samedi, mai 03, 2008

“Pédagogisme“

« On me dit que les programmes rédigés entre 1998 et 2002 n'avaient pas encore fait leur preuve. Comme s'il fallait encore sacrifier quelques générations scolaires de plus pour avoir l'assurance définitive de l'échec d'une certaine pensée scolaire ! Cette pensée, celle du pédagogisme, nous la connaissons bien et nous en connaissons surtout les effets. » Discours de présentation des nouveaux programmes, Xavier Darcos, 29 avril 2008 

Xavier Darcos, à son tour, utilise donc ce mot de “pédagogisme”. Un terme qui est très connoté. Même si, en faisant quelques recherches,  on apprend qu’il aurait été utilisé pour la première fois en 1595 par Montaigne, le mot a trouvé son heure de gloire à partir des années 80 (De l'école , J.-C. Milner, Seuil, 1984) 
Ce terme de "pédagogisme" est aujourd’hui un terme exclusivement employé par un courant qu'on pourra qualifier rapidement d'anti-pédago ou plus encore de conservateur. On y trouve pêle-mêle : Sauver les lettres, le SLECC, le GRIP, SOS-Education, Brighelli, Finkielkraut, et quelques autres... (Attention, je ne dis pas que ce que disent toutes ses personnes est semblable. Certaines se situent clairement à droite, d'autres s'abritent sous un discours gauchisant).
Que Darcos utilise ce terme aujourd'hui n'est pas neutre. Après avoir habilement donné des gages aux uns et aux autres au début de son ministère, il semble aujourd'hui avoir choisi son camp.
A noter aussi que pour les tenants de cette école de pensée, le “pédagogisme” se serait surtout développé à l’occasion de Mai 68 . En cette période de commémoration-bilan, on comprend mieux pourquoi le terme est aujourd’hui souvent employé.

En général- c’est ma faiblesse- j’ai du mal à engager le débat avec les gens qui utilisent cette expression. Elle est souvent utilisée pour disqualifier une réflexion vue comme une doctrine voire un dogme et rend ensuite le débat impossible tant elle est porteuse de mépris (peut-on débattre avec des gens qui vous méprisent ?) . Pédagogisme ça sonne comme "intégrisme" (cela est dit clairement dans de nombreux textes développant cette expression, N. Sarkozy parle même d'une “idéologie folle”). 
Ca renvoie aussi à l'idée d'un corps de doctrines alors que pour moi c'est surtout un questionnement.

Je pense qu’il faudrait récuser ce terme car, pour moi, le pédagogisme, ça n'existe pas. Je connais des "pédagogues" c'est-à-dire des gens qui écrivent sur la pédagogie et surtout des praticiens. Et j'ai envie de dire que nous sommes tous des pédagogues puisque dans nos classes nous mettons en œuvre des dispositifs d'enseignement, nous faisons des choix qui sont porteurs de valeurs et de présupposés sur ce qu'est la connaissance, le développement de l'enfant, et l'idée même de progrès.

Malgré tout, puisque cette expression est utilisée, revenons rapidement sur quelques points (je poursuivrai éventuellement dans d'autres billets). La principale critique sous-jacente considère que le pédagogisme c'est le primat du moyen (comment enseigner) sur la fin (les savoirs à transmettre) avec évidemment l’idée maintes fois répétée que le savoir est évidemment ”bradé“ par les méchants “pédagogistes”. 

Pourquoi faudrait-il voir les choses uniquement sur un mode binaire ? 
« Il faudrait enfin qu'on arrive à sortir de cette méthode qui consiste à penser toujours sur le mode de variation en sens inverse, c'est-à-dire que plus je m'intéresse à l'élève, moins je m'intéresse au savoir ou plus je m'intéresse au savoir, moins je m'intéresse à l'élève ... » . (Ph. Meirieu)
Je pense que le travail de l'enseignant est au contraire de combiner l'un et l'autre et de travailler en tension. La pédagogie est complémentaire de la didactique et vice-versa. Nul mépris pour les savoirs dans cette posture, bien au contraire. Simple question de curseur sur un axe où les deux exigences sont en tension.
Ne confondons surtout pas comme l’ont fait certains (et notamment Nicolas Sarkozy dans un de ses discours de campagne) “mettre l’élève au centre” et “mettre l’enfant au centre”. Ce dont parle la loi d'orientation de 89 c'est de l'élève. Ce qui doit être mis au centre c’est donc l'élève et plus précisément la relation de l’élève au savoir. Mais celui-ci (le savoir) ne se donne pas à tous avec la même évidence. C’est pour cela que l’enseignement est D’ABORD une relation. On sait bien que l’enseignant ne se limite pas à un savoir et que le professeur le plus savant n’est pas forcément le plus pédagogue. Il faut d’abord construire la relation, donner de la “saveur aux savoirs” , le prendre là où il est pour ensuite l’ÉLEVER sans rien rabaisser en termes d’exigences. C’est là affaire de pédagogie... Donc, entre l’élève et le savoir, il n’y a pas à choisir mais il faut partir de l’un pour aller vers le savoir.

Pour ma part, ce qui me motive c'est de permettre une réelle démocratisation de l'école en agissant à la fois dans ma classe et au delà. Sans rien renier en termes d'exigences et d'accès aux savoirs mais en m'interrogeant sans cesse sur l'efficacité des méthodes que j'utilise et sur l'adéquation entremes pratiques en classe et les valeurs qui m'animent. Bien loin des caricatures, des débats stériles et des collages d’étiquettes faciles…


1 commentaire:

David Mourey a dit…

Bonjour Philippe,
Je partage complètement les points de vue que tu développes et que je reproduit ci-dessous.
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Pourquoi faudrait-il voir les choses uniquement sur un mode binaire ?
« Il faudrait enfin qu'on arrive à sortir de cette méthode qui consiste à penser toujours sur le mode de variation en sens inverse, c'est-à-dire que plus je m'intéresse à l'élève, moins je m'intéresse au savoir ou plus je m'intéresse au savoir, moins je m'intéresse à l'élève ... » . (Ph. Meirieu).
Je pense que le travail de l'enseignant est au contraire de combiner l'un et l'autre et de travailler en tension. La pédagogie est complémentaire de la didactique et vice-versa. Nul mépris pour les savoirs dans cette posture, bien au contraire. Simple question de curseur sur un axe où les deux exigences sont en tension.
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Pour ma part, ce qui me motive c'est de permettre une réelle démocratisation de l'école en agissant à la fois dans ma classe et au delà. Sans rien renier en termes d'exigences et d'accès aux savoirs mais en m'interrogeant sans cesse sur l'efficacité des méthodes que j'utilise et sur l'adéquation entre mes pratiques en classe et les valeurs qui m'animent. Bien loin des caricatures, des débats stériles et des collages d’étiquettes faciles…
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Toutes les postures manichéennes sont peut être confortables en terme de positionnement, mais finalement, elles ne conduisent qu'à reproduire à l'identique les oppositions inutiles et sans perspective d'avenir.
J’ajouterai rapidement, que de mon point de vue, la pédagogie est d'abord une affaire de volonté. La volonté de se faire comprendre de ceux qui nous écoutent, nos élèves le plus souvent.
Dans ces conditions, la complémentarité des entrées, des pratiques, semble évidente ...
A plus,
David

 
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