrêté qui a circulé dans toute la presse, il n’y a pas à proprement parler de suppression des EPI. Ces enseignements rendus obligatoires par la réforme du collège appliquée à la rentrée 2016 et qui mêlent deux disciplines au sein d’un même cours, devaient être laissés à la libre appréciation de l’établissement. Il peut décider de les supprimer et de ne proposer que de l’accompagnement personnalisé. Les thèmes des EPI sont eux aussi laissés à l’appréciation du collège. Sur l’année scolaire 2016/2017, ils devaient obligatoirement entrer dans le cadre de huit sujets listés (par exemple, « sciences, technologie et société », ou « langues et cultures de l’Antiquité »).La répartition entre les enseignements complémentaires « serait déterminée par l’établissement en fonction des élèves accueillis et du projet pédagogique », précisait ce projet d’arrêté.
Il faut dire que même si les positions syndicales sont divisées sur ce point, il y a eu cependant des protestations face à ce projet de remise en question de la réforme. «Ne marginalisez pas les EPI, monsieur le Ministre ! » c’est la demande formulée par un collectif d’organisations (dont le CRAP-Cahiers Pédagogiques) Une autre association l’’Afev publie sur son site un article où on donne la parole aux élèves sur ce qu’il pense de ce dispositif.

Lors du conseil supérieur de l’éducation ce texte a recueilli 8 voix pour (Snalc et SNPDEN), 26 contre (FO, SGEN-CFDT, FCPE, Solidaires) et 24 abstentions (SE-Unsa et FSU). Mais le ministre a accepté un amendement qui rend obligatoire au moins un EPI et un temps d'accompagnement personnalisé (AP) sur la durée du cycle 4 du collège. On peut donc dire que si les textes proposés par le nouveau ministre Jean-Michel Blanquer assouplissent le cadre des enseignements complémentaires (AP et EPI), les collèges devront assurer à tous les élèves qu’ils auront bénéficié des 2 formes d’enseignements complémentaires au cours du cycle 4. Les élèves d’un même niveau devront en bénéficier dans les mêmes proportions. Les enseignements facultatifs (latin, bilangues) sont rétablis mais ils avaient été maintenus dans bon nombre d’académies. Il sera possible d’augmenter l’horaire de LCA mais ce n’est pas une obligation. Un enseignement « langues et cultures européennes » pourra être mis en place. C’est là la seule vraie nouveauté. Quant à la Dotation horaire supplémentaire, elle doit servir d’abord aux groupes à effectifs réduits et à la co-intervention. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’elle peut être utilisée pour les enseignements facultatifs. Par ailleurs les recteurs pourront apporter une dotation spécifique pour la compléter. C’est moins pire que ce qu’on pouvait craindre. Technique de communication politique bien connue : faire craindre le pire pour qu’on s’accomode du moins bon...



Rythmes et blues
Sur la question des rythmes scolaires, interrogé sur Europe1 le 6 juin le ministre voudrait, à la rentrée 2018, permettre localement le retour à la semaine de quatre jours avec six heures de classe maximum, contre quatre jours et demi actuellement. Ce retour à la semaine de quatre jours – instituée en 2008 sous l’impulsion de Xavier Darcos –, qui avait été portée à quatre jours et demi en 2013 par Vincent Peillon, puis aménagé par Benoit Hamon en 2015, conduirait à remettre en cause des équilibres trouvés difficilement dans un certain nombre de communes. Le maire (LR) de Nice (Alpes-Maritimes), Christian Estrosi, fait le forcing et a déjà annoncé un retour à la semaine de quatre jours dans les écoles de sa ville pour la rentrée 2017. Mais «Paris, Marseille et Lyon, et la plupart des grandes villes de France vont garder la même organisation», assure le ministre de l'Éducation. Ce qui n’empêche pas plusieurs associations de maires de reprocher au Ministre et à Emmanuel Macron, une absence de concertation.
Le décret présenté au CSE jeudi a été rejeté par 35 voix contre (dont l'Unsa, la FCPE et FO ainsi que les maires des petites communes), 21 voix pour (dont le Snalc et le Snuipp), une abstention et 15 refus de vote (dont le SGEN-CFDT et la CGT). Le Ministre comme nous l’avons indiqué, peut passer au dessus de ce vote.

Mais il devra aussi faire avec un autre avis, car ce même jeudi 8 juin, une mission sénatoriale rendait ses conclusions après six mois d’enquête sur les rythmes scolaires. Le rapport complet n'a pas encore été dévoilé, seule une synthèse était présentée à la presse. Jean-Claude Carle (LR – Haute-Savoie), Thierry Foucaud (CRC – Seine-Maritime), Mireille Jouve (R-RDSE – Bouches-du-Rhône) et Gérard Longuet (LR – Meuse) sont les principaux membres de cette mission. Dans cette synthèse, on peut notamment y lire ceci : « Les déboires de la réforme ne doivent pas faire oublier la raison pour laquelle elle a été mise en œuvre : la concentration sans pareil du temps scolaire qu’induit la semaine de quatre jours est néfaste pour les apprentissages, en particulier pour les enfants les plus fragiles. Sans faire abstraction des questions financières et organisationnelles, l’intérêt des enfants doit demeurer au centre de la réflexion. »
Interrogé par Véronique Soulé dans le Café Pédagogique Vanik Berberian, président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF) a le blues et regrette qu'on remette en chantier une réforme qui commençait à trouver ses marques selon lui. La spécialiste Claire Leconte dans Politis invite quant-à-elle, les communes à rester à 4,5 jours répartis sur 5 jours mais en révisant les organisations mises en place depuis 2013.

On pourra lire aussi sur le site des Cahiers Pédagogiques un appel de plusieurs associations complémentaires de l’École à ne pas remettre en question le principe de cinq matinées de travail par semaine. Elles rappellent que « Rétablir cinq matinées sur cinq jours, c’était prendre en compte les recommandations de l’Académie de médecine du 19 janvier 2010, celles du rapport de la conférence nationale de janvier 2011, celles de la mission parlementaire présidée par Michèle Tabarot en 2010 également, mais aussi l’expression majoritaire des enseignants sur les mauvaises conditions d’apprentissage provoquées par la disparition d’une matinée de temps scolaire et les propositions de l’appel de Bobigny lancé par plus de quatre-vingt associations et organisations nationales et 120 villes et collectivités. Ainsi, donner la possibilité de revenir à quatre jours d’école reviendrait à ne pas prendre en compte les données scientifiques de la chronobiologie qui sont les mêmes pour un enfant, où qu’il vive.»
Quand le “pragmatisme” rentre en collision avec le refus des apports de la recherche...



Redoublement (de com’)
Le ministre de l’éducation nationale a déclaré le 8 juin dans Le Parisien, qui fait sa une sur cette proposition : « Il n’est pas normal d’interdire le redoublement. Il y a quelque chose d’absurde à laisser passer de classe en classe des élèves accumulant les retards. La première des réponses réside dans l’accompagnement tout au long de l’année et dans les stages de soutien que nous créons. Mais, le redoublement doit rester possible quand c’est dans l’intérêt de l’élève, et dans des cas qui doivent rester rares. Autoriser à nouveau le redoublement, ce n’est pas un virage absolu mais c’est une inflexion importante. »
Mais avant d’en venir aux arguments sur ce qui redevient un débat, il faut surtout souligner que le Ministre s’accommode de la réalité. Le redoublement n’a pas été interdit par le décret de 2014 mais son recours a été limité. Le redoublement est préconisé dans le cas d’une « rupture des apprentissages scolaires », due à une maladie par exemple. Il peut aussi être un recours lorsqu’il y a un désaccord sur l’orientation d’un élève à l’issue de la classe de seconde. Et le ministre a d’ailleurs précisé lors du CSE qu’il était hors de question de modifier ce texte de 2014.
Comme le résume ironiquement un internaute sur Twitter : «Le redoublement était interdit sauf cas exceptionnel et il va maintenant être autorisé dans des cas qui doivent rester rares.». Autrement dit, c’est un coup de com’ pour séduire une partie de l’opinion publique et une frange des enseignants dans cette période électorale.
Faiza Zerouala sur Mediapart interroge plusieurs chercheurs qui rappellent tous que cette mesure en plus d'être coûteuse n'a aucun effet pour lutter contre l'échec scolaire. Thierry Troncin, enseignant à l’Espé de Bourgogne et responsable des formations, docteur en sciences de l’éducation et coauteur du rapport Les apports de la recherche sur l’impact du redoublement comme moyen de traiter les difficultés scolaires au cours de la scolarité obligatoire avec Jean-Jacques Paul, est l’un des spécialistes de la question. Pour lui, il y a évidemment derrière cette question « un marqueur idéologique », car le redoublement apparaît comme l’un des derniers bastions des professeurs où ils peuvent exercer leur pouvoir. Dans une autre interview dans le Parisien , il considère que «c’est une perte de temps et d’énergie».
Pour Denis Meuret, professeur émérite de sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne Franche-Comté dans Mediapart : « Refaire du redoublement une habitude serait grave. Depuis une quinzaine d’années, la culture du redoublement a baissé chez les enseignants et les parents. On s’est désintoxiqués en quelque sorte. Si on est gentil avec Blanquer, on peut se dire qu’il veut accroître l’autonomie et veut laisser aux professeurs cette possibilité-là. Mais j’ai été assez étonné qu’il propose cela, car il connaît bien le système éducatif et les études scientifiques. Va-t-il ouvrir la boîte de Pandore et retourner en arrière ? »
C’est aussi ce qu’on retrouve dans un article similaire dans Le Monde qui interroge également des syndicalistes et rappelle également qu’en janvier 2015, le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) avait donc publié un rapport intitulé «Lutter contre les difficultés scolaires : le redoublement et ses alternatives.». Selon cette étude, le redoublement coûte cher. Environ 2 milliards d’euros par an, selon l’Institut des politiques publiques. Et surtout, en dépit d’une croyance répandue, il est le plus souvent inefficace, aux yeux de la recherche. Si l’élève peut progresser l’année du redoublement – puisqu’il refait le même programme –, à long terme, « le redoublement n’a pas d’effet sur les performances scolaires » et a « toujours un effet négatif sur les trajectoires ».

Tout cela, le fin connaisseur du système, attentif aux travaux de la recherche, qu’est JM Blanquer, le sait... Et même il le préconisait. Sur son blog Éducpros, Claude Lelièvre rappelle avec malice que lorsqu'il était à la tête de la DGESCO (direction générales des enseignements scolaires), Jean -Michel Blanquer avait fait paraître une circulaire en date du 16 mars 2010 (cf le BO du 18 mars) où il était dûment indiqué (au chapitre 2.1.2 intitulé « Donner sa pleine mesure à l’aide personnalisée ») :« La première mesure de personnalisation du parcours scolaire à l’école est la pédagogie différenciée […]. Elle doit rendre très exceptionnel le recours au redoublement ». De même dans son rapport "Vaincre l'échec scolaire" paru en 2010, l'institut Montaigne (qui pourtant "inspire" Jean-Michel Blanquer) se prononçait contre le redoublement. Le “pragmatisme” dont il se réclame relève ici de la contradiction mais aussi du cynisme...

Rappelons cependant pour finir que , dans son étude qui fait référence, le Cnesco recommandait de trouver d’autres solutions pour prévenir et remédier aux difficultés scolaires : prise en charge des élèves fragiles en classe, remédiation, tutorat… Le décret de 2014, aussi, prévoyait un « accompagnement pédagogique spécifique » lorsqu’un élève est autorisé à redoubler. Mais, dans les faits, cet accompagnement peine à s’organiser dans les classes. En France, les alternatives sont à la traîne et de fait les pressions pour le passage systématique ont largement amené à des élèves en état d'échec permanent sans que soient proposés d’autres solutions.
On peut donc conclure que le redoublement est plus un échec du système éducatif à apporter des solutions et une alternative qu’un échec des élèves eux—mêmes... Et la position de Jean-Michel Blanquer en dehors de la logique de communication est surtout un aveu de cet échec du système à évoluer. Le pragmatisme confine au défaitisme...



Ailleurs
Pour sortir un peu de la situation française, je vous conseille de regarder un reportage diffusé sur TF1 qui présente le système éducatif de Singapour. On y voit aussi bien des aspects très martiaux avec l'uniforme et l'hymne chanté tous les matins mais aussi des méthodes pédagogiques qui interpellent notamment sur l'enseignement des maths. La partie la plus intéressante porte sur le travail collaboratif des enseignants et l'échange permanent sur les méthodes d'enseignement. Chaque cours est discuté collectivement et l’approche du travail est vraiment collective. En guise de conclusion on peut retenir cette phrase d’un enseignant singapourien « si on enseigne avec son ego, alors personne n'apprendra rien...»

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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samedi, juin 10, 2017

Pour une cérémonie et un serment de titularisation des enseignants



Ce texte était initialement prévu pour alimenter une série proposée par Slate.fr intitulée les « 100 propositions pour la France » à l’occasion de la présidentielle 2017. Bien que n’étant pas chercheur j’avais été sollicité pour y participer. C’est un autre texte, sur la formation, qui a été retenu.
Ce qui m’amène à le ressortir en cette fin d’année, c’est une conversation avec mes stagiaires à l’ESPÉ. Lorsqu’ils m’ont demandé quand ils sauraient s’ils sont titularisés, j’ai été amené à leur dire qu’ils ne le sauraient pas... Ou plutôt que s’ils n’avaient aucune nouvelle pendant l’été, cela signifierait qu’ils l’étaient. C’est en pensant à cela que j’ai eu l’idée de ressortir cette proposition destinée à susciter le débat. Qu'en pensez vous ? 
PhW
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Parce qu’on ne rentre pas dans ce métier par hasard, parce qu’il est important de réfléchir à la déontologie et aux finalités de l’École, je propose que la fin de la formation initiale et le moment de la titularisation des enseignants se conclue par la prestation d’un serment à l’occasion d’une cérémonie.


Cérémonie du serment de Socrate 
en Belgique en 2009
« Je m’engage à mettre toutes mes forces et ma compétence dans ma classe et dans mon établissement au service de l’éducation de chacun des élèves qui me sera confié et à la lutte contre les inégalités scolaires. Pour y parvenir, je m’engage à me former régulièrement et actualiser mes connaissances et compétences au service de cette mission.» Voilà ce que pourrait être le serment prononcé par les enseignants débutants lors d’une petite cérémonie collective. Et on en profiterait aussi pour fêter cette belle occasion avec ses collègues et sa famille !

Actuellement que se passe t-il quand on devient enseignant titulaire ? Rien… Après tout un processus de validation que nous ne décrirons pas ici, la formation se termine à l’ESPÉ et c’est tout. On apprend au cours de l’été que l’on devient titulaire et on se rend à la rentrée dans l’établissement où on a été affecté. Pour être plus précis encore, on n’apprend rien puisque seuls ceux qui sont convoqués pour un entretien associé à un redoublement ou un licenciement reçoivent quelque chose. Pour les autres, pas de nouvelles, bonne nouvelle !

La vie est faite de rites et de symboles. Même si en France, ils ont tendance à se raréfier. Et la prestation de serment n’y est pas un rite si rare que cela. Les médecins prêtent le serment d’Hippocrate et les avocats tout comme les architectes prêtent aussi serment lors de leur titularisation.
En Belgique francophone, les enseignants débutants prêtent le serment de Socrate dont s’inspire cette proposition. Ce texte, très proche de celui énoncé plus haut, conduit les nouveaux diplômés à prêter serment pour promouvoir l’égalité devant la réussite scolaire de tous leurs élèves.

Bien sûr, on pourra me rétorquer que les enseignants n’ont pas besoin de cela pour avoir en tête cette exigence d’égalité. Mais, ça va toujours mieux en le disant ! La symbolique du serment s’inscrit dans la logique d’une corporation et d’un métier et permet d’affirmer de manière explicite (et pas seulement implicite) des valeurs. Et cela permet aussi d’y réfléchir avant au cours de la formation. Et la prestation de serment qui serait aussi faite par les autres catégories de personnels comme les chefs d’établissement, rend encore plus forte l’idée même de “collègues” unis par des valeurs communes.

Et puis, on le sait bien avec le baccalauréat qui reste un des derniers grands rites de passage, les rituels et toutes les cérémonies sont l’occasion de rassembler toute une communauté autour d’un moment particulier. 
C’est donc aussi un moment où on peut manifester l’estime de la Nation à une profession particulière et... boire un coup avec ses proches ! Et ça,  c’est toujours bon à prendre !


Philippe Watrelot


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