lundi, avril 01, 2019

Les ateliers de la Confiance





Comme j’en ai pris l’habitude, à cette période, je vous informe des évolutions de ma vie professionnelle et de mes nouveaux défis.
Le futur projet est un immense chantier et est très enthousiasmant. Nous allons créer avec d’autres personnes, un nouvel organisme de formation : « les ateliers de la Confiance ».
On le sait, les mouvements pédagogiques sont aujourd’hui devenus de dangereux vecteurs d’idéologies, tout comme le sont les syndicats enseignants. Il est donc important d’offrir une alternative qui permette de mettre en œuvre avec la plus grande efficacité une pédagogie pour accompagner l’école de la Confiance voulue par Jean-Michel Blanquer.  

C’est donc sous le haut patronage du ministre et de son conseil scientifique de l’Éducation Nationale (CSEN) que cette nouvelle instance va se constituer. En s’adressant directement aux enseignants, elle se veut complémentaire de ce qui se fait à l’ l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation (IH2EF) qui depuis la fin 2018 remplace l’école supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESENESR). On peut aussi considérer cette initiative comme un laboratoire préfigurant l’évolution des services de formation continue dans les rectorats rénovés. 
Avec mon expérience des mouvements pédagogiques et de la formation initiale et continue, et par affection pour notre ministre dont je ne rate aucune des interventions, j’ai accepté de prendre la direction pédagogique de cet organisme de formation. 

Nous commençons à réfléchir à une offre de formation pour accompagner la mise en œuvre de la loi pour une école de la Confiance.
Celle ci devrait s’articuler autour de quatre axes. 
Le premier est celui de l’exemplarité et de la réserve en lien direct avec le 1erarticle de la loi de la Confiance. Il nous a semblé important de renforcer au plus tôt ce pilier de la confiance qu’est l’obéissance.
Le deuxième s’articule autour des Fondamentaux et  « bonnes pratiques ». Même si les enseignants du primaire sont particulièrement concernés, cela s’adresse à tous car le CSEN a des prescriptions pour tous les sujets et tous les niveaux. 
Un troisième axe de formation qu’entre nous, nous appelons « anti-bobards » sera dédié au décryptage de l’information et à la déconstruction de la propagande des syndicats et autres à partir des déclarations et ouvrages de notre ministre. 
Enfin, nous envisageons de consacrer également quelques stages en partenariat avec les ministères de l’intérieur et de la justice au recadrage des éléments les plus récalcitrants à l’égard de la confiance. Nous avons intitulé ce dernier axe : « Reprendre confiance »

Vous trouverez ci dessous une première maquette avec des propositions de contenu de stage qui restent à affiner. Nous comptons sur les nombreux formateurs qui seront libérés par la réforme de la formation initiale pour nous rejoindre dans cette entreprise. Nous leur offrons un nouveau débouché autour d’un slogan qui fédère déjà de nombreux collègues dans leurs classes : « plutôt que de changer l’école pour lutter contre les inégalités, changeons les enseignants pour les accepter ». 
Rejoignez nous ! 


La plaquette de présentation de notre offre de formation (cliquez pour agrandir)




Post Scriptum

- l'an dernier à la même date, il y avait cette annonce
- et en 2017, j'écrivais ceci

-----------------------
Licence Creative Commons
Chronique éducation de Philippe Watrelot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

jeudi, mars 14, 2019

Les menaces sont une faiblesse



Récemment, on a vu circuler un courrier émanant du Ministère adressé la semaine dernière aux directeurs académiques et aux recteurs pour recadrer les enseignants de Primaire qui ont refusé de faire passer les évaluations à leurs élèves. Par ailleurs, on relate plusieurs interventions des chefs d’établissements ou de l’inspection pour contrer les actions contre la réforme du lycée (refus de Bac Blanc, note de 20 pour tout le monde). A chaque fois, les mots et les rappels à l’ordre sont très fermes. Édouard Geffray, le DRH de l’Éducation Nationale et auteur de la lettre, n’hésite pas à parler de « faute professionnelle » entrainant des sanctions importantes. 

Ce qu’on peut noter tout d’abord, c’est que cette fébrilité et cette volonté de faire des exemples est souvent le signe que les protestations sont plus importantes que ne semblent le dire les déclarations officielles. Quand il n’y a que quelques actions éparses, nul besoin de déclencher la grosse artillerie !  

droit dans le mur ? 
Au delà de cette considération un peu ironique, comment analyser ce moment particulier ?  
Il y a quelques mois j'écrivais à propos de JM Blanquer que son omniprésence dans les médias était un investissement pour se construire une image en attendant les temps difficiles où cela lui permettrait de passer en force. 
Nous y sommes. 
Il a tout fait pour se construire une image de compétence et de fermeté auprès de l'opinion publique. Et il a fait l'impasse sur l'opinion des enseignants sachant que ses décisions allaient se heurter à un moment ou un autre à leur résistance et non plus seulement à l'inertie et la sidération.
Il a aussi méthodiquement labouré le terrain de la hiérarchie intermédiaire de l'Éducation Nationale en convoquant très régulièrement les inspecteurs et les chefs d'établissements. C'est cet investissement qui lui permet aujourd'hui cette verticalité technocratique qui se transforme en autoritarisme et en mépris des corps intermédiaires dans la conduite des réformes.

Bien sûr, les enseignants sont des fonctionnaires. Bien sûr ils ne peuvent pas faire n'importe quoi. Et face à certains qui pratiquent souvent un "exercice libéral du métier d'enseignant" en s'appuyant sur une liberté pédagogique fantasmée, il est quelquefois utile de rappeler certaines évidences. 
Mais ici, il ne s'agit pas de cela. On parle d'autorité et de gouvernance. 

A mon petit niveau, dans les situations de direction où je me suis trouvé, je l'ai appris quelques fois à mes dépens. Je peux essayer d'imposer une décision et de passer plus ou moins en force. Mais au mieux je me heurterai à l'inertie ou à un acquiescement poli et de façade au pire à une résistance ou un refus. 
Inscrire durablement le changement suppose de la patience et de la force de conviction ainsi que de la concertation pour convaincre les acteurs de ce changement. Ce n'est pas l'option prise par M. Blanquer qui, en joueur d'échec qu'il est, semble préférer la stratégie du "Blitz"...

Mais les personnels ne sont pas des pions. Et quand on procède ainsi, on s'expose à ce type de résistance. Bien sûr, penser qu'il faudrait attendre que tout le monde soit convaincu est illusoire. Le curseur est toujours difficile à placer entre la patience qui peut confiner à l'immobilisme et la volonté d'avancer qui peut dériver en autoritarisme. 
Mais visiblement, M. Blanquer, qui n'est pas connu pour son sens du dialogue est en train de basculer du côté obscur de la force... Et d'oublier un proverbe pourtant essentiel :  "seul on avance plus vite, à plusieurs on avance plus loin..."

samedi, février 16, 2019

La réforme par ruse


Au début, en lisant la loi pour " l'école de la confiance" (qu'on appellera désormais la "Loi Blanquer"), on pouvait se dire que ce n'était qu'une loi anodine et fourre-tout sans colonne vertébrale et qui n'avait qu'un seul objectif : intégrer l'instruction obligatoire à trois ans, promesse présidentielle. 
Le reste de la loi était une sorte de gigantesque cavalier législatif. C'est à dire un ensemble de mesures disparates mises ensemble dans le même texte. Mais c'était sans compter sans la surenchère des députés et surtout la ruse du joueur d'échecs qu'est Blanquer...

le diable est dans les détails...
Car au final, il en ressort quelque chose de beaucoup plus cohérent. Et cette réforme est loin d'être anodine et révèle, un virage à droite, une reprise en main et un autoritarisme sourd au dialogue social. 

Commençons par l'article 1 qui a été maintenu et qui fait craindre par beaucoup un contrôle de la parole enseignante. Le ministre ne cesse de dire qu'il s'agit d'un texte de principe et qu'il ne change rien. Si c'est le cas, pourquoi l'avoir maintenu ? Le Ministre se serait honoré à le retirer pour tranquilliser les enseignants. Et quel usage un autre gouvernement plus autoritaire pourrait-il faire de cet article ? 

Les amendements rajoutés (drapeaux, Marseillaise, cartes au mur...) montrent bien la surenchère et le populisme éducatif auxquels se sont livrés les députés. Les débats et les propositions révèlent aussi une méconnaissance de la réalité des classes avec la réinvention de choses déjà existantes ou des mesures infaisables. Elles traduisent enfin et surtout une méfiance à l'égard des enseignants. 

A la suite d'un amendement rajouté subrepticement, on a voté aussi les "établissements publics des savoirs fondamentaux " c'est-à-dire un regroupement administratif des écoles élémentaires avec des collèges. Tout cela s'est fait sans aucune étude d'impact et au mépris de toute négociation avec les organisations syndicales et professionnelles. Quoi qu'on pense de ce dispositif, la méthode relève d'une curieuse conception de l'"école de la confiance"...

On a aussi décidé le financement obligatoire des maternelles privées par les mairies, voté la création d'établissements internationaux, supprimé le CNESCO, voté une extension des expérimentations qui ouvre la voie à l'annualisation du temps de travail, on va bouleverser la réforme de la formation, et bien d'autres choses encore... 

Je ne suis pas, pour ma part, un conservateur qui considère que le système éducatif est immuable. Mais je m'indigne devant la méthode utilisée. Certes, on me rétorquera que la représentation nationale est souveraine. Mais encore faudrait-il que les décisions prises soient réellement éclairées et ne se fassent pas dans un climat de défiance à l'égard des acteurs de ce système que sont les enseignants. C'est aussi le cas avec la réforme du lycée. 

Avancer à marche forcée en raison d'impératifs électoraux, décider avec pour logique principale la recherche d'économies, négliger les corps intermédiaires et ne pas considérer les enseignants comme des experts et des partenaires parce qu'on pense qu'on est le seul à avoir raison, tout cela ne fait pas une politique efficace à long terme et ne peut conduire qu'à deux effets chez ceux qui travaillent au quotidien dans l'École  : la colère ou pire encore, le cynisme....


Philippe Watrelot
-----------------------
Licence Creative Commons
Chronique éducation de Philippe Watrelot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.


jeudi, janvier 03, 2019

A propos des stylos rouges



Dessin paru dans Le Canard Enchaîné du 2 janvier 2019
Plusieurs articles reprennent l’information : des enseignants ont décidé de créer un collectif intitulé « Les stylos rouges » sur le modèle des gilets jaunes. On ne va pas ici gloser de manière un peu vaine sur le symbole retenu pour caractériser les enseignants. Apparemment, si on veut se faire entendre, il faut aujourd’hui choisir un objet et une couleur : on a eu les bonnets rouges, on a les gilets jaunes et donc maintenant les stylos... Avant, il y a quelques années on a eu les pigeons, les dindons, et d’autres volatiles...  
Les stylos rouges veulent donc s’organiser sur le modèle des gilets jaunes et cherchent à élaborer une plate-forme de revendications et des modalités d’actions à partir des réseaux sociaux. Et cela semble séduire les médias, ce qui contribue à leur notoriété.
Comme beaucoup, je regarde ce mouvement qui se crée avec des sentiments ambivalents. Avec de l’agacement teinté de réalisme mais aussi un certain optimisme...


Agacement
Il y a de quoi ressentir de l’agacement en effet quand un vieux syndicaliste et militant associatif comme moi constate l’émergence d’un mouvement qui se construit sur une certaine défiance à l’égard des corps intermédiaires.
Comment des personnes, qui souvent se sont tenues à l’écart des mobilisations et des élections professionnelles, peuvent-elles faire la leçon à ceux qui sont souvent engagés depuis longtemps dans l’action revendicative et collective ? On semble d’un seul coup découvrir les vertus de la mobilisation et de l’échange mais en critiquant dans le même temps les institutions qui le permettent...
Ayant participé à de nombreuses assemblées générales, grèves, manifestations, colloques, délégations, siégé dans un certain nombre d’instances, animé des collectifs et même occupé mon établissement, j’ai aussi un peu de difficultés avec le « militantisme de clavier » où le clic est considéré comme un acte revendicatif...
Même si je prends ma place dans les réseaux sociaux en contribuant à l’information et aux débats, je reste très « ancien monde » en ne m’en contentant pas et en continuant à trouver des vertus à ces corps intermédiaires pourtant si critiqués aujourd’hui.
Ils ont en effet plusieurs vertus. Ils permettent d’abord la continuité de l’action et de la réflexion. Ils permettent aussi de ne pas seulement additionner mais agréger des revendications et les hiérarchiser. Enfin, ils sont des lieux réels et pas seulement virtuels où, par les échanges et aussi le conflit, se crée du lien social et même de la convivialité. A l’ère des « particules élémentaires » de nos sociétés individualistes ce sont des institutions précieuses et qu’il faut préserver et revivifier.


Pourquoi ? 
Mais l’agacement n’empêche pas l’analyse et l’interrogation sur les raisons qui poussent à l’émergence de ce type de groupes virtuels.
Dans le cas des enseignants, il y a un paradoxe. Le taux de syndicalisation chez les salariés français est de 11%. Il est de 24% chez les enseignants. Même si le taux de participation aux élections professionnelles est seulement d’un peu plus de 42%, on ne peut pas dire que les enseignants sont les personnels les plus éloignés de l’action syndicale.
Mais les syndicats enseignants souffrent des mêmes maux que les autres : l’éclatement qui conduit à une compétition quelquefois délétère et agressive, la ritualisation de certaines modalités d'actions qui jette des doutes sur leurs efficacités, l’institutionnalisation qui éloigne quelquefois du terrain,...  
Et puis, il y a surtout des attaques fortes sur l’idée même de négociations et de dialogue social. Le Président de la République a construit cette première partie de mandat sur une certaine verticalité et un refus des corps intermédiaires. Il en paye aujourd’hui le prix avec l’émergence de groupes peu structurés et avec lesquels il est encore plus difficile de négocier.

D’une certaine manière, le Ministre de l’Éducation s’est montré très “macronien” en faisant peu de cas des instances représentatives dans la mise en œuvre de ses réformes. Il a bénéficié jusque là d’une relative indulgence de l’opinion enseignante même si son omniprésence médiatique peut agacer. Mais comme je le pointais dans plusieurs articles, si ce n’est pas forcément sur le terrain des réformes éducatives qu’il risque de trouver des obstacles c’est plutôt sur l’énorme sentiment de déclassement et de déconsidération que ressentent les enseignants ainsi que sur la perte de leur pouvoir d’achat que son action peut se heurter. 
Comme tous les fonctionnaires, ils subissent depuis de nombreuses années le gel du point d’indice et aujourd’hui celui du PPCR. Ils voient aussi, en se comparant avec d’autres, que leurs salaires en fonction du diplôme est très faible et qu’ils sont aussi mal payés par rapport à leurs collègues européens. C’est tout cela qui a un impact important non seulement sur le recrutement mais qui rend tout simplement rétif à toute idée de changement dans l’éducation.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase c’est peut-être l’annonce d’une prime exceptionnelle pour les salariés du privé pour répondre aux revendications exprimées par les gilets jaunes. Alors que les fonctionnaires seront, pour l'essentiel, exclus de ces  mesures.  


Optimisme
Ce qui rend optimiste un vieux militant comme moi c’est de constater que lorsque la situation l’exige, on voit apparaitre de nouvelles mobilisations et de nouveaux acteurs.
Et les revendications appuient là où il faut : sur le salaire et les conditions de travail. Car c’est sur ces aspects concrets que se fracassent les beaux discours sur l’école de la confiance.
Bien sûr, on peut être prudent voire méfiant sur d’autres revendications. Comme cela s’est déjà vu, il y a des tentatives de récupération qui sont à l’œuvre. On sait aussi, on l’a vu récemment, que ce type de mobilisation est peu propice au changement et pousse plutôt au conservatisme.
On ne me verra pas, pour ma part, soutenir des mots d’ordre voyant les élèves ou les parents d’élèves comme des ennemis ou bien encore prônant un individualisme et une liberté pédagogique conservatrice. Et encore moins toute posture favorisant l’élitisme et le maintien des inégalités.
Mais, à double titre, en tant qu’enseignant et militant, je suis optimiste. Et je fais le pari que la mobilisation peut se développer avec ces nouveaux canaux et ces nouveaux acteurs sans que cela rende obsolète l’action syndicale et associative et même conduire à des convergences. On peut assister à une prise de conscience collective accélérée qui parvienne à dépasser le corporatisme et l’individualisme pour faire aboutir des revendications simples et essentielles. Et si ça marche, tant mieux !


Face à ce type de mouvement, il faut donc dépasser l’agacement légitime et regarder cela avec bienveillance. Il nous faut, pour reprendre une formule de Romain Rolland popularisée par Antonio Gramsci : « conjuguer le pessimisme de la raison et l’optimisme de l’action»



Philippe Watrelot
-----------------------
Licence Creative Commons
Chronique éducation de Philippe Watrelot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.




 
Licence Creative Commons
Chronique éducation de Philippe Watrelot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre à http://philippe-watrelot.blogspot.fr.