mercredi, janvier 20, 2010

Aberrant


Après la publication des maquettes des différents concours et le constat de la part très réduite laissée à la pédagogie, on en apprend un peu plus sur l’organisation de l’année scolaire pour les nouveaux enseignants.
Une des rares conquêtes de la lutte de l’an dernier avait été la réduction du nombre d’heures d’enseignement pour ces nouveaux collègues titulaires du concours. Initialement prévu à temps complet, il avait été obtenu une répartition deux tiers/un tiers (2/3 pour l’enseignement et 1/3 pour la formation). Mais on en sait plus aujourd’hui sur la manière dont cela va s’organiser. Et le résultat risque d’être désastreux.
La mise en place est laissée à l’initiative de chaque académie mais il semble que l’organisation qui se dégage est celle de stages “massés”. Par exemple pour les profs de lycée et collège, ils seront dès la rentrée avec 18h de cours (rappelons qu’ils avaient jusque là 8h de cours “en responsabilité”) accompagnés par un collègue “tuteur”. A partir de février, ils suivront une formation pédagogique de 5 ou 6 semaines (assurée par qui et où ? on ne sait pas encore…) et seront alors remplacés dans leurs classes par un étudiant en M2, admissible au concours de recrutement et volontaire dans le cadre des stages « 108 heures ». En effet, il faut rappeler que ces stages rémunérés seront proposés aux étudiants de M2 qui préparent l’oral du concours (dont l’admissibilité sera connue en janvier) comme seul dispositif de découverte de l’enseignement (peut-on vraiment appeler cela des “stages” !) avant le concours. Ah, j’oubliais, en même temps qu’il prépare l’oral du concours, qu’il fait (si il/elle veut) ce stage de 108h, il faut aussi qu’il prépare les examens pour l’obtention du M2…
Est-il nécessaire de commenter ce dispositif ? Au moment où, après bien des difficultés, le nouveau collègue aura plus ou moins la maîtrise de ses classes, il sera alors remplacé par un étudiant encore moins formé ! Que dire aussi de l’impact d’un tel dispositif pour les élèves ? On peut enfin évoquer rapidement les conséquences sur les étudiants préparant les concours. Bien difficile dans ces conditions de réussir le concours. Pas grave, on alimentera ainsi le fameux “vivier” de contractuels précaires pour assurer les remplacements…
Alors, malgré la citation attribuée à Napoléon “il faut toujours faire l'hypothèse de la bêtise avant celle de la méchanceté”, on en vient à se demander si ce dispositif est aberrant ou au contraire très logique et intentionnel...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour
Entièrement d'accord avec vous. Sur la fin, je risque une hypothèse qui me paraît cohérente avec tout ce qui se passe : ce n'est ni de la bêtise, ni de la méchanceté, mais une volonté délibérée de casser méthodiquement le système public éducatif. On peut se dire, mais pourquoi ? Certes, on sait que celui-ci est loin de fonctionner comme le devrait une "école juste" (voir le travail remarquable, à mon sens, de François Dubet sur ce sujet). Mais le projet de nos gouvernants n'est pas de réformer, mais de détruire pour reconstruire ensuite. C'est un projet politique identique à celui de la droite néoconservatrice étatsunienne quand elle est au pouvoir : ces gens sont les vrais "révolutionnaires" d'aujourd'hui. Mais ce sont des révolutionnaires réactionnaires méthodiques. Quant ils en auront terminé avec l'entreprise de destruction (et ils ne sont pas loin de toucher au but), il faudra bien reconstruire quelque chose, mais sur quelles bases à votre avis ? Celle de la concurrence et d'un système éducatif devant faire largement appel à l'initiative privée et de plus en plus inégalitaire.
Philippe Delvalée
Formateur à l'IUFM de Bourgogne, PRAG en économie et gestion

Anonyme a dit…

Actuellement,Barack Obama est en train de réinjecter des milliards de dollars dans le système éducatif américain,ayant pris acte de la situation catastrophique de l'école publique américaine.Les Américains partent d'une situation vers laquelle nous nous destinons:une école publique au ra-bais.En sachant qu'historiquement,socialement et politiquement l'Ecole en France occupe une place très importante(plus importante qu'aux Etats-Unis),qu'elle est même,d'une certaine façon,le coeur battant de la République.On peut essayer d'imaginer les effets des réformes que le gouvernement veut imposer sans aucune concertation avec les acteurs du système éducatif.Quant à l'actuelle "(re)masterisation" il semblerait,étant entendu que beaucoup n'ont pas encore tout à fait pris la mesure de ses conséquences pratiques,qu'elle soit une USINE à GAZ!Quand on s'apprête,par ailleurs,à célébrer le centième anniversaire de la célèbre crue de la Seine de 1910(...)on s'achemine tranquillement vers une accoutumance assez malsaine à des situations plus ou moins catastrophiques,sans apporter le moindre progrès à des situations déjà tendues,difficiles.
Merci de votre article qui est éclairant.

 
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