dimanche, avril 17, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 11 au 17 avril 2016



- Inégalités - Revalo – Rentrée 2016 – Pilule amère – Violences - .



C’est le rapport Unicef-Innocenti qui ouvre ce bloc notes. Cette étude publiée jeudi dernier étudie les “inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches”. Et la France n’est pas bien placée. Ce n’est pas un scoop mais il y a des constats qu’il est utile de répéter.
On parlera aussi de la probable revalorisation des enseignants du primaire et de la rentrée 2016. On évoquera également la suppression du “Pass Contraception” par la présidente de la région Ile de France. Et on finira par l’évocation des violences et du climat très tendu dans certains établissements scolaires.



Inégalités
C'est un rapport très intéressant qui a été publié par l'UNICEF jeudi. Intitulé “Équité entre les enfants – Tableau de classement des inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches ”, il examine les inégalités entre les enfants dans quatre domaines : l’éducation, la santé, les revenus et la satisfaction individuelle de ces enfants. Pour cela, les chercheurs se basent sur des données statistiques vérifiables, notamment celles fournies par Eurostat et l’OCDE (PISA pour la partie sur l’éducation). tribune de Jean-Marie Dru, président d’Unicef France sur le Huffington Post qui reprend les principales conclusions de ce rapport. Parmi les très nombreux articles publiés à l’occasion de ce rapport, on peut signaler une analyse assez complète dans le journal La Croix Évidemment, la plupart des articles parus dans la presse française s’intéressent à la situation de notre beau pays et constate qu’en matière d’inégalités, la France est au fond de la classe. Même s’il faut toujours être méfiant sur ces classements qui se transforment en palmarès, on constate que si on met ensemble les quatre domaines étudiés par le rapport (revenu, santé, éducation, sentiment de bonheur), la France se situe à la 28e place, c'est-à-dire dans le dernier tiers. Ce qui plombe les "résultats" de la France ce sont à la fois les inégalités scolaires liées au milieu social (nous sommes 35e en reprenant l’enquête PISA) et aussi le sentiment de satisfaction des petits français. Pour le dire autrement, nos enfants ne sont pas très heureux...
La nouveauté cette année, c’est que le rapport prend également en compte des données déclaratives auprès d’enfants qui ont porté un avis sur leur satisfaction individuelle et leur santé. Concernant le taux de satisfaction il provient d'une enquête HSBC 2012/2013 portant sur les enfants scolarisés de l'OCDE et leur demandant de noter de 0 à 10 leur degré de satisfaction dans la vie (de 0 "la pire vie possible" à 10 "la meilleure vie possible"). On pourra lire une tribune de Jean-Marie Dru, président d’Unicef France sur le Huffington Post qui reprend les principales conclusions de ce rapport. Parmi les très nombreux articles publiés à l’occasion de ce rapport, on peut signaler une analyse assez complète dans le journal La Croix . Évidemment, la plupart des articles parus dans la presse française s’intéressent à la situation de notre beau pays et constate qu’en matière d’inégalités, la France est “au fond de la classe”. Même s’il faut toujours être méfiant sur ces classements qui se transforment en palmarès, on constate que si on met ensemble les quatre domaines étudiés par le rapport (revenu, santé, éducation, sentiment de bonheur), la France se situe à la 28e pl. ace, c’est-à-dire dans le dernier tiers. Ce qui plombe les "résultats" de la France ce sont à la fois les inégalités scolaires liées au milieu social (nous sommes 35e en reprenant l’enquête PISA) et aussi le sentiment de satisfaction des petits français. Pour le dire autrement, nos enfants ne sont pas très heureux...
Ce nouveau rapport ne fait que confirmer malheureusement une situation déjà connue. Il donne lieu cependant à de nombreux commentaires tant sur la situation décrite que sur la réception de ce type d’information. Pour Sébastien Lyon, directeur de l’Unicef pour la France, interviewé par La Croix, le jugement sur la situation est très sévère : “Notre système éducatif est l’un des mieux lotis dans le monde, mais il semble très moyennement performant. La politique de l’éducation en France doit être plus ciblée sur les enfants en échec scolaire. D’une manière générale, le rapport montre que les politiques publiques françaises laissent de côté les plus vulnérables, en ne prenant pas en compte les spécificités de ces populations.".
On retrouve la même sévérité chez François Dubet interviewé dans L’Obs . Pour lui, “cela fait plusieurs dizaines d'années que l'on fait le même constat, mais toute tentative de changer l'école se heurte à un mouvement de défense de traditions et des arts éducatifs français. Il faut pourtant arrêter de penser que l'école est faite pour les meilleurs, et de considérer que faire progresser les plus faibles équivaut à un nivellement par le bas. Si l'on tente de modifier le système, tout le monde hurle à l'assassinat de la culture.”.
Dans un entretien accordé à Libération , la sociologue Nathalie Mons présidente du Conseil national de l'évaluation du système scolaire reprend les mêmes critiques et insiste sur les enjeux : “Il y a un lien entre les compétences des élèves et le développement économique du pays. D’autre part, cela joue aussi sur la sphère civique et politique. On constate que ce sont les élèves les moins diplômés qui s’abstiennent le plus pendant les élections. Plus vos compétences cognitives augmentent, plus les individus se sentent à même de s’engager civiquement. C’est une dimension majeure qui explique, en partie, les inégalités dans l’abstention. On retrouve donc de fortes conséquences en termes de cohésion sociale et nationale.

Revalo
Najat Vallaud-Belkacem a annoncé sur RMC le 12 avril que les professeurs de écoles seraient augmentés dès septembre. Il s'agit d’aligner au moins partiellement leur prime sur celle de leurs collègues du secondaire.
Voici la déclaration exacte : “Ça ne va pas tarder. J'estime clairement légitime la revendication d'une augmentation des salaires des enseignants du premier degré qui ont un écart avec leurs collègues du secondaire. Ils seront augmentés, évidemment. C'est plus que légitime et ils peuvent compter sur moi. L'idée c'est que cela entre en vigueur à la rentrée prochaine. Il y aura des annonces prochaines sur ce sujet.
Un article du journal Les Échos précise que les arbitrages ne sont pas encore rendus. Mais l’objectif est bien d’aligner, vraisemblablement en plusieurs étapes pour en lisser le coût budgétaire de l’ordre de 300 millions d’euros, la prime dite « ISAE » des enseignements du premier degré (400 euros annuels) sur celle du second degré, (ISOE) qui, elle, atteint 1.200 euros. C’est Vincent Peillon qui avait instauré à la rentrée 2013 cette prime de 400 euros pour les professeurs des écoles lorsqu’il était ministre de l’Education nationale. Alors qu’ils sont aujourd’hui recrutés sur le même niveau de qualification, les professeurs des écoles ont - des salaires qui, en moyenne, sont inférieurs de 350 euros mensuels à ceux de leurs collègues du secondaire.
Un différentiel rappelé depuis longtemps et par de nombreuses études et qui s’explique à la fois par le décalage du montant de la fameuse prime, mais aussi par deux autres facteurs : une carrière plus rapide dans le secondaire (l’accès à l’échelon « hors classe » y est plus facile) et le fait que les professeurs de collèges et lycées font des heures supplémentaires, et pas ceux du primaire. Pour résorber l’écart entre les deux primes (800 euros de plus pour 300.000 enseignants), nous disent Les Échos le gouvernement devrait procéder par pallier. Un premier geste de 200 euros pourrait être fait en octobre 2016, suivi d’un autre du même montant en avril ou mai 2017. L’annonce précise de la mesure pourrait intervenir début mai, lors des journées de « Refondation de l’école de la République ».
Bien sûr, on ne manquera pas de faire remarquer que cette revalorisation arrive opportunément à la veille de l’élection présidentielle. Et certains au nom d’un maximalisme intransigeant refusent cette ficelle un peu grosse taxée de clientélisme. D’autres, et notamment ceux engagés depuis longtemps dans l’action syndicale, se réjouissent de voir aboutir enfin une revendication portée depuis longtemps. On fait valoir aussi que cela ne compense pas les écarts de rémunération avec les enseignants des autres pays pointés là aussi par l’OCDE et toutes les comparaisons internationales. Et bien sûr on réclame des augmentations aussi pour les enseignants du secondaire. Petit problème de logique économique (et de politique) : peut-on à la fois augmenter tout le monde et rattraper les inégalités ?

Rentrée 2016
C’est déjà la rentrée !
Pas encore... Mais on a déjà des publications et des informations qui se situent dans cette perspective. D’abord les effectifs. Les écoles primaires, publiques et privées, accueilleront 6,809 millions d'enfants en septembre prochain, soit 3.600 de plus qu'en septembre 2015, prévoit la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). A la rentrée 2017, les effectifs des écoles maternelles et élémentaires devraient en revanche diminuer, de 12.100 élèves, première baisse depuis 2011. La hausse des effectifs dans le secondaire n’est pas due seulement à la démographie. Elle s’explique aussi par la baisse attendue des redoublements, surtout en fin de primaire nous rappelle une dépêche AFP
La publication de ces prévisions se fait dans un contexte tendu avec la multiplication des manifestations et mobilisations pour le maintien ou l’ouverture de classes. Et une semaine après qu’ait eu lieu une campagne menée par la FCPE pour dénoncer les classes sans profs et demander une amélioration du remplacement des enseignants. La communication de la Ministre a beau rappeler le plan Seine Saint-Denis mis en œuvre en novembre 2014 et les créations de postes , le ressenti de beaucoup malgré ces arguments, est que “ça ne va pas mieux”...
Cette semaine a aussi été marquée par la publication au Bulletin Officiel de la traditionnelle “circulaire de rentrée . Rédigée dans le style inimitable des documents émanant de la “centrale”, elle a suscité peu de commentaires. Il faut donc saluer l’effort d’une blogueuse qui en propose une lecture rapide de ce qu’il faut en retenir et l’OZP qui en extrait ce qui concerne l’éducation prioritaire .
La rentrée 2016 sera aussi celle de la mise en place de la réforme du collège. Alors que la polémique a été très vive, on trouve aujourd’hui très peu d’articles qui évoquent cette réforme. Le Figaro évoque un sondage commandé par la Confédération nationale des associations familiales catholiques qui montrerait que pour une majorité des sondés la réforme est jugée inefficace à la fois pour améliorer le niveau des élèves et réduire les inégalités sociales. Avant même son application...
En fait, dans une majorité des établissements, les enseignants sont eux aussi rentrés en phase de préparation et construisent les nouveaux dispositifs. Même si les résistances demeurent et se sont cristallisées.

La pilule est amère
La droite et la gauche c’est pareil ? Nous posions déjà cette question la semaine dernière. Une nouvelle pièce à ajouter au dossier nous est apportée par Valérie Pécresse. On apprend en effet que le conseil régional d'Ile-de-France, qu’elle préside a décidé la suppression du «Pass contraception», un dispositif d'accès gratuit et anonyme des jeunes à des contraceptifs et des tests de dépistage. Celui ci se présente sous la forme d’un chéquier dont les coupons détachables doivent être remis aux professionnels de santé qui effectuent les actes médicaux et délivrent les contraceptifs de façon anonyme et gratuite. Ce dispositif est supprimé “car c'est un échec”, a affirmé la Présidente de Région citée dans Le Monde daté de ce samedi . La ligne budgétaire supprimée s'élevait à 20 000 €. “Pour 500 lycées publics, ça fait 40 euros par lycée, soit 4 centimes par lycéen. Ces 20 000 € étaient inscrits au budget mais pas dépensés”, avait-elle expliqué lors du vote du budget. Et elle déclare que les autres budgets de la région consacrés à la contraception ou à l’interruption volontaire de grossesse sont maintenus ou augmentés.
Le Planning familial s’inquiète de cette décision et déclare que “les agissements de [la nouvelle présidente] Valérie Pécresse ne nous permettent pas de confirmer son féminisme »
En revanche, contrairement à une rumeur sur sa suppression, le budget de la région Auvergne-Rhône-Alpes a été voté jeudi en maintenant le Pass contraception-prévention, a précisé le porte-parole du nouveau président de la région Laurent Wauquiez (LR). Mais il faut être vigilant...

Violences
La Croix évoque le “ras-le-bol” des chefs d’établissement. Le principal syndicat des proviseurs, le SNPDEN, dénonce en effet les dégradations et les agressions de membres du personnel qui se sont multipliées. Des agressions verbales « par centaines », physiques « par dizaines », allant de la bousculade à des coups entraînant des blessures. Jeudi 14 avril encore, au lycée Voltaire, à Paris, un jeune a porté un coup « violent » à la tête du principal-adjoint tandis qu’un autre jetait un sac de gravats à la proviseure adjointe. Quelques jours auparavant, la proviseure du lycée Pierre-Gilles de Gennes à Paris a été aussi agressée par un jeune qui lui a cassé trois côtes en se jetant sur elles pieds en avant. Les proviseurs (et aussi quelques enseignants) semblent devenus aux yeux de certains les représentants d’une institution et d’un “système” qui mériterait et justifierait toutes les violences.
Évidemment, il serait caricatural de réduire un mouvement social à ces excès qui sont somme toute peu nombreux.Mais cela procède d’un climat général. On semble aujourd’hui face à une exaspération et une colère sociale multiforme. Cette situation anomique est propice aux débordements de toutes sortes. Et on court le risque de voir s’enclencher une spirale de la violence favorisée aussi bien par les surenchères que par des réactions policières disproportionnées. Il y a de quoi s’inquiéter.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 France.

dimanche, avril 10, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 4 au 10 avril 2016





- Droite et École - Brevet - Lecture - Jeunesse- .



Un long passage du bloc notes de cette semaine est consacré au programme de Nicolas Sarkozy et des “Républicains” pour l’École. Et cela nous rappelle qu’il y a quand même des différences entre la gauche et la droite...
On évoque aussi le nouveau Brevet ainsi que les recommandations du CNESCO pour l’apprentissage de la lecture. Et on finit avec une réflexion sur la jeunesse et une belle citation...



La droite et l’école
L'école de la République et rien d'autre” c’est le titre de l’interview que Nicolas Sarkozy a donnée dans Le Figaro (accès limité) mardi 5 avril et dont on peut l’intégralité sur sa page Facebook . Cet entretien venait en préambule d’une journée du parti “Les Républicains” le mercredi 6 avril (synthèse lisible sur le site) consacrée à l’enseignement.
Loin du discours relativement modéré d’Alain Juppé, l’interview de l’ancien président, tout comme la synthèse de la journée dessinent une réforme qui a toutes les caractéristiques d’un retour en arrière et reprennent un discours conservateur bien connu (et entendu à droite... comme à gauche).
Florilège sans commentaires de quelques déclarations extraites de l’interview de Sarkozy (NS) ou de la synthèse de la journée (LR)...
L'école que chacun rêve de voir sanctuarisée a été transformée imperceptiblement en un lieu d'expérimentation sociale dont les parents et les enfants sont en réalité les cobayes. ” (NS)
Remettons l’école a l’endroit pour en faire un lieu où chacun est à sa juste place : les élèves apprennent, les maitres enseignent, les parents s’impliquent et les chefs d’établissement dirigent.” ( LR)
Les IUFM ne fonctionnaient pas, les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) guère mieux. La liste des dysfonctionnements est longue, que ce soient les problèmes de recrutement des formateurs, des enseignements déconnectés avec les réalités de terrain mais aussi la qualité très inégale du recrutement des élèves-professeurs. Il faut donc renouer avec une formation initiale exigeante et efficace des enseignants Pour de meilleurs résultats des élèves, il est temps de mettre en place une formation des enseignants plus efficiente, et en lien avec la réalité du terrain. C’est précisément l’objet d’initiatives privées telles que l’École professorale de Paris qui propose de former des enseignants avec l’ambition affichée de l’excellence. ” (LR)
Tout ce qui peut rappeler ce qu'a été la France se retrouve désormais noyé dans un verbiage insensé. En Histoire, les grandes figures qui structurent la mémoire nationale ont été soigneusement gommées et un universalisme éthéré est venu remplacer le récit national. ” (NS)
L'immense majorité des enseignants a été heurtée par la réforme des collèges tant sur le fond que dans la forme et lui oppose désormais une résistance passive. Les Républicains reviendront sur cette réforme, tout comme celle sur les rythmes scolaires. L'école des Républicains, c'est l'école de la République et rien d'autre, où la laïcité s'applique jusque sur les bancs de l'université publique. ” ( NS)
Dessin de Jimo
Les programmes doivent être élaborés par l'Inspection générale, dont c'est la mission, sous l'autorité du ministère, mais il faut peut-être en confier l'approbation finale à l'Institut de France et donc aux académies” (NS)
À l’école, il faut rescolariser l’école primaire. À l’entrée en 6e un élève doit « savoir lire » et non « maîtriser des compétences langagières ». L’école primaire est avant tout le lieu de l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, de la grammaire, de l’orthographe, et du calcul. […] Aucun enfant ne peut quitter le CP s’il ne sait pas lire. Les causes de l’échec sont connues et imputables à la réduction constantes des heures consacrées à l’apprentissage systématique de la langue, à la généralisation de méthodes nocives, et à l’absence de prise en charge pédagogique précoce de la difficulté scolaire, (c’est-à-dire dès le début du CP, au profit d’une approche médicale). ” (LR)
Le temps de présence des enseignants sera augmenté de 25 % (pourcentage incluant globalement les cours, mais aussi l’aide aux devoirs et les études surveillées) en contrepartie d’une rémunération accrue. ” (LR)
L'école de la République n'appartient ni aux pédagogues, ni aux sociologues, ni aux idéologues dont la réforme du collège marque l'aberrant triomphe, elle est un bien commun qu'il convient de rendre, au plus vite, à la nation. ” (NS)
Nicolas Sarkozy a aussi proposé le retour du service militaire... mais pour les décrocheurs . “À partir de l’âge de 18 ans, toute personne qui n’aura pas son bac, qui ne sera pas en apprentissage, pas en formation, pas en stage” se verra proposer un « service militaire adapté pour “réapprendre les règles de la vie en commun  ”.
Najat Vallaud-Belkacem a critiqué dans des termes très vifs mercredi sur France 2 l’interview de Nicolas Sarkozy disant avoir rarement vu une tribune avec autant d’énormités par lignes. Les “décodeurs”du journal Le Monde recensent eux aussi dans un article très complet les “propositions floues” et les contre-vérités sur l’Éducation.
À l’heure où se prépare un colloque de bilan de la refondation de l’École et où l’interrogation sur la priorité à la jeunesse de François Hollande rentre en collision avec la contestation de la “Loi travail” et l’expression d’une inquiétude et d’un malaise, la lecture du projet de la droite sur l’éducation permet de se poser légitimement la question : “la droite et la gauche c’est vraiment pareil ?

Brevet
Dans le Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale du 6 avril a été publié le nouveau Diplôme national du brevet (DNB), qui est plus communément appelé le brevet des collèges. Et sa nouvelle formule entrera en vigueur dès l’année scolaire 2016/2017. Juste après la mise en place de la réforme du collège . C’est dans Les Échos qu’on va trouver la présentation la plus complète (même s'il y a des imprécisions).
Copie d'écran de www.education.gouv.fr.
Comme avec le précédent, il y aura toujours une part de contrôle continu, mais désormais celui ci se basera sur le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture qui comporte cinq « domaines ». 
 La maîtrise de chaque point du socle commun évalué - qui représente 400 points au total - pourra être considérée « insuffisante » (10 points), « fragile » (25 points), « satisfaisante » (40 points) ou « très bonne » (50). Peuvent s’ajouter 10 à 20 points pour les candidats ayant atteint ou dépassé les objectifs dans un « enseignement de complément » (latin, grec, langue régionale ou découverte professionnelle). C’est lors du dernier conseil de classe de troisième que sera faite la synthèse de ces résultats de la cinquième à la troisième.
 En épreuve finale, les candidats auront trois épreuves, dont deux écrits et un oral. La première épreuve, d’une durée de cinq heures (3h matin/ 2h après midi) , porte sur les programmes de français (3 heures), d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique (2 heures). La deuxième, de trois heures, sera consacrée aux mathématiques (2 heures), à la physique-chimie et aux sciences et vie de la terre et technologie (1 heure). Ces deux là se déroulant dans une même demi-journée avec une pause de 15 minutes. 
Enfin il y aura une épreuve orale d’une durée de 15 minutes. Cela prendra la forme d’une soutenance du travail fait dans les nouveaux Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) ou sur un des parcours éducatifs (citoyen, avenir, éducation artistique et culturelle), qui peut être présentée individuellement ou par groupe de deux ou trois. Chacune de ces trois épreuves sera évaluée sur 100 points. 
Pour obtenir son brevet, les collégiens devront alors cumuler 350 points sur les 700 possibles. Il obtiendra la mention « assez bien » avec 420 points et « bien » avec 490 points. Pour atteindre « très bien », il faudra avoir 560 points. Et l’autre nouveauté sera également l’organisation d’une cérémonie républicaine de remise des diplômes aux élèves.
Avec cette nouvelle formule du brevet, on peut voir la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. On peut se réjouir de la place donnée à l’évaluation de projets interdisciplinaires permettant de mieux évaluer de nouvelles compétences. On peut aussi déplorer qu’on succombe encore à un défaut bien français et très présent dans l’éducation nationale : l’empilement... Les bons vieux examens par discipline (ce qui est pris au sérieux) sont maintenus, histoire que tout puisse continuer comme avant. Mais on rajoute une sorte de Livret personnel de compétences à faire remplir par le Conseil de classe, qui y mettra, on s'en doute, beaucoup de bonne volonté...
A voir à l’usage...

Lecture
Cette semaine sont également parues sur le site du CNESCO (Conseil National d’Évaluation du système scolaire) les recommandations concernant l’apprentissage de la lecture formulées par un jury d'acteurs et d'usagers de l'école à l’issue d’une “conférence de consensus” organisée en mars à Lyon. Un article assez complet du Parisien évoque ainsi les “47 recommandations pour améliorer l’apprentissage de la lecture”. La ligne directrice est que l'apprentissage de la lecture doit être entamé rapidement en CP avec des exercices répétés et variés ainsi qu'avec un effort sur le vocabulaire. Mais l'enseignement doit se poursuivre si besoin jusqu'au collège. Mais avant même le CP, dès la maternelle, à partir de jeux, il faut notamment analyser des mots à l'oral, les décomposer, développer la compréhension orale et le vocabulaire. En d’autres termes tout ne se joue pas qu’en CP, l’apprentissage de la lecture s’il est crucial dans cette classe est aussi l’affaire de toute la scolarité. Comme le résume Michel Lussault le président de l’Institut Français de l’Éducation qui co-organisait cette conférence de consensus : “plus on lit, mieux on lit ”.
Comme on l’a vu plus haut, Nicolas Sarkozy a proposé la prise en charge des élèves en difficulté dans un « CP plus ». "A quoi sert-il de faire passer dans la classe supérieure un élève qui ne maîtrise pas la lecture ?, affirme le président des Républicains dans Le Figaro Michel Lussault qui est aussi président du conseil supérieur des programmes (CSP) répond à cette objection. “Si l’on n’est pas capable de comprendre les énoncés en histoire, en géographie, en physique, en mathématiques, alors il y aura au bout du compte un problème” reconnaît-il. Mais contrairement à ceux qui pensent que “rien n’est plus possible” après le CP, il estime “qu'on peut, en gardant les élèves dans les circuits normaux de scolarisation, les accompagner continûment dans cette maîtrise, s’il le faut jusqu’au collège inclus”.
Cette conférence de consensus confrontant les avis de nombreux chercheurs et praticiens montre aussi que le débat sur les méthodes globale ou alphabétique qu'on peut encore voir dans certains journaux ne renvoient qu'aux fantasmes de ceux qui écrivent ces articles...

Jeunesse dans la rue
Après les nouvelles manifestations de mardi 5 avril, trois ministres – éducation nationale, travail et jeunesse – ont reçu mercredi les principales organisations de jeunes : celles des étudiants (UNEF et FAGE), et celles des lycéens, comme le Syndicat général des lycéens (SGLl, l’Union nationale lycéenne (UNL) et la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL). Le principe d'une aide à l'accès au premier emploi pour les anciens étudiants boursiers a été acté et annoncé par le premier ministre.
On le voit, le gouvernement et l’Élysée sont préoccupés par la persistance des manifestations de jeunes pour reprendre le titre un article du journal Le Monde qui ajoute : “qu’après quatre ans de calme sur ce front-là, à l’exception de la colère qu’avait suscitée chez les étudiants et lycéens l’expulsion vers le Kosovo de Leonarda Dibrani, en octobre 2013, cette grogne contredit fâcheusement le thème de la « priorité à la jeunesse », dont M. Hollande avait fait le cœur de sa campagne en 2012. ”.
C’est ce que dit aussi assez bien un éditorial de Cécile Cornudet dans Les Échos : “ Les politiques savent depuis Jacques Chirac qu’il leur est impossible de dire aux jeunes qu’on ne les comprend pas. A l’inverse, ils sont en train de réaliser que les mettre au « coeur du quinquennat » comme l’a fait François Hollande est une intuition payante sur le plan électoral mais lourde à porter une fois en fonction. Tout simplement parce que cela crée des attentes”.
Rappelons aussi encore une fois que le risque d’explosion sociale peut prendre différentes formes. Il y a bien sûr les manifestations relativement organisées et “politiques” des lycéens. Mais la violence qui s’exprime dans ou en marge de ces mouvements est aussi à prendre en compte. Ce n'est pas parce que la situation présente dans un certains nombre d’endroits tient plus de l'émeute et de l'anomie que de la revendication organisée qu'elle n'a pas de signification sociale et politique. Il faut la lire pour ce qu'elle est aussi c'est-à-dire l'expression d'une désespérance et d'un "ennui" (pour reprendre le terme utilisé dans un célèbre éditorial avant 68) qui peut être le prémisse d'une explosion sociale .
Terminons donc notre revue de presse par cette citation : “Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.” (François Mitterrand / Discours à l'Assemblée nationale - 8 Mai 1968)

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 France.

samedi, avril 02, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 28 mars au 3 avril 2016



- Ival - Syndicats - Mobilisations - Innovation - .



Le bloc notes de cette semaine revient sur une semaine riche en évènements et en réflexion. Avec d’abord la publication mercredi des “indicateurs des résultats des lycées” malheureusement présentés comme un palmarès. Le même jour se tenait aussi la journée de l’innovation organisée par le Ministère, nous essayerons d’en voir les enjeux. Et jeudi c’était la 2ème grande journée de mobilisation contre la “loi Travail”. Nous nous y intéresserons sous l’angle de la mobilisation lycéenne.
Que se passait t-il à Grenoble cette semaine ? des congrès syndicaux : celui du SNES-FSU et celui de l’UNSA-Éducation. Aux deux bouts de la ville et sur des positions tout aussi distantes...


Ival
Comme chaque année le Ministère de l'Éducation a publié (mercredi 30 mars) les “indicateurs de résultats des lycées”. Et comme chaque année, on s’échine à expliquer qu'il ne s'agit pas d'un palmarès mais, comme le dit la DEPP, un «outil de pilotage» pour les chefs d’établissement, permettant de savoir si les actions pédagogiques menées sont satisfaisantes ou pas. Sauf que la Presse, à de rares exceptions, s'en empare chaque année pour en faire malgré tout un palmarès...!
Il suffit de lire les titres des journaux et sites en ligne pour s’en convaincre: “Meilleurs lycées en 2015 : le palmarès ” (Huffington Post), “Quels sont les lycées les plus performants de France ?” (Le Figaro), “Notre palmarès 2016 des lycées est arrivé ! ”(Le Point), “Classement des lycées 2016 : les établissements qui réussissent le mieux”(Le Monde), “Le classement 2015 des meilleurs lycées ”(Europe1).
Seul Libération fait preuve d’originalité en titrant “Ceci n’est pas un palmarès ”.
Marie Caroline Missir, rédactrice en chef de l’Étudiant, s’intéresse sur son blog (Le Mammouthologue) à la réception de ce type d’information. “L’idée de classement, écrit-elle heurte de plein fouet trois croyances de l’école républicaine: l’égal accès de tous à une même offre de formation, du moins jusqu’au bac, l’absence de concurrence entre établissements, et le choix d’un établissement scolaire en fonction de la proximité géographique. Mais ça c’était avant. ” Car selon elle “le potentiel polémique de ces classements est aujourd’hui en partie désamorcé. Elle y voit trois raisons : d’abord parce que la DEPP insiste sur la “valeur ajoutée” qui permet de relativiser la logique du classement, mais aussi estime la journaliste parce que ces données correspondent à la logique des nouveaux modes de consommation et d’information sur Internet où on cherche les « avis » et autres notations pour tout type d’acte de consommation (restaurants, logements, etc.). Et puis enfn, parce que les publications régulières de PISA et autres comparaisons internationales nous ont habitué à cette logique de l’évaluation et du pilotage par les résultats. Et elle conclue ainsi : “D’une certaine manière, la décision du ministère d’exploiter des « IVAL » ou indicateurs de valeur ajoutée est une façon de prendre acte de cette réalité et de mettre en valeur le vrai pouvoir des pédagogues : faire réussir tous les élèves, quel que soit leur environnement.
Pour sa consœur Louise Tourret sur Slate.fr avec ce qui apparait malgré tout comme un palmarès “l’institution flatte des tropismes bien français: l’obsession pour les classements, la préférence pour le lycée et l’amour des diplômes. ”. Et, par provocation, elle propose de plutôt évaluer les écoles primaires puisque “la sociologie de l’éducation nous a appris depuis longtemps que les résultats en fin de CE1 prédisaient de manière assez juste la suite de la scolarité.”.
En dehors de ce palmarès qu’on peut déplorer, cette publication a pu permettre aussi de donner des coups de projecteurs sur des méthodes qui marchent et des lycées qui semblent réussir. Car les meilleurs lycées ne sont pas forcément ceux qu’on attend. Ainsi, on a pu avoir un reportage sur le LP2i, le lycée expérimental de Jaunay-Clan près de Poitiers, un autre sur le lycée Galilée de Gennevilliers ou encore le lycée Alfred Nobel de Clichy sous bois . Des lycées qui méritent vraiment l’attention des médias, bien loin des grands lycées de centre ville à la politique souvent élitiste. Pour Najat Vallaud-Belkacem, dans une interview donnée au journal Le Monde : “Il y a là comme une évidence : ce qui fait un « bon » lycée ce sont d’abord de « bonnes » équipes – les enseignants mais aussi tous les personnels : ceux de direction, de santé, d’encadrement, d’orientation… Les indicateurs publiés aujourd’hui permettent de rendre compte, noir sur blanc, de l’engagement de toute une équipe, en saluant celles qui ont été capables de penser leurs pratiques collectivement.Ce n’est pas un hasard : les initiatives pédagogiques innovantes, lorsqu’elles sont portées collectivement, créent une dynamique et sont génératrices de performance.

Syndicats
- congrès du SNES-FSU à Grenoble du 28 au 1er avril
- congrès de l'UNSA-Éducation à Grenoble du 29 au 31 mars...
Le "marquage à la culotte” entre ces deux syndicats ce n’est pas que dans les réseaux sociaux. Il est aussi géographique...
Et le congrès du Sgen-cfdt du 23 au 27 mai prochain, il a lieu où ? Ah, c’est à Aix les Bains, à seulement 75 km de... Grenoble.
Plus sérieusement, les échos des deux congrès montrent bien les clivages et les oppositions dans le paysage syndical mais aussi les recompositions à venir. Ainsi, un des thèmes importants du congrès du SNES-FSU a été “penser un nouvel outil syndical ! ”. Si on traduit en termes clairs, on y évoque de nouveau un rapprochement avec la CGT (alors qu’il semblait au point mort). Cette recomposition semble se situer dans le prolongement de la loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale qui pousse à des rapprochements. Dans le camp “réformiste”, la question du rapprochement entre l’UNSA et la CFDT avait elle aussi souvent été évoquée. Depuis, plus de nouvelles. On peut penser qu’à moyen terme, le paysage syndical d’une manière générale (et donc aussi dans l’enseignement) risque d’évoluer.
On peut s’étonner de la faible couverture médiatique du congrès de ce syndicat qui est quand même le premier syndicat dans le secondaire. On apprend cependant par les rares articles que Frédérique Rolet deviendrait seule secrétaire générale du syndicat, épaulée par trois adjoints : Valérie Sipahimalani, Xavier Marand (tous deux déjà secrétaires généraux adjoints) et un entrant à ce poste, Benoît Teste (de Lyon). Roland Hubert, jusque là co-secrétaire général prend sa retraite. Dans une interview à l’AEF relayée par VousNousIls Frédérique Rolet a exprimé sa volonté de “consulter les collègues afin de choisir les prochains modes d’action contre la réforme du collège”. Ces actions peuvent prendre la forme, par exemple, “d’un boycott des conseils de classe” ou d’une “manifestation commune avec les parents d’élèves” Un boycott du brevet “n’est pas exclu, mais l’idée n’est pas de cliver d’entrée”, a-t-elle précisé. Ces propos semblent rejoindre ceux du vice-président du SNALC-FGAF dans La Lettre de l’Éducation du 28 mars 2016. Interrogé par Luc Cédelle, Jean-Rémi Girard déclarait “Les enseignants sont trop polis ! Leurs mobilisations aujourd’hui consistent à faire des grèves d’un jour et voir ce qui se passe après. A un moment, il nous faudrait cesser d’être gentils et faire valoir nos revendications par des actions plus fortes et plus efficaces. Nous pensons, au Snalc, que d’autres formes d’action sont nécessaires, sur lesquelles nous n’avons malheureusement pas été suivis par nos partenaires de l’intersyndicale. Notamment concernant les examens. Nous aurions fait une grève intersyndicale du brevet l’année dernière, on ne parlerait plus de cette réforme.”. Rappelons que le SNALC a quitté récemment l’intersyndicale en lui reprochant “d’être trop attentiste”.
Du 29 au 31mars, s’est donc aussi tenu à Grenoble le congrès de l’UNSA­Education, en partie en même temps que celui du SNES­FSU, mais à l’autre bout de la ville. Et aussi à l’autre bout des idées. On trouvera une interview de Laurent Escure secrétaire général de UNSA-Éducation dans le Café Pédagogique . Il y déclare “Nous avons fait le choix du réformisme combattif. On n'a pas a rougir que ce soit dans le domaine éducatif avec le collège ou sur le plan revendicatif avec les accords Peillon et les acquis que l'on a obtenus. On développe de la fierté ne serait ce que pour éviter le climat de sinistrose dans lequel on est. On voudrait montrer que le syndicalisme peut être utile à partir du moment où on ne ment pas aux gens en promettant des choses inatteignables. On montre des objectifs atteignables et on les atteint. Et ça redonne confiance à l'engagement dans un syndicat.”. Dans d’autres déclarations il a estimé que “le bloc majoritaire du changement”avait “réussi à s’imposer, notamment à travers son soutien à la réforme du collège. Les projets mis en œuvre par le gouvernement dans l’éducation depuis 2012 ne sont “ni parfaits ni révolutionnaires” a­t­il dit, mais ils permettent de “retrouver le fil de la démocratisation scolaire”.
Le secrétaire général de l’UNSA­Education a aussi évoqué le bilan des quatre dernières années et notamment salué l’effort budgétaire du gouvernement. “Nous nous battrons, a ­t ­il prévenu, pour qu’il se poursuive. Nous pouvons déjà lancer un avertissement à tous ceux qui voudraient d’un coup de plume faire disparaître ces améliorations.”. Car la vraie question qui est posée à toutes les organisations syndicales, alors que se précisent les projets de la droite, est bien celle de l’après-2017...


Mobilisations
Jeudi 31 mars était une nouvelle journée de manifestation contre la loi travail. Malgré la pluie à peu partout, elle a rassemblé plus de monde que la première journée. Plusieurs syndicats d’enseignants appelaient à manifester. Mais nous nous intéresserons surtout ici à la mobilisation des lycéens. Non pas que l ‘action des salariés ne soit pas importante mais comme je le disais dans mon précédent bloc-notes , la mobilisation des jeunes, étudiants et surtout lycéens, est surveillée comme le lait sur le feu. Car la situation est souvent anomique et dangeureuse.
Il y a bien sûr une mobilisation de la jeunesse qui se fait sinon sur la lecture précise des textes mais du moins sur une inquiétude réelle face à l’avenir et à la crainte de la précarité. Le sociologue Camille Peugny le dit très bien sur EducPros : “Ce qui est certain c’est que les jeunes ont le sentiment que leurs intérêts ne sont pas pris en compte alors même que la crise, qui perdure depuis plusieurs années, les frappe de plein fouet. Avec un taux de chômage autour de 25% pour les jeunes actifs, soit le double de celui de l’ensemble de la population, ce sont les premières victimes de la dégradation économique. ” Et il ajoute : “Par ailleurs, ils ont bien conscience que les décisions concernant le droit du travail prises aujourd’hui vont avoir des conséquences pour eux durant toute leur carrière, contrairement à leurs aînés qui auront pu faire au moins une bonne partie de leur parcours sur un marché du travail plus protégé. Rien d’étonnant alors à ce que certains jeunes vivent le projet de loi El Khomri comme une véritable agression, d’autant qu’au-delà de la crise économique la société française peine à faire de la place à sa jeunesse.”. Mais dans un beau texte, un lycéen sur le Bondy Blog , pour évoquer la mobilisation de la jeunesse, parle d’ un mouvement “entre conscient et immature ”.Car pour l’avoir vécu à de nombreuses reprises, on sait bien qu’à côté d’un certain nombre de jeunes mobilisés et politisés on trouve aussi des motivations plus confuses et une violence qui s’exprime plus facilement dans ces situations de pertes de repères.
C’est aussi le constat fait par un certain nombre de personnels de direction comme ce qu’on peut lire dans Les Échos : “L'ambiance bon enfant qui caractérisait les blocus organisés par les lycéens en grève n'aurait plus cours. Au fil des mouvements de ces dernières années, la tension se serait mise à monter. Les dérapages violents, comme les jets de barrières sur les personnels, la semaine dernière, sont de plus en plus fréquents. Ils sont provoqués par « des individus qu'on ne connaît pas et qui s'empressent de les relayer sur les réseaux sociaux », indique un chef d'établissement. ”. C’est au nom d’un tel constat qu’il y a eu une polémique entre des proviseurs parisiens et le Rectorat. Certains voulaient fermer préventivement les établissements, alors que le Recteur rappelait la nécessité “pour les chefs d’établissement d’assurer la continuité du service public et donc permettre l’accueil des élèves qui le souhaitent demain, jeudi 31 mars. Un lycée ne peut pas être fermé par anticipation. […] Une fermeture ne peut être envisagée que le jour même pour des raisons de sécurité absolue avérée, et ne peut être effectuée qu’en accord avec le recteur.”. Le jour même, 176 lycées étaient bloqués le jeudi matin à 9h selon le ministère de l'Education nationale. Le syndicat étudiant UNL avançait lui le chiffre de 250 établissements bloqués, soit un lycée sur dix.
Les tentatives de blocage se sont d’ailleurs poursuivies le lendemain . C’est ainsi que le Proviseur de la cité Scolaire Paul Bert (14e) a été “bousculé” en s’opposant à un cadenassage de son établissement par quatre individus masqués. Dans sa chute, il aurait perdu une dent. Cette “agression” a donné lieu à de nombreuses réactions (et même quelques récupérations politico-syndicales). Une seule voix s'est élevée pour atténuer le récit de cette «agression» : celle de l'intéressé lui même. Pour cela on peut aller lire l’article de Libération qui reprend l’interview à France 2 où le Proviseur donne sa version des faits et nuance l’emballement et l’emphase autour de cet évènement.
Nous parlions plus haut de la violence potentielle dans les manifestations mais il ne faut pas oublier qu’elle a été aussi le fait des policiers eux-mêmes. Et cela est d’autant plus grave et inacceptable qu’elle engendre alors une violence en retour. Plusieurs cas de violence policière ont été rapportés par les médias . On apprend cependant que le policier qui a donné le coup de poing au jeune Danon devant le lycée Bergson la semaine dernière après avoir été entendu par l’IGPN (la police des polices) a ensuite été renvoyé au tribunal . On ne peut que se réjouir que la justice fasse vraiment son travail.
Le vieux schnock que je suis se rappelle encore du “je vous couvre affirmé aux policiers par le ministre de l’intérieur Charles Pasqua (et son ministre de la sécurité publique Robert Pandraud) avant la mort de Malik Oussekine en 1986. ...

Innovation
Le Mercredi 30 mars se tenait, dans les locaux de l’ESPÉ-Paris la journée de l’innovation organisée par le Ministère de l’Éducation. . Sur les 430 équipes candidates, 30 équipes ont été sélectionnées pour présenter leur dispositif sur le "boulevard de l'innovation" et 8 d'entres elles ont été récompensées (7 par le jury et une par le prix du public) par le “Prix National de l’innovation”. Pédagogie différenciée, méthodes actives inspirées de Freinet ou Montessori, discussion à visée philosophique, Twictée, utilisation du numérique, travail sur le climat scolaire... les projets récompensés reflètent les directions que peut prendre aujourd’hui l’innovation dans le système éducatif. On peut surtout se réjouir que la manifestation organisée par le Ministère (et en particulier la DRDIE) ait mis l’accent sur la dimension collective de ces projets. Un enseignant innovant c’est bien, une équipe innovante c’est encore mieux !
Mais on le voit bien à travers le débat sur la réforme du Collège, “Innovation” est un mot de plus en plus piégé. . Alors qu’elle est encouragée par une institution qui reste cependant très marquée par le centralisme et la bureaucratie, l’innovation peut être rejetée par certains enseignants qui y voient une menace et une injonction. C’est ainsi que sur les réseaux sociaux aujourd’hui, les enseignants innovants et les initiatives telles que celles que nous évoquions plus haut sont l’objet de moqueries et que le discours sur l’innovation est vécu comme un discours culpabilisateur. L’enjeu est de parvenir à dépasser cela et à faire en sorte que le droit à l’expérimentation soit au cœur du métier (et de la formation. Comme je le formulais dans un billet de blog de 2014, si l’esprit d’initiative était la règle, si la pédagogie ordinaire était fondée sur le travail d’équipe, l'expérimentation et la recherche permanente, si les programmes et l’organisation du temps laissaient plus de marges de manœuvre, si l’on faisait un peu plus confiance aux enseignants, si on leur donnait un peu plus de pouvoir d’agir, … ce serait tous les jours la journée de l’innovation !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 France.

vendredi, avril 01, 2016

Un virage (à 360°...)

Comme vous le savez, j’ai quitté mes responsabilités au CRAP-Cahiers Pédagogiques en Octobre 2015. Je suis aujourd’hui simple professeur en temps partagé de SES au Lycée et formateur à l’ESPÉ de Paris. Mais cette période de retrait m’a permis de réfléchir et de prendre du recul par rapport à mes engagements. Et je voudrais vous annoncer ici-même les nouvelles orientations professionnelles et militantes que je compte donner à ma vie.

Il faut dire que les interpellations nombreuses sur les réseaux sociaux et en particulier Twitter ont contribué à ma prise de conscience. Les remarques amicales, les conseils toujours bienveillants, les plaisanteries subtiles... ont contribué à me dessiller et m’ont permis de me rendre compte de mes erreurs voire de mes errements dans mes choix politiques et pédagogiques. Quand un ancien recteur, un professeur de philosophie, une responsable syndicale, et bien d’autres encore, se soucient à ce point de ce que vous écrivez et de ce que vous déclarez, vous ne pouvez que le prendre comme une marque d’affection. Je me suis rendu compte que tous ces personnages estimables ne voulaient que mon bien et se souciaient de ma rédemption.
C’est tout cela qui m’a fait réfléchir…
Je me rends compte que j’étais dans l’erreur sur le plan pédagogique. Je vais faire comme beaucoup d’autres l’ont fait avant moi : mettre mes idées en conformité avec mes actes. Puisque en classe, je mets des notes, je sélectionne, je fais du cours magistral et que je suis agrégé de ma discipline que je chéris et défends,  pourquoi devrais-je militer pour l’inverse ? Soyons cohérent

J’ai donc décidé aussi d’opérer un virage (à 360°...) dans ma carrière.
Je me lance d’abord dans un nouveau projet numérique : la réalisation d’un forum de discussion à destination des enseignants de tous âges. Comme le préfixe “néo” est déjà pris, j’ai choisi de le nommer « archeo-profs.fr ». J’invite tous ceux qui pensent que l’École d’hier est celle de demain et que l’innovation ne sert qu’à masquer l’incompétence à me rejoindre ! La devise de ce forum sera “à quoi bon changer l’école si on ne peut même pas changer la société”. Je sais que vous êtes nombreux à le penser et j’espère retrouver cette approche que je qualifierais de “pessimisme critique” mâtiné d’un cynisme ironique dans vos nombreux commentaires dès l’ouverture de ce forum ! Chiche ?

Par ailleurs, à partir de la rentrée prochaine, je quitte l’IUFM... pardon, l’ESPÉ pour rejoindre une nouvelle école : L’École Professorale Privée. Comme vous l’avez sans doute lu dans mon dernier (et ultime)“Bloc Notes”, cette nouvelle école veut “recréer les conditions d’existence d’un enseignement secondaire d’excellence en France”. Comme j’ai constaté que l’enseignement de l’économie et de la sociologie (rompons avec la non-scientificité des SES) n’avait pas encore de représentant, j’ai proposé ma candidature à Philippe Nemo. Avec un directeur portant un tel nom, à défaut de sommets, nous allons atteindre les profondeurs (de la pensée bien sûr) !


Dans cette époque troublée, où les promesses sont non tenues, pour ma part, je vous l’affirme : le changement c’est maintenant !



L'an dernier jour pour jour : Changer la société...


Philippe Watrelot

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 France.

lundi, mars 28, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 21 au 27 mars 2016




- Dentifrice - Médias - Implosion - SNES- Cheveux bleus .



C’est le retour du bloc notes après un mois d’absence. Peut-on commenter l’actualité éducative alors que tant d’évènements tragiques (avec une pensée particulière pour Bruxelles) se produisent ? Nous allons quand même tenter de le faire en évoquant les manifestations lycéennes et étudiantes, la semaine de la presse, le congrès du SNES, les cheveux bleus et plusieurs phénomènes qui conduisent à s’interroger sur l’avenir du service public d’éducation.



Dentifrice
Les jeunes c’est comme le dentifrice, une fois que c’est sorti, on a pas le mode d’emploi pour les faire rentrer.
Cette phrase dont on attribue la paternité à Christian Forestier, pilier de l’administration de l’Éducation Nationale, date d’il y a quelques années. Mais elle résume toujours bien les enjeux des manifs lycéennes et étudiantes. Elles sont redoutées et d'une puissance considérable. Et elles sont aussi des manifestations où les journalistes (et les enseignants) peuvent presque observer leurs propres enfants des lycées de centre ville dans une sorte de rite initiatique.
Mais il faudrait ajouter aussi au théorème du dentifrice que ce qui rend ces manifestations si redoutées, c’est qu’on peut y craindre les débordements et les risques de bavures. D’abord parce que bien souvent, les manifestations de jeunes prennent un tour différent selon qu’on se trouve dans un lycée de banlieue ou de centre ville. Et ensuite, parce que l’histoire l’a malheureusement montré, les bavures policières sont possibles.
La mobilisation contre la loi travail a connu jeudi dernier son deuxième jour de manifestation. Si plusieurs observateurs ont noté que les effectifs de manifestants étaient plus faibles, c’est surtout le coup de poing porté par un policier à un jeune lycéen de seconde de 15 ans devant le lycée Bergson à Paris qui a suscité les commentaires et l’indignation.

extrait de la vidéo
La scène a été filmée et abondamment diffusée. Sur la vidéo on y voit un jeune homme à terre, entouré par quatre policiers. Ceux-ci remettent le garçon debout, et l'un d'entre eux, après s'être penché vers lui, lui assène brusquement un violent coup de poing. Certes, comme le jeune l’a reconnu ensuite, il jetait des projectiles sur les forces de l’ordre mais la réponse semble disproportionnée. D’ailleurs le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, après avoir pris connaissance “des conditions de cette intervention et notamment de l'interpellation objet de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux” a "immédiatement" demandé au préfet de police de faire diligenter une enquête administrative par l'IGPN.
On notera au passage que le policier qui a frappé est issu d’un commissariat voisin. Ce n’est pas un CRS ni un garde mobile qui contrairement à l’image souvent associée ne sont pas des brutes irréfléchies mais des gens formés et disciplinés. Il faut lire cela comme le fait que les forces de l'ordre habilitées et formées pour faire du maintien de l'ordre dans notre démocratie -les CRS et les gendarmes mobiles- sont débordées par l'état d'urgence et la menace terroriste et que pour combler les manques d'effectifs, on envoie sur des mouvements de masses des policiers qu'on tire d'un commissariat et qui n'ont aucune formation pour faire face à une foule, et encore plus délicat, à une foule de jeunes.
Expliquer n’est pas excuser ( !) Et toute violence est inacceptable. Mais ce qui est certain, c’est que cet évènement a déclenché une réaction très vive et à la limite de l’émeute urbaine dès le lendemain et peut faire craindre d’autres débordements dans les futures manifestations. Le dentifrice est loin d’être rentré dans le tube...

Médias
« La liberté d’expression, ça s’apprend» était le thème de la 27e Semaine de la presse et des médias dans l’école, qui s’est déroulée du 21 au 26 mars. La couverture des attentats de Bruxelles a sûrement été un choc et un évènement qui a bouleversé le programme de cet évènement annuel marqué déjà l’an dernier par les suites des attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher. Cette semaine vient aussi après la journée d’études consacrée le 9 février dernier aux moyens de lutter contre les théories du complot.
Une des participantes à cette journée, Sophie Mazet, enseignante à Saint-Ouen est interviewée par L’Humanité. Pour elles, il n’y a pas forcément une « absence d’esprit critique des élèves mais une difficulté à l’utiliser à bon escient » et elle précise “Nous avons tous un esprit critique. Les jeunes ne l’utilisent pas assez et parfois trop. À partir du constat que j’ai réalisé avec cette expérience, j’ai tenté de leur apprendre à se méfier, à accepter le doute critique. Ce qui ne veut pas dire tout rejeter en bloc, de manière irrationnelle. Car c’est justement cette posture qui mène au conspirationnisme : l’information vient des médias « mainstream » (grand public – NDLR), donc je n’y crois pas. Ce n’est pas ce qu’on appelle de l’esprit critique puisqu’ils n’examinent pas. C’est en cela qu’il faut les aider.
La Ministre a accompagné cette semaine en se rendant dans des classes où l’EMI (Éducation aux médias et à l’information) est pratiquée. Elle a annoncé aussi la mise en place à la rentrée prochaine d’un kiosque numérique gratuit dans les collèges et les lycées. Sans publicité, le site lirelactu.fr. proposera d’abord « une quinzaine de titres de la presse quotidienne nationale et étrangère », puis l’offre sera étendue à « d’autres titres de presse écrite d’information générale, en particulier à la presse quotidienne régionale et aux hebdomadaires », selon le ministère. Ce kiosque numérique sera accessible depuis les établissements, afin de lire les articles de la presse du jour en streaming sur ordinateur ou sur tablette, en wifi. Il ne sera pas possible de télécharger ni d’imprimer les différents titres.
Louise Tourret sur Slate.fr pose cependant la question “La presse gratuite à l’école pourra-t-elle concurrencer Snapchat? ”. Elle évoque son expérience récente : “Il faut dire que, la presse, les élèves la connaissent peu ou mal: certains ignorent parfois le nom des quotidiens les plus connus. Dans le collège de Rep+ où j’ai enseigné en 2015, la grande majorité des élèves de 4ème (13-14 ans) ne connaissaient pas la presse payante (c’est-à-dire qu’ils n’avaient lu personnellement que les gratuits). En leur faisant des cours sur la presse, dont le but était de les faire lire et écrire, j’avais un peu l’impression de leur parler d’un monde étranger et, surtout, que l’idée de s’informer ne les intéressait pas ou peu, à part pour les résultats sportifs et quelques brèves. […] L’initiative est donc vertueuse, mais encore faut-il que les élèves lisent vraiment les journaux mis à leur disposition…

implosion ?
Je m’appelle Théo, j’ai 19 ans, et si j’ai décidé d’écrire un article sur l’école française ce n’est pas juste pour la critiquer. Toute ma scolarité, j’ai eu du mal à m’intégrer au système. Au fond de la classe je refaisais le monde en regardant la fenêtre plutôt que le professeur. Mais aujourd’hui cela m’a permis d’avoir du recul sur l’école et sa pédagogie. Ça peut paraître contradictoire mais, en tant qu’ancien élève du fond de la classe, j’ai envie de la réinventer notre école. Notre monde change mais pas notre système éducatif. Voilà 6 raisons de l’améliorer…”. Ce billet de blog qui commence ainsi a été abondamment repris (et critiqué) sur les réseaux sociaux.
Il fait suite à la lettre de Zoé parue dans The Conversation ou encore la prestation d’Hippolyte Labourdette au premier TEDxChamps ÉlyséesED qui reprenaient, l’une et l’autre, les mêmes critiques à l’égard d’un système éducatif évoluant peu et tuant la créativité et la curiosité.
Même si ces textes insistent sur des défauts du système déjà pointés par de nombreux pédagogues depuis fort longtemps, ils sont aussi critiqués par certains car ils sont considérés comme illégitimes voire même comme l’émanation d’une forme de complot. Ainsi, le texte de Théo, se termine par un appel à rejoindre le programme de Ticket for Change . Cette plate-forme rassemble des “entrepreneurs sociaux” qui veulent fédérer des “startups sociales” et promouvoir l’entrepreneuriat. “Entrepreneur”, voilà déjà un terme qui à lui seul, vous catalogue irrémédiablement pour un bon nombre d’enseignants.
Plus largement, ce texte, qui n’émane pas uniquement de Théo mais de groupes plus structurés, est le signe que le modèle unique d’une école structurée sur la base d’un service public dominant (“à la française”) est en train de s’effriter et d’être remis en cause. Il y a une critique, qui aujourd’hui emprunte la voie des interpellations par de jeunes adultes, qui s’exprime de plus en plus fort et propose des alternatives à ce service public présenté, à tort ou à raison, comme “sclérosé” et incapable de se réformer. Ces alternatives peuvent venir du secteur privé ou encore de ce que l’on appelle les entrepreneurs sociaux . Elles prospèrent sur les lacunes et défaillances du système.
L'institution est en train de générer ses tumeurs malignes par manque d'audace et de capacité d’innovation interne. On peut prendre le pari que l'éducation nationale comme on la connait en France puisse imploser dans 20 ans si elle ne prend pas la mesure de ce que disent ces textes qui sont des alertes et des évolutions actuellement en cours. La comparaison avec l’étranger nous montre que le service public tel que nous le connaissons est loin d’être la règle dans le monde.
Un autre signe de cette évolution peut d’ailleurs être lu avec l’annonce de la création d’une école professorale privée faisant concurrence aux Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation (ESPÉ). Ce qui était une sorte de “monopole” pour la préparation des concours se voit ici concurrencé par une offre qui se situe clairement dans la mouvance la plus conservatrice. Son directeur est Philippe Nemo (qui donne une interview au site web Contrepoints). Celui-ci n’est pas un inconnu. Il a participé à la fondation de SOS-Éducation et a écrit de nombreux ouvrages dont “Le Chaos Pédagogique” dont le seul titre suffit à le situer. Il veut avec cette école “recréer les conditions d’existence d’un enseignement secondaire d’excellence en France”, en insistant “ sur l’acquisition des compétences académiques” et en déplorant que “trop de formations actuelles mettent l’accent presque uniquement sur la formation pédagogique des étudiants qui aspirent à l’enseignement, au détriment de leur formation académique”.
On peut évidemment se moquer des excès de ce type de déclaration et traiter par le mépris toutes ces initiatives (ou encore le succès des écoles alternatives ). Mais on peut aussi y voir, c’est mon cas, les symptômes d’un système éducatif centralisé et étatique qui risque d’imploser si on ne prend pas en compte ces nouvelles contraintes et la nécessité de faire évoluer les structures. Et cette critique, répétons le, ne s’adresse pas d’abord aux enseignants !

SNES
Cette semaine s’ouvre le ccongrès du SNES-FSU à Grenoble (du 28 mars au 1er avril). Nul doute que de nombreux articles seront consacrés au congrès de ce syndicat qui se présente comme le syndicat majoritaire dans l’enseignement secondaire.
Mais avant même sa tenue, on a eu déjà quelques articles s’intéressant à ce congrès. Ainsi, Luc Cédelle, sur son blog se fait l’écho d’une contribution de trois anciens dirigeants du SNES (lisible sur le site du SNES, il faut le souligner ) très critique à l’égard de l’orientation actuelle du syndicat. Denis Paget, ancien co-secrétaire général de 1997 à 2004, Jean-Marie Maillard, ancien co-secrétaire général jusqu'en 2002,et Elizabeth Labaye, ancienne secrétaire nationale, les trois auteurs affirment : “Plus généralement, le SNES n'a pas suffisamment anticipé la réforme du collège. Des propositions sur l'organisation horaire des enseignements sont, depuis des années, reportées sine die de congrès en congrès. Aucune réflexion d'ensemble n'a été menée pour repenser l'introduction progressive des disciplines ni la forme des programmes. Le congrès de Marseille [en 2014, NDLR] n'avait pas récusé des activités pluri- ou interdisciplinaires, Mais, faute d'en créer concrètement la possibilité, le SNES s'est éloigné de ce mandat et mène aujourd'hui campagne contre l'interdisciplinarité.[…] Travailler sur des projets a toujours une dimension pluri-disciplinaire. L'important c'est surtout que les élèves réalisent une œuvre sur la durée, de façon collective. L'expérience des TPE montre que cela modifie profondément la relation pédagogique. Or, là aussi le SNES n'est pas sans contradictions : d'un côté farouche défenseur de l'enseignant concepteur, de l'autre imploration de programmes programmant de façon minutieuse tous les contenus et toutes les pratiques plutôt que d'affronter les questions d'une gestion collective du curriculum de l'élève en en réclamant les moyens en concertation et les responsabilités. On pourrait en comprendre les mobiles s'il était démontré qu'un système centralisé et pyramidal produisait de l'égalité mais c'est malheureusement le contraire qui se passe car les systèmes qui creusent le moins les écarts en Europe sont précisément ceux qui accordent une grande marge d'initiative aux équipes pédagogiques. […] 
Jamais par le passé nous n'avions construit une stratégie syndicale sur le seul mot d'ordre de l'abrogation d'une réforme comme nous le faisons depuis mai dernier. Nous prenions au moins la précaution de présenter nos contre-propositions, même si c'était toujours un peu à coup de slogans. Aujourd’hui, nous nous contentons d'égrener les vices réels, ou supposés pour certains, de la réforme. Comment souder la profession autour de propositions de changements discutées et partagées si nous nous contentons de dénoncer sans jamais dire ce qu'il faudrait faire ? ”.
La publication hors du cercle interne des contributions au congrès sur le site du syndicat a déclenché deux types de réactions. D’abord, d’après l’AEF, Frédérique Rolet actuelle co-secrétaire générale, aurait répondu que cette contribution est celle “d’anciens militants plus au fait des débats dans la profession”. Puis ensuite dans un deuxième temps, sur les réseaux sociaux, les militants du SNES se sont étonnés qu’on s’étonne d’un débat démocratique au sein d’un syndicat. Cela a même valu une mise au point de Denis Paget, lui même, sur le site du SNES Aix-Marseille. L’actuel membre du Conseil supérieur des programmes précise : “La contribution que j’ai co-signée avec d’autres anciens responsables du SNES n’est en aucun cas une approbation de la réforme du collège comme tente de le faire croire un message aux professeurs adressé par le SE-UNSA. Cette réforme a été imposée autoritairement après un premier mouvement de protestation, sans aucune recherche de consensus ou de compromis avec les organisations syndicales représentatives mises devant le fait accompli. […] Mais ce constat n’exonère pas les personnels, et mon organisation syndicale, de travailler à une réforme absolument nécessaire tant s’accumulent les problèmes pédagogiques, les inégalités et les souffrances multiples qui en découlent chez les jeunes et chez leurs enseignants. C’est à cet effort de réflexion que j’ai exhorté, avec d’autres, le congrès du premier syndicat du second degré et l’ensemble de la profession car l’état de notre système exige, dans l’urgence et dans la durée, de profondes transformations pour que tous nos élèves entrent dans les processus d’apprentissage. Le refus d’une réforme n’a de sens qu’en proposant d’autres solutions plus efficaces”.
Cette interview montre bien qu'on n'a pas été secrétaire général du SNES sans avoir des compétences particulièrement développées en diplomatie et en sens de la synthèse politique. La première partie du texte donne des gages aux militants du SNES qui ont pu être "choqués" par le ton de la contribution de Paget. Ça sent un peu le recadrage. Les militants les plus bornés (ceux qui font partie de la "brigade des tweets haineux" sur Twitter par ex.) arrêteront leur lecture à la fin du premier paragraphe. Le dernier en revanche reprend le ton très vif de la contribution et ne lâche rien sur la critique adressée à son syndicat. C'est ce que retiendront les autres lecteurs. Bien sûr le SNES n'est pas un syndicat monolithique. Il est même organisé en tendances. Mais c'est aussi un moyen de canaliser les oppositions et d'une certaine manière de les tenir à distance. A mon sens, la critique de Paget va au delà de ça dans la mesure où elle émane d'un ancien dirigeant de la tendance majoritaire. Et elle montre bien aussi qu'il y a toujours eu une "sensibilité" (pas un courant ni une tendance) pédago au sein du SNES.
Je sais que ce passage sur les orientations d’un syndicat va me valoir de nombreuses critiques... Il y a chez de nombreux militants, un réflexe systématique d'esprit de corps qui consiste à se sentir attaqué personnellement dès que quelqu'un (qui plus est quand il n'est pas du sérail) critique "son" syndicat. Si il fallait être forcément membre d'une institution pour la critiquer on ne serait pas rendus ! Imaginez qu'on considère que seuls les membres du PS aient le droit de critiquer la politique de ce parti !

Cheveux bleus
Tina, élève de 3e, scolarisée au collège Paul-Eluard à la Seyne-sur-Mer, dans le Var, s'est vu refuser l'accès à sa salle de classe, rapporte Var-Matin le vendredi 25 mars dernier . En cause? La jeune fille s'est teint les cheveux en bleu, une excentricité qui n'a pas du tout plu à la direction de l'établissement. Pour l'établissement, la direction a agi par principe de précaution. "Il y a deux raisons pour lesquelles nous n'acceptons pas ce genre de particularité. Déjà, c'est pour protéger l'enfant des moqueries. […] Ensuite, si nous acceptions une telle originalité, nous ouvririons la porte à un effet boule-de-neige que nous ne pourrions plus maîtriser”, explique la principale. Cette dernière précise que l'interdiction sera ajoutée dans le règlement intérieur du collège dès la rentrée 2016. La CPE, conseillère principale d'éducation, parle elle d'une "fantaisie capillaire non adaptée pour venir travailler" et demande à ce qu'on "rectifie la couleur". Mais la mère de Tina (bonne élève par ailleurs), a beaucoup de mal à comprendre la réaction de l'établissement : "je ne pense pas que ça lui touche le cerveau et qu'elle se mette à penser comme un schtroumpf [...] maintenant, je n'ai même plus envie qu'elle change de couleur, ce serait baisser les bras et rentrer dans le moule".
Francis Métivier, professeur de philosphie et auteur de nombreux ouvrages consacre une tribune dans L’Obs à cette “affaire”. Il s’indigne : “La plupart des collèges et des lycées ont, dans leur règlement intérieur, une mention de cet ordre : "Une tenue décente au sein de l’établissement est obligatoire". Qu’est-ce qu’une tenue décente ? Ou encore : "Les tenues trop excentriques sont proscrites." Qu’est-ce qu’une tenue "trop excentrique"? C’est probablement parce que les réponses à ces questions sont relatives et très discutables, et qu’elles résistent à l’absence de réflexion – mais pas aux préjugés – que certaines cultures imposent l’uniforme. Au moins, dans ce cas, on ne se pose pas la question d’une tenue décente. En France, nous n’imposons pas l’uniforme, mais certains "éducateurs" imposent l’uniformité. Ce qui est pire. L’uniforme, vous le quittez une fois arrivé chez vous. L’uniformité, elle, finit par vous coller à la peau.
Nom d’un schtroumpf !

Ce bloc-notes s’est arrêté pendant quelques semaines. La vie est quelquefois ainsi faite que les évènements s’imposent à vous. D’autres urgences m’ont empêché de me livrer à cet exercice du commentaire de l’actualité que je pratique avec constance depuis 2003. J’espère pouvoir reprendre cette activité avec régularité.

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 France.
 
Licence Creative Commons
Chronique éducation de Philippe Watrelot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre à http://philippe-watrelot.blogspot.fr.