dimanche, septembre 20, 2015

Bloc-Notes de la semaine du 14 au 20 septembre 2015





- Dictée et communication – Que d’histoires ! – Fausses notes – Apprendre à lire - Tableau (noir) ou tablette ? .



Journées du patrimoine : dictée, calcul mental, chronologie, roman national, notes, b-a, BA, tableau noir,...
Cette remarque d’un des co-rédacteurs de la revue de presse, Laurent Fillion, résume bien la tonalité qu’on retrouvera dans ce bloc notes après la présentation des nouveaux programmes et l’amorce d’une nouvelle polémique sur la notation. La capacité de la presse et de l'opinion française à fabriquer des fausses polémiques à partir de la nostalgie d'une École mythifiée et d'informations mal digérées est sidérante...
On peut en voir aussi une illustration avec la manière dont a été lu le rapport de l’OCDE sur le numérique à l’École et l’étude menée sur les méthodes de lecture.



Dictée et communication
Commençons donc ce bloc-notes par la fin de la semaine. Initialement prévue le jeudi 17 en même temps que la grève contre le collège, la remise par le président du Conseil Supérieur des Programmes, Michel Lussault, des projets de nouveaux programmes des cycles 2, 3 et 4 à la Ministre s’est faite vendredi 18 au matin dans les salons du Ministère de l’Éducation. Ces projets sont d’ores et déjà disponibles et téléchargeables sur le site du Ministère . On peut encore parler de “projets”, même s’ils sont présentés comme définitifs, dans la mesure où ils doivent passer par la consultation du CSE et la publication d'un décret qui ne saurait tarder. Car ils doivent être appliqués à la rentrée 2016 en espérant que les éditeurs de manuels seront suffisamment réactifs dans un délai très court (et un peu hors-limite). Chacun pourra se faire son opinion en allant directement à la source. Mais puisque nous nous livrons ici à l’exercice de la revue de presse, intéressons nous surtout à la communication de la ministre et à la manière dont la presse en rend compte.
Les membres du CSP avaient prévu deux niveaux de lecture pour les programmes, avec une partie destinée au grand public et une partie pour les professionnels. Mais ils n'avaient pas anticipé un troisième lectorat, celui des communicants du ministère... Ceux qui ont préparé la présentation qu'allait faire la ministre ont traduit hâtivement certaines préconisations contenues dans les textes : "les activités de lecture et d'écriture sont quotidiennes", "des activités ritualisées" et " [apprendre] à orthographier les mots les plus fréquents" en des formules chocs comme "les élèves feront une dictée chaque jour". Même si c'est un peu dur à avaler, on peut éventuellement comprendre la logique communicationnelle qui consiste à aller dans le sens de ce qu'on croit être l'opinion et les médias pour déminer les polémiques. Et en effet l'avantage de cette interprétation est que les éditorialistes applaudissent quasi-unanimement le retour de la dictée quotidienne. Pensez donc, la dictée, ça parle à tout le monde, ça fait partie du “patrimoine” et nous renvoie tous à l’image d’une école mythifiée...
Marie-Caroline Missir dans L’Express pointe, elle aussi, la manœuvre politique : “Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas la dictée, mais l’habillage et la mise en musique de cette réforme. La ministre, qui est bonne élève, n’a pas souhaité reproduire les erreurs commises lors de la présentation de la première mouture de ces programmes au printemps. […] En quelque sorte, cette histoire de dictée n’est rien d’autre que du papier cadeau. Un élément parmi d’autres d’un arsenal de communication. En faire un épouvantail, un cadeau aux réacs c’est faire grand cas d’une recommandation pas si bête, dont chaque enseignant fera bien ce qu’il voudra.L’éditorialiste de Libération y voit un “coup marketing habile de la part de la ministre” et Séverin Graveleau dans Le Monde parle, lui, d’un “coup politique”. Dans le Huffington Post, Geoffroy Clavel, évoque Un exercice de calinothérapie bienvenu à trois mois des élections régionales et au moment où la fronde contre la réforme des collèges reprend du poil de la bête. ”. On peut analyser de la même manière la prudence sur l’évolution de la notation sur laquelle nous reviendrons plus loin
Mais le problème, c’est que cette communication destinée au grand public risque de faire des dégâts chez les enseignants et leurs organisations syndicales. Car, cette affirmation de la nécessité d’une “dictée par jour” peut être interprétée dans un contexte très crispé comme un discrédit sur les pratiques actuelles des enseignants : “Merci, Je n'étais pas au courant que la dictée avait disparu du quotidien des classes” twitte ainsi une enseignante. En plus, les titres de journaux donnent l'image d'une ministre prescriptive (“la ministre veut une dictée par jour"...) et cela laisse penser qu'une ministre décide toute seule de ce que doit faire chaque jour un professeur des écoles dans sa classe. Les propos de la ministre sont globalement ressentis comme une injonction allant à l’encontre de la liberté pédagogique des enseignants. C’est aussi complètement contraire à la logique qui a présidé à la création du CSP supposé être indépendant du pouvoir politique.
Habileté politique ou erreur de communication ? Volonté délibérée de la ministre ou piège tendu par les médias ? C’est, me semble t-il, tout cela à la fois. La communication avait pourtant (bien ?) commencé avec une tribune dans Le Monde où la Ministre s’emploie à tenir les deux bouts de la corde en évoquant à la fois le retour aux “fondamentaux” mais au service d’un socle commun et de la lutte contre les inégalités en parlant d’une “école de l’exigence” qui est un bon slogan pour contrer ceux qui l’accusent de “laxisme” et de “brader les savoirs”. Voici ce qu’on peut lire (entre autres) dans cette tribune : “Rétablir une école de l’exigence a d’abord nécessité des moyens – 60 000 postes, formation initiale et continue des enseignants –, mais aussi un engagement contre le déterminisme social illustré par le renforcement de l’éducation prioritaire et le retour aux cinq matinées de classe. Mais l’enjeu est par nature pédagogique. Dès lors, sans refonte des programmes, sans progressivité repensée des apprentissages, la refondation d’une école de l’exigence sonnerait comme un slogan creux. Le temps est venu de sortir enfin de l’exhortation permanente au « lire, écrire, compter » pour la traduire de façon opérationnelle dans les classes. [...] Pouvions-nous, sciemment, laisser prospérer des programmes qui, trop souvent, construisent les apprentissages sur du sable ? Fallait-il se résigner aux faiblesses en lecture et en calcul mental de trop d’élèves à la fin du collège ? Les nouveaux programmes répondent à ces défis, à la nécessité absolue de donner à tous les élèves, dès les premières années de la scolarité obligatoire, les bases solides qui fonderont leurs connaissances ultérieures, grâce à une refonte globale et cohérente inédite depuis des décennies. Cette cohérence, c’est d’abord celle du parcours de l’élève. Finie, la traditionnelle division par années, et place à une organisation par cycles de trois ans ! […] Cohérence, ensuite, de pratiques pédagogiques organisées autour d’une colonne vertébrale claire : maîtrise des fondamentaux, consolidation des apprentissages, pédagogie de l’entraînement quotidien et de la répétition. […] La cohérence, c’est enfin celle du contenu des programmes eux-mêmes, élaborés comme une déclinaison du socle commun.
Oui, mais voilà, cette tribune qui aurait pu s’intituler tout simplement “Pour une École de l’exigence” est titrée (par qui ? Le Monde ? les conseillers ?) : Najat Vallaud-Belkacem veut « des dictées quotidiennes à l’école ». Et les autres interventions médiatiques, et notamment sur Europe1 vont marteler le message sur la dictée alors que la formule “dictée quotidiennen’est pas présente une seule fois au fil des 375 pages des programmes du CSP
A force de vouloir déminer le terrain et éviter une nouvelle polémique, on en vient donc à brouiller le message... Et s’aliéner ou, au mieux désorienter, ceux qui sont pourtant de potentiels soutiens sans forcément séduire les opposants. Il faudra bien clarifier à un moment ou un autre et selon la formule du cardinal de Retz : “On ne sort de l’ambigüité qu’à ses dépens…” Reste à savoir si la lecture attentive et approfondie des programmes réconfortera les enseignants...

Les programmes : quelle histoire !
Pas sûr, et pas sur tous les sujets...
La question de la “dictée quotidienne” suscite déjà des réactions. Éveline Charmeux sur son blog pose la question “Une dictée par jour pour écrire sans erreurs ? Et si l'on apprenait plutôt l'orthographe ?” et nous rappelle que la dictée est une évaluation et pas, à proprement parler, un apprentissage. Mais qui répétons le, cette injonction à la dictée quotidienne n’est pas écrite dans les programmes...
En revanche, ce qui figure dans le texte du CSP, ce sont les programmes d’histoire. Cette matière a toujours eu une place à part dans le débat sur l’École. L’Histoire, tout comme la dictée, ça fait partie du patrimoine (et ça le construit)... On se souvient qu’en avril-mai, la première version des programmes avait fait l’objet de nombreuses critiques de la part d’intellectuels médiatiques et des politiques alors qu’ils avaient été plutôt bien accueillis par une bonne partie de la profession y compris au sein même du SNES. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Un article de Libération interroge des enseignants d’Histoire-Géographie sur leur réaction à la publication des nouveaux programmes d’histoire. Parmi eux, on peut lire celle de Laurence de Cock, animatrice du collectif Aggiornamento qui s’est aussi exprimée sur le site de l’association .Elle reproche plusieurs reculs aux programme présentés par le CSP : “Le premier recul, le plus triste, c’est que les programmes présentés vendredi matin abandonnent l’idée d’offrir une véritable liberté pédagogique aux professeurs. Dans la précédente version de la réforme, à l’intérieur d’un grand thème obligatoire, un enseignant pouvait composer son cours entre différentes déclinaisons proposées. Cela lui permettait de s’adapter à la singularité de sa classe, aux crispations ou aux attentes de ses élèves : passer plus de temps sur l’histoire ouvrière dans un collège d’un ancien bassin minier, par exemple. Cette liberté de choix, qui aurait profondément fait évoluer le métier, est aujourd’hui totalement supprimée. ”. Le deuxième recul qu’elle reproche au CSP est d’avoir “trop cédé aux critiques les plus réactionnaires, qui s’alarmaient de la «disparition» de la chronologie ou de la place, selon eux, trop réduite faite à l’histoire de France.”. Et elle conclut “ Il y avait l’opportunité dans les premiers projets de professionnaliser les programmes en les déconnectant du politique mais les échéances électorales semblent nous avoir rattrapés.»
Les programmes d’histoire semblent donc avoir fait les frais. Mais pour faire bonne mesure, donnons aussi la parole à Michel Lussault le président du CSP. Celui-ci est interviewé par le JDD.fr. Il répond aux critiques : “Nous nous sommes aperçus que le choix laissé aux professeurs (d’enseigner ou non certains sujets) n’était pas compris, nous sommes donc revenus à des thèmes obligatoires… tout en insistant sur la liberté pédagogique. Certains ont cru que l’Europe des Lumières allait disparaître ; nous prenons soin de montrer qu’il n’en est rien. De même, nous n’avons jamais eu l’intention d’occulter l’histoire de la chrétienté. Nous avons réécrit les textes pour que ce soit très clair. Les élèves étudieront la naissance et l’expansion de l’Islam en 5e, après avoir découvert le judaïsme et la naissance du christianisme en 6e. Et l’on insistera en 5e sur les liens entre les empires byzantin et carolingien avec le califat. Ceux qui continueront à polémiquer sont ceux qui ne supportent pas de voir écrit le mot Islam dans un programme d’histoire. ”. Il n’y a pas que l’Histoire ! Dans cet entretien, Michel Lussault apporte aussi des précisions sur les autres programmes qui ont, eux aussi, fait l’objet de quelques critiques même s’ils n’ont pas eu la même exposition médiatique.

Fausses notes
Concours de titres idiots dans la presse à propos de la notation...
Les élèves ne pourront peut-être plus décrocher la note de 20/20(journal des femmes), “Ecole : la note sur 20 bientôt aux oubliettes ?(Europe 1). Chez les éditorialistes aussi on se mobilise pour la défense du zéro érigé au rang de monument national... "On notera de 1 à 5, le zéro, cette grande invention babylonienne, étant supprimé, car, nous dit-on, le pire élève sait tout de même quelque chose. On croit rêver...", se désole Michel Bassi dans L'Eclair des Pyrénées. "Certes, il est louable de faire en sorte que l'élève ne s’ennuie pas à l'école, ou qu'il ne se sente pas traumatisé par une mauvaise note, mais de là à interdire le 0, on confine au ridicule", ajoute Sébastien Lacroix dans L'Union.
On est toujours étonné de la manière dont on peut fabriquer des fausses polémiques à partir de la nostalgie d'une École mythifiée et d'informations mal lues...
C’est Europe 1 qui a remis sur le tapis cette semaine la sempiternelle question de l’évaluation à l’école. Selon la radio,. “les notes sur 20 devraient disparaître pour laisser la place à une notation de 1 à 4 ou de 1 à 5. Ce projet serait “dans les cartons du ministère et devrait être voté “dans les jours qui viennent par le Conseil supérieur de l’Education”. Les autres journaux embrayent dont Le Figaro. Libération s’en amuse et cite la réaction immédiate du cabinet de la Ministre, visiblement très attentif ces jours-ci à éteindre tout début de polémique : “Nous démentons cette information. L’échelle évoquée par Europe1 est une réflexion menée sur le suivi du socle commun de connaissances et ne correspond absolument pas aux notes dans les disciplines.” En revanche, confirme le cabinet, “des changements dans l’évaluation” sont bien en préparation et “seront présentés dans quelques semaines.”. Ce que confirme aussi Le Monde en titrant : “La notation de 0 à 20 ne sera pas supprimée… du moins pas tout de suite”. Mais alors, d’où vient cette agitation ? C’est Le Parisien qui donne des précisions en apportant deux informations relatives à la réforme du brevet et au "nouveau relevé de notes". En ce qui concerne le premier, il comprendrait deux épreuves écrites et une épreuve orale, notées chacune sur 10 et "mélangeant plusieurs disciplines". La maîtrise du socle commun serait évaluée avec huit notes de 1 à 4 ou 1 à 5. L'actuel contrôle continu serait abandonné. Quant au bulletin trimestriel, il comprendrait 3 ou 4 pages, avec des notes (éventuellement sur 20) par discipline, une indication sur la partie du programme étudiée durant le trimestre, une indication sur "la dynamique de progrès" et, facultativement, une indication de moyenne. Sur la page deux, une évaluation sans note des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires), sur la page 3 un commentaire global. Au dernier trimestre de 6ème et de 3ème, donc en fin de cycles, une page serait consacrée à la "maîtrise des domaines et composantes du socle", avec 8 items évalués avec 4 ou 5 niveaux.
Mais, en fait, dans ses commentaires, le quotidien semble mélanger la notation disciplinaire et l'évaluation du socle. Ce que confirme donc le communiqué du ministère de l’éducation déjà cité : “L’échelle évoquée par Europe 1 est une réflexion menée sur le suivi du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, et ne correspond absolument pas aux notes dans les disciplines ”.
Une réforme des notes ? Mais pourquoi faire ??? Alors que le monde entier nous envie, au même titre que le camembert et la haute couture, la bonne vieille note sur 20, héritée des jésuites et des mandarins ? Ces chiffres, ça fait sérieux, on peut même noter au demi-point voire au quart de point ! C’est scientifique et irréfutable. Mais, mais... on me dit que les travaux de la docimologie depuis les années 30 ont montré la variabilité de la note et tous les biais qui l’accompagnent. Et, on me dit aussi que bien d’autres pays n’utilisent pas la note sur 20 ! Les allemands ou les suisses avec leurs notes sur 6 ou les anglais avec huit niveaux, les suédois avec quatre niveaux... Mais comment font-ils ? Le génie français n’est pas reconnu !

Lecture
Sylllabique vs Globale... Les méthodes de lecture, voilà un autre incontournable des bonnes vieilles polémiques “à la française”. Ça fait plus de quarante ans que ça dure...
Mais la publication cette semaine d’une enquête sur les pratiques de l’enseignement de la lecture et de l’écriture au cours préparatoire vient apporter de la nuance et de la complexité là où on se complait dans les débats caricaturaux et binaires.
Décrire, avec le plus de finesse possible, l’ordinaire du travail des classes et les caractéristiques de celles dans lesquelles les élèves progressent le plus" de façon à "éteindre la guerre des méthodes" de lecture, tel est l'objectif que se sont fixé Roland Goigoux et les chercheurs qui ont travaillé sur le programme "Lire et écrire, efficacité des pratiques d'enseignement de la lecture et de l'écriture au cours préparatoire" et dont les premiers résultats viennent d'être donnés à la presse (lire notamment un long article dans Le Monde ). L’originalité de l’étude est qu’elle s’appuie sur les pratiques réelles des enseignants dans les classes (131 enseignants et 2507 élèves testés pendant trois ans) et non sur l’expérimentation d’une méthode. Et les premiers résultats ne semblent pas privilégier une méthode d’apprentissage en particulier. Selon cette étude, il n’existe ni recette magique, ni profil-type de bon professeur, ni manuel idéal, mais une alchimie qui peut varier selon les enseignants.
Cela relativise le débat sur les méthodes” conclut Roland Goigoux et il est vrai que nous sommes bien loin de la veille opposition stérile et obsolète entre “syllabique” et “globale” qui fait encore trop souvent les choux gras de la presse et quelquefois des hommes politiques encore aujourd’hui. Car, dans le quotidien des classes, on semble très loin de cesquerelles de chapelle” comme le disent des enseignants interrogés par Le Monde . Et si on faisait confiance à l’expertise des enseignants et si les médias allaient un peu plus les écouter comme le fait cet article au lieu d’agiter de vieilles querelles et d’alimenter ainsi les inquiétudes des parents ?

Tableau (noir) ou tablette ?
Puisque la thématique de cette revue de presse est autour du patrimoine, finissons la avec un autre incontournable du patrimoine scolaire : le tableau noir. À la lecture d’un rapport sorti cette semaine, on a pu croire à son retour en force au détriment des tablettes et autres outils numériques.
C’est en effet l’OCDE qui a publié le 15 septembre un rapport intitulé “Students, Computers and Learning: Making The Connection”. Cette étude indique que même les pays qui ont considérablement investi dans les technologies de l’information et de la communication dans l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable de leurs résultats aux évaluations PISA de compréhension de l’écrit, de mathématiques et de sciences. L'utilisation massive d'ordinateurs n'augmenterait ni les résultats individuels, ni les résultats collectifs, quels que soit l'âge, le niveau d'études et l'argent dépensé à former les enseignants dit cette étude. Toutefois, sur ce plan, comme le souligne Les Échos la France s'en sort mieux que d’autres . “ Mieux que d'autres pays”, commente Eric Charbonnier, expert à l'OCDE en charge de l'éducation. Et ce, ajoute-t-il, “alors même que le numérique en France ne fait pas partie des apprentissages”.
Ce que dit cette étude, en substance, c’est que le numérique n’est en tout cas, pas une solution miracle. Comme le souligne Emmanuel Davidenkoff, attendre du numérique qu'il améliore, en tant que tel, les apprentissages, relève pour l'heure de la pensée magique. Et il est alors tentant d’en conclure, comme le font certains éditorialistes et d’adversaires du numérique après une lecture rapide (globale ?) du rapport, que rien ne vaut le bon vieux tableau noir et les “bonnes vieilles” méthodes.
Pour aller plus loin que ces fausses évidences, il faut rentrer dans le détail du rapport comme l’a fait Bruno Devauchelle dans le Café Pédagogique En lisant plus avant ce document, écrit-il, il apparaît surtout que le numérique et l'école ne peuvent pas s'entendre tant que l'école reste telle qu'elle est. Car finalement ce que l'on observe c'est que la scolarisation dans sa forme actuelle est incapable de résoudre nombre de problèmes d'inégalité et que l'envahissement du scolaire par le numérique ne résout aucun problème dans ce domaine et qu'au contraire des pratiques trop envahissantes pourraient se faire au détriment des apprentissages scolaires de base. Ce propos va alimenter au premier niveau les opposants au numérique en milieu scolaire. Mais il est une lecture au deuxième niveau qui doit faire réfléchir : la conclusion du résumé est percutante : "In the end, technology can amplify great teaching, but great technology cannot replace poor teaching." En d'autres termes, introduire le numérique ne permet pas de remédier à un enseignement scolaire médiocre ou pauvre. Et c'est là qu'il y a un nœud important.
Les technologies de l’information et de la communication ont changé notre vie quotidienne. On peut penser que ces innovations vont aussi changer l’École et les manières d’apprendre. Les technologies numériques  ont en effet des potentialités énormes. Ils donnent accès à des informations et des connaissances illimitées (reste à les transformer en savoirs…). Ces outils peuvent agir aussi sur la motivation des élèves, leur concentration, leur participation en classe. Ce sont aussi potentiellement des outils de lutte contre l'ennui à l'école et au final contre l'échec scolaire. Et c’est ce qui explique que les “décideurs” aiment à prendre la pose devant des salles informatiques toutes neuves ou des enfants équipés de tablettes dernier cri. Mais il faut se garder d’une illusion d’optique. Celle de croire qu’à lui seul un outil, aussi performant soit-il, va révolutionner l’enseignement. Certes, le numérique est au cœur d’une révolution de la production et de la consommation dans tous les domaines et il modifie considérablement la manière dont circule l’information et notre rapport aux connaissances. Mais comme je l’ai déjà écrit , pour l'enseignement cette transformation passe d’abord par une réflexion sur les usages et donc une formation. Ce n’est pas la technologie qui, dans l’école, est intrinsèquement innovante, c’est la réflexion pédagogique qui l’accompagne.
On peut même faire des dictées avec Twitter !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

dimanche, septembre 13, 2015

Bloc-Notes de la semaine du 7 au 13 septembre 2015





- Semaine cruciale - Université - Formation - .



Le bloc notes qui a plutôt pour habitude de revenir sur les jours qui viennent de s’écouler commence d’abord par évoquer la semaine prochaine et qui s’annonce déterminante. On va en effet voir se télescoper deux évènements : la grève contre le collège 2016 et la publication des nouveaux programmes. La semaine écoulée a été marquée par la publication de plusieurs rapports ou notes qui suscitent du débat. On s’attardera sur le rapport «Pour une société apprenante» qui trace des perspectives pour l’Université et comporte des propositions choc. Et on reviendra aussi sur la note Terra Nova à propos de la formation dans l’Éducation Nationale. Même s’il est difficile d’être à la fois acteur et commentateur…



Semaine cruciale
Sans vouloir jouer les “Philippulus le prophète” , la semaine qui vient est cruciale. On risque, en tout cas, d’y parler beaucoup d’éducation. Plusieurs évènements vont se télescoper. En premier lieu, le jeudi 17 septembre aura lieu la grève des opposants à la réforme du collège . Ceux-ci espèrent évidemment, construire un nouveau rapport de forces après la grève du 11 juin qui avait peu mobilisé. Il est prévu aussi une journée de manifestation nationale en octobre. Marie-Caroline Missir dans L’Express évoque un sondage confidentiel commandé cet été par le Service d’Information générale du gouvernement (le « SIG » chargé d’observer l’humeur des Français et d’appuyer la communication ministérielle), qui montrerait que les trois quart des Français auraient une opinion défavorable de la réforme du collège. Selon la journaliste “Les sondés ont ainsi repris à leur compte l’argumentaire déployé par les opposants à la réforme, qui a plus « imprimé » que celui du ministère. L’échec est bien dans une bataille de communication qui a joué en faveur des anti-réforme. ”.
Mais la bataille est-elle perdue ? Plusieurs articles (dans L’Express ou le Café Pédagogique ) décrivent la “contre-attaque” et la “mobilisation générale” (pourquoi un tel vocabulaire guerrier chez les journalistes ?). Ce dispositif est exposé dans un document remis aux recteurs lors de leur réunion de rentrée, en Sorbonne, le 24 août dernier. « Il s’agit à la fois de diffuser les fondamentaux de la réforme (sens et opérationnalisation), de constituer un réseau de cadres et de formateurs à même d’assurer le déploiement en académie, de faire l’état des besoins en terme d’accompagnement et de production de ressources. » dit ce document. La directrice générale de l’enseignement scolaire, Florence Robine, se déplacera dans toutes les académies pour expliciter auprès des cadres et des formateurs eux-mêmes les enjeux de cette réforme. Dans chaque académie, un « groupe d’appui » sera constitué avec des chefs d’établissement et des profs ayant participé aux groupes de travail qui ont préfiguré la réforme. Mais l’essentiel de ce dispositif réside dans un plan important de formation que détaille un article du Café Pédagogique en citant le dossier de presse du ministère : " chaque enseignant bénéficiera de huit journées de formation organisées selon une logique de proximité de façon à réduire les temps de déplacement et à renforcer la cohérence de l’action au niveau local... Les regroupements pourront se dérouler dans le cadre des bassins de formation, des districts, des réseaux d’établissements ou au sein des EPLE" et plus loin il est précisé “Pour répondre à cette exigence, les équipes au sein d’un établissement seront formées par vagues successives
Le Café Pédagogique aime créer la polémique et pose la question d’une formation se situant la "zone grise" des obligations de service en dehors des heures de cours. Interrogé par le Café pédagogique, le ministère précise que "la formation doit s'effectuer dans le temps de travail défini par les 1607 heures annuelles. L'objectif est bien d'éviter de toucher aux heures de cours même si des contraintes organisationnelles peuvent conduire à des absences ponctuelles. La formation n'est donc pas en plus des 1607 heures et ne donnent donc pas lieu à rémunération pendant les 36 semaines de cours. Par contre les formations durant les congés pour des volontaires donnera lieu à rémunération". On voit donc un nouveau front s’ouvrir, procédurier celui-là : peut-on contraindre les enseignants à se former alors que les obligations de service malgré les négociations récentes sont encore ambigües sur ce point ?
La sortie par le haut de cette situation qui rajoute des motifs de conflits passe donc par un travail de conviction et d’explication et se situe au niveau des établissements et de la capacité des personnels de direction et des équipes à construire ensemble des formations s’appuyant sur les expériences de terrain et la réflexion collective. Pas simple...
L’autre évènement qui va marquer la semaine prochaine, c’est la publication des nouveaux programmes. Dans Le Monde on apprend que le Conseil supérieur des programmes (CSP) prévoit de rendre sa copie “la semaine du 17 septembre”. Et l’article ajoute “Au risque de revivre un « télescopage » avec la réforme du collège qui avait déjà enflammé les débats – et brouillé les esprits – au printemps : c’est aussi le 17 septembre qu’une intersyndicale a appelé à la grève.”. Toujours d’aprèsLe Monde, un “double niveau de lecture” devrait rendre ces programmes plus simples à s’approprier par le grand public, avec un récapitulatif, discipline par discipline, des compétences travaillées par les élèves. Une écriture “ claire, sans jargon” promet-on. On annonce donc des “inflexions” mais le risque d’une dénaturation du projet initial, et notamment en Histoire, n’est pas à exclure.
Décidemment le collège 2016 occupe déjà tous les esprits dans cette rentrée 2015.

Université
La semaine a été marquée par la publication de plusieurs rapports ou notes qui suscitent du débat.
C’est d’abord le rapport «Pour une société apprenante» rendu mardi 8 septembre au président de la République, par le comité pour la Stratégie nationale de l’enseignement supérieur (StraNES). Comme le résume un article du Monde, il s’agit d’une stratégie à dix ans pour remodeler l’université qui est proposée par les rédacteurs, les universitaires Bertrand Monthubert et Sophie Béjean. La StraNES propose ainsi d’accroître le niveau général de qualification des Français en se fixant à un horizon de 10 ans un objectif de 60% d'une classe d'âge diplômée de l’Enseignement supérieur. Pour servir cette ambition, la StraNES place la lutte contre les inégalités sociales dans l’accès aux diplômes, la Formation tout au long de la vie (FTLV) et la transition digitale au cœur de ses propositions. Le document formule 40 propositions rassemblées autour de 5 axes stratégiques. Dès cet automne, le rapport devrait être débattu au Parlement tandis que les premières mesures destinées à sa mise en œuvre seront prises par Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon.
Ces quarante propositions balayent tous les sujets. Parmi d’autres points, on y aborde la question du numérique. On peut y lire ceci : Cela fait maintenant plusieurs décennies qu’on autorise les calculatrices dans les examens ; l’étape suivante est d’autoriser – comme au Danemark par exemple – les ordinateurs avec accès total à Internet. Cette étape est inéluctable, anticipons-la afin de permettre le déploiement d’une formation adaptée au monde qui nous entoure ” . Plus concrètement, cela signifie que les professeurs seraient amenés dans les examens, à faire jouer “la capacité [de leurs étudiants] à savoir trouver l’information pertinente, à la comprendre pour la réinvestir dans une production personnelle ou collective ”.
Si cette proposition risque de faire parler non seulement à l’université mais aussi dans les lycées, il en est une autre qui est potentiellement la source non seulement de vifs débats mais même de mobilisations lycéennes et étudiantes. En effet, le rapport fait la proposition de ne plus accorder un accès automatique à l'université pour les bacheliers professionnels et technologiques. Précisément il suggère de “ permettre l'accès de droit aux licences générales aux bacheliers titulaires d'un baccalauréat général ”. Pour les filières professionnelles et technologiques, “un examen du dossier des bacheliers ” est prévu. “Il débouchera sur un avis favorable, réservé ou défavorable.” Dans tous les cas, poursuit le rapport, “une place dans une des filières publiques de l'enseignement supérieur sera proposée à l'issue d'un conseil d'orientation postsecondaire, en proposant si nécessaire le passage par une passerelle et/ou un parcours adapté ”. Il s’agit donc d’une gestion des flux et la mise en place d’une politique d’orientation en actant le fait qu’une bonne partie (mais pas toute) de l’échec en licence provient des étudiants issus des bacs pro ou techno.
Mais cette proposition revient alors sur un des fondements du système français pour qui le baccalauréat est depuis sa création, le premier grade universitaire. Ce qui fait qu’il n’y a pas formellement de sélection à l’entrée. Or, qu'on le veuille ou non les Bacs Techno et Pro sont des diplômes de l'enseignement supérieur au même titre que le Bac Général. La meilleure preuve c'est que ces bacs sont bien comptabilisés pour le calcul annuel du taux de réussite au bac. Cette proposition signifie donc que tous les bacs n’ont pas la même “valeur faciale” et n’ouvrent pas le mêmes portes.
On pourra dire qu’il ne s’agit ici que de mettre fin à l’hypocrisie d’un système qui conduit un grand nombre de bacheliers à l’échec et dénoncé par les enseignants du supérieur qui enseignent au niveau licence. Mais il faut alors rappeler que l’hypocrisie va plus loin car les titulaires des bacs techno et pro n'ont pas tous accès aux BTS qui leur sont en principe réservés à cause des bacheliers généraux qui prennent les places et du mode de sélection de ces formations. Le débat est aussi pédagogique pourront également dire certains. Car comme dans le 2d degré, le niveau insuffisant des étudiants est aussi un problème pédagogique et pas une fatalité qu’on règlerait par une mesure de gestion des flux. Et les universités, même si certaines commencent à le faire, devraient vraiment s’y atteler. Et si la pédagogie n’était plus un gros mot à l’université ?
Quoi qu’il en soit, on voit bien ce que cette proposition a potentiellement de quoi mettre dans la rue des milliers de lycéens et d’étudiants. Et selon une citation attribuée à un conseiller ministériel il y a une trentaine d’années “les lycéens c’est comme le dentifrice, c’est plus facile de les faire sortir que de les faire rentrer...

Formation
L’autre rapport qui a fait un peu de bruit cette semaine, est une note de la fondation Terra Nova sur Le recrutement et la formation des personnels de l’Education nationale. En parler est un peu compliqué puisque j’en suis un des co-auteurs. Dans une interview, j’explique les raisons pour lesquelles je me suis engagé à titre personnel dans cette réflexion et je précise quelques convictions. J’y redis aussi ce que j’ai déjà exprimé à plusieurs reprises dans ce bloc notes. Dans notre beau pays qui aime les débats binaires et clivants, “on est coincés entre deux chaises. D’un côté, la critique systématique et le refus de toute modification du système, de l’autre, la “pensée magique” et un discours qui consiste à assurer que finalement tout ira bien si on le dit. ” Or, pour faire bouger les choses, “ il faut absolument sortir de l’incantation et des discours performatifs et entendre les critiques et les suggestions d’amélioration.”. Si la note est présentée comme une “critique sévère” de la formation, elle se veut avant tout une critique constructive.
On trouvera plusieurs résumés des propositions de ce groupe de travail. Dans ÉducPros, ou bien encore La Croix ou sur le site d’information Touteduc . La note dans son intégralité est téléchargeable sur le site de la fondation. La proposition souvent mise en avant est celle de modifier la place du concours en plaçant l’admissibilité en fin de M1 et l’admission en fin de M2 avec des épreuves en situation professionnelle. On insiste aussi sur la nécessité de donner un statut plus stable et autonome aux ESPÉ. Mais d’autres propositions méritent l’attention et devraient susciter le débat. . En particulier la note de Terra Nova défend l’instauration d’un droit et d’une obligation de se former pour les enseignants. Arguant qu’il s’agit d’ "une nécessité qui ne peut être laissée au seul volontariat des individus", le groupe des rédacteurs évoque une double obligation : pour l’Etat à travers l’attribution à chaque enseignant d’un crédit de formation rechargeable ; pour les enseignants, "par exemple sous la forme d’une à trois semaines de formation chacune des trois premières années d’exercice puis par période de trois ans". Et "pour éviter la désorganisation de l’enseignement", la formation continue pourrait se faire "d’une part en dehors du temps de service devant les élèves et de l’autre en mettant en place des dispositifs de remplacement organisés localement pour les formations de courte durée et par les services académiques pour les stages longs". On voit que cette proposition rentre en résonance avec la possible polémique évoquée plus haut à propos des formations pour le collège 2016. Mais elle réaffirme surtout ce qui devrait être une évidence : “enseigner est un métier qui s’apprend... tout le temps !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot


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samedi, septembre 05, 2015

Bloc-Notes de la semaine du 31 aout au 6 septembre 2015




- 60 000 – Rude est l’école – une photo - .



Le bloc notes de cette semaine de rentrée revient sur la “bataille des 60 000”. Il s’agit bien sûr de la polémique initiée par Jean-Luc Mélenchon qualifiant de menteurs le président de la République et sa ministre de l’Éducation à propos de la promesse de créer soixante mille postes à la fin du quinquennat. Najat Vallaud Belkacem a répondu vivement à cette accusation et plusieurs journaux ont sorti leurs machines à calculer pour démêler le vrai du faux. On s’intéressera aussi à l’expérience vécue par une journaliste devenue prof vacataire pendant quelques mois. Et on évoquera le sort des réfugiés à partir de la photo qui a bouleversé l’opinion et le droit à l’éducation pour tous.



60 000
Éducation : la bataille des « 60 000 » fait rage ” titre Le Point . De nombreux journaux et magazines font aussi leur titre sur ce thème.
Tout part d’une intervention et d’un tweet de Jean-Luc Mélenchon le 30 aout dernier à l’occasion de l’université d’été du Parti de gauche. À la tribune, il a accusé le gouvernement de « mensonge » et « d’enfumage » sur le nombre de postes dans l’Education nationale. “François Hollande avait promis 60.000 créations de postes” mais “il n’y en a que 4.000 à peine, tout le reste ce sont des stagiaires qui ont été recrutés, et ils ne passent qu’un tiers de leurs temps devant les élèves”, a-t-il dit en marge de son discours. Quant au tweet, peu propice à la nuance, il n’est pas exempt de répétitions avec : “ Menteur F.Hollande ! Menteuse N.Vallaud-Belkacem ! Vous n'avez pas créé 60 000 postes dans l'Education nationale ! Menteurs ! Menteurs !
En réponse, sur France Inter le lundi 31 aout , la ministre de l’éducation nationale, de son côté, a brandi des chiffres autrement plus élevés. “Je suis formelle, ce sont 35 200 postes qui ont été créés” a-t-elle assuré . Et le lendemain, jour de rentrée scolaire lors d’un déplacement à Pouilly sur Serre (Aisne) , c’est le président de la République qui a réaffirmé : “Il y aura bien 60.000 postes créés dans l'éducation d'ici 2017»
En dehors de l’article du Point précité, quelques articles tentent de donner des clés pour comprendre cette “bataille des 60 000”. C’est le cas d’un article de La Croix ou encore un article de Libération .
Un petit rappel avant toute chose... Pour ma part, lorsque j’évoque ce sujet je parle toujours (ou presque) de “RE-créations de postes”. Car il ne faut pas oublier que c’est près de 80 000 postes qui ont été supprimés sous le quinquennat Sarkozy. La promesse du candidat Hollande (qui n’était pas sans visée électoraliste) a surpris son équipe de campagne mais se situe bien dans ce contexte d’affirmation d’une priorité à l’éducation. Et le président sera jugé, entre autres, sur cette promesse emblématique de son quinquennat.
Alors qu'en est-il ? Notons, d'abord, que sur les « 60 000 » postes annoncés par le président et précisés ensuite, seuls 54 000 reviennent à l'Éducation nationale, les autres étant dévolus à l'Enseignement supérieur et aux lycées agricoles. Sur ces 54 000, 48 000 sont des postes de professeur, les 6 000 autres étant ceux de personnel non enseignant (CPE, principaux, etc.). Sur cet objectif, le ministère affiche à des chiffres prometteurs : 31 600 postes déjà créés dans l'Éducation nationale qui se décomposeraient ainsi : 21 500 postes de stagiaires (sur un total attendu à l'horizon 2017 de 27 000), 4 150 postes d'enseignant titulaire (sur 21 000 attendus) et 3 150 autres postes (sur 6000).
En dehors des effets de tribune de JL Mélenchon, la critique porte sur deux points. En premier lieu, les stagiaires (dont la formation en alternance a été rétablie après sa suppression par Nicolas Sarkozy) n’enseignent qu’à mi-temps. Ensuite parce, selon certains (cf. un article de BuzzFeed) , tous les postes “créés” ne sont pas pourvus car on manquerait de candidats dans plusieurs concours. D’autres encore, mettent en avant la pression démographique (le baby boom de l’an 2000) qui réduirait les effets des créations de postes.
A noter que sur cette polémique, les réactions syndicales sont diverses, y compris au sein de la même fédération. Ainsi pour le SNES-FSU on ne va pas y arriver, estime la co-secrétaire générale Frédérique Rolet. Il y a 8.500 emplois nouveaux prévus au projet de budget 2016. Il en faudrait au moins 11.000 pour réaliser la promesse des plus de 22.000 qui restent à créer.». Alors que la secrétaire générale de la FSU, Bernadette Groison, dans une interview au journal Les Échos se démarque nettement de la position de JL Mélenchon en affirmant “Nous ne faisons pas le même calcul. Pour la FSU, plus de la moitié des postes promis ont été créés. On demande donc au gouvernement de mettre un coup de booster pour tenir l’engagement d’ici à 2017. ”. Le SE-UNSA, n’est pas aussi alarmiste, mais fait part de ses craintes sur la scolarisation des moins de trois ans : “ seul un tiers des 3.000 postes envisagé d’ici à 2017 a été créé.
Sans être en aucune manière un “expert” de ces questions (mais dans le domaine éducatif, on sait bien que ce statut n’est pas nécessaire pour s’exprimer !), cela m’inspire quelques remarques :
- Il y a eu un problème de com' : création “nettes” ou "brutes” ? Par définition, les créations de postes nettes seraient des postes budgétaires ETP (équivalent temps plein) supérieurs aux départs en retraite. Les suppressions, au contraire, s'effectuent par le non-remplacement de tous les départs en retraite. Autrement dit : est-ce que les créations de postes promises ne serviront qu'à compenser l'augmentation démographique des élèves d'une part et les départs en retraite des profs d'autre part ? C'est pas net...

- Recrutement ou créations ? il faut en effet tenir compte des postes non pourvus par faute de candidats ou parce que ceux qui se présentent ne sont pas tous à la hauteur. Il y a bien sûr à travailler sur l’attractivité du métier mais celle ci ne se réduit pas au seul salaire . Et, sans vouloir me faire l'avocat de qui que ce soit, au delà de la responsabilité du gouvernement il faut aussi questionner celle des jurys de concours qui ne pourvoient pas tous les postes et peuvent être quelquefois très malthusiens.

- La promesse des 60 000 postes a été absorbée pour près de la moitié par le rétablissement de la formation en alternance des enseignants stagiaires (moitié du temps en classe, l'autre à l'ESPÉ, donc 2 stagiaires = un équivalent temps plein). Mais une fois fini leur stage, ils deviennent profs à temps plein ! Donc ceux qui ne les comptent que pour moitié (et a fortiori pour un tiers) font des calculs à court terme et un peu biaisés...
- Pour compliquer la chose, il faut rajouter que la gestion des postes budgétaires (les enseignants putatifs) s'effectue en année civile avec le budget de l'État et la gestion des enseignants réels se fait en année scolaire. Le calcul s’en ressent selon qu'on se place en année civile ou en année scolaire.
- Vu le nombre d'établissements du primaire et de collège, 60 000 postes c'est même pas un poste de plus par établissement. Il est alors difficile pour la majeure partie des collègues de croire à ces créations... Il ne faut pas l'oublier.
- Il ne faut pas oublier non plus que si on se place sur un plan strictement mécanique, il suffirait de réduire d’une heure par semaine l'emploi du temps de toutes les classes de lycée et de collège pour dégager plus de 10 000 postes....
Rien n’est simple...

Rude est l’école...
L’an dernier, de février à juin, la journaliste Louise Tourret qui anime l’émission Rue des Écoles sur France Culture (cette année le dimanche de 17h à 19h) a assuré des cours de Français dans un collège REP+ de Paris comme vacataire.
Comme elle l’écrit dans son premier article d’une série consacrée à cette expérience : “Devenir prof? Rien de plus simple (c'est après que ça se complique) ”. L’Éducation Nationale use et abuse des emplois précaires et il est relativement aisé de se faire recruter comme “vacataire”. Dans une série d’articles, elle raconte la solitude de l’enseignant et constate que même si certains collègues l’aident “ la porte de la classe se refermera à chaque début de cours pour une heure de solitude. ” et elle ajoute “ Je réaliserai aussi rapidement qu’il est assez déplacé d’arriver en salle des profs et de déclarer que je galère. Ce serait comme d’arriver avec une pancarte «Je suis une mauvaise prof»! Je me demande combien de petits nouveaux, ou même pas forcément, galèrent en silence sans recours.”. Elle évoque aussi dans un autre billet intitulé La difficulté scolaire n’est pas une maladie contagieuse, les problèmes d’apprentissage des élèves mais aussi les moyens qu’elle utilise pour les contourner. Dans un troisième billet (en attendant le quatrième ?), en évoquant les orientations et le déterminisme social, elle pose un constat : “"Je sors du collège avec le sentiment d’avoir proposé un marché de dupes à des gamins de 15 ans"
Avec ces chroniques qui s’appuient sur le double regard de la journaliste spécialisée et de la vacataire avec une sorte de fraicheur optimiste, on évite le piège de l’analyse en surplomb et celui du regard un peu désabusé et cynique qu’on trouve trop souvent dans les récits de jeunes enseignants qui encombrent les rayons des libraires chaque année. On reproche trop souvent aux journalistes de ne pas bien connaitre leur sujet, de survoler les questions pour apprécier lorsque qu’on a quelqu'un qui fait l'effort d'aller voir plus dans le détail et de prendre le temps de s'immerger dans le sujet.

Une photo
Une photo peut-elle changer le monde ?
Peut-être pas. Elle peut cependant faire bouger l’opinion.
La photo d’un enfant mort que la mer a rejeté sur une plage de Bodrum en Turquie a ému le monde entier. Il semble presque endormi comme le font certains enfants : sur le ventre, presque à genoux dans leur lit, surpris par une fatigue soudaine. Mais ici ce n’est pas le sommeil mais la mort qui l’a figé dans cette position. Une mort indigne dans une embarcation qui tentait la traversée du rivage turc vers une île grecque à quelques dizaines de kilomètres. Et puis ensuite une autre photo vient nous interpeller. On voit le petit Aylan, 3 ans, originaire de Kobane, avec son frère de 5 ans (disparu lui aussi) au temps des jours heureux avec un gros nounours entre eux deux. Et c’est ce contraste qui rend cette mort (qui vient pourtant après des milliers d’autres) insoutenable et qui réveille les consciences. On ne “migre” pas par hasard ou par intérêt et encore moins pour profiter d’un quelconque avantage, on cherche à fuir un pays en guerre au péril de sa vie. On se réfugie.
Et ce drame est aussi l’occasion de rappeler que ce sont "plus de 13 millions d'enfants qui sont non scolarisés dans les pays affectés -directement ou indirectement- par les conflits armés" comme nous l’indique l’Unicef dans un rapport publié jeudi dernier . "En Syrie, le conflit a détruit deux décennies de travail en faveur de l'élargissement de l'accès à l'éducation." précise ce rapport Il y a déplacé 7,6 millions de personnes à l'intérieur du pays et contraint plus de quatre millions d'autres à se réfugier à l'étranger. Dans les pays voisins, plus de 700 000 enfants syriens ne sont pas à l'école, en particulier en Turquie et au Liban où les écoles sont surpeuplées et manquent de moyens.
Sur le site de l’UNICEF , on pourra lire le témoignage d’Aleksandar Lazovski, spécialiste de la protection sociale à l’UNICEF. Laissons lui le dernier mot de cette chronique : “La plupart des enfants auxquels j’ai parlé ne veulent pas partager leur vécu de la guerre. Ils préfèrent parler de leurs espoirs pour l’avenir, dont fait toujours partie un retour à l’école. L’autre jour, j’ai observé un groupe d’enfants de différentes nationalités qui jouaient à faire semblant qu’ils étaient en classe. Malgré le fait qu’ils ne parlaient pas tous la même langue, ils se sont organisés en « professeurs » et « élèves », partageant le même rêve éveillé d’être juste des « enfants normaux ». ” et il ajoute en conclusion “J’espère que bientôt les enfants que j’ai rencontrés auront ce qu’ils désirent le plus : une vie normale où ils pourront s’asseoir dans une vraie classe au lieu d’une classe imaginaire.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot


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dimanche, août 30, 2015

Bloc notes de rentrée 2015





- L’année qui s’en va… - L’année qui vient – la droite et l’École – matière à réfléchir - .



C’est la rentrée ! Et c’est donc aussi le retour de la revue de presse. L’actualité éducative est déjà assez riche alors que nous ne sommes même pas encore au mois de septembre. Dans ce bloc-notes, avant de s’intéresser aux débats du moment et aux enjeux de l’année à venir, on jettera aussi un regard dans le rétroviseur sur l’année précédente marquée par beaucoup de tensions et d’excès. 2015-2016 va t-elle repartir sur les mêmes bases ?
On se penchera aussi sur l’intérêt de la droite pour l’éducation. Avant de finir par quelques conseils de lecture de rattrapage pour ceux qui ne seraient rentrés de vacances qu’au dernier moment.



L’année qui s’en va...
Réforme du collège, des programmes, valeurs de la République, évaluation… les sujets n’ont pas manqué au cours de l’année 14-15.
Le début de l’année scolaire a été marqué par le changement de ministre. Najat Vallaud-Belkacem devenait le 26 aout 2014 la première femme ministre de l’Éducation Nationale. Elle succédait à Benoît Hamon qui n’était resté que 147 jours à son poste. Dès le lendemain de sa nomination, le bureau du CRAP adressait une lettre ouverte à la Ministre où nous lui demandions de “s’indigner” et surtout de « continuer et d’accélérer ». Car, déjà au milieu de l’année 2014 après le départ de Peillon et le bref épisode Hamon, il y avait toutes les raisons d’être inquiets sur la suite de la refondation. 
Cette inquiétude nous l’avions manifesté, au CRAP, avec le titre donné à nos assises de la pédagogie (20 et 21 octobre 2014) « Le changement, c’est maintenu ? ». La fin de l’année 2014 nous a fait espérer que les grands jurys et autre conférence nationale sur l’évaluation et le redoublement allaient relancer la dynamique de la refondation. Mais en vain.
S’il faut se souvenir particulièrement d’un moment dans l’année c’est bien sûr le mercredi 7 janvier. Cela nous a particulièrement touché puisque Charb, qui dessinait pour les Cahiers, faisait partie des victimes de ces attentats ... Cet état de sidération nous l’avons partagé avec toute la France dans ce moment très particulier qu’a connu la France avec les manifestations du 11 janvier.
Mais l’apparent consensus n’a pas duré longtemps. Si le discours de la Ministre le 22 janvier à Matignon ouvrait quelques pistes intéressantes et notamment la réforme de la carte scolaire et des ouvertures pédagogiques, si Manuel Valls a parlé de l’“apartheid social” comme d’une des causes des difficultés d’intégration, la réaction gouvernementale (Président et Premier Ministre) a surtout été sécuritaire. Plutôt que de faire vivre les valeurs de la République comme nous le préconisions avec beaucoup d’autres, on a surtout eu des injonctions et même une stigmatisation d’une partie de la population.
C’est le 11 mars dernier que le projet de réforme du Collège a été présenté en conseil des Ministres. Après un accueil modéré, la polémique est vite montée. D’abord parce que la négociation syndicale a été marquée par une relative fermeté du Ministère . Cela a abouti à une escalade verbale et des postures et à un clivage très marqué. Ensuite parce que certaines catégories d’enseignants ont su mobiliser les personnalités médiatiques et donc aussi une partie de l’opinion. Ensuite le débat politique s’est emparé de ce sujet ainsi que de la réforme des programmes présentée en parallèle par le Conseil Supérieur des Programmes.
On s’est retrouvé ensuite dans une logique du “camp contre camp” où la nuance et l’idée même d’un soutien vigilant plutôt qu’inconditionnel a été peu entendue. Il faut le déplorer. Et on peut craindre que l’année qui commence reprenne sur le même registre très vindicatif.

L’année qui vient...
Najat Vallaud-Belkacem tente une année sans polémiquetitre Le Monde Pas sûr qu’elle puisse y échapper...
Sur les réseaux sociaux, c’est reparti de plus belle avec un ton acrimonieux et dans une atmosphère “acariâtre” (selon le qualificatif de Philippe Tournier du SNPDEN ). Car c’est aussi la rentrée syndicale. Comme les autres syndicats, le SNES a tenu sa conférence de presse de rentrée il y a quelques jours. Et ils promettent de relancer leur opposition à la réforme du collège. Une grève sera programmée en septembre avant une manifestation nationale en octobre. Une phrase citée (entre autres) par Les Échos interpelle : selon un proche du dossier : «Manuel Valls cherche une porte de sortie sur le collège et a demandé à la FSU d'y réfléchir ». Si cette information est avérée, la question qui est posée est celle de l’avenir des réformes et en particulier celle du collège. Plus on va s’approcher des élections régionales (décembre) et a fortiori de l’élection présidentielle, plus la capacité de réforme va se réduire. Les opposants à la réforme vont mener une stratégie de guérilla et de harcèlement. Et on peut redouter alors que la crainte de s’aliéner une partie d’un électorat potentiel limite la capacité de mener les réformes au bout et amène à lâcher du lest.
Pour calmer les esprits, nous dit Le Monde la ministre de l’éducation nationale, vient d’annoncer qu’elle met sur la table, en ces temps de rigueur budgétaire, 24 millions d’euros pour financer la formation des enseignants à ce « collège 2016 ». Et elle a réaffirmé à l’université du PS à La Rochelle “Je mènerai à bien la réforme du collège, à laquelle tous les enseignants seront formés cette année. Je mènerai à bien la réforme parce que je crois à un collège véritablement unique et exigeant pour tous les élèves”.
La réforme du Collège ne sera pas le seul dossier de cette année qui ne sera pas “sans polémique”. Dans un portrait nuancé et sans complaisance paru sur le site Médiapart , la journaliste Lucie Delaporte conclut son papier ainsi : “Alors que Najat Vallaud-Belkacem a annoncé que cette année serait celle de la « consolidation » des réformes engagées, deux dossiers brûlants attendent pourtant sur la table de la ministre : la réforme du brevet (et sa possible suppression) et l’évaluation des enseignants, un sujet hautement inflammable. Il n’est désormais plus tout à fait sûr qu’elle les enterre.

L’Éducation et la droite
L’Éducation : mère de toutes les réformes” c’est une formule utilisée par Alain Juppé qui a occupé la scène médiatique avec son livre programme sur l’éducation en cette fin de mois d’aout et de nombreux entretiens dans la presse (Le Parisien Magazine et Le Monde notamment) Les questions éducatives seront-elles au centre du débat de la prochaine présidentielle ? 2017 est encore loin mais on voit qu’à droite cela s’agite sur ce thème alors qu’en 2011-2012 c’était la gauche qui avait mis ce sujet à l’agenda. Car Alain Juppé n’est pas le seul.
Avant lui, il y a eu François Fillon, Bruno Le Maire qui se sont positionnés sur l’École et Nicolas Sarkozy a confié mardi dernier à Eric Woerth le soin d’installer le groupe de travail censé écrire le projet éducatif de son parti, Les Républicains. On peut citer aussi Nicolas Dupont-Aignan qui a invité Jean-Pierre Chevenement à intervenir dans son université d’été de “Debout la France” consacrée à « l’école du mérite ». Par curiosité, on pourra aussi aller lire le projet des jeunes UDI pour l’École .
C’est dans ce contexte de grandes manoeuvres à droite sur l’éducation qu’il faut aussi interpréter la démission de la députée LR Annie Genevard du conseil supérieur des programmes. Cette professeure de Lettre s’était jusque là investie dans les travaux de cette instance mais l’approche des élections durcit la stratégie des partis et l’heure n’est plus à la coopération constructive. (rappelez vous du rapport Grosperrin qui a lui aussi démissionné du CSP après une très courte participation).Toutefois elle évoque aussi dans sa lettre de démission des arguments pertinents. Il est vrai que le rythme imposé aux CSP et à ses membres aux agendas déjà très chargé est difficilement tenable. La question de l'indépendance du CSP est elle aussi assez juste. Notamment dans l'épisode récent de la saisine sur les langues anciennes qui semble effectivement « téléguidée » et a instrumentalisé le CSP pour gérer la fronde...
Mais revenons à Alain Juppé. Ce qui est notable c’est que son livre et ses propositions semblent échapper au durcissement du discours à droite. Luc Cédelle, dans la recension qu’il fait du livre pour le journal Le Monde fait remarquer que le terme de “pédagogiste” n’apparait pas une seule fois en plus de 300 pages. C’est reposant. Tout comme son souhait de maintenir le budget de l’Éducation Nationale à son niveau actuel et de continuer à “mettre le paquet sur le primaire. Mais la proposition phare qui a été la plus commentée est celle d’une augmentation de 10% des salaires des enseignants du Primaire (assortie d’une augmentation du temps de travail). Cela amène de nombreux commentateurs à voir dans cette proposition une forme de “drague” plus ou moins lourde de l’électorat enseignant (si tant est qu’il existe et qu’il soit homogène). D’autres y voient une forme de “triangulation” dans la mesure où cette tentative de séduction ne viserait qu’à faire passer la pilule d’autres mesures jugées dangereuses comme l’autonomie des établissements.
Najat Vallaud-Belkacem a commencé par critiquer cette idée qu’elle jugeait irréalisable en la qualifiant de “promesse de gascon” avant de changer de pied et de promettre cette augmentation pour le quinquennat prochain et d’affirmer que l’amélioration des salaires n’est pas incompatible avec les créations de postes. Car, il est indéniable qu’un rattrapage des salaires des professeurs des écoles est nécessaire et le nier serait une erreur de communication et un handicap politique.
Quoi qu’il en soit, on voit bien que le thème de l’éducation demeure un thème majeur du débat politique. Il peut aussi avoir une déclinaison régionale avec les élections de décembre.
Cette politisation peut être un danger pour l’École. C’est en substance ce que dit l’historien Antoine Prost dans une interview au quotidien régional Le Télégramme : « L'alternance politique tue l'école ». Et l’auteur du livre récent “Du changement dans l’École” précise son propos : “Le manque de continuité politique est catastrophique. La gauche défait ce que la droite a fait et la droite ce qu'a fait la gauche. Au bout de deux ans, on change de politique. Ce manque de consensus ne peut pas donner de bons résultats. On a tout essayé mais jamais sérieusement. […] Et comment voulez-vous que les professeurs se mobilisent pour une réforme alors que, dans deux ans, une autre majorité risque de faire le contraire ? On dit : « C'est la faute aux syndicats » mais je ne connais pas de réforme menée avec concertation, intelligence et continuité qui ait été empêchée par les syndicats. Les syndicats râlent mais ils sont faits pour ça. Ce qui fait leur force, c'est la faiblesse de l'administration, le fait qu'elle marche à la godille. […] L'Éducation nationale ne se remettra vraiment en marche que si on lui dit où on va durablement. Il faut que la droite et la gauche se mettent d'accord sur des objectifs. Et que ces objectifs soient reconnus comme pertinents par les enseignants et les parents.

Matière à réfléchir
La rentrée c’est un marronnier... mais ça n’empêche pas qu’à cette occasion on trouve des réflexions intéressantes dans la presse qui donnent matière à réfléchir. Passage en revue de quelques articles intéressants glanés au cours des butinages sur la toile...
Que font certains profs et militants pédagogiques pendant leurs vacances (ne pas confondre avec les congés) ? Ils se réunissent et travaillent ! C’est ce que raconte Luc Cédelle dans Le Monde. Il est allé faire un tour à Angers aux Rencontres du CRAP et ensuite à Aix où se tenait le congrès de l’ICEM-Pédagogie Freinet. À la fin de son article, il évoque aussi le congrès des CEMEA à Grenoble. A propos de celui-ci, je vous conseille vivement le visionnage de la conférence d’ouverture d’Edwy Plenel qui est remarquable. Le fondateur de Médiapart a commencé sa carrière de journaliste comme spécialiste de l’éducation et n’a pas oublié les enjeux de ce sujet. À voir.
Dans les lecture de l’été, je voudrais signaler deux livres que j’ai pu lire en avant-première. Il s’agit tout d’abord du livre d’un de mes collègues de SES, Arnaud Parienty School Business. Comment l’argent dynamite le système éducatif,” (La Découverte 2015). Avec les outils de l’économie et des sciences sociales, il montre comment l’École, partout dans le monde, se marchandise. Et cette évolution n’épargne pas la France où elle se fait de manière souterraine et au service d’une reproduction des inégalités. L’autre lecture de l’été, c’est l’ouvrage de Lucien Marboeuf Vis ma vie d'instit, Les 1001 histoires de ma classe ” (Fayard, 2015). Les lecteurs de ce bloc-notes connaissent déjà Lucien Marboeuf qui tient le blog “L’instit’humeurs” et dont je cite souvent les analyses. Ici, il s’agit plutôt du quotidien de sa classe qu’il nous raconte et donne à voir. C’est donc d’abord un livre destiné au grand public qui, bien souvent, considère un peu la classe comme une sorte de “boite noire” et qui veulent comprendre. Un livre optimiste et nuancé, bien loin du cynisme et de la déploration trop souvent présents dans les livres sur l’École.
Parmi les lectures de l’été, il faut signaler aussi une étude de la DEPP (service statistique du Ministére de l’Éducation nationale) parue fin aout avec le titre : Acquis des élèves au collège : les écarts se renforcent entre la sixième et la troisième en fonction de l'origine sociale et culturelle”. Menée auprès de 35.000 élèves de la sixième à la troisième, cette étude a confronté les scolaires à des tests cognitifs portant sur la lecture, les mathématiques, la logique et la mémoire. Les élèves venus d'un milieu social aisé s'en sortent bien mieux que ceux élevés dans un milieu social défavorisé. Les écarts sont particulièrement marqués en ce qui concerne la lecture et les maths. Certains pourront se gausser en disant que l’on n’avait pas besoin d’une étude pour le savoir. Mais ce que nous dit cette étude (qui vient en effet après beaucoup d’autres) c’est que le collège ne parvient pas à atténuer les inégalités sociales et tend même à les accentuer en mathématiques et dans l'acquisition du vocabulaire scolaire. Et cela prend une résonnance particulière dans le débat actuel.
Peut-on changer l'École ? c'est le titre donné à ce dossier du Monde (Culture et Idées) paru il y a quelques jours et dont je conseille la lecture. Tous les articles ou presque méritent une lecture attentive avec une description et des reportages sur plusieurs écoles innovantes (le collège Clisthène , l’école Freinet de Mons en Barœul, les écoles Montessori , les pistes explorées autour de la “classe inversée”,…) et un entretien croisé de quatre personnalités (Claude Lelièvre, François Dubet, Philippe Meirieu et Peter Gumbel qui publie ce mois-ci chez Vuibère Ces écoles pas comme les autres. A la rencontre des dissidents de l’éducation.)
Les quatre experts voient dans la nature très bureaucratique (et infantilisante) du système éducatif un frein majeur à l’innovation et au changement bien plus important que le verrou idéologique. Pourtant, ce dossier le montre, l’aspiration à une autre école existe. Et cela passe par plus d’autonomie des équipes et une plus grande confiance faite aux enseignants. 
On retiendra surtout les propos de Philippe Meirieu , très éclairants et nuancés, qui font écho à ceux d’Antoine Prost cités précédemment. “ […] le système scolaire, tel que nous le connaissons, est jacobin sur les modalités et girondin sur les finalités : dès lors que l’on respecte les consignes administratives, on peut se permettre de faire à peu près n’importe quelle politique éducative, ultra-sélective ou démocratisante, sans être interrogé le moins du monde… Ce dont nous avons besoin, au contraire, c’est d’un système scolaire jacobin sur les finalités – avec un cahier des charges précis définissant ces dernières – et girondin sur les modalités, afin de responsabiliser les acteurs et de permettre à tous les élèves – et non plus seulement à quelques privilégiés – de bénéficier de dynamiques fortes susceptibles de leur permettre de s’engager au mieux dans les apprentissages.
Matière à réfléchir ... et à agir !


Bonne Lecture et ... bonne rentrée !



Philippe Watrelot


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jeudi, juillet 16, 2015

Départ

Lorsque tout marche bien, il est grand temps d'entreprendre autre chose.
Fernand Deligny Graine de Crapule 1945


Lors de la prochaine assemblée générale du CRAP-Cahiers Pédagogiques (le 19 octobre 2015), je quitterai mes fonctions de président de cette association. J’occupe cette fonction depuis 2007 et je suis impliqué dans la direction de l’association depuis 2002 puisque j’ai été auparavant secrétaire général du mouvement.
Il me semble normal, dans le fonctionnement d’une association comme de toute autre structure, d’organiser le renouvèlement régulier des instances. Cela fait plus d'un an en interne que j’annonce ce départ et évidemment que nous préparons la transition.


Permanence
Ce qui fait la force d’une association et d’un collectif quel qu’il soit c’est sa capacité à survivre aux individus qui la composent. Le Cercle de Recherche et d’Action Pédagogiques existe sous sa forme actuelle depuis 1963 et la revue, dont l’association est l’éditeur, existe quant à elle depuis 1945. Les deux structures ont vu se succéder de nombreuses équipes avec des personnes très estimables à leurs têtes. J’ai modestement fait ma part dans cette œuvre collective et d’autres la poursuivront. 
Car un des enjeux est en effet de favoriser le renouvèlement et le rajeunissement des acteurs. L’autre enjeu c’est de comprendre que même si les structures coopératives comme la nôtre s’accommodent du leadership de quelques uns, la richesse humaine réside d’abord dans l’action collective et la qualité de l’ensemble des personnes qui composent ce collectif.


Numérique et Personnification
Je suis arrivé dans les instances de l’association à un moment où les médias évoluaient fortement et le répertoire d’actions qui s’offrait aux mouvements sociaux, de fait,  aussi. Mon mandat et mon activité en ont tenu compte et j’ai essayé d’anticiper et d’en tirer parti.
Ces quinze années de début de siècle sont incontestablement marquées par l’essor du numérique. Les supports de diffusion ont considérablement évolué. Nous sommes passés d’une revue papier à une multiplicité des supports : revue au format pdf, hors-série numérique,.. Le site né à la fin des années 90 est passé du stade de simple vitrine à celui d’une véritable boutique en ligne et d’un site d’actualités avec des publications spécifiques. En amont, nous avons pu aussi grâce à l’outil numérique rendre plus facile et plus efficace la réalisation des textes et la fabrication de la revue.
Mais le numérique c’est aussi l’importance prise par les réseaux sociaux. Nous avons délibérément choisi de nous y investir notamment parce que c’est aussi là que se trouvent les enseignants. J’ai pour ma part créé ce blog dès 2003 et la revue de presse que j’ai produite seul avant qu’elle ne devienne une œuvre collective a été un vecteur de l’échange avec bien sûr la promotion de nos publications.  Car si vous n’avez rien à échanger, à offrir, sur les réseaux sociaux, vous ne pouvez vous y inscrire durablement. Cela veut dire, entre autres, que la présence et la notoriété reposent sur un subtil équilibre de don/contre don et de promotion.
Si la société est devenue numérique cela a aussi profondément affecté l’information. Nous sommes de plus en plus dans une société du spectacle et de l’information en flux continu. Pour diffuser nos idées la revue est bien sûr le “canal historique” mais cela passe aussi par une présence dans les médias. Et cela suppose de composer avec plusieurs logiques. Nous sommes bien sûr un mouvement qui exprime des positions élaborées collectivement. Mais les médias s’attachent aussi à des individus (des “bons clients”) et il faut aussi composer avec une logique de personnalisation si l’on veut être invité et entendu. On dit quelquefois que les journalistes sont des “gate keepers” : ils agissent un peu comme des physionomistes de boites de nuit qui décident de qui peut entrer ou ne pas entrer… Le président d’une association a donc une fonction de représentation extérieure qui peut aboutir à cette logique de personnification dans le champ médiatique. C’est ce qui m’a conduit à occuper cette position particulière. Ce qui comporte des risques et des effets pervers : il n'est jamais bon de réduire un mouvement à un individu. Et cela peut conduire aussi à des excès lorsque, comme c’est le cas en ce moment, cela conduit à des attaques personnelles.


Ce que j’ai appris...
Mais qu’on ne se méprenne pas, mon départ n’est pas lié à la tension de la période récente. Il est prévu et annoncé depuis longtemps et il correspond dans nos instances à la fin de deux mandats successifs.
J’aurais pu continuer encore. Mais lorsque la routine s’installe même si on a le sentiment de  faire bien le boulot et qu’on a développé quelques compétences, il est temps de passer à autre chose.
J’ai appris beaucoup au cours de ces années. Même si on peut se dire qu’un enseignant devrait avoir une certaine facilité pour parler devant un public, s’exprimer dans les médias est une compétence spécifique qui s’est construite progressivement. Tout comme la capacité  à animer un collectif, conduire des réunions, déléguer,... Rien de cela n’est naturel et la vie associative permet cet apprentissage informel.
Il faut aussi concilier le leadership et le collectif. Le dirigeant associatif est d’abord un animateur qui peut impulser mais qui sait qu’il ne peut rien faire sans les autres, qu’il doit convaincre mais aussi respecter (et faire respecter) les orientations décidées collectivement. Il doit aussi composer, négocier, quelquefois arbitrer, jouer un rôle de médiateur. Tout cela est passionnant… et terriblement prenant.
Le CRAP est aussi, comme je me plais à le dire, une petite entreprise de l’économie sociale. Nous “produisons” une revue papier huit fois par an, cinq hors-série numériques et des évènements (colloques, rencontres,...). Nos ressources proviennent à plus de 80% de la vente de nos publications. Nous avons vu au cours des dernières années nos subventions se réduire et c’est évidemment une contrainte supplémentaire alors que, par ailleurs, nous payons les salaires de six personnes... Comme beaucoup de structures comparables, nous sommes toujours dans une situation précaire et une bonne partie de notre énergie est malheureusement mobilisée par cette situation. Je le répète ici une nouvelle fois, l’aide de l’État n’est pas à la hauteur.
« Frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui ». Cette citation de Michel de Montaigne apprise au collège, me revient en mémoire pour évoquer ce que m’a le plus apporté le CRAP-Cahiers Pédagogiques. Car notre association est avant tout un formidable lieu de réflexion collective et de débats qui m’ont permis d’affiner ma réflexion. J’ai d’abord et surtout beaucoup appris des autres dans une stimulation intellectuelle permanente. Il faut argumenter, développer son raisonnement, confronter les idées, écouter l’autre et ce qu’il peut apporter pour faire avancer notre propre réflexion. On nous blague quelquefois pour cela mais au  CRAP-Cahiers Pédagogiques nous sommes très pointilleux sur l’organisation et la distribution de la parole, sur le respect des horaires et des objectifs assignés à une réunion. Mais cette rigueur est la condition même d’un échange réussi et le meilleur moyen d’éviter la si décriée “réunionite”. Ah, si tous les débats dans les établissements scolaires pouvaient être comme au CRAP !
Dessin de Jack Koch réalisé en direct lors des assises de la pédagogie en octobre 2012
Enfin, j’ai aussi et surtout appris à dire “Merci”. C’est sûrement le mot le plus important et qu’on oublie trop souvent. L’engagement quel qu’il soit ne peut plus se retrouver aujourd’hui dans le seul modèle de l’abnégation du militant qui s’oublie dans la “cause”. Un engagement bénévole (et même salarié) durable suppose qu’on se sente reconnu, valorisé et donc... remercié. Un responsable associatif ne doit jamais oublier cette dimension et créer les conditions de cette forme d’engagement. Et dire “Merci” très souvent.
D’une certaine manière, ce billet n’est d’ailleurs qu’un immense Merci... !


Et après ?
« Qu’est-ce que tu vas faire après ? », « on ne t’imagine pas rester sans rien faire ». Depuis que j’annonce ce départ, la question revient sans cesse chez mes amis, avec un souçon d’inquiétude...
Après ? Rien.
Il est indéniable que lorsqu’on est responsable d’association on développe donc des compétences spécifiques. Et on se dit quelquefois qu’il est dommage que celles ci ne soient pas exploitées ensuite. Mais de toutes façons, je l’ai constaté avec d’autres que moi, l’Éducation Nationale est peu propice à la validation des acquis de l’expérience et n’est guère favorable à ceux qui ne suivent pas les procédures classiques. Mais surtout on ne construit pas un engagement militant dans une perspective de “carrière”, ce serait inconvenant et même ridicule. Les occasions de m’investir autrement viendront éventuellement en leur temps.
À 56 ans, la retraite n’est pour l’instant qu’un horizon (qui par définition, recule au fur et à mesure qu’on avance... ! ). Si je quitte la présidence des Cahiers Pédagogiques, je n’en continue pas moins d’être enseignant et pour l’instant encore formateur en temps partagé. En fait, je reviens à deux mi-temps au lieu de trois !
Je ne sais pas encore si je poursuivrai au même rythme pour le travail de veille de l’actualité éducative à destination des 5000 personnes qui me suivent sur Facebook et sur Twitter. Mais je continuerai probablement à alimenter ce blog !

Philippe Watrelot



[si on veut revenir en arrière, on peut aller lire sur ce même blog un texte écrit en décembre 2007 (au moment de mon élection) et où je disais déjà ce que m'apportait la vie associative]

mercredi, juillet 08, 2015

Mascarade...


Ce jeudi 8 juillet, la commission d'enquête « sur le fonctionnement du service public de l'éducation, sur la perte de repères républicains que révèle la vie dans les établissements scolaires et sur les difficultés rencontrées par les enseignants dans l'exercice de leur profession » vient de rendre son rapport. Celui ci est rédigé par le rapporteur Jacques Grosperrin et on peut le lire en ligne sur le site du Sénat sous le titre “Faire revenir la République à l’ École”. J’avais été auditionné par cette commission d’enquête le jeudi 9 avril 2015 et j’en avais rendu compte sur mon blog. Mon intervention (le propos liminaire d’une part et les réponses aux questions des sénateurs d’autre part) sont toujours visibles sur le site du Sénat.

Dans mon premier billet de blog qui rendait compte de cette audition, j’avais dit ma surprise lorsqu’un sénateur assis confortablement dans son fauteuil de velours rouge m’avait dit que j’étais dans un “déni de la réalité” alors que j’enseigne depuis 33 ans et pour l’essentiel dans des lycées de banlieue... J’ai failli me lever et partir à ce moment là et je me dis, avec le recul, que j’aurais du le faire en demandant au Sénateur Grosperrin qui formulait cette incongruité, pourquoi alors, m’avoir invité à venir et m’exprimer, si c’était pour disqualifier alors ma parole ?

Cette commission d’enquête était une mascarade. Et le mot est faible. Il m’en vient de plus grossiers. Le rapport rédigé par le sénateur Grosperrin relève de la malhonnêteté intellectuelle.  D’abord parce que la majeure partie des personnes invitées allait dans le sens où il voulait déjà aller. Et qu’ensuite les conclusions qu’il en tire semblaient déjà écrites avant même ces auditions...

J’étais évidemment méfiant en me rendant à cette convocation. Mais je suis respectueux des institutions de la République et je suis aussi toujours convaincu qu’il faut porter la parole du mouvement que je représente y compris en “milieu hostile”. Car, il ne faut pas être dupe, cette commission d’enquête au titre à rallonge et finalement très explicite était une initiative de l’UMP/ les “Républicains” (les guillemets sont volontaires). La sénatrice Marie-Christine Blandin (Groupe Écologiste), membre de cette commission, le rappelle très clairement dans un communiqué publié sur son blog. Elle explique aussi pourquoi elle a voté contre ce rapport.

Au delà des “valeurs de la République” dont J. Grosperrin considère qu’il faut les inculquer voire les asséner comme un catéchisme à des jeunes a priori suspects, le rapport se transforme vite en une sorte de manifeste pour une école conservatrice et fondée sur les conceptions les plus rétrogrades des apprentissages.

Peut-être l’auteur de ce rapport cherche t-il avec un tel propos à se positionner pour un futur poste de Ministre de l’Éducation dans un nouveau quinquennat sarkozyste qu’il appelle de ses vœux ? On ne sait si cela relève de la conviction ou de l’opportunisme. Car on a connu en effet Jacques Grosperrin plus nuancé et subtil lors de précédents travaux sur l’éducation (notamment lorsqu’il était député et qu’il travaillait sur la formation des enseignants ou le socle commun).


Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’être attristé et même scandalisé par le temps et l’argent dépensé par cette honorable institution pour écrire de telles inepties. Il y a de quoi en perdre ses “repères républicains”...!

Philippe Watrelot 
le 8 juillet 2015


Liens complémentaires.

Pour compléter ce billet d'humeur, vous pouvez lire aussi une analyse plus approfondie de ce rapport sur le site Aggiornamento

Toujours sur Aggiornamento, il faut lire le billet de Laurence de Cock qui a été aussi auditionnée : « 
“La vérité, toute la vérité, rien que la vérité” : j’ai prêté serment devant le Sénat»

Curieusement, l'audition de Philippe Meirieu n'a pas été enregistrée sur le site du Sénat. Vous pouvez lire le texte sur le site personnel de Philippe Meirieu.




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