mercredi, avril 01, 2026

Les Marronniers sont coupés… (et les serpents de mer sont noyés)

C’est un jour important dans le traitement de l’actualité éducative. Les principaux médias viennent de signer à Paris la « charte du Trocadero » où ils s‘engagent à éviter les marronniers et les serpents de mer. En bref, à ne plus instrumentaliser l’éducation et à faire preuve de rigueur et de nuance. Beau programme ou vœu pieux ? 

----
Commençons par un peu de culture générale. 
Tout commence à la Révolution française, le 10 août 1792.Ce jour-là, alors que le roi Louis XVI a quitté Versailles pour résider à Paris, dans son palais des Tuileries, le peuple attaque les Tuileries : 20.000 hommes —dont nombre de sans-culottes avec des fourches— partent à l’assaut de la bâtisse défendue par 950 gardes suisses. La quasi-totalité est massacrée par la foule. Beaucoup de gardes suisses seront enterrés au jardin des Tuileries, sous un gros marronnier rose. Chaque année, au printemps, l’arbre fleurissait au-dessus des tombes. Et chaque année, au même moment, les journaux publiaient des articles qui rappelaient cette fameuse journée du 10 août. C’est là l’origine du mot “marronnier” pour désigner les articles sur des sujets qui se répètent et qui sont prévisibles.
Quant au « serpent de mer » l'origine de l'expression remonte au XIX siècle, alors que les récits de voyageurs qui déclarent avoir vu un serpent de mer servent à remplir les colonnes des journaux lorsque l'actualité est calme. 
L’actualité éducative en est très friande. Chaque année, on peut lire les mêmes articles sur la rentrée, le bac ou sur le nivokibess …

Mais à partir de cette année, les choses vont changer. Les principaux médias, dans un sursaut de déontologie, viennent de signer une charte en ce jour symbolique où on vérifie toutes les informations. Elles s’engagent à ne plus publier de « marronniers » et à accorder la même attention et la même rigueur aux sujets d’éducation qu’aux sujets scientifiques. Cette convention qu’on pourra appeler la « Charte du Trocadero » du nom de l’endroit où elle a été rendue publique ce jour, va même plus loin que le refus de tomber dans la facilité des marronniers. 
Les signataires s’engagent : 
De la même manière, ils seront vigilants sur l’usage de certains termes disqualifiants et peu conformes à la réalité. Parmi la longue liste de mots à bannir on notera « l’absentéisme des enseignants », la «grogne», la « vocation »,…
Mais les journalistes présents n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur d’autres termes : « fondamentaux », « niveau » ou encore « mérite ». Il reste du chemin à accomplir ! Mais si on pouvait déjà éviter d’avaler des serpents de mer comme des couleuvres, ce serait bien… 
Mais toutes ces bonnes (ou fausses) intentions décrites dans cette charte ne seront rien sans la volonté des politiques… 
Les serpents de mer ont encore de beaux jours devant eux, et les marronniers ont le temps de refleurir… 
Le serpent de mer de l'EN dans son habitat naturel

Philippe Watrelot

 
Licence Creative Commons
Chronique éducation de Philippe Watrelot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre à http://philippe-watrelot.blogspot.fr.