jeudi, avril 28, 2016

Bilan de la refondation de l'École (1ère partie) : À la recherche du slogan perdu...



2017 approche... et avec elle vient le temps des bilans. François Hollande avait fait de la jeunesse et de l’éducation une des priorités de son quinquennat. Il est donc légitime de se livrer à un bilan de la refondation de l’École. Si on reprend l’expression utilisée par François Hollande lors  de l’émission télévisée « Dialogues Citoyens », jeudi 14 avril : est-ce que pour l’Éducation “ça va mieux” ?
Nul doute que dans les semaines et les mois qui viennent de nombreux commentateurs se livreront à cet exercice éminemment politique du bilan. A commencer par la ministre elle-même. En effet, les 2 et 3 mai prochain, sont prévues des “journées de la refondation” qui se tiendront au Palais Brongniart à Paris. Présence des trois ministres successifs, public choisi, interventions bien cadrées, même si le pire n’est jamais sûr on peut craindre que ce bilan soit vu comme une opération de com’…
Pourtant confronter les bilans est réellement nécessaire. Je m’y risque. Il sera évidemment partiel (et partial !). On y retrouvera mes obsessions et mes convictions déjà exprimées à plusieurs reprises sur mon blog et dans mes interventions médiatiques. C’est la vision d’un militant pédagogique qui a vu tout cela d’assez près avant de prendre du recul mais qui reste engagé et vigilant.
Comme ce texte est un peu long je vous propose un découpage en trois épisodes (sur trois jours). Premier épisode : à la recherche du slogan perdu...


La mémoire courte
Avant de faire le bilan de la refondation et du quinquennat, il faut peut être remonter plus loin encore. Il faut en effet rappeler  (pour ne pas avoir la mémoire courte) le bilan de la présidence Sarkozy et de ses ministres de l’éducation Xavier Darcos et Luc Chatel. Suppressions de 80000 postes, des Rased, de l’accueil des moins de 3 ans, de la formation en alternance des enseignants, baisse de la dépense intérieure d’éducation, passage à la semaine de quatre jours ou encore fragilisation de la carte scolaire…
Il faut rappeler que la suppression des RASED et le passage à la semaine de quatre jours relevaient de la même logique budgétaire. En réduisant le temps de travail des élèves mais pas des enseignants, l’objectif était de faire basculer les deux heures ainsi libérées vers de l’aide et ainsi dans une sorte de billard à trois bandes de se débarrasser des RASED (qui avaient pourtant une fonction d’aide bien spécifique et qui demandait une réelle expertise). À l’époque, combien de personnes dans les rues pour défiler contre la semaine de quatre jours ?
Même s’il y avait un fondement idéologique, c’est aussi une logique budgétaire qui avait présidé à la “réforme” de 2010 ayant abouti à la suppression du mi-temps pour les enseignants stagiaires. Il s’agissait d’économiser précisément 9 567 équivalents temps plein en obligeant les enseignants débutants à travailler à temps plein. Je me souviens encore de la rentrée 2010 et des ravages de ces nouveaux enseignants “jetés comme des frites dans l’huile bouillante” pour reprendre une expression de Xavier Darcos lui-même. À l’époque, combien de personnes dans les rues pour défiler contre la quasi suppression de la formation ?
On pourrait rajouter également à cette évocation du passé l’élaboration des programmes du primaire de 2008. Des programmes dont on ne connait toujours pas les auteurs, fabriqué dans le secret des cabinets ministériels et qui remplaçaient les programmes de 2002 qui avaient recueillis quant à eux, un large accord. Là aussi, peu de protestations à part celles des “désobéisseurs”.
Pour clore ce voyage dans un passé pas si lointain, il faut aussi rappeler que peu de temps après la mise en place de la semaine de quatre jours (en 2008) le gouvernement s’est rendu compte que cela posait un problème de rythmes scolaires. Une conférence nationale sur les rythmes scolaires désignée par Luc Chatel en 2010 remettait le 4 juillet 2011 un rapport d’orientation qui faisait l’unanimité. Tout le monde (syndicats, partis, partenaires...) était d’accord pour revenir à 5 matinées. Mais devant la proximité de l’élection présidentielle, le ministre s’est empressé... de ne rien faire et de refiler le bébé à son successeur.


Retards à l’allumage
La loi de refondation de l’École a été publiée au Journal Officiel le 8 juillet 2013 après un vote définitif le 25 juin 2013. Soit plus d’un an après l’élection de François Hollande.
J’ai à plusieurs reprises dans mes chroniques, montré qu’on avait au moins perdu un an et demi dans la mise en œuvre de la réforme aussi bien pour la loi, initialement prévue pour décembre 2012 que pour le travail sur les programmes.
Deux éléments ont plombé le début de la refondation. Alors que Vincent Peillon avait  préparé cette partie du programme avec les syndicats avant même l’élection, “on” (JM Ayrault ?) lui a imposé une concertation pendant l’été puis ensuite une nouvelle phase de discussion avec les syndicats.
Et puis il y a surtout l’idée de commencer par la réforme des rythmes (qui n’est pas dans la refondation). Comme on l’a vu plus haut, le terrain était pourtant bien balisé. Il y avait en 2011 une forme d’unanimité qui pouvait faire espérer une issue rapide à ce dossier. Dans une interview au Nouvel Obs, Christian Forestier ancien recteur et coprésident du comité de pilotage de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires parle à propos de cette querelle des rythmes d’un “ concentré de mauvaise foi et d’hypocrisie ” et rappelle qu’il y avait un accord total des différents acteurs sur la nécessité de revenir à une semaine de 4,5 jours et de repenser d’ailleurs l’ensemble du rythme scolaire. Y compris chez les maires de droite et chez les représentants syndicaux…
À la place on s’est embourbé dans des revendications qui exprimaient surtout le malaise des enseignants du primaire et une résistance à changer de nouveau sans voir leur situation financière s’améliorer.
Car à côté de ces problèmes de calendrier, on peut aussi évoquer paradoxalement la promesse des 60.000 postes comme une des “erreurs” ou en tout cas un handicap de la refondation. En promettant, presque par surprise, ces (re)créations de postes, François Hollande a pu faire revenir vers son électorat des enseignants qui avaient pris de la distance. Mais en annonçant un tel chiffre, il se créait aussi une contrainte forte sur le plan budgétaire. Pour le dire autrement, dans le contexte du moment après cette annonce il n’y avait plus rien à “dealer”, plus de marge de manœuvre et en particulier en termes d’augmentation de salaires. Or, comment motiver des enseignants (notamment du primaire) durement éprouvés par les années Sarkozy et qui ressentent très vivement  un fort sentiment de déclassement ?
Il est toujours facile de "refaire le match” et de pointer les erreurs de tel ou tel, après coup. On peut admettre cependant qu'il y a eu une erreur d'appréciation des difficultés concrètes de mise en œuvre et de prise en compte notamment du malaise enseignant dans ce début de quinquennat. Et, de manière systémique, cela a impacté tout le reste de la dynamique de la refondation. La réforme des rythmes a mobilisé une grande partie de l’énergie du ministère ce qui a eu un effet désastreux sur d’autres aspects qui aurait requis plus de vigilance comme la reconstruction de la formation ou la mise en œuvre de la réforme des programmes. Lorsqu’elle a pris un tour politique, elle a engendré les premières reculades et donc un signal de faiblesse. Elle a aussi causé la perte de Vincent Peillon et son remplacement par Benoit Hamon avant que celui-ci ne soit lui aussi remplacé par Najat Vallaud Belkacem. Beaucoup de temps et d’énergie perdus et des ambitions revues à la baisse...

De la refondation aux “réformes”
Le comité de suivi chargé d'évaluer l'application de la loi Peillon de 2013 (présidé par le député Yves Durand) rendait son rapport annuel au Parlement le mercredi 13 janvier 2016.  Le problème majeur, soulignait le rapport, est l'insuffisance de l'appropriation de la cohérence de la loi par les enseignants, par l'affadissement et la parcellisation de son application. De plus, le fait que la mise en œuvre des nouveaux programmes n'arrive que trois ans après la promulgation de la loi nuit à sa portée.
Je partage cette analyse, je l’ai déjà écrit, il a manqué un slogan à la refondation. La loi d’orientation de 89 est souvent résumée par l’expression “l’élève au centre” (alors même que cette expression n’y figure pas). La loi d’orientation de 2005 est, quant à elle, associée à la notion de “socle commun”. Et pour la loi de 2013…?
Les finalités ont été diluées par la réforme des rythmes (qui ne relevait pas de la loi) et par des créations de postes en grande partie absorbées par une forte démographie non anticipée et sont "peu visibles pour les enseignants comme dans l'opinion".
On n’a pas assez insisté, à mon avis, sur la nécessité de lutter contre les inégalités et de combler le fossé qui existe avec les élèves des milieux populaires les plus en difficulté. “On a démocratisé l’accès à l’école sans démocratiser la réussite dans l’école.” nous rappelait  Philippe Meirieu dans une interview au Monde (le 24 janvier 2015).
Les résultats de PISA à la fin de l’année 2013 n’ont pas créé le choc suffisant.
Un slogan pour l'École ?
Certains, pour critiquer la politique du gouvernement, évoquent le décalage entre les “beaux discours” et la réalité. Pour ma part, je déplore l’insuffisance de discours qui n’ont pas permis d’offrir une lecture d’ensemble aux différentes mesures prises. D’autant plus que les retards pris dans l’application de la loi ont accentué l’absence de lisibilité.
Vincent Peillon était pourtant un ministre à la parole souvent lyrique qui avait trouvé cette formule habile et ambitieuse de la “Refondation”. “Refonder” ce n’est pas réformer, c’est à la fois plus et mieux que cela. Mais dans quel but ? Dans les discours qu’il a pu faire, il évoquait la volonté de dépasser le clivage « Pédagogues/Républicains » et de reconstruire une École qui intègre et donne sa chance à tous. Mais cette volonté s’est perdue assez vite dans les sables des compromis et des concessions. Et la refondation s’est alors transformée en une succession de réformes sans vision globale.
On a vu cependant une tentative de redonner du sens avec les suites des attentats de janvier 2015. Le jeudi 22 janvier , Najat Vallaud Belkacem, du perron de Matignon, annonçait “Onze mesures pour une grande mobilisation de l'École pour les valeurs de la République”. On y trouvait aussi bien la volonté très 3ème République de “Renforcer la transmission des valeurs de la République” et de “Rétablir l’autorité des maîtres et les rites républicains” que des mesures plus éducatives et pédagogiques comme la création d’un “parcours citoyen” de l’école primaire à la Terminale ou la nécessité de renforcer le lien avec les parents ou encore la lutte contre le décrochage. Mais la mesure la plus intéressante est la mesure 8 “renforcer les actions contre les déterminismes sociaux et territoriaux” qui veut réformer la  carte scolaire. Elle rejoignait des déclarations de Manuel Valls quelques jours plus tôt qui fustigeait avec des mots très forts l’ “apartheid social”. Cette mesure donnera lieu quelques mois plus tard à une expérimentation de réforme de la carte scolaire qui reste pour l’instant bien modeste.
Pour être tout à fait complet sur cette question des finalités de la refondation, il faut cependant citer cette interview surprenante par sa radicalité et sa franchise de Najat Vallaud-Belkacem pour Le Point le 20 avril 2015 : “Tout le monde est d'accord pour déplorer les faibles résultats et les inégalités qui se creusent au collège. Mais lorsqu'il s'agit d'offrir à tous les collégiens les mêmes perspectives de réussite et donc de tirer tout le monde vers le haut et pas seulement quelques-uns, on nous parle systématiquement de "nivellement par le bas". Alors, oui, ces débats le confirment une fois de plus : il y a bien une différence essentielle entre les progressistes et les conservateurs. Les premiers combattent les inégalités quand les seconds en théorisent la nécessité. Ce qui me guide, moi, c'est le souci de démocratisation de la réussite. Je ne me satisfais pas qu'un élève sur quatre ne maîtrise pas les compétences attendues en français à la fin du collège. Je ne me satisfais pas que la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance des élèves soit bien plus marquée chez nous que dans la plupart des autres pays de l'OCDE. [...] Ce qui est frappant, c'est que ce débat sérieux et profond - élitisme dynastique versus élitisme républicain qui suppose qu'on rebatte vraiment les cartes en offrant de mêmes chances de réussite à chacun - n'est jamais mené de façon franche, en tombant les masques. Les défenseurs d'un système inégalitaire et de reproduction sociale ne vous le diront jamais frontalement, sans doute parce qu'ils perçoivent ce que leur position peut avoir d'intenable dans un pays amoureux d'égalité. Alors, ils recourent à une stratégie désormais bien rodée : multiplier les contre-vérités pour embrouiller les esprits et faire douter de la réforme. Il suffit de la lire pour dégonfler leurs accusations, mais ils savent pouvoir compter sur le fait que peu prennent malheureusement le temps de le faire.


Pourquoi ça bloque ?
Cette déclaration est intéressante parce qu’elle montre que les objectifs de justice sociale ne sont pas oubliés par la Ministre. Mais on y voit aussi les limites des discours incantatoires car comme elle le reconnait elle même personne ne dira jamais frontalement qu’il est pour la défense d’un système inégalitaire. Tout le monde est évidemment pour l’égalité (du moins dans les idées) et même les syndicats les plus conservateurs mettront en avant des valeurs de justice, d’égalité des chances, de méritocratie...
J’ai souvent dit et écrit que le mot de réforme est un mot piégé car, implicitement, il  induit que tout ce qui précédait est bon à mettre “à la réforme”. Dans un métier qui est vécu bien (trop) souvent sur le mode de l’intime, et où il est de fait difficile de dissocier le geste professionnel et la personne, la critique du système éducatif est vécue par certains comme une remise en cause personnelle. On l’a vu encore récemment avec le débat sur la réforme du Collège où beaucoup ne voient pas en quoi il faudrait faire évoluer un système où chacun a le sentiment de bien faire son travail.  
Comment remettre en cause un système qui vous a fait réussir ? Cette difficulté on la trouve aussi chez les cadres intermédiaires de l’Éducation Nationale. Il y a là aussi une force d’inertie qui conduit à reproduire l’existant plutôt que d’innover. Les enjeux de pouvoir et les querelles de territoire sont forts dans un système qui reste essentiellement bureaucratique. Ce système génère ses effets pervers : force d’inertie,  faible adaptabilité aux situations locales, lourdeur des contrôles… Il contribue aussi à l’infantilisation et la déresponsabilisation des acteurs … La question de la gouvernance est un des angles morts de la refondation.


Parler de refondation était  habile de la part de Vincent Peillon car cela permettait de contourner cette difficulté et même d’offrir par ce vocabulaire lyrique une synthèse susceptible de plaire à la fois aux pédagogues qui veulent faire évoluer l’école et aux “républicains”. Mais l’effet pervers de l’usage d’un tel mot c’est de créer une attente forte (“refonder” ce n’est pas rien…) et de s’exposer à la critique devant la modestie des mesures mises en œuvre. C’est peut-être aussi ce qui est en train de se passer. Ce n’est pas par hasard si aujourd’hui on parle plus d’une succession de “réformes” plutôt que de “refondation”...
C’est la preuve qu’avec le temps les ambitions de départ ont été confrontées aux compromis et aux renoncements et qu’on manque d’une visibilité d’ensemble. On est toujours à la recherche du slogan perdu...

dimanche, avril 17, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 11 au 17 avril 2016



- Inégalités - Revalo – Rentrée 2016 – Pilule amère – Violences - .



C’est le rapport Unicef-Innocenti qui ouvre ce bloc notes. Cette étude publiée jeudi dernier étudie les “inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches”. Et la France n’est pas bien placée. Ce n’est pas un scoop mais il y a des constats qu’il est utile de répéter.
On parlera aussi de la probable revalorisation des enseignants du primaire et de la rentrée 2016. On évoquera également la suppression du “Pass Contraception” par la présidente de la région Ile de France. Et on finira par l’évocation des violences et du climat très tendu dans certains établissements scolaires.



Inégalités
C'est un rapport très intéressant qui a été publié par l'UNICEF jeudi. Intitulé “Équité entre les enfants – Tableau de classement des inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches ”, il examine les inégalités entre les enfants dans quatre domaines : l’éducation, la santé, les revenus et la satisfaction individuelle de ces enfants. Pour cela, les chercheurs se basent sur des données statistiques vérifiables, notamment celles fournies par Eurostat et l’OCDE (PISA pour la partie sur l’éducation). tribune de Jean-Marie Dru, président d’Unicef France sur le Huffington Post qui reprend les principales conclusions de ce rapport. Parmi les très nombreux articles publiés à l’occasion de ce rapport, on peut signaler une analyse assez complète dans le journal La Croix Évidemment, la plupart des articles parus dans la presse française s’intéressent à la situation de notre beau pays et constate qu’en matière d’inégalités, la France est au fond de la classe. Même s’il faut toujours être méfiant sur ces classements qui se transforment en palmarès, on constate que si on met ensemble les quatre domaines étudiés par le rapport (revenu, santé, éducation, sentiment de bonheur), la France se situe à la 28e place, c'est-à-dire dans le dernier tiers. Ce qui plombe les "résultats" de la France ce sont à la fois les inégalités scolaires liées au milieu social (nous sommes 35e en reprenant l’enquête PISA) et aussi le sentiment de satisfaction des petits français. Pour le dire autrement, nos enfants ne sont pas très heureux...
La nouveauté cette année, c’est que le rapport prend également en compte des données déclaratives auprès d’enfants qui ont porté un avis sur leur satisfaction individuelle et leur santé. Concernant le taux de satisfaction il provient d'une enquête HSBC 2012/2013 portant sur les enfants scolarisés de l'OCDE et leur demandant de noter de 0 à 10 leur degré de satisfaction dans la vie (de 0 "la pire vie possible" à 10 "la meilleure vie possible"). On pourra lire une tribune de Jean-Marie Dru, président d’Unicef France sur le Huffington Post qui reprend les principales conclusions de ce rapport. Parmi les très nombreux articles publiés à l’occasion de ce rapport, on peut signaler une analyse assez complète dans le journal La Croix . Évidemment, la plupart des articles parus dans la presse française s’intéressent à la situation de notre beau pays et constate qu’en matière d’inégalités, la France est “au fond de la classe”. Même s’il faut toujours être méfiant sur ces classements qui se transforment en palmarès, on constate que si on met ensemble les quatre domaines étudiés par le rapport (revenu, santé, éducation, sentiment de bonheur), la France se situe à la 28e pl. ace, c’est-à-dire dans le dernier tiers. Ce qui plombe les "résultats" de la France ce sont à la fois les inégalités scolaires liées au milieu social (nous sommes 35e en reprenant l’enquête PISA) et aussi le sentiment de satisfaction des petits français. Pour le dire autrement, nos enfants ne sont pas très heureux...
Ce nouveau rapport ne fait que confirmer malheureusement une situation déjà connue. Il donne lieu cependant à de nombreux commentaires tant sur la situation décrite que sur la réception de ce type d’information. Pour Sébastien Lyon, directeur de l’Unicef pour la France, interviewé par La Croix, le jugement sur la situation est très sévère : “Notre système éducatif est l’un des mieux lotis dans le monde, mais il semble très moyennement performant. La politique de l’éducation en France doit être plus ciblée sur les enfants en échec scolaire. D’une manière générale, le rapport montre que les politiques publiques françaises laissent de côté les plus vulnérables, en ne prenant pas en compte les spécificités de ces populations.".
On retrouve la même sévérité chez François Dubet interviewé dans L’Obs . Pour lui, “cela fait plusieurs dizaines d'années que l'on fait le même constat, mais toute tentative de changer l'école se heurte à un mouvement de défense de traditions et des arts éducatifs français. Il faut pourtant arrêter de penser que l'école est faite pour les meilleurs, et de considérer que faire progresser les plus faibles équivaut à un nivellement par le bas. Si l'on tente de modifier le système, tout le monde hurle à l'assassinat de la culture.”.
Dans un entretien accordé à Libération , la sociologue Nathalie Mons présidente du Conseil national de l'évaluation du système scolaire reprend les mêmes critiques et insiste sur les enjeux : “Il y a un lien entre les compétences des élèves et le développement économique du pays. D’autre part, cela joue aussi sur la sphère civique et politique. On constate que ce sont les élèves les moins diplômés qui s’abstiennent le plus pendant les élections. Plus vos compétences cognitives augmentent, plus les individus se sentent à même de s’engager civiquement. C’est une dimension majeure qui explique, en partie, les inégalités dans l’abstention. On retrouve donc de fortes conséquences en termes de cohésion sociale et nationale.

Revalo
Najat Vallaud-Belkacem a annoncé sur RMC le 12 avril que les professeurs de écoles seraient augmentés dès septembre. Il s'agit d’aligner au moins partiellement leur prime sur celle de leurs collègues du secondaire.
Voici la déclaration exacte : “Ça ne va pas tarder. J'estime clairement légitime la revendication d'une augmentation des salaires des enseignants du premier degré qui ont un écart avec leurs collègues du secondaire. Ils seront augmentés, évidemment. C'est plus que légitime et ils peuvent compter sur moi. L'idée c'est que cela entre en vigueur à la rentrée prochaine. Il y aura des annonces prochaines sur ce sujet.
Un article du journal Les Échos précise que les arbitrages ne sont pas encore rendus. Mais l’objectif est bien d’aligner, vraisemblablement en plusieurs étapes pour en lisser le coût budgétaire de l’ordre de 300 millions d’euros, la prime dite « ISAE » des enseignements du premier degré (400 euros annuels) sur celle du second degré, (ISOE) qui, elle, atteint 1.200 euros. C’est Vincent Peillon qui avait instauré à la rentrée 2013 cette prime de 400 euros pour les professeurs des écoles lorsqu’il était ministre de l’Education nationale. Alors qu’ils sont aujourd’hui recrutés sur le même niveau de qualification, les professeurs des écoles ont - des salaires qui, en moyenne, sont inférieurs de 350 euros mensuels à ceux de leurs collègues du secondaire.
Un différentiel rappelé depuis longtemps et par de nombreuses études et qui s’explique à la fois par le décalage du montant de la fameuse prime, mais aussi par deux autres facteurs : une carrière plus rapide dans le secondaire (l’accès à l’échelon « hors classe » y est plus facile) et le fait que les professeurs de collèges et lycées font des heures supplémentaires, et pas ceux du primaire. Pour résorber l’écart entre les deux primes (800 euros de plus pour 300.000 enseignants), nous disent Les Échos le gouvernement devrait procéder par pallier. Un premier geste de 200 euros pourrait être fait en octobre 2016, suivi d’un autre du même montant en avril ou mai 2017. L’annonce précise de la mesure pourrait intervenir début mai, lors des journées de « Refondation de l’école de la République ».
Bien sûr, on ne manquera pas de faire remarquer que cette revalorisation arrive opportunément à la veille de l’élection présidentielle. Et certains au nom d’un maximalisme intransigeant refusent cette ficelle un peu grosse taxée de clientélisme. D’autres, et notamment ceux engagés depuis longtemps dans l’action syndicale, se réjouissent de voir aboutir enfin une revendication portée depuis longtemps. On fait valoir aussi que cela ne compense pas les écarts de rémunération avec les enseignants des autres pays pointés là aussi par l’OCDE et toutes les comparaisons internationales. Et bien sûr on réclame des augmentations aussi pour les enseignants du secondaire. Petit problème de logique économique (et de politique) : peut-on à la fois augmenter tout le monde et rattraper les inégalités ?

Rentrée 2016
C’est déjà la rentrée !
Pas encore... Mais on a déjà des publications et des informations qui se situent dans cette perspective. D’abord les effectifs. Les écoles primaires, publiques et privées, accueilleront 6,809 millions d'enfants en septembre prochain, soit 3.600 de plus qu'en septembre 2015, prévoit la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). A la rentrée 2017, les effectifs des écoles maternelles et élémentaires devraient en revanche diminuer, de 12.100 élèves, première baisse depuis 2011. La hausse des effectifs dans le secondaire n’est pas due seulement à la démographie. Elle s’explique aussi par la baisse attendue des redoublements, surtout en fin de primaire nous rappelle une dépêche AFP
La publication de ces prévisions se fait dans un contexte tendu avec la multiplication des manifestations et mobilisations pour le maintien ou l’ouverture de classes. Et une semaine après qu’ait eu lieu une campagne menée par la FCPE pour dénoncer les classes sans profs et demander une amélioration du remplacement des enseignants. La communication de la Ministre a beau rappeler le plan Seine Saint-Denis mis en œuvre en novembre 2014 et les créations de postes , le ressenti de beaucoup malgré ces arguments, est que “ça ne va pas mieux”...
Cette semaine a aussi été marquée par la publication au Bulletin Officiel de la traditionnelle “circulaire de rentrée . Rédigée dans le style inimitable des documents émanant de la “centrale”, elle a suscité peu de commentaires. Il faut donc saluer l’effort d’une blogueuse qui en propose une lecture rapide de ce qu’il faut en retenir et l’OZP qui en extrait ce qui concerne l’éducation prioritaire .
La rentrée 2016 sera aussi celle de la mise en place de la réforme du collège. Alors que la polémique a été très vive, on trouve aujourd’hui très peu d’articles qui évoquent cette réforme. Le Figaro évoque un sondage commandé par la Confédération nationale des associations familiales catholiques qui montrerait que pour une majorité des sondés la réforme est jugée inefficace à la fois pour améliorer le niveau des élèves et réduire les inégalités sociales. Avant même son application...
En fait, dans une majorité des établissements, les enseignants sont eux aussi rentrés en phase de préparation et construisent les nouveaux dispositifs. Même si les résistances demeurent et se sont cristallisées.

La pilule est amère
La droite et la gauche c’est pareil ? Nous posions déjà cette question la semaine dernière. Une nouvelle pièce à ajouter au dossier nous est apportée par Valérie Pécresse. On apprend en effet que le conseil régional d'Ile-de-France, qu’elle préside a décidé la suppression du «Pass contraception», un dispositif d'accès gratuit et anonyme des jeunes à des contraceptifs et des tests de dépistage. Celui ci se présente sous la forme d’un chéquier dont les coupons détachables doivent être remis aux professionnels de santé qui effectuent les actes médicaux et délivrent les contraceptifs de façon anonyme et gratuite. Ce dispositif est supprimé “car c'est un échec”, a affirmé la Présidente de Région citée dans Le Monde daté de ce samedi . La ligne budgétaire supprimée s'élevait à 20 000 €. “Pour 500 lycées publics, ça fait 40 euros par lycée, soit 4 centimes par lycéen. Ces 20 000 € étaient inscrits au budget mais pas dépensés”, avait-elle expliqué lors du vote du budget. Et elle déclare que les autres budgets de la région consacrés à la contraception ou à l’interruption volontaire de grossesse sont maintenus ou augmentés.
Le Planning familial s’inquiète de cette décision et déclare que “les agissements de [la nouvelle présidente] Valérie Pécresse ne nous permettent pas de confirmer son féminisme »
En revanche, contrairement à une rumeur sur sa suppression, le budget de la région Auvergne-Rhône-Alpes a été voté jeudi en maintenant le Pass contraception-prévention, a précisé le porte-parole du nouveau président de la région Laurent Wauquiez (LR). Mais il faut être vigilant...

Violences
La Croix évoque le “ras-le-bol” des chefs d’établissement. Le principal syndicat des proviseurs, le SNPDEN, dénonce en effet les dégradations et les agressions de membres du personnel qui se sont multipliées. Des agressions verbales « par centaines », physiques « par dizaines », allant de la bousculade à des coups entraînant des blessures. Jeudi 14 avril encore, au lycée Voltaire, à Paris, un jeune a porté un coup « violent » à la tête du principal-adjoint tandis qu’un autre jetait un sac de gravats à la proviseure adjointe. Quelques jours auparavant, la proviseure du lycée Pierre-Gilles de Gennes à Paris a été aussi agressée par un jeune qui lui a cassé trois côtes en se jetant sur elles pieds en avant. Les proviseurs (et aussi quelques enseignants) semblent devenus aux yeux de certains les représentants d’une institution et d’un “système” qui mériterait et justifierait toutes les violences.
Évidemment, il serait caricatural de réduire un mouvement social à ces excès qui sont somme toute peu nombreux.Mais cela procède d’un climat général. On semble aujourd’hui face à une exaspération et une colère sociale multiforme. Cette situation anomique est propice aux débordements de toutes sortes. Et on court le risque de voir s’enclencher une spirale de la violence favorisée aussi bien par les surenchères que par des réactions policières disproportionnées. Il y a de quoi s’inquiéter.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, avril 10, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 4 au 10 avril 2016





- Droite et École - Brevet - Lecture - Jeunesse- .



Un long passage du bloc notes de cette semaine est consacré au programme de Nicolas Sarkozy et des “Républicains” pour l’École. Et cela nous rappelle qu’il y a quand même des différences entre la gauche et la droite...
On évoque aussi le nouveau Brevet ainsi que les recommandations du CNESCO pour l’apprentissage de la lecture. Et on finit avec une réflexion sur la jeunesse et une belle citation...



La droite et l’école
L'école de la République et rien d'autre” c’est le titre de l’interview que Nicolas Sarkozy a donnée dans Le Figaro (accès limité) mardi 5 avril et dont on peut l’intégralité sur sa page Facebook . Cet entretien venait en préambule d’une journée du parti “Les Républicains” le mercredi 6 avril (synthèse lisible sur le site) consacrée à l’enseignement.
Loin du discours relativement modéré d’Alain Juppé, l’interview de l’ancien président, tout comme la synthèse de la journée dessinent une réforme qui a toutes les caractéristiques d’un retour en arrière et reprennent un discours conservateur bien connu (et entendu à droite... comme à gauche).
Florilège sans commentaires de quelques déclarations extraites de l’interview de Sarkozy (NS) ou de la synthèse de la journée (LR)...
L'école que chacun rêve de voir sanctuarisée a été transformée imperceptiblement en un lieu d'expérimentation sociale dont les parents et les enfants sont en réalité les cobayes. ” (NS)
Remettons l’école a l’endroit pour en faire un lieu où chacun est à sa juste place : les élèves apprennent, les maitres enseignent, les parents s’impliquent et les chefs d’établissement dirigent.” ( LR)
Les IUFM ne fonctionnaient pas, les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) guère mieux. La liste des dysfonctionnements est longue, que ce soient les problèmes de recrutement des formateurs, des enseignements déconnectés avec les réalités de terrain mais aussi la qualité très inégale du recrutement des élèves-professeurs. Il faut donc renouer avec une formation initiale exigeante et efficace des enseignants Pour de meilleurs résultats des élèves, il est temps de mettre en place une formation des enseignants plus efficiente, et en lien avec la réalité du terrain. C’est précisément l’objet d’initiatives privées telles que l’École professorale de Paris qui propose de former des enseignants avec l’ambition affichée de l’excellence. ” (LR)
Tout ce qui peut rappeler ce qu'a été la France se retrouve désormais noyé dans un verbiage insensé. En Histoire, les grandes figures qui structurent la mémoire nationale ont été soigneusement gommées et un universalisme éthéré est venu remplacer le récit national. ” (NS)
L'immense majorité des enseignants a été heurtée par la réforme des collèges tant sur le fond que dans la forme et lui oppose désormais une résistance passive. Les Républicains reviendront sur cette réforme, tout comme celle sur les rythmes scolaires. L'école des Républicains, c'est l'école de la République et rien d'autre, où la laïcité s'applique jusque sur les bancs de l'université publique. ” ( NS)
Dessin de Jimo
Les programmes doivent être élaborés par l'Inspection générale, dont c'est la mission, sous l'autorité du ministère, mais il faut peut-être en confier l'approbation finale à l'Institut de France et donc aux académies” (NS)
À l’école, il faut rescolariser l’école primaire. À l’entrée en 6e un élève doit « savoir lire » et non « maîtriser des compétences langagières ». L’école primaire est avant tout le lieu de l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, de la grammaire, de l’orthographe, et du calcul. […] Aucun enfant ne peut quitter le CP s’il ne sait pas lire. Les causes de l’échec sont connues et imputables à la réduction constantes des heures consacrées à l’apprentissage systématique de la langue, à la généralisation de méthodes nocives, et à l’absence de prise en charge pédagogique précoce de la difficulté scolaire, (c’est-à-dire dès le début du CP, au profit d’une approche médicale). ” (LR)
Le temps de présence des enseignants sera augmenté de 25 % (pourcentage incluant globalement les cours, mais aussi l’aide aux devoirs et les études surveillées) en contrepartie d’une rémunération accrue. ” (LR)
L'école de la République n'appartient ni aux pédagogues, ni aux sociologues, ni aux idéologues dont la réforme du collège marque l'aberrant triomphe, elle est un bien commun qu'il convient de rendre, au plus vite, à la nation. ” (NS)
Nicolas Sarkozy a aussi proposé le retour du service militaire... mais pour les décrocheurs . “À partir de l’âge de 18 ans, toute personne qui n’aura pas son bac, qui ne sera pas en apprentissage, pas en formation, pas en stage” se verra proposer un « service militaire adapté pour “réapprendre les règles de la vie en commun  ”.
Najat Vallaud-Belkacem a critiqué dans des termes très vifs mercredi sur France 2 l’interview de Nicolas Sarkozy disant avoir rarement vu une tribune avec autant d’énormités par lignes. Les “décodeurs”du journal Le Monde recensent eux aussi dans un article très complet les “propositions floues” et les contre-vérités sur l’Éducation.
À l’heure où se prépare un colloque de bilan de la refondation de l’École et où l’interrogation sur la priorité à la jeunesse de François Hollande rentre en collision avec la contestation de la “Loi travail” et l’expression d’une inquiétude et d’un malaise, la lecture du projet de la droite sur l’éducation permet de se poser légitimement la question : “la droite et la gauche c’est vraiment pareil ?

Brevet
Dans le Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale du 6 avril a été publié le nouveau Diplôme national du brevet (DNB), qui est plus communément appelé le brevet des collèges. Et sa nouvelle formule entrera en vigueur dès l’année scolaire 2016/2017. Juste après la mise en place de la réforme du collège . C’est dans Les Échos qu’on va trouver la présentation la plus complète (même s'il y a des imprécisions).
Copie d'écran de www.education.gouv.fr.
Comme avec le précédent, il y aura toujours une part de contrôle continu, mais désormais celui ci se basera sur le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture qui comporte cinq « domaines ». 
 La maîtrise de chaque point du socle commun évalué - qui représente 400 points au total - pourra être considérée « insuffisante » (10 points), « fragile » (25 points), « satisfaisante » (40 points) ou « très bonne » (50). Peuvent s’ajouter 10 à 20 points pour les candidats ayant atteint ou dépassé les objectifs dans un « enseignement de complément » (latin, grec, langue régionale ou découverte professionnelle). C’est lors du dernier conseil de classe de troisième que sera faite la synthèse de ces résultats de la cinquième à la troisième.
 En épreuve finale, les candidats auront trois épreuves, dont deux écrits et un oral. La première épreuve, d’une durée de cinq heures (3h matin/ 2h après midi) , porte sur les programmes de français (3 heures), d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique (2 heures). La deuxième, de trois heures, sera consacrée aux mathématiques (2 heures), à la physique-chimie et aux sciences et vie de la terre et technologie (1 heure). Ces deux là se déroulant dans une même demi-journée avec une pause de 15 minutes. 
Enfin il y aura une épreuve orale d’une durée de 15 minutes. Cela prendra la forme d’une soutenance du travail fait dans les nouveaux Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) ou sur un des parcours éducatifs (citoyen, avenir, éducation artistique et culturelle), qui peut être présentée individuellement ou par groupe de deux ou trois. Chacune de ces trois épreuves sera évaluée sur 100 points. 
Pour obtenir son brevet, les collégiens devront alors cumuler 350 points sur les 700 possibles. Il obtiendra la mention « assez bien » avec 420 points et « bien » avec 490 points. Pour atteindre « très bien », il faudra avoir 560 points. Et l’autre nouveauté sera également l’organisation d’une cérémonie républicaine de remise des diplômes aux élèves.
Avec cette nouvelle formule du brevet, on peut voir la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. On peut se réjouir de la place donnée à l’évaluation de projets interdisciplinaires permettant de mieux évaluer de nouvelles compétences. On peut aussi déplorer qu’on succombe encore à un défaut bien français et très présent dans l’éducation nationale : l’empilement... Les bons vieux examens par discipline (ce qui est pris au sérieux) sont maintenus, histoire que tout puisse continuer comme avant. Mais on rajoute une sorte de Livret personnel de compétences à faire remplir par le Conseil de classe, qui y mettra, on s'en doute, beaucoup de bonne volonté...
A voir à l’usage...

Lecture
Cette semaine sont également parues sur le site du CNESCO (Conseil National d’Évaluation du système scolaire) les recommandations concernant l’apprentissage de la lecture formulées par un jury d'acteurs et d'usagers de l'école à l’issue d’une “conférence de consensus” organisée en mars à Lyon. Un article assez complet du Parisien évoque ainsi les “47 recommandations pour améliorer l’apprentissage de la lecture”. La ligne directrice est que l'apprentissage de la lecture doit être entamé rapidement en CP avec des exercices répétés et variés ainsi qu'avec un effort sur le vocabulaire. Mais l'enseignement doit se poursuivre si besoin jusqu'au collège. Mais avant même le CP, dès la maternelle, à partir de jeux, il faut notamment analyser des mots à l'oral, les décomposer, développer la compréhension orale et le vocabulaire. En d’autres termes tout ne se joue pas qu’en CP, l’apprentissage de la lecture s’il est crucial dans cette classe est aussi l’affaire de toute la scolarité. Comme le résume Michel Lussault le président de l’Institut Français de l’Éducation qui co-organisait cette conférence de consensus : “plus on lit, mieux on lit ”.
Comme on l’a vu plus haut, Nicolas Sarkozy a proposé la prise en charge des élèves en difficulté dans un « CP plus ». "A quoi sert-il de faire passer dans la classe supérieure un élève qui ne maîtrise pas la lecture ?, affirme le président des Républicains dans Le Figaro Michel Lussault qui est aussi président du conseil supérieur des programmes (CSP) répond à cette objection. “Si l’on n’est pas capable de comprendre les énoncés en histoire, en géographie, en physique, en mathématiques, alors il y aura au bout du compte un problème” reconnaît-il. Mais contrairement à ceux qui pensent que “rien n’est plus possible” après le CP, il estime “qu'on peut, en gardant les élèves dans les circuits normaux de scolarisation, les accompagner continûment dans cette maîtrise, s’il le faut jusqu’au collège inclus”.
Cette conférence de consensus confrontant les avis de nombreux chercheurs et praticiens montre aussi que le débat sur les méthodes globale ou alphabétique qu'on peut encore voir dans certains journaux ne renvoient qu'aux fantasmes de ceux qui écrivent ces articles...

Jeunesse dans la rue
Après les nouvelles manifestations de mardi 5 avril, trois ministres – éducation nationale, travail et jeunesse – ont reçu mercredi les principales organisations de jeunes : celles des étudiants (UNEF et FAGE), et celles des lycéens, comme le Syndicat général des lycéens (SGLl, l’Union nationale lycéenne (UNL) et la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL). Le principe d'une aide à l'accès au premier emploi pour les anciens étudiants boursiers a été acté et annoncé par le premier ministre.
On le voit, le gouvernement et l’Élysée sont préoccupés par la persistance des manifestations de jeunes pour reprendre le titre un article du journal Le Monde qui ajoute : “qu’après quatre ans de calme sur ce front-là, à l’exception de la colère qu’avait suscitée chez les étudiants et lycéens l’expulsion vers le Kosovo de Leonarda Dibrani, en octobre 2013, cette grogne contredit fâcheusement le thème de la « priorité à la jeunesse », dont M. Hollande avait fait le cœur de sa campagne en 2012. ”.
C’est ce que dit aussi assez bien un éditorial de Cécile Cornudet dans Les Échos : “ Les politiques savent depuis Jacques Chirac qu’il leur est impossible de dire aux jeunes qu’on ne les comprend pas. A l’inverse, ils sont en train de réaliser que les mettre au « coeur du quinquennat » comme l’a fait François Hollande est une intuition payante sur le plan électoral mais lourde à porter une fois en fonction. Tout simplement parce que cela crée des attentes”.
Rappelons aussi encore une fois que le risque d’explosion sociale peut prendre différentes formes. Il y a bien sûr les manifestations relativement organisées et “politiques” des lycéens. Mais la violence qui s’exprime dans ou en marge de ces mouvements est aussi à prendre en compte. Ce n'est pas parce que la situation présente dans un certains nombre d’endroits tient plus de l'émeute et de l'anomie que de la revendication organisée qu'elle n'a pas de signification sociale et politique. Il faut la lire pour ce qu'elle est aussi c'est-à-dire l'expression d'une désespérance et d'un "ennui" (pour reprendre le terme utilisé dans un célèbre éditorial avant 68) qui peut être le prémisse d'une explosion sociale .
Terminons donc notre revue de presse par cette citation : “Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.” (François Mitterrand / Discours à l'Assemblée nationale - 8 Mai 1968)

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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samedi, avril 02, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 28 mars au 3 avril 2016



- Ival - Syndicats - Mobilisations - Innovation - .



Le bloc notes de cette semaine revient sur une semaine riche en évènements et en réflexion. Avec d’abord la publication mercredi des “indicateurs des résultats des lycées” malheureusement présentés comme un palmarès. Le même jour se tenait aussi la journée de l’innovation organisée par le Ministère, nous essayerons d’en voir les enjeux. Et jeudi c’était la 2ème grande journée de mobilisation contre la “loi Travail”. Nous nous y intéresserons sous l’angle de la mobilisation lycéenne.
Que se passait t-il à Grenoble cette semaine ? des congrès syndicaux : celui du SNES-FSU et celui de l’UNSA-Éducation. Aux deux bouts de la ville et sur des positions tout aussi distantes...


Ival
Comme chaque année le Ministère de l'Éducation a publié (mercredi 30 mars) les “indicateurs de résultats des lycées”. Et comme chaque année, on s’échine à expliquer qu'il ne s'agit pas d'un palmarès mais, comme le dit la DEPP, un «outil de pilotage» pour les chefs d’établissement, permettant de savoir si les actions pédagogiques menées sont satisfaisantes ou pas. Sauf que la Presse, à de rares exceptions, s'en empare chaque année pour en faire malgré tout un palmarès...!
Il suffit de lire les titres des journaux et sites en ligne pour s’en convaincre: “Meilleurs lycées en 2015 : le palmarès ” (Huffington Post), “Quels sont les lycées les plus performants de France ?” (Le Figaro), “Notre palmarès 2016 des lycées est arrivé ! ”(Le Point), “Classement des lycées 2016 : les établissements qui réussissent le mieux”(Le Monde), “Le classement 2015 des meilleurs lycées ”(Europe1).
Seul Libération fait preuve d’originalité en titrant “Ceci n’est pas un palmarès ”.
Marie Caroline Missir, rédactrice en chef de l’Étudiant, s’intéresse sur son blog (Le Mammouthologue) à la réception de ce type d’information. “L’idée de classement, écrit-elle heurte de plein fouet trois croyances de l’école républicaine: l’égal accès de tous à une même offre de formation, du moins jusqu’au bac, l’absence de concurrence entre établissements, et le choix d’un établissement scolaire en fonction de la proximité géographique. Mais ça c’était avant. ” Car selon elle “le potentiel polémique de ces classements est aujourd’hui en partie désamorcé. Elle y voit trois raisons : d’abord parce que la DEPP insiste sur la “valeur ajoutée” qui permet de relativiser la logique du classement, mais aussi estime la journaliste parce que ces données correspondent à la logique des nouveaux modes de consommation et d’information sur Internet où on cherche les « avis » et autres notations pour tout type d’acte de consommation (restaurants, logements, etc.). Et puis enfn, parce que les publications régulières de PISA et autres comparaisons internationales nous ont habitué à cette logique de l’évaluation et du pilotage par les résultats. Et elle conclue ainsi : “D’une certaine manière, la décision du ministère d’exploiter des « IVAL » ou indicateurs de valeur ajoutée est une façon de prendre acte de cette réalité et de mettre en valeur le vrai pouvoir des pédagogues : faire réussir tous les élèves, quel que soit leur environnement.
Pour sa consœur Louise Tourret sur Slate.fr avec ce qui apparait malgré tout comme un palmarès “l’institution flatte des tropismes bien français: l’obsession pour les classements, la préférence pour le lycée et l’amour des diplômes. ”. Et, par provocation, elle propose de plutôt évaluer les écoles primaires puisque “la sociologie de l’éducation nous a appris depuis longtemps que les résultats en fin de CE1 prédisaient de manière assez juste la suite de la scolarité.”.
En dehors de ce palmarès qu’on peut déplorer, cette publication a pu permettre aussi de donner des coups de projecteurs sur des méthodes qui marchent et des lycées qui semblent réussir. Car les meilleurs lycées ne sont pas forcément ceux qu’on attend. Ainsi, on a pu avoir un reportage sur le LP2i, le lycée expérimental de Jaunay-Clan près de Poitiers, un autre sur le lycée Galilée de Gennevilliers ou encore le lycée Alfred Nobel de Clichy sous bois . Des lycées qui méritent vraiment l’attention des médias, bien loin des grands lycées de centre ville à la politique souvent élitiste. Pour Najat Vallaud-Belkacem, dans une interview donnée au journal Le Monde : “Il y a là comme une évidence : ce qui fait un « bon » lycée ce sont d’abord de « bonnes » équipes – les enseignants mais aussi tous les personnels : ceux de direction, de santé, d’encadrement, d’orientation… Les indicateurs publiés aujourd’hui permettent de rendre compte, noir sur blanc, de l’engagement de toute une équipe, en saluant celles qui ont été capables de penser leurs pratiques collectivement.Ce n’est pas un hasard : les initiatives pédagogiques innovantes, lorsqu’elles sont portées collectivement, créent une dynamique et sont génératrices de performance.

Syndicats
- congrès du SNES-FSU à Grenoble du 28 au 1er avril
- congrès de l'UNSA-Éducation à Grenoble du 29 au 31 mars...
Le "marquage à la culotte” entre ces deux syndicats ce n’est pas que dans les réseaux sociaux. Il est aussi géographique...
Et le congrès du Sgen-cfdt du 23 au 27 mai prochain, il a lieu où ? Ah, c’est à Aix les Bains, à seulement 75 km de... Grenoble.
Plus sérieusement, les échos des deux congrès montrent bien les clivages et les oppositions dans le paysage syndical mais aussi les recompositions à venir. Ainsi, un des thèmes importants du congrès du SNES-FSU a été “penser un nouvel outil syndical ! ”. Si on traduit en termes clairs, on y évoque de nouveau un rapprochement avec la CGT (alors qu’il semblait au point mort). Cette recomposition semble se situer dans le prolongement de la loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale qui pousse à des rapprochements. Dans le camp “réformiste”, la question du rapprochement entre l’UNSA et la CFDT avait elle aussi souvent été évoquée. Depuis, plus de nouvelles. On peut penser qu’à moyen terme, le paysage syndical d’une manière générale (et donc aussi dans l’enseignement) risque d’évoluer.
On peut s’étonner de la faible couverture médiatique du congrès de ce syndicat qui est quand même le premier syndicat dans le secondaire. On apprend cependant par les rares articles que Frédérique Rolet deviendrait seule secrétaire générale du syndicat, épaulée par trois adjoints : Valérie Sipahimalani, Xavier Marand (tous deux déjà secrétaires généraux adjoints) et un entrant à ce poste, Benoît Teste (de Lyon). Roland Hubert, jusque là co-secrétaire général prend sa retraite. Dans une interview à l’AEF relayée par VousNousIls Frédérique Rolet a exprimé sa volonté de “consulter les collègues afin de choisir les prochains modes d’action contre la réforme du collège”. Ces actions peuvent prendre la forme, par exemple, “d’un boycott des conseils de classe” ou d’une “manifestation commune avec les parents d’élèves” Un boycott du brevet “n’est pas exclu, mais l’idée n’est pas de cliver d’entrée”, a-t-elle précisé. Ces propos semblent rejoindre ceux du vice-président du SNALC-FGAF dans La Lettre de l’Éducation du 28 mars 2016. Interrogé par Luc Cédelle, Jean-Rémi Girard déclarait “Les enseignants sont trop polis ! Leurs mobilisations aujourd’hui consistent à faire des grèves d’un jour et voir ce qui se passe après. A un moment, il nous faudrait cesser d’être gentils et faire valoir nos revendications par des actions plus fortes et plus efficaces. Nous pensons, au Snalc, que d’autres formes d’action sont nécessaires, sur lesquelles nous n’avons malheureusement pas été suivis par nos partenaires de l’intersyndicale. Notamment concernant les examens. Nous aurions fait une grève intersyndicale du brevet l’année dernière, on ne parlerait plus de cette réforme.”. Rappelons que le SNALC a quitté récemment l’intersyndicale en lui reprochant “d’être trop attentiste”.
Du 29 au 31mars, s’est donc aussi tenu à Grenoble le congrès de l’UNSA­Education, en partie en même temps que celui du SNES­FSU, mais à l’autre bout de la ville. Et aussi à l’autre bout des idées. On trouvera une interview de Laurent Escure secrétaire général de UNSA-Éducation dans le Café Pédagogique . Il y déclare “Nous avons fait le choix du réformisme combattif. On n'a pas a rougir que ce soit dans le domaine éducatif avec le collège ou sur le plan revendicatif avec les accords Peillon et les acquis que l'on a obtenus. On développe de la fierté ne serait ce que pour éviter le climat de sinistrose dans lequel on est. On voudrait montrer que le syndicalisme peut être utile à partir du moment où on ne ment pas aux gens en promettant des choses inatteignables. On montre des objectifs atteignables et on les atteint. Et ça redonne confiance à l'engagement dans un syndicat.”. Dans d’autres déclarations il a estimé que “le bloc majoritaire du changement”avait “réussi à s’imposer, notamment à travers son soutien à la réforme du collège. Les projets mis en œuvre par le gouvernement dans l’éducation depuis 2012 ne sont “ni parfaits ni révolutionnaires” a­t­il dit, mais ils permettent de “retrouver le fil de la démocratisation scolaire”.
Le secrétaire général de l’UNSA­Education a aussi évoqué le bilan des quatre dernières années et notamment salué l’effort budgétaire du gouvernement. “Nous nous battrons, a ­t ­il prévenu, pour qu’il se poursuive. Nous pouvons déjà lancer un avertissement à tous ceux qui voudraient d’un coup de plume faire disparaître ces améliorations.”. Car la vraie question qui est posée à toutes les organisations syndicales, alors que se précisent les projets de la droite, est bien celle de l’après-2017...


Mobilisations
Jeudi 31 mars était une nouvelle journée de manifestation contre la loi travail. Malgré la pluie à peu partout, elle a rassemblé plus de monde que la première journée. Plusieurs syndicats d’enseignants appelaient à manifester. Mais nous nous intéresserons surtout ici à la mobilisation des lycéens. Non pas que l ‘action des salariés ne soit pas importante mais comme je le disais dans mon précédent bloc-notes , la mobilisation des jeunes, étudiants et surtout lycéens, est surveillée comme le lait sur le feu. Car la situation est souvent anomique et dangeureuse.
Il y a bien sûr une mobilisation de la jeunesse qui se fait sinon sur la lecture précise des textes mais du moins sur une inquiétude réelle face à l’avenir et à la crainte de la précarité. Le sociologue Camille Peugny le dit très bien sur EducPros : “Ce qui est certain c’est que les jeunes ont le sentiment que leurs intérêts ne sont pas pris en compte alors même que la crise, qui perdure depuis plusieurs années, les frappe de plein fouet. Avec un taux de chômage autour de 25% pour les jeunes actifs, soit le double de celui de l’ensemble de la population, ce sont les premières victimes de la dégradation économique. ” Et il ajoute : “Par ailleurs, ils ont bien conscience que les décisions concernant le droit du travail prises aujourd’hui vont avoir des conséquences pour eux durant toute leur carrière, contrairement à leurs aînés qui auront pu faire au moins une bonne partie de leur parcours sur un marché du travail plus protégé. Rien d’étonnant alors à ce que certains jeunes vivent le projet de loi El Khomri comme une véritable agression, d’autant qu’au-delà de la crise économique la société française peine à faire de la place à sa jeunesse.”. Mais dans un beau texte, un lycéen sur le Bondy Blog , pour évoquer la mobilisation de la jeunesse, parle d’ un mouvement “entre conscient et immature ”.Car pour l’avoir vécu à de nombreuses reprises, on sait bien qu’à côté d’un certain nombre de jeunes mobilisés et politisés on trouve aussi des motivations plus confuses et une violence qui s’exprime plus facilement dans ces situations de pertes de repères.
C’est aussi le constat fait par un certain nombre de personnels de direction comme ce qu’on peut lire dans Les Échos : “L'ambiance bon enfant qui caractérisait les blocus organisés par les lycéens en grève n'aurait plus cours. Au fil des mouvements de ces dernières années, la tension se serait mise à monter. Les dérapages violents, comme les jets de barrières sur les personnels, la semaine dernière, sont de plus en plus fréquents. Ils sont provoqués par « des individus qu'on ne connaît pas et qui s'empressent de les relayer sur les réseaux sociaux », indique un chef d'établissement. ”. C’est au nom d’un tel constat qu’il y a eu une polémique entre des proviseurs parisiens et le Rectorat. Certains voulaient fermer préventivement les établissements, alors que le Recteur rappelait la nécessité “pour les chefs d’établissement d’assurer la continuité du service public et donc permettre l’accueil des élèves qui le souhaitent demain, jeudi 31 mars. Un lycée ne peut pas être fermé par anticipation. […] Une fermeture ne peut être envisagée que le jour même pour des raisons de sécurité absolue avérée, et ne peut être effectuée qu’en accord avec le recteur.”. Le jour même, 176 lycées étaient bloqués le jeudi matin à 9h selon le ministère de l'Education nationale. Le syndicat étudiant UNL avançait lui le chiffre de 250 établissements bloqués, soit un lycée sur dix.
Les tentatives de blocage se sont d’ailleurs poursuivies le lendemain . C’est ainsi que le Proviseur de la cité Scolaire Paul Bert (14e) a été “bousculé” en s’opposant à un cadenassage de son établissement par quatre individus masqués. Dans sa chute, il aurait perdu une dent. Cette “agression” a donné lieu à de nombreuses réactions (et même quelques récupérations politico-syndicales). Une seule voix s'est élevée pour atténuer le récit de cette «agression» : celle de l'intéressé lui même. Pour cela on peut aller lire l’article de Libération qui reprend l’interview à France 2 où le Proviseur donne sa version des faits et nuance l’emballement et l’emphase autour de cet évènement.
Nous parlions plus haut de la violence potentielle dans les manifestations mais il ne faut pas oublier qu’elle a été aussi le fait des policiers eux-mêmes. Et cela est d’autant plus grave et inacceptable qu’elle engendre alors une violence en retour. Plusieurs cas de violence policière ont été rapportés par les médias . On apprend cependant que le policier qui a donné le coup de poing au jeune Danon devant le lycée Bergson la semaine dernière après avoir été entendu par l’IGPN (la police des polices) a ensuite été renvoyé au tribunal . On ne peut que se réjouir que la justice fasse vraiment son travail.
Le vieux schnock que je suis se rappelle encore du “je vous couvre affirmé aux policiers par le ministre de l’intérieur Charles Pasqua (et son ministre de la sécurité publique Robert Pandraud) avant la mort de Malik Oussekine en 1986. ...

Innovation
Le Mercredi 30 mars se tenait, dans les locaux de l’ESPÉ-Paris la journée de l’innovation organisée par le Ministère de l’Éducation. . Sur les 430 équipes candidates, 30 équipes ont été sélectionnées pour présenter leur dispositif sur le "boulevard de l'innovation" et 8 d'entres elles ont été récompensées (7 par le jury et une par le prix du public) par le “Prix National de l’innovation”. Pédagogie différenciée, méthodes actives inspirées de Freinet ou Montessori, discussion à visée philosophique, Twictée, utilisation du numérique, travail sur le climat scolaire... les projets récompensés reflètent les directions que peut prendre aujourd’hui l’innovation dans le système éducatif. On peut surtout se réjouir que la manifestation organisée par le Ministère (et en particulier la DRDIE) ait mis l’accent sur la dimension collective de ces projets. Un enseignant innovant c’est bien, une équipe innovante c’est encore mieux !
Mais on le voit bien à travers le débat sur la réforme du Collège, “Innovation” est un mot de plus en plus piégé. . Alors qu’elle est encouragée par une institution qui reste cependant très marquée par le centralisme et la bureaucratie, l’innovation peut être rejetée par certains enseignants qui y voient une menace et une injonction. C’est ainsi que sur les réseaux sociaux aujourd’hui, les enseignants innovants et les initiatives telles que celles que nous évoquions plus haut sont l’objet de moqueries et que le discours sur l’innovation est vécu comme un discours culpabilisateur. L’enjeu est de parvenir à dépasser cela et à faire en sorte que le droit à l’expérimentation soit au cœur du métier (et de la formation. Comme je le formulais dans un billet de blog de 2014, si l’esprit d’initiative était la règle, si la pédagogie ordinaire était fondée sur le travail d’équipe, l'expérimentation et la recherche permanente, si les programmes et l’organisation du temps laissaient plus de marges de manœuvre, si l’on faisait un peu plus confiance aux enseignants, si on leur donnait un peu plus de pouvoir d’agir, … ce serait tous les jours la journée de l’innovation !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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vendredi, avril 01, 2016

Un virage (à 360°...)

Comme vous le savez, j’ai quitté mes responsabilités au CRAP-Cahiers Pédagogiques en Octobre 2015. Je suis aujourd’hui simple professeur en temps partagé de SES au Lycée et formateur à l’ESPÉ de Paris. Mais cette période de retrait m’a permis de réfléchir et de prendre du recul par rapport à mes engagements. Et je voudrais vous annoncer ici-même les nouvelles orientations professionnelles et militantes que je compte donner à ma vie.

Il faut dire que les interpellations nombreuses sur les réseaux sociaux et en particulier Twitter ont contribué à ma prise de conscience. Les remarques amicales, les conseils toujours bienveillants, les plaisanteries subtiles... ont contribué à me dessiller et m’ont permis de me rendre compte de mes erreurs voire de mes errements dans mes choix politiques et pédagogiques. Quand un ancien recteur, un professeur de philosophie, une responsable syndicale, et bien d’autres encore, se soucient à ce point de ce que vous écrivez et de ce que vous déclarez, vous ne pouvez que le prendre comme une marque d’affection. Je me suis rendu compte que tous ces personnages estimables ne voulaient que mon bien et se souciaient de ma rédemption.
C’est tout cela qui m’a fait réfléchir…
Je me rends compte que j’étais dans l’erreur sur le plan pédagogique. Je vais faire comme beaucoup d’autres l’ont fait avant moi : mettre mes idées en conformité avec mes actes. Puisque en classe, je mets des notes, je sélectionne, je fais du cours magistral et que je suis agrégé de ma discipline que je chéris et défends,  pourquoi devrais-je militer pour l’inverse ? Soyons cohérent

J’ai donc décidé aussi d’opérer un virage (à 360°...) dans ma carrière.
Je me lance d’abord dans un nouveau projet numérique : la réalisation d’un forum de discussion à destination des enseignants de tous âges. Comme le préfixe “néo” est déjà pris, j’ai choisi de le nommer « archeo-profs.fr ». J’invite tous ceux qui pensent que l’École d’hier est celle de demain et que l’innovation ne sert qu’à masquer l’incompétence à me rejoindre ! La devise de ce forum sera “à quoi bon changer l’école si on ne peut même pas changer la société”. Je sais que vous êtes nombreux à le penser et j’espère retrouver cette approche que je qualifierais de “pessimisme critique” mâtiné d’un cynisme ironique dans vos nombreux commentaires dès l’ouverture de ce forum ! Chiche ?

Par ailleurs, à partir de la rentrée prochaine, je quitte l’IUFM... pardon, l’ESPÉ pour rejoindre une nouvelle école : L’École Professorale Privée. Comme vous l’avez sans doute lu dans mon dernier (et ultime)“Bloc Notes”, cette nouvelle école veut “recréer les conditions d’existence d’un enseignement secondaire d’excellence en France”. Comme j’ai constaté que l’enseignement de l’économie et de la sociologie (rompons avec la non-scientificité des SES) n’avait pas encore de représentant, j’ai proposé ma candidature à Philippe Nemo. Avec un directeur portant un tel nom, à défaut de sommets, nous allons atteindre les profondeurs (de la pensée bien sûr) !


Dans cette époque troublée, où les promesses sont non tenues, pour ma part, je vous l’affirme : le changement c’est maintenant !



L'an dernier jour pour jour : Changer la société...


Philippe Watrelot

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