samedi, octobre 23, 2021

La réforme de la formation des enseignants : une escroquerie

Je republie sur mon blog cette chronique parue sur le site d’Alternatives Économiques le 14 octobre 2021. Merci à ce magazine, dont je suis un lecteur assidu depuis ses débuts, d'accueillir mes chroniques. 

PhW

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– Au fait, tu travailles toujours à l’IUFM ?

– Oui en temps partagé depuis quinze ans, mais tu sais ça s’appelle aujourd’hui des Inspé.

– Ah oui ? Il y a encore une nouvelle réforme ?

– En fait, il y en a eu plusieurs mais la dernière est catastrophique. Tu veux que je t’explique ?

– Non, je n’ai pas le temps et puis tu sais ces histoires de formation ça ne m’intéresse pas vraiment…

Cette conversation, je l’ai souvent eue... Les phrases peuvent varier légèrement mais il y a toujours les mêmes invariants. La formation des enseignants n’est pas un sujet qui passionne les enseignants (et encore moins la presse). Ce qui s’y passe semble loin de la réalité des professeurs avec, pour compliquer le tout, un fort ressenti à l’égard de ce moment du parcours professionnel. La multiplicité des réformes et les changements de structure, à mi-chemin entre l’enseignement scolaire et universitaire, rendent peu lisible ce sujet pour le plus grand nombre.

Cette chronique est rédigée en partie à la première personne car ce sujet me concerne. D’abord, parce que j’en suis l’un des acteurs et, surtout, parce que la manière dont les enseignants de demain sont formés est selon moi un enjeu essentiel. Dire « je » est aussi un moyen de donner de la chair et de rendre compte de ce qui se joue cette année.


Une succession de réformes

Les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) naissent en 1990. En 2010, une réforme menée par Xavier Darcos les vide d’une bonne partie de leur substance en remettant (déjà) en cause la formation des lauréats du concours. Elle les mettait en effet à temps plein devant des élèves durant l’année de stage alors qu’ils devaient se former en parallèle. Ma pire année de formateur...

En 2013, la loi de refondation de l’école de Vincent Peillon rétablit une formation conséquente en instituant les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé). Puis en 2017, avec la loi dite de « l’école de la confiance » de Jean-Michel Blanquer, ce sont les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspé) qui viennent les remplacer, avec la création du master métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (Meef).

Mais cette rétrospective rapide ne doit pas faire oublier les modifications des concours et des « maquettes », c’est-à-dire les attendus en matière de formations (contenus, volumes horaires). En quinze ans, j’ai dû m’adapter au moins à sept ou huit modifications de la formation…

Même si beaucoup parlent encore d’IUFM et ont le sentiment que seul le nom a changé, il n’en est rien. Nous avons basculé dans un système beaucoup plus contrôlé et un alignement sur les pratiques universitaires.

Outre une présence plus forte des enseignants du supérieur, cette « universitarisation » s’est aussi traduite par des exigences plus fortes pour la validation du master. Alors qu’avant, j’avais le sentiment de m’adresser à de futurs collègues, aujourd’hui, ceux-ci sont de plus en plus maintenus dans une position d’étudiants, avec l’infantilisation et la notation permanente qui l’accompagnent.


Des défauts récurrents

Si la formation a changé, il y a toujours les mêmes défauts récurrents que les évolutions successives n’ont pas su régler.


Le principal problème qui revient régulièrement dans les discussions avec les enseignants, c’est une certaine défiance à l’égard de la formation. Cela tient à cette tension entre la nécessité d’une formation et la manière dont celle-ci conduit à maintenir en situation d’élèves des adultes responsables devant des jeunes le reste de la semaine. Ce sentiment d’une forme d’infantilisation est renforcé par l’idée qu’une partie des formateurs (à plein temps) serait déconnectée du terrain.

Cela se double de l’impression de vivre un « formatage » où on imposerait une « doxa » pédagogique. On peut évidemment débattre de la réalité de ces ressentis, mais il vaut mieux en tenir compte que de s’enfermer dans une sorte de déni défensif, comme cela a été trop souvent le cas des formateurs au cours de ces années. Il y a une vraie réflexion à mener sur cette tension que certains chercheurs qualifient d’« adolescence professionnelle » et qui plombe l’efficacité de la formation.

Et cette formation vous la voulez comment ? Académique, didactique, pédagogique... ? Voilà l’exemple-type d’un débat biaisé où il vaut mieux raisonner en tension qu’en oppositions binaires. Former des enseignants c’est bien sûr s’appuyer sur des connaissances académiques solides. Mais suffit-il de savoir pour savoir enseigner ? C’est ce que prétendait le ministre Luc Ferry. Mais on sait bien qu’il faut aussi se préoccuper de didactique, c’est-à-dire des manières de transmettre et évaluer la maîtrise des concepts propres à une discipline. Et il faut aussi se préoccuper de pédagogie, avec des questions que se posent tous les enseignants : comment motiver, faire rentrer dans l’apprentissage, comment gérer une classe, quelles valeurs pour construire sa pratique professionnelle ?

Il ne s’agit pas d’opposer l’un à l’autre. Mais la formation est toujours très académique et structurée dans le second degré autour des logiques disciplinaires. La pédagogie reléguée souvent dans des formations spécifiques est mal appréhendée alors qu’elle devrait imprégner l’ensemble des cours propres à chaque matière.

La question du recrutement conduit aussi à une équation impossible : comment concilier concours et master ? Le système actuel prévoit la nécessité de combiner un master (bac +5) avec l’obtention d’un concours. On peut se demander si le maintien de cette double contrainte est toujours pertinent. De fait, le système de formation s’adresse à des candidats novices qui existent de moins en moins. D’abord, et c’est heureux, parce qu’une partie des candidats au concours est déjà titulaire d’un master. Et une part non négligeable a même eu une vie professionnelle avant d’envisager l’enseignement.

Mais, malgré cela, il y a de moins en moins de candidats et tous les concours d’enseignement (CRPE pour le primaire, Capes pour le secondaire) sont loin d’être pourvus. Cela peut s’expliquer par la faiblesse de la rémunération, mais aussi par la charge de travail pour devenir titulaire entre le master et le concours. Au passage, cela montre bien l’inanité qu’il y a à opposer revalorisation salariale et création de postes : à quoi bon créer des postes aux concours s’ils ne sont pas pourvus car les rémunérations sont trop faibles.


La nouvelle réforme

La nouvelle réforme qui se met en place depuis septembre ne résoudra en rien ces problèmes que nous venons d’évoquer. Les belles déclarations d’intentions ne résistent pas à l’examen des faits. Il s’agit essentiellement d’une réforme avec une visée budgétaire : il faut faire des économies !

Cette réforme est aussi caractéristique du mode de gouvernance du ministre. Elle s’est faite à marche forcée et sans tenir compte des avis des corps intermédiaires, c’est-à-dire les syndicats et les organisations de responsables d’Inspé. Le confinement et les règles d’enseignement à distance pour le supérieur ont permis de limiter la mobilisation des personnels concernés. Et, comme on l’a vu, le sujet ne mobilise pas non plus le monde enseignant.

Que retenir de cette réforme ? Résumons-le par un « avant/après ».

Avant : les lauréats du concours étaient stagiaires et durant cette année, ils étaient payés pour être à mi-temps en classe et l’autre en formation. Le concours avait lieu en fin de master 1. Celui-ci était préparé au sein d’un master Meef durant l’année de master 1. Ce diplôme devait être poursuivi en master 2 pour ceux qui n’avaient pas déjà un master puisque le Capes ou le CRPE exige un niveau master.

Après : le concours aura désormais lieu en fin de master 2 (bac +5). Le Meef prépare donc le concours en deux ans. Les lauréats du concours ne sont plus à mi-temps en formation mais à temps plein en classe (le ministère économise ainsi l’équivalent de 12 000 postes), car on considère que la formation a eu lieu avant.

Pour « compenser », durant l’année de master 2, on propose aux étudiants un contrat d’apprentissage qui consiste à assurer six heures de cours (payées 865 euros brut cumulables avec la bourse) tout en préparant le concours. Ce système n’a pas convaincu les candidats – seuls 30 % ont accepté un tel contrat – et les autres étudiants se retrouvent en stage d’observation et de pratique accompagnée (Sopa) durant une bonne partie de l’année.

Cette année de transition voit cohabiter à l’Inspé des personnes avec des statuts très différents : des stagiaires ayant obtenu le concours en 2021 et toujours sous l’ancien régime de formation, des étudiants-candidats faisant cours à des élèves, d’autres qui n’ont pas d’élèves et doivent faire un stage d’observation, et bien d’autres cas de figure.


Les escroqueries de la réforme

Aussi, selon moi, cette réforme relève de multiples escroqueries.

La première est de faire passer pour une « réforme » ce qui n’est qu’un moyen de réaliser de substantielles économies. En effet, on supprime l’alternance cours/formation durant l’année de stage. La suppression, à terme des lauréats-stagiaires de l’ancien dispositif, c’est-à-dire à mi-temps en formation, représente l’équivalent de 12 000 postes économisés. Le ministre Jean-Michel Blanquer est donc en train de rééditer ce qu’avait réalisé Xavier Darcos en 2010.

La deuxième escroquerie est de proposer des contrats d’apprentissage de six heures de cours (payés 700 euros net) à des étudiants qui préparent le concours en leur faisant croire que ça va leur permettre de réussir ledit concours et en plus de passer un master, faire un « mémoire » et suivre des cours... On comprend mieux en voyant la charge de travail que ce dispositif représente qu’il n’ait pas séduit les étudiants. Ceux-ci, depuis le début de l’année, consacrent tout leur temps à préparer leur cours pour les élèves et n’ont plus de temps pour le concours et le master.

Pour accueillir et aider ces stagiaires, ces étudiants en apprentissage ainsi que ceux qui seront en observation dans des classes, il faut des professeurs dans les établissements qui les accueillent et assurent un suivi. Là aussi, la rémunération de ces enseignants-tuteurs au regard du travail demandé relève de l’escroquerie.

Enfin, la dernière manipulation est, pour cette année, de faire coexister dans les mêmes cours des personnes avec une multiplicité de statuts. Mais il ne faut pas croire que l’année prochaine permettra une clarification, puisque de nouveaux cas de figure apparaîtront. Quel sort pour les étudiants qui n’auront pas réussi le concours ou raté le master ? Comment gérer les lauréats déjà titulaires d’un master ? Et ceux qui sont en reconversion professionnelle ? Ces conditions difficiles, voire impossibles, risquent de déconsidérer les étudiants de Meef et d’aboutir à réduire la qualité de la formation et créer de la précarité en « fabriquant » des contractuels qui n’auront pas le concours.



Mon travail de formateur est donc de proposer (sans moyens supplémentaires) des cours en partie communs à des personnes qui n’ont pas les mêmes attentes et les mêmes besoins. Et préparer des étudiants épuisés à la fois à un concours et à l’obtention d’un master avec une charge de travail très lourde (cours, évaluations, rédaction d’un mémoire). Et tout cela alors que le métier manque de candidats !

Pour les étudiants, c’est de la maltraitance institutionnelle. Pour le formateur que je suis, c’est nous faire mal travailler, même si on fait notre maximum, et en plus nous rendre complices de ce qui ressemble à une vaste escroquerie...


Philippe Watrelot


Le dessinateur d'Alternatives Économiques a trop vu Breaking Bad


mercredi, octobre 20, 2021

𝐋’É𝐜𝐨𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐁𝐥𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫, 𝐚𝐢𝐦𝐞𝐳 𝐥𝐚 𝐨𝐮 𝐪𝐮𝐢𝐭𝐭𝐞𝐳 𝐥𝐚 !



« Si vous voulez devenir plombier et que vous avez un problème avec les tuyaux, vous choisissez un autre métier. Il faut en faire un autre. Si vous devenez professeur, vous transmettez les valeurs de la République. Et si vous ne les transmettez pas et si même vous militez contre les valeurs de la République, éventuellement sortez de ce métier, parce que vous vous êtes trompés à un moment donné. »  C’est ce qu’a déclaré Jean-Michel Blanquer, le 19 octobre durant la journée de formation des référents laïcité qui se tenait au CNAM à Paris. 

« Ça n'a peut-être pas été assez clair dans le passé, ça va être désormais très clair dans le présent et dans le futur, au travers de la formation comme de la gestion de la carrière des personnes »  a t-il ajouté.

Depuis cette déclaration menaçante, les réactions sont très vives. En tant qu’enseignant, à mon tour, je voudrais dire pourquoi cette déclaration est non seulement choquante mais révélatrice d’une conception de l'École que je récuse. 


Montrer ses muscles et jeter le doute

Cette déclaration faite devant des cadres de l’Éducation Nationale et des futurs formateurs est en réalité destinée à d’autres. Encore une fois, Jean-Michel Blanquer joue l’opinion contre les enseignants. Dans un contexte pré-électoral assez malsain, il veut donner à l’opinion publique une image de fermeté en montrant ses muscles. 

Avec cette déclaration, il jette le doute sur l’ensemble des enseignants supposés ne pas respecter les « valeurs de la République ». Il laisse également entendre que rien n’aurait été fait avant lui. C’est non seulement faux mais insultant pour les enseignants qui n’ont pas attendu M. Blanquer pour faire vivre au quotidien la République et ses valeurs, là où ils enseignent. Les faire vivre et pas seulement les inculquer...

Cette menace est grave parce qu’elle installe, ou plutôt renforce, un climat de contrôle permanent. Chaque enseignant est vu comme un déviant potentiel qu’il faudrait détecter et éventuellement punir ou remettre dans le droit chemin. L’École de la confiance n’a jamais autant été une antiphrase. 


Fonctionnaire ? 


Par ici la sortie ?
Certains pourraient me rétorquer qu’il est normal d’encadrer le travail des fonctionnaires et que le ministre ne fait que rappeler des évidences. 

Certes, nous sommes des fonctionnaires et il ne nous faut pas oublier ce que cela implique. Nous ne pouvons pas vivre notre métier de manière individualiste et sans rendre des comptes. 

Mais ce que propose le ministre n’a rien à voir avec cela. Il s’agit ni plus ni moins que d’installer une gouvernance autoritaire et de sommer,  sans débats ni négociations, les fonctionnaires de l’Éducation Nationale d’appliquer une certaine conception des valeurs et de l’École. Celle du Ministre. "Je pense donc tu suis"... 

« Fonctionnaire » ne veut pas dire qu’on doit abolir le jugement. Les fonctionnaires ne sont pas des pions et ils ont besoin de confiance et de soutien pour agir. Et on peut rappeler aussi que ce statut n’empêche en rien l’expression. Le « devoir de réserve », évoqué à tort et à travers, n’est pas une muselière. Il interdit simplement de se prévaloir de sa fonction d’enseignant pour promouvoir des idées politiques. Je crois avoir lu récemment une tribune qui rentrait dans ce cas de figure... 


Un "tuyau" bien mal embouché

Ce qui rend méfiant, c’est aussi que cette phrase vient après bien d’autres actes… 

On se rappelle de l’article 1 de la si mal nommée « loi pour une école de la confiance ». Cet article était déjà destiné à instiller le doute sur la déontologie des enseignants. 

Dans un autre domaine, on se rappelle que le Ministre a fait réécrire les programmes d’EMC dans un sens beaucoup plus injonctif et supprimant tout ce qui permettait la référence au débat. Etonnant paradoxe : on transforme les valeurs de la République en catéchisme. 

On peut aussi évoquer les nouvelles épreuves orales des concours d’enseignement où on prévoit une sorte d’entretien d’embauche (de conformité ?) et des études de cas  sur l’attitude à avoir face à des situations mettant en question la laïcité. Pourquoi pas ? Mais le texte de définition des épreuves se situe bien plus dans une logique normative que dans la réflexion pédagogique. 

Enfin, on peut se rappeler la sortie du ministre sur les « tenues républicaines » qui montre que l’ordre moral n’est jamais loin derrière le discours obsessionnel du ministre sur « sa » conception de la laïcité. Car il s’agit bien d’une manière très particulière de voir les valeurs de la République et plus précisément la laïcité..


Que met-on dans le tuyau ?

On se rappelle aussi que le gouvernement a supprimé l’Observatoire de la laïcité supposé développer une approche trop « laxiste » et non conforme à la conception en vigueur aujourd’hui. De son côté, Jean Michel Blanquer a installé un « conseil des sages » composé de personnalités dont une grande majorité est connue pour une vision très conflictuelle et étroite de la laïcité. 

Les dernières déclarations du ministre où il s‘invente des ennemis imaginaires (c’est toujours plus facile à combattre) tels que l’islamo-gauchisme ou le « wokisme » vont aussi dans cette logique de l’affrontement. 

Ce qu’on met dans le tuyau c’est une conception de la République et de la laïcité où la tolérance et l’altérité sont oubliées au profit d’une méfiance à l’égard d’une religion et d’une communauté. 

Cette conception là, combat les symptômes au lieu de s’attaquer aux causes. Si l’on s’inquiète du « séparatisme » et de l’influence de certains extrémismes, on oublie que c’est le résultat d’un séparatisme géographique et social et de l’abandon des quartiers et de toute une frange de la population. Si on s’inquiète d’un défaut d’adhésion de certains aux « valeurs de la République » c’est peut être aussi parce que la République ne leur accorde pas assez de valeur et d’attention. 

Il faudrait aussi que la promesse républicaine soit tenue alors que l’École Française est une de celles où l’origine sociale joue le plus dans la réussite scolaire et l’accès aux diplômes.  S’il faut de la République, il faut surtout de la démocratie et de la justice sociale. 

Plutôt que de créer de petites polémiques utiles à ses ambitions politiques, plutôt que d’incriminer les enseignants, le Ministre et avec lui le gouvernement devraient donner de véritables moyens pour lutter contre les inégalités. Ce serait là le meilleur moyen  de faire vivre les "valeurs de la République"... 

Philippe Watrelot

vendredi, octobre 01, 2021

Les records de Blanquer


Je reprends sur mon blog un article publié le 13 septembre sur AOC et consacré aux "records de Blanquer".  Merci à AOC et son principal animateur Sylvain Bourmeau d'avoir accueilli mon texte. 
Je ne peux que vous inciter à lire et vous abonner à cette revue de qualité ! 

PhW

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Le 13 septembre, Jean-Michel Blanquer a battu le record de longévité au poste de ministre de Christian Fouchet avec près de 4 ans et 4 mois consécutifs. Alors que nous arrivons au terme du quinquennat, le ministre qui bat aussi des records d’impopularité chez les enseignants se répand dans la presse pour faire son propre bilan. En complément de ces monuments d’auto-satisfaction dans lesquels il faut ranger également le livre qu’il signe « École ouverte » (Gallimard) (on peut lire sur AOC l'analyse qu'en fait Laurence De Cock), on peut aussi se pencher sur une longue note de l’Institut Montaigne intitulée « Quinquennat Macron : le grand décryptage » où figure un long  chapitre consacré à l’éducation. Le style y est aussi, on s’en doute, très positif. On peut le lire comme une sorte d’argumentaire de campagne pour 2022. 

En 2018, je publiais sur AOC, un texte intitulé « un an après, qui êtes vous M. Blanquer ? ».  Si j’approfondis ce portrait et trace quelques pistes pour reconstruire l’École dans un livre récent (« je suis un pédagogiste, gommer les clichés, construire une meilleure école » ESF-Sciences Humaines 2021), je voudrais surtout dans cet article, revenir sur le bilan du ministre et tenter de répondre à une question : dans quel état M. Blanquer laisse t-il l’École et les enseignants ?


Promesses et intentions

Pour dresser le bilan, il faut déjà s’appuyer sur ce qui était annoncé en 2017 et ensuite. Dans le programme du candidat Macron, on trouve une seule page consacrée à l’éducation avec une liste hétéroclite de promesses. Cela va de la « priorité à l’école primaire » avec la « limitation à 12 élèves par enseignant pour les classes de CP et CE1 en zone prioritaire » en passant par l’interdiction des téléphones portables en primaire et au collège. On annonce aussi le rétablissement des parcours bi-langues au collège ainsi que du grec et du latin (jamais supprimés...), un accompagnement après la classe et la « modernisation du baccalauréat ». On dit vouloir aussi donner plus d’autonomie aux équipes éducatives et mieux évaluer les résultats des établissements et universités. 

La politique éducative (comme bien d’autres aspects) semble avoir été sous-traitée à l’institut Montaigne. Ce think-tank qu’on peut qualifier de néo-libéral avait travaillé en amont sur des propositions pour « moderniser » l’École. Parmi ses contributeurs figurait Jean-Michel Blanquer qui, par ailleurs, avait écrit plusieurs livres qui étaient autant de lettres de motivation pour un éventuel poste de ministre. Quel que soit le président…

C’est surtout dans « L’école de demain » paru en 2016 qu’il affirme ses intentions réformatrices avec en particulier deux axes majeurs : fonder son pilotage sur les apports de la science (en fait, les neurosciences) et l’évaluation (des élèves, des enseignants, des établissements) ; rendre le système éducatif et les établissements plus « autonomes ». On verra qu’entre les discours, les intentions et la réalité des décisions et du pilotage, il y a de la marge....

Dans les annonces présidentielles ou ministérielles qui ont marqué le début du quinquennat, il faut aussi rajouter le Service National Universel (SNU) décidé par E. Macron pour séduire une partie de l’électorat nostalgique du service militaire (et qui va coûter très cher). On peut aussi évoquer l’instruction obligatoire à trois ans (et l’obligation de formation jusqu’à 18 ans) qui est une des dispositions de la « Loi pour une École de la confiance » promulguée le 28 juillet 2019. Mesure d’autant plus facile à mettre en œuvre que 98% des élèves allaient déjà l’école à cet âge ! 


Cocher les cases... à marche forcée

Lors de sa dernière conférence de presse de rentrée, le ministre s’est employé à faire son bilan et cocher les cases des promesses tenues.  La note de l’institut Montaigne déjà citée fait de même. L’auteur y vante « la rapide exécution des réformes structurelles » (page 1) avant d’admettre que « néanmoins la capacité de réformes et d’évolution de notre système éducatif a largement été entravée par la crise sanitaire. Ainsi la majeure partie des réformes a été réalisée avant mars 2020, la seconde partie du quinquennat – jusqu’à aujourd’hui – ayant eu pour légitime souci la gestion de la crise sanitaire » (p.3). Nous reviendrons sur ce dernier aspect ensuite mais on peut déjà s’attarder sur la « rapide exécution ». 

En d’autres termes, on avance à marche forcée dans un rythme dicté par un agenda qui est celui du quinquennat. Cet impératif est porteur de précipitation et surtout d’absence de concertation. Un changement durable se fait-il en bousculant les acteurs chargés de l’appliquer ?  Il faudrait demander à Claude Allègre ce qu’il en pense...

Alors qu’on évoquait plus haut l’image d’un ministre ayant déjà beaucoup réfléchi à l’évolution du système éducatif avec plusieurs livres à son actif, on est frappé par l’impréparation voire l’improvisation dans la mise en œuvre des mesures. Que ce soit pour la réforme du lycée et du bac ou pour la réforme de la formation des enseignants, une véritable concertation aurait pu permettre de repérer l’infaisabilité ou les effets pervers de tel ou tel dispositif. 

En ce qui concerne le Primaire, la mise en œuvre des classes dédoublées pour les CP-CE1 en REP+ s’est faite sans tirer le bilan du dispositif précédent (Plus de maitres que de classes) qui semblait pourtant donner des résultats prometteurs. 

Mais le temps de l’éducation n’est pas celui du politique... !


Le « quoi qu’il en coûte » s’est arrêté à la porte des écoles

Lorsqu’on regarde les chiffres du budget consacré à l’enseignement scolaire, on pourrait se dire qu’il a progressé. Le budget de l’Education nationale atteint 55,1 milliards d’euros, soit le plus élevé de l’Etat, avec 1,6 milliard de plus qu’en 2020. Mais ces chiffres bruts sont trompeurs. Un rapide calcul montre que cela correspond à une augmentation de 2,6 % par rapport aux dépenses de 2020. Dans le même temps pourtant, le budget de l’Etat a bien plus augmenté (9,5 %), ce qui réduit donc l’importance de cette hausse et la part du budget de l’Education dans le budget global. L’effort du pays en matière d’éducation est toujours de l’ordre de 6,7% du PIB.

La France, parmi les pays comparables était un de ceux qui consacrait le moins au Primaire. Il était donc en effet logique de renverser la tendance. Mais cela s’est fait à moyens constants : on a déshabillé Pierre élève de lycée pour habiller Paul, élève de CP. Pire, comme les effectifs d’élève ont augmenté en lycée et dans le supérieur à cause du pic démographique, les conditions de travail se sont dégradées : classes surchargées et réduction de l’offre pour les élèves. 

Si 2 039 postes ont été créés dans les écoles en 2021, dans le même temps, le second degré (collèges et lycées) a perdu 1 800 postes et l’enseignement privé 239. Tout compte fait, le solde des postes est négatif, avec 120 postes en moins. Alors que d’autres ministères (police, justice) voient leurs effectifs vraiment augmenter... Pour faire illusion, le gouvernement use d’un artifice. Dans le secondaire, les suppressions d’emplois seront compensées par des heures supplémentaires. Mais c’est un trompe-l’œil. Les professeurs font déjà des heures sup’ et peuvent difficilement en absorber davantage. En 2019, le ministère avait déjà augmenté le nombre d’heures supplémentaires… mais un tiers seulement avait pu être assuré.

Cette logique d’économie est vraiment au cœur de la mission de Jean-Michel Blanquer. On peut lire la réforme du lycée et du bac ainsi puisque cela a permis d’augmenter les effectifs des classes en supprimant les séries. De la même manière la réforme de la formation qui se met en place en 2021 va supprimer le mi-temps de formation pour les stagiaires, considéré comme très coûteux. Ceux-ci seront désormais à temps plein après leur réussite au concours. A la place on propose aux candidats de faire six heures de cours dans une sorte de contrat d’apprentissage. Pas sûr que cela contribue à l’attractivité du métier. 

Pas sûr, non plus que les mesures de ce qu’on ose à peine qualifier de « revalorisation » suffisent. Malgré un effort pour les débuts de carrière, le métier enseignant est notoirement moins bien rémunéré que dans les autres pays européens et surtout en comparaison avec les autres salaires auxquels peuvent prétendre les Bac + 5. Comme je le développe dans mon livre, on est loin, bien loin, d’une réelle revalorisation pour l’ensemble des enseignants (dans les mesures récentes c’est à peine la moitié d’entre eux qui est concernée). L’économiste Asma Benhenda estime que pour atteindre le salaire médian des autres bac+5 il faudrait une hausse d’environ 380 euros bruts par mois. 

On le voit le « quoi qu’il en coûte » s’est arrêté à la porte des établissements scolaires. C’est d’autant plus paradoxal que le maintien des écoles ouvertes dont se glorifie aujourd’hui le ministre a permis le maintien du fonctionnement de l’économie en servant de « garderie nationale » sans que les enseignants en soient réellement récompensés. 


Record de communication, record de surdité


Le ministre a saturé l’espace médiatique. Il parle plus qu’il n’agit. Par exemple, « École ouverte » (titre de son dernier livre) est un slogan et un storytelling destiné à montrer le « courage » de Blanquer face à l’adversité (et implicitement la frilosité des enseignants). 

Car une des caractéristiques de cette omniprésence médiatique c’est qu’à chaque fois il semble jouer l’opinion contre les enseignants. Les épisodes de « prof bashing » ont été nombreux durant ces quatre années. Quelquefois, on a été jusqu’à inventer des polémiques voire des mensonges comme ce fut le cas avec les méthodes de lecture. Elle lui sert aussi à dicter l’agenda et détourner l’attention de problèmes plus importants. Dernier exemple en date avec les affiches sur la « laïcité » où le ministre crée une fois de plus une polémique qui lui permet de saturer le débat public.

Cette communication confine ( !) aussi à l’auto-satisfaction permanente sans qu’elle soit contredite. Car, jusqu’à récemment, M. Blanquer a bénéficié d’une sorte d’immunité médiatique. Ses affirmations qui relevaient presque de la fabrication d’une vérité alternative étaient peu vérifiées. Il a fallu attendre cette année et les polémiques sur le rôle de l’École dans la réussite aux JO ou les affirmations sur les écrans plats achetés avec l’allocation de rentrée scolaire pour que l’on s’aperçoive que le roi est nu... 

Le temps passé dans les médias est autant de temps en moins pour écouter les enseignants et leurs représentants. Dans une interview récente pour le site EducPros il déclare « Je récuse l’idée d’être vertical mais j’assume d’avoir mené à bien des réformes transformatrices.» et il ajoute « Il est impossible d’obtenir un consensus pour une maison d’un million de personnes » 

S’il est impossible d'obtenir un consensus, ça n'empêche pas d'essayer ou du moins de pratiquer la consultation et la concertation. Ce ne fut pas le cas ! 

Même s’il s’en défend, ce qui caractérise la méthode Blanquer, c’est donc sa verticalité et son absence d’écoute. « Je pense donc tu suis… ». 

Avancer à marche forcée comme nous l’évoquions plus haut a conduit aussi à nier l’expertise des enseignants. Dans un article du JDD qui reprend une note de l’institut Montaigne (c’est le même auteur), on trouve cette phrase qui résume parfaitement le scientisme dévoyé de Blanquer : « seuls les résultats de la recherche expérimentale doivent inspirer les principes et techniques utilisées au sein des salles de classe ». Même s’il ne s’agit pas de rejeter les apports des sciences (et pas des seules « neurosciences ») il ne fallait pas transformer les scientifiques en « sachants » péremptoires chargés de définir les bonnes pratiques. La science ne devrait pas être utilisée pour clouer le bec des praticiens qui ont aussi leur propre expérience et expertise. Les neurosciences ne peuvent être la fin du débat, elles en sont un élément.

La méthode Blanquer a ainsi conduit à brutaliser les enseignants et à nier leur expertise. 


Vertical et qui penche à droite

Cette vision technocratique de la gouvernance est emblématique de la période qui s’achève mais elle existait déjà bien avant. Un des enjeux majeurs pour l’avenir est de faire évoluer le management dans l’Éducation Nationale. Mais s’agit-il de plaquer le modèle de l’entreprise sur l’École ? 

L’épisode récent de la proposition macronienne de donner le pouvoir de choisir leurs enseignants aux directeurs d’école témoigne non seulement d’une méconnaissance de la réalité des établissements et de l’état du recrutement mais surtout d’une posture essentiellement idéologique. Cette proposition néo-libérale était déjà au cœur des préconisations de Blanquer dans son livre de 2016. C’est une vision de l’«autonomie » réduite à la vision d’un chef d’établissement (ce qu’en plus, que ne sont pas les directeurs) manager. 

Mais cette autonomie est très limitée et très encadrée. Le Ministre n’oublie pas qu’il est un technocrate et qu’il a besoin de s’appuyer sur la technostructure pour exister Comme le dit Claude Lelièvre dans un billet de blog récent « Jean-Michel Blanquer apparaît personnellement certes comme un ''théologien'' ostentatoire du néo-libéralisme, mais surtout comme un ''pratiquant'' quelque peu flottant. » Un libéral-autoritaire en quelque sorte...

Même s’il ne cesse, surtout depuis quelques mois ( !), de dire que son objectif est de lutter contre les inégalités, on ne peut pas dire que son action en donne la preuve. La réduction des effectifs en CP-CE1 de REP+ est l’arbre « social » qui cache mal la forêt libérale. L’action de l’ancien recteur de Créteil devenu ministre a surtout été d’exfiltrer les « méritants » plutôt que d’envisager une action systémique contre les inégalités créées par l’école. Ce maintien de la croyance en la méritocratie et le déni des inégalités sociales sont bien des marqueurs plutôt de droite. 

L’instrumentalisation de la laïcité en est un autre. Jean-Michel Blanquer se présente comme un « républicain social » mais son positionnement politique le situe clairement dans un camp qui se positionne contre un supposé « séparatisme » et dans une ligne très offensive contre une religion en particulier. La polémique récente sur les affiches a bien montré aussi la confusion sur le sens même de la loi de 1905. 

On m'a reproché de ne pas assez parler dans mon livre de la laïcité. Si c'est celle qui est instrumentalisée par les "sages" (!) de la laïcité ou par M. Blanquer c'est normal que je n'en parle pas. Car je pense qu'on en parle trop !Et qu'elle sert surtout à détourner l'attention des vrais problèmes qui sont ceux de la promesse républicaine qui n'est plus permise par les inégalités sociales et les défaillances de l'École. Pour permettre le "vivre ensemble", et si on s'attaquait vraiment aux inégalités sociales (et spatiales) et aux discriminations ? C'est cela le vrai chantier.


Veut-il « détruire » l’École ? 

Il est tentant de parler d’une entreprise délibérée de destruction de l’École dans une perspective néolibérale. D’une certaine manière, il est confortable de voir une intention et une volonté structurée. Il est certain que Jean-Michel Blanquer a écrit plusieurs livres avant (et pendant) son mandat pour exposer sa vision du système éducatif et de son évolution. Il y a donc une forme de stratégie chez ce joueur d’échec et une intention de transformer l’école. Mais s’il y a un projet, la stratégie se perd dans des petits coups tactiques, brouillons et mal préparés. 

Ses arrières pensées politiques de plus en plus mises en avant l’ont conduit à négliger l’exécution de ses propres réformes. L’épisode, qui dure encore, de la crise sanitaire a fait craquer le vernis de l’image de professionnalisme qui était la sienne auprès des médias et de l’opinion. Celle ci est très entamée chez les enseignants. Selon le dernier baromètre, seuls 10% des enseignants continuent à lui faire confiance ! La longévité s’accompagne d’un record d’impopularité 

Au final, a t-il beaucoup transformé le système ? Hormis le lycée et le bac, qui devront être probablement encore aménagés pour pouvoir fonctionner, il y a peu de transformations durables. Dans l’École, comme ailleurs, le changement prend du temps et ne peut se faire qu’en s’appuyant sur les acteurs du système pas en les brutalisant. Seul, on croit avancer vite mais on ne va pas très loin ! 

Il laisse en tout cas le système éducatif dans un état de méfiance et d’épuisement qui risque de marquer pendant longtemps les enseignants. Cet état d’esprit est très inquiétant pour la suite puisque il obère grandement toute possibilité de changement. S’il n’a pas détruit l’école, il a en effet détruit une bonne partie de l’optimisme voire de la combativité. Cette défiance à l’égard de l’idée même de réforme peut conduire au conservatisme. 

Tous les militants d’une école de l’émancipation et qui savent que celle ci doit évoluer pour être moins inégale vont devoir agir ensemble pour reconstruire un projet collectif et ambitieux pour l’École. 

Philippe Watrelot

pour AOC le 13 septembre 2021


lundi, septembre 06, 2021

« Construire des alliances éducatives et sortir des méfiances réciproques »

 



J'ai répondu récemment à une interview pour la commission "politiques éducatives" du CNFPT (centre national de la fonction publique territoriale) . Elle est composée de plus de 3000 membres, tous fonctionnaires territoriaux de l'éducation. Je reprends ici sur mon blog les principaux éléments de cet entretien.

PhW

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Avant de commencer pouvez-vous nous préciser une chose : vous êtes pédagogue ou pédagogiste?

Je suis un enseignant ! Ce n’est pas qu’une pirouette mais un moyen de rappeler qu’il est prétentieux de se prétendre « pédagogue ». Ce sont les autres qui peuvent le dire de vous. Et tous les enseignants dès l’instant où ils se posent des questions sur les meilleures manières de faire apprendre le sont plus ou moins. 

C’est également dangereux de se définir « pédagogiste » comme je le fais dans mon livre. Car c’est d’abord un terme péjoratif avec lequel je tente un « retournement du stigmate ». Autrement dit, j’essaie d’en faire un motif de fierté et de le définir positivement en déconstruisant les lieux communs et les caricatures qui y sont attachés. 


Pourquoi le mot pédagogue est-il devenu un gros mot ?Pourquoi critique- t-on les pédagogues ou innovateurs de l’Education Nationale alors qu’on ne leur donne pas les moyens de leurs ambitions ?


J’y reviens longuement dans mon livre. Il y a plusieurs phénomènes qui se combinent et qui expliquent la méfiance à l’égard de la pédagogie et l’utilisation relativement nouvelle de ce terme de « pédagogiste » 

Il y a d’abord le produit d’un discours conservateur qui s’est développé dans les années 80 où, à l’époque, on opposait dans la presse et les essais polémiques des supposés « Républicains » aux « Pédagogues ». Cela s’est poursuivi et amplifié avec le développement des réseaux sociaux. La réforme du collège en 2015 a, selon moi, marqué une bascule dans la violence des propos.  N’oublions pas non plus le discours des hommes politiques qui a aussi utilisé cet artifice rhétorique de la construction d’un épouvantail en accablant des « pédagogistes prétentieux » (F. Fillon)  de tous les maux. Ainsi, le ministre actuel a t-il été présenté au début de son ministère comme l’homme qui voulait « en finir avec le pédagogisme ».

Mais, et c’est plus grave, la méfiance provient aussi des enseignants eux-mêmes. Le lexique pédaogique est devenu la vulgate de la technostructure et se transforme en injonctions. Cela se greffe aussi sur un malaise enseignant qui combine à la fois un problème de rémunération, un sentiment de déclassement et de dépossession de son travail. Cela ne permet pas d’envisager les évolutions pédagogiques. Le pédagogiste est alors perçu comme un idéologue déconnecté du terrain au discours culpabilisateur  (voire « néo-libéral ») et qui, en voulant faire évoluer le système, se situe du « côté du manche ». C’est surtout contre cela que je me bats en montrant que nous sommes avant tout des enseignants de terrain qui voulons améliorer l’École au service de plus de justice sociale. 

Car « se donner les moyens de ses ambitions », ce n’est pas forcément uniquement des moyens matériels et humains, c’est aussi une organisation qui donne plus de pouvoirs à tous les acteurs de l’éducation. Et surtout il faut que l’ambition, c’est-à-dire les finalités de l’École, soit plus clairement définie. Or, l’École d’aujourd’hui oscille entre plusieurs buts ce qui rend peu lisible son action : est-ce l’élitisme et la méritocratie qui continue à nous guider alors qu’on voit les limites et les impasses de ce concept ? Est-ce vraiment la lutte contre les inégalités alors que, malgré l’éducation prioritaire, on continue à dépenser plus (en salaires enseignants) pour les établissements favorisés ? 

Car, pourtant, comme je l’écris, les études des sociologues et les enquêtes internationales (PISA…) montrent bien que la France est un des pays où l’origine sociale est la plus déterminante dans la réussite scolaire. Et l’École n’est pas que le réceptacle d’inégalités qui se joueraient ailleurs, elle contribue à les amplifier et même en créer. L’École doit faire sa part. 

Et puisque vous parlez d’innovation, celle-ci ne peut-être une injonction managériale. Elle doit, tout comme la pédagogie, être au service de valeurs et de finalités. La lutte contre les inégalités doit devenir la priorité de la politique éducative. 


Dans votre ouvrage vous pointez le populisme éducatif qui censure de fait les études et recherches qui pourraient permettre à l’école de sortir de l’ornière. Pouvez nous parlez de ces pistes ?

Le populisme éducatif, comme tout populisme, consiste à aller vers un discours sans nuances et fondé sur la nostalgie d’une école d’un bon vieux temps complètement mythifiée. On fabrique aussi de fausses querelles comme la polémique récurrente sur les méthodes de lecture nous le montre. 

Or, les travaux des chercheurs et des praticiens  ou même les études internationales nous tracent des pistes qui peuvent être fécondes. La différenciation pédagogique, une évaluation au service des apprentissages, donner plus de sens aux apprentissages par une pédagogie de projet, faire coopérer les élèves mais aussi les enseignants et les faire échanger sur leurs pratiques, tout cela existe déjà mais gagnerait à être mieux mis en avant et valorisé par l’Éducation Nationale.  Au lieu de cela, on préfère laisser fonctionner une administration très verticale et l’image d’enseignants rétifs au changement. 


Vous interpellez à la fin de votre livre un futur candidat à la présidentielle. Mais au fait, si vous étiez  Ministre ça serait quoi vos priorités concrètes?

Je crois l’avoir déjà un peu esquissé. D’abord un constat : on ne fait pas évoluer un système avec des personnes qui vont mal. C’est pourquoi il faut engager  une revalorisation immédiate et inconditionnelle des personnels. 

Il faut aussi reconstruire le lien avec l’École. Je propose une convention citoyenne sur l’École comme il y en a eu une sur le climat. Mais je l’espère avec une meilleure prise en compte des préconisations ! je fais le pari que des citoyens convenablement informés des enjeux sauront se départir du populisme et des faux débats pour définir des finalités. Et j’espère que cela se fera pour la lutte contre les inégalités. On peut par exemple évaluer les établissements en fonction de ce critère. 

Il faut aussi redonner du pouvoir d’agir aux équipes enseignantes. Cela passe par du temps de co-élaboration et de formation dans les établissements. Je pourrais développer  plus encore. Même si mon livre n’est pas un programme, il comporte de nombreuses propositions et des pistes pédagogiques. Je suis prêt à en discuter avec tous les progressistes qui voudront bien m'inviter ou prêter attention à mes idées.


L’école est-elle vraiment "l’affaire de  tous" alors que parfois elle ressemble à un sanctuaire? Quelles solutions pour ouvrir cette citadelle ?

Quand je propose une convention citoyenne, cela ne veut pas dire que les parents, l’opinion doivent se mêler de tout ce qui concerne l’École. Je pense que les finalités doivent faire l’objet d’un débat de société mais que les moyens de les mettre en œuvre relèvent des équipes éducatives. 

Mais ce qui importe en effet c’est de lever ce que j’appelle les "méfiances réciproques" : les parents vis-à-vis des enseignants et inversement, les collectivités territoriales à l’égard des établissements d’enseignement. Il n’y a pas de solution miracle mais du dialogue, du partenariat au service d’un même objectif.  C’est ce que j’appelle, avec d’autres, les "alliances éducatives". 


Vous êtes professeur, les collectivités territoriales assument de plus en plus un rôle éducatif sur les temps péri et extra scolaires. De votre point de vue comment rendre cela réellement complémentaire avec l’Ecole? 

Quand j’avais été sollicité pour être président du CNIRÉ, j’avais insisté pour que cette instance consacrée à la réussite éducative intègre encore plus des représentants des différents ministères (Santé, Justice, Agriculture, Ville, Jeunesse et sports, Culture…) et des collectivités territoriales. Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. La multiplicité des acteurs est souvent vue comme un handicap alors que ça peut être une richesse. 

On peut concevoir des « tiers-lieux », des rencontres, des moments communs de formation et de découverte des territoires pour les enseignants qui n’y habiteraient pas. Le partage des locaux et l’accès privilégié à certains équipements est déjà une réalité, de fait, notamment dans l’enseignement primaire. Pour que cela ne soit pas vu comme une intrusion, il importe de travailler sur les besoins respectifs des uns et des autres et les synergies possibles. C’est déjà une réalité dans de très nombreux endroits ! 


Votre ouvrage est forcément très axé sur le monde scolaire. Les collectivités territoriales sont aujourd’hui pourtant un partenaire indispensable pour une alliance éducative et un système éducatif  territorial singularisé. Ou est-ce une utopie ?

L’éducation est beaucoup trop « scolaro-centrée ». Si l’on veut vraiment lutter contre les inégalités et permettre la réussite éducative, il faut prendre l’enfant, le jeune (et non pas seulement « l’élève ») dans sa globalité. Je travaille dans un établissement qui est impliqué dans un projet de « cité éducative » avec une des villes voisines. Pour moi ce n’est pas une utopie mais une piste très prometteuse. 


Le nouveau modèle souhaité par certain serait une Education Territoriale. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas de ceux qui répètent comme un mantra « égalité Républicaine » dès que l’on évoque la territorialisation pour s'en prémunir. Toutefois, je suis très attaché à l’importance du service public et au statut de fonctionnaire qui s’y rattache. Mais le service public ce sont d’abord des valeurs que nous avons en partage que ce soit dans la territoriale ou la fonction publique d’État. 

Dans mon livre, j’essaie de réhabiliter une notion un peu vite oubliée qui est celle de la subsidiarité. Autrement dit : une autorité centrale ne devrait effectuer que les tâches qui ne peuvent pas être réalisées à l’échelon inférieur. Il nous faudrait appliquer cette logique au monde de l’Éducation nationale qui est trop vertical et bureaucratique. Plus largement, une véritable « École de la confiance » ( ! ) supposerait qu’on donne plus de marge de manœuvre aux équipes enseignantes et éducatives.


Vous parlez d’alliance avec les parents comme solutions aux défis de la réussite de tous les enfants ? Mais où sont les mairies, département et région dans votre analyse ? Les collectivités territoriales ne seraient elles qu’ un interlocuteur de moyens financiers ou matériels dans votre vision ?

Je crois avoir en grande partie déjà répondu à cette question. Les collectivités territoriales (et en particulier les communes) sont au plus près des besoins des citoyens. Elles ne sont pas seulement des « fournisseurs » d’équipement et de locaux mais sont porteuses de projets et de coordination. 

A l’inverse, si on se contente de livrer des équipements informatiques sans se préoccuper de la formation des personnels et d’une réflexion sur les pratiques et sans coordination  on rate sa cible. L’épisode récent du travail à distance et de la saturation des espaces numériques est là pour nous le rappeler


A quelques jours de la rentrée, un petit mot pour les territoriaux de l’éducation ?

Puisqu’on évoque la crise sanitaire, ma première pensée va à tous ceux qui, dans l’ombre, font un travail remarquable dans des conditions difficiles et des délais très courts pour garantir la sécurité, l’hygiène, l’alimentation des jeunes et des personnels éducatifs. Les protocoles et autres campagnes de vaccination ne seraient que du vent sans leur travail qui n’est souvent pas reconnu à sa juste valeur ! 


Quel est votre super pouvoir d’acteur de l’éducation !?

Je n’ai pas de super pouvoir ! J’utilise un pouvoir bien ordinaire même si il est souvent négligé : celui de « penser son métier » au sein de collectifs et de vouloir être partie prenante de son évolution en informant, en portant le débat… 

Je suis un citoyen ! 



lundi, août 16, 2021

Autour de "Je suis un pédagogiste"…

 

Je suis heureux d’annoncer la sortie de mon livre « Je suis un pédagogiste » aux éditions ESF-Sciences Humaines pour cette rentrée scolaire 2021. Même si celui-ci est le prolongement du blog que je tiens depuis 2004, je n’avais pas cru bon d’y consacrer un billet jusque là. En revanche, ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux ont été abondamment (trop ?) informés de sa parution ! 

Le livre devrait se suffire à lui même et je vous invite tous évidemment à le lire ! Plutôt que d’en proposer un résumé, dans ce billet de blog, je voudrais surtout raconter un peu la genèse et les réflexions qui m’ont accompagné tout au long de ce processus d’écriture et de réflexion. 


Aux origines…

L’idée de cet ouvrage date d’il y a plusieurs années. Il me trotte dans la tête depuis 2015. Je me souviens très bien du moment : le 19 mai 2015. J’étais pour quelques mois encore président du CRAP-Cahiers Pédagogiques. Ce mouvement soutenait (avec nuances) la réforme du Collège. C’est pour développer cette position que je suis invité sur le plateau d’une chaine d’information continue dans un de ces débats binaires (et sans trop de nuances) que la télévision apprécie tant. Avec moi et face à moi, des syndicalistes enseignants et un professeur de sciences de l’éducation. La disposition autour de la table est simple : d’un côté les « Pour », de l’autre côté les « Contre ». Le journaliste commence en me présentant ainsi : « Philippe Watrelot, vous êtes un pédagogiste... »Je réagis immédiatement en lui faisant remarquer que le terme qu’il emploie est plutôt utilisé pour discréditer la position de celui qu’on qualifie ainsi. Une fois le débat terminé, le journaliste revient vers moi pour m’avouer qu’il ne savait pas la signification péjorative de ce terme. Il l’entendait et le lisait constamment et pensait donc qu’il convenait parfaitement. 

A partir de cette année 2015, le mot s’est répandu dans la presse et les médias. Nicolas Sarkozy l’utilise dans ses discours. François Fillon, à plusieurs reprises parlera des « pédagogistes fous ». Jean-Michel Blanquer, lorsqu’il devient Ministre de l’Éducation en 2017, l’utilisera lui aussi pour désigner ceux qu’il voit comme des idéologues déconnectés du réel. Les couvertures de journaux reprennent évidemment cette thématique. Le terme a aussi été abondamment utilisé dans les réseaux sociaux. Avec le « pédagogiste » on se trouve donc avec la fabrication d’un épouvantail. Cet artifice rhétorique est bien commode. Il permet de se fabriquer un ennemi facile à  combattre et qu’on accuse de tous les maux : le déclin de l’École, l’échec scolaire, la baisse des exigences... 

De multiples obligations et des ennuis de santé m’ont empêché d’avancer dans ce projet. L’année 2020 m’en a enfin donné l’occasion. Je ressentais aussi une certaine urgence car je voulais m’exprimer alors que je suis encore en activité, avant la retraite. 



Sa rédaction a donc commencé au début de l’année 2020 (eh oui, le premier confinement…). Le premier jet était monstrueux (520 000 signes pour ceux à qui ça parle). La pandémie a peut-être rendu sinon obsolètes du moins décalés certains propos initiaux. Mais c’est surtout la proximité avec les élections de 2022 qui m’a amené à revoir la structure du manuscrit initial. Celui-ci était peut-être trop dans la défensive et la réfutation des clichés et lieux communs. Il a évolué pour devenir plus revendicatif et force de propositions. Et il a maigri, lui…

Je dois remercier la maison d’édition qui m’a fait confiance et m’a permis de faire évoluer ce projet. Les conseils de Carole et Sophie ont été précieux. Merci à elles ! 


Articuler le «Je/Nous»

J’ai consacré une bonne partie de ma vie à agir et réfléchir sur les questions d’éducation. Je suis d’abord un praticien. J’enseigne les Sciences économiques et sociales depuis 1981. J’ai participé à de nombreux projets et expérimentations au cours de toutes ces années. J’ai aussi produit des manuels, des vidéos, des sites pédagogiques…Je suis devenu aussi formateur d’enseignants à l’IUFM puis à l’ESPÉ et aujourd’hui l’INSPÉ en temps partagé depuis 2006. On reproche, à tort ou à raison, aux formateurs d’être « déconnectés du terrain » pour ma part je maintiens ce cap du temps partagé depuis 15 ans…

Je suis aussi « engagé », « activiste », « militant » « bénévole », (selon l’expression que vous préfèrerez !) en agissant dans plusieurs mouvements pédagogiques et d’éducation populaire.… J’ai commencé pendant plusieurs années par  être animateur puis directeur de centres de vacances. J’étais militant aux Centres d’entrainement aux méthodes d’éducation active (CEMÉA) où j’ai été formateur (à l’époque on disait « instructeur ») et responsable d’une association locale. J’ai aussi eu des responsabilités dans une association de profs de SES. Puis je me suis tourné vers le Cercle de recherches et d’action pédagogiques (CRAP ) qui édite la revue les Cahiers Pédagogiques. J’y ai occupé de nombreuses fonctions bénévoles et j’en ai été le président pendant une dizaine d’années. Mes fonctions m’ont aussi amené à participer à plusieurs instances. J’ai en particulier été entre 2016 et 2017 président du Conseil National de l’Innovation pour la Réussite éducative (Cniré).

C’est aussi à ce titre de représentant  associatif que j’ai été amené à intervenir dans les médias pour représenter ce courant de pensée et défendre nos positions. Je ne suis plus en responsabilité aujourd’hui mais j’interviens toujours sur les réseaux sociaux et dans les médias. Ma conviction est que le débat sur l’École est un débat citoyen. Il mérite d’être éclairé, argumenté et nuancé. C’est la raison principale de cet ouvrage que d’essayer d’y contribuer. 

Ce livre, dès le titre, est écrit à la première personne. Mais le « Je » s’articule avec le « Nous » ! 

J’y fais référence à des travaux collectifs (en particulier le rapport du Cniré)  et, même s’il serait immodeste de présenter ce livre comme un manifeste, j’essaie aussi d’être le représentant d’un courant de pensée. Ma réflexion, comme mon parcours le montre, s’appuie sur du collectif et ne peut se réduire à une pensée et une aventure individuelles.


« Retournement du stigmate »

Si j’appelle à la nuance, on pourrait me reprocher de ne pas en faire preuve avec ce titre qui en manque et reprend une dénomination polémique. Avant même de lire le livre, mes adversaires se sont vite emparés du dessin de couverture pour faire ce même reproche. Plusieurs de mes amis pourraient aussi me faire le grief de l’utiliser et cautionner ainsi un qualificatif qu’ils réfutent. C’est en effet une provocation ! Il est quelquefois nécessaire d’en user pour se faire entendre. 

C’est surtout l’occasion  de re-questionner et déconstruire toutes les critiques et  les présupposés associés à cette expression. C’est le fil rouge de la première partie de cet ouvrage où il sert  aussi d’analyseur des maux de l’École. On pourra me blâmer de ne pas rentrer dans le détail et de survoler certains points. Mais il s’agit avant tout de faire œuvre de vulgarisation. Ce n’est malheureusement pas par une publication savante (je n’en suis pas un…) qu’on combat les polémistes. 

« Résister et proposer » c’était le slogan que nous avions retenu pour les premières assises de la pédagogique que nous (le CRAP-Cahiers Pédagogiques) avions organisé en 2006. Résister aux discours cyniques et les simplifications, résister aussi contre toutes les instrumentalisations de l’École, notre bien commun. Je ne me résigne pas à laisser le champ libre de l’opinion publique à ce type de discours. 

Proposer parce que le meilleur moyen de combattre les caricatures et la fabrique d’épouvantails faciles c’est justement de dire clairement ce que nous défendons. C’est pour cela qu’il m’a semblé utile de revendiquer avec fierté un terme qui a été au départ forgé pour déconsidérer, voire insulter. C'est justement l'objet de la deuxième partie du livre. 

Un autre des éléments déclencheurs de ce livre a été, en effet, au hasard  de mes lectures, d’apprendre l’origine du mot « intellectuel ». Initialement c’est un terme péjoratif créé au moment de l’affaire Dreyfus pour discréditer ses partisans. S’il peut être encore utilisé négativement, il a pris aujourd’hui un tout autre sens. 

En sociologie, on parle de « retournement du stigmate » pour désigner ce phénomène. Les exemples sont nombreux dans ce domaine. On peut citer le mouvement noir avec « Black is beautiful » ou la gay pride. Rappelons que « gay » ou « queer » (désaxé) sont au départ des termes péjoratifs. Très immodestement, mon ambition est d’essayer de faire de même avec ce mot « pédagogiste ». Même si le risque est de devoir assumer cette étiquette…


Suis-je masochiste ? 

Car le risque est en effet de « remettre une pièce dans la machine » de la polémique, de l’attaque violente et gratuite, voire de la calomnie sur les réseaux sociaux. Je le subis, comme d’autres, depuis plusieurs années.

Dans l’hypothèse (on peut rêver…) où ce livre rencontre un certain écho dans la presse au delà du petit monde de la pédagogie, c’est risquer d’être enfermé dans le rôle du « pédago de service ». Mais comme c’est déjà un peu le cas et que par ailleurs je constate que les idées que je défends sont partagées, cela vaut la peine.  Je suis prêt, en tout cas à répondre de manière argumentée aux critiques. Figurez vous, j’aime le débat et je me répète, je pense que les questions autour de l’École doivent faire l'objet de vrais débats citoyens. 

Mais s’il le faut, j’endosse aussi les attaques. Elles peuvent être le signe que les idées font mouche et interpellent. Et elles me renforcent dans mon engagement. Je ne sais pas si je suis masochiste mais je suis « teigneux » ! 



Philippe Watrelot

16 aout 2021 


jeudi, août 12, 2021

La nouvelle bibliothèque idéale du prof débutant (août 2021)

 

Oui, c'est chez moi !

Le 12 aout 2016, je publiais « la bibliothèque idéale du prof débutant ». Ce billet est le deuxième le plus lu depuis la création de mon blog en 2004 (le record est détenu par  « Qu’est-ce qu’un bon prof ? », tout un programme !)
Il me semble utile et nécessaire de proposer une nouvelle version de cette bibliographie, cinq ans après. Parce que de nouvelles références sont apparues et que mes choix ont évolué, je vous présente cette nouvelle édition avec des nouveautés mais aussi le maintien de certains titres. On y retrouvera la structure en quatre parties : 

  • Pour débuter est centré sur des livres spécifiquement dédiés aux enseignants débutants.
  • Le tour de la question se concentre sur quelques thèmes essentiels pour les enseignants débutants : l’autorité et la gestion de classe, apprendre, mémoriser, évaluer…
  • Pour aller plus loin propose des lectures un peu plus complexes tout en étant accessibles. Elles constituent aussi des références pour les mémoires et autres écrits professionnels. 
  • Chemins de traverse et lectures inspirantes sont des propositions de lectures un peu décalées avec en particulier des récits d’enseignants qui peuvent être des sources d’inspiration. 

Comme il y a cinq ans cette liste s’appuie sur une démarche collaborative. Plusieurs titres proviennent de conseils qui m’ont été donnés sur les réseaux sociaux. Bien sur, cette bibliographie est partielle et partiale. On pourra même m’accuser de « copinage » et de bien pire ! 
Mais dans un esprit de partage et de mutualisation, ce que j’espère avant tout c’est qu’elle sera utile à ceux qui la liront. Débutants, ou non… 

 


Pour débuter 


Le livre est réédité et actualisé depuis de nombreuses années. François Muller nous propose une belle boite à outils destinée comme le titre l’indique à tous les enseignants (et pas seulement les débutants). On y trouve donc  des situations-problèmes et des auto-tests ainsi que des pistes de travail. Mais c’est aussi un ouvrage de vulgarisation de la recherche en science de l’éducation avec de très nombreuses références. Indispensable !

 


Clerc Françoise, Priou Nicole, Genès Sophie Analyses de situation pour bien débuter dans l’enseignement Hachette 2011
Les trois auteures donnent elles aussi de nombreux conseils mais pour construire le livre, elles s’appuient surtout sur de nombreux témoignages de jeunes enseignants. Cela donne un aspect très vivant et concret à cet ouvrage. 

 

 





Dominique Bucheton Les gestes professionnels dans la classe: Éthique et pratiques pour les temps qui viennent ESF-Sciences Humaines 2019
Ce livre est devenu très vite un incontournable dans l’apprentissage du métier de professeur. L’auteure, à partir de l’observation, détaille les différentes « postures » enseignantes pour la mise en activité des élèves. C’est aussi une grille de lecture très utile pour les formateurs et tuteurs. 

 

 


Rachel Harent Bien débuter en maternelle CANOPÉ/ Cahiers Pédagogiques 2020
Ben Aïda Bien débuter en élémentaire -  CANOPÉ/ Cahiers Pédagogiques 2019
Corinne Chaminade et Cécile Teillet Bien débuter en collège CANOPÉ/ Cahiers Pédagogiques 2019
Anne Pédron Bien débuter en lycée  CANOPÉ/ Cahiers Pédagogiques 2019
Sabine Coste et  Gilbert Crépin Bien débuter en lycée professionnel CANOPÉ/ Cahiers Pédagogiques 2019
Cette série de livres coédités par Canopé et les Cahiers Pédagogiques s’adresse principalement aux enseignants novices. On y retrouve de nombreux conseils pratiques et des retours d’expériences utiles pour les premières prises de postes. 

  


Audrey Murillo Prendre un bon départ dans ses classes, Les pratiques des premiers jours en questions  ESF-Sciences Humaines 2021
C’est un ouvrage centré sur les premiers jours/semaines et qui remet en question un certain nombre d’idées reçues (ne jamais sourire avant Noël, faire un règlement de classe…). Croisant les résultats de la recherche avec les témoignages d’enseignants et d’élèves, elle aborde de manière claire et synthétique des questions très concrètes que tous les enseignants se posent et laisse le lecteur faire ses propres choix. 

 



Ostiane Amigues Mathon Réussir sa première classe. ESF-Sciences Humaines 2017
Le livre proposé par Ostiane est plus spécialement destiné aux enseignants du primaire. Écrit dans un  style très agréable, il se veut très pratique et concret. J’aime beaucoup l’optimisme et l’esprit positif qui se dégage de ce livre à l’image de son auteure. 

 

 


Rémy Danquin (dir.) 52 méthodes pratiques pour enseigner, Canopé 2015
Un ouvrage très exhaustif. Il fait donc un peu « catalogue » mais il propose ainsi de nombreuses pistes pour varier son enseignement grâce notamment à de très nombreuses fiches pratiques. 

 

 


Guillaume Caron, Laurent Fillion, Céline Scy, Yasmine Vasseur Osez les pédagogies coopératives au collège et au lycée ESF-Sciences Humaines 2ème édition 2021
J’ai hésité à placer ce livre dans cette catégorie : est-il vraiment destiné aux débutants ? 
Les auteurs nous livrent une démarche globale qu’eux-mêmes mettent en œuvre depuis plusieurs années. Mais ils nous proposent aussi des outils concrets qui peuvent être utilisés dès les premières années d’enseignement

 

 


Catherine Chabrun Entrer en pédagogie Freinet Ed. Libertalia 2016
On peut faire la même réflexion que pour le livre précédent : est-ce pour les débutants ? Mais on se dit que les conseils que l’auteure donne sont valables pour tous et qu’on peut y trouver des idées même quand on débute

 

 


Annie Di Martino, Anne-Marie Sanchez  Socle commun et compétences – Pratiques pour le collège ESF, 2011

Les deux auteures proposent de nombreux outils pour organiser des situations d’apprentissage, évaluer et valoriser les acquis des élèves dans le cadre du travail par compétences. Elles insistent particulièrement sur la notion de “tâches complexes”  et de “ressources”. 

 


Sarah et Nicolas Zanettacci
Une rentrée sereine en élémentaire, ça se prépareESF Sciences Humaines 2020

Ce livre propose un accompagnement pas à pas pour aider à se construire des gestes d’enseignant dès la rentrée. Pas de recette toute faite mais des outils concrets, des idées testées, des fiches pratiques et des retours d’expériences. A noter qu’il existe un ouvrage avec le même titre pour la maternelle



Philippe Meirieu, 
Faire l’École, Faire la classe, ESF – 2004

Il y a cinq ans, j’avais placé ce livre dans la rubrique « pour aller plus loin » mais il mérite d’être lu par tous et notamment ceux qui débutent. Cet ouvrage est issu de séances de formation et comporte de nombreux  exercices et outils qui permettent à l’enseignant de se situer à deux niveaux : celui de la classe et celui de l’établissement et au delà du système éducatif. J’aime beaucoup la présentation en “principes” et surtout en “tensions” qui permettent de réfléchir à son métier autrement que de manière binaire

 

 


Pour faire le point sur une question


Bruno Robbes  L’autorité éducative dans la classe. Douze situations pour apprendre à l’exercer ESF-Sciences Humaines 2010

Parlons d’abord de l’autorité, Bruno Robbes a consacré sa thèse et écrit de nombreux articles sur le sujet (je signale celui les “trois conceptions actuelles de l’autorité” qui est très éclairant). Dans cet ouvrage, il se veut concret en présentant des études de cas qui nous montre que, loin du “charisme”ou de l’“autorité naturelle”, celle-ci s’apprend, se construit et s’exerce collectivement. 

 

 

Martine Boncourt L'autorité à l'école mode d'emploi  ESF-Sciences Humaines 2013
Ce livre est un bon complément à celui de Bruno Robbes cité plus haut. Il offre différents conseils pour construire dans la classe, à l’école primaire, une autorité efficace, qui permette les apprentissages et le vivre ensemble, bien loin des « recettes pour tenir la classe ». L’auteure, qui se réfère à la pédagogie institutionnelle, met en relation les outils et dispositifs qu’elle présente avec les valeurs qui leur donnent du sens. 

 

 


Pierre Merle Les notes, secret de fabrication PUF 2007 
Selon les dernières enquêtes, l’évaluation représente entre un tiers et un quart du temps de travail de l’enseignant (et sûrement encore plus quand on débute… !). Il est donc utile de réfléchir à nos pratiques d’évaluation. Pierre Merle nous amène ici à remettre en perspective la manière dont se construisent les notes et les biais qui sont en jeu formalisés par la docimologie. On peut approfondir cette question avec un Que Sais-je (n° 3278) rédigé par le même auteur sur la Sociologie de l’évaluation scolaire

 

 


Florence Castincaud et Jean-Michel Zakhartchouk L’évaluation, plus juste et plus efficace : comment faire ? collection Repères pour agir, CANOPE CRDP d’Amiens - CRAP-Cahiers pédagogiques 2014
Un livre stimulant pour faire évoluer les pratiques en terme d’évaluation des élèves. On y trouve à la fois les concepts clés sur ce sujet ainsi que des récits  de pratique par des enseignants. 

 

 


Jean-Pierre Astolfi L’erreur un outil pour enseigner  ESF 1997

Puisqu’on parle de l’évaluation, il faut aussi évoquer l’erreur. Ce court ouvrage (nul besoin d’être long pour être essentiel) de Jean Pierre Astolfi propose une véritable réflexion sur le statut de l’erreur dans les apprentissages en proposant de passer de l’idée de faute à celle d’erreur. Sa réflexion permet d’aider l’enseignant à comprendre les difficultés de ses élèves et à ces derniers d’utiliser leurs erreurs pour rectifier, progresser, rebondir. Du même auteur, on pourra aussi aller lire l’enthousiasmant La saveur des savoirs (2008)

 

 


André Giordan Apprendre ! Belin, 1998, nlle édition 2016

Plusieurs livres de pédagogie ont le verbe « apprendre  » dans leur titre. C’est normal, c’est quand même la préoccupation principale de l’École et des enseignants. 
André Giordan propose un très bon livre de vulgarisation sur cette question des mécanismes d’apprentissage. Il cherche aussi à dépasser les modèles transmissif, behavioriste, constructiviste ou socioconstructiviste en proposant une synthèse (le modèle allostérique). Mais n’ayez pas peur de tous ces concepts, il écrit dans une langue très simple et accessible !
On peut compléter la lecture par un livre plus récent qui porte le même titre : Apprendre de Stanislas Dehaene aux éditions Odile Jacob 

 

Philippe Meirieu Apprendre oui mais comment  ESF 1987 

Ce livre fait partie des rares best sellers en pédagogie. Il  s'appuie sur des analyses de cas, comporte de très nombreux exemples et, surtout, des tableaux synthétiques qui se veulent très opérationnels pour la conduite de la classe. Le lecteur s'y trouve mis en situation d'activité, confronté à des exercices, des récits d'expériences pédagogiques ou d'événements de la vie scolaire ; à partir de là, l'auteur dégage quelques principes fondamentaux et propose toute une série d'outils pour construire une pédagogie véritablement différenciée, pour accompagner et permettre la réussite de tous.. 

 

 


Elena Pasquinelli, Mon cerveau ce héros, mythes et réalité Le Pommier, 2015,
Alors qu’on raconte tout et son contraire sur le cerveau et les meilleurs moyens d’apprendre, l’auteur dénonce et analyse les neuromythes dans ce petit ouvrage plein d’humour. 

 



Franck Amadieu, André Tricot Apprendre avec le numérique
 coll. Mythes et réalités. Ed. Retz

Caroline Hache, Caroline Ladage, Jean Ravestein, L’échec scolaire, coll. Mythes et réalités. Ed. Retz 

Collectif Didactique pour enseigner Enseigner ça s’apprend coll. Mythes et réalités. Ed. Retz

Difficile de choisir parmi tous les titres de cette collection « Mythes et réalités » dirigée par André Tricot (avec une préférence pour le numérique et l’innovation de Tricot lui même). Ils offrent tous une lecture stimulante en déconstruisant quelques mythes et surtout en outillant les lecteurs avec l’état de la recherche sur un sujet précis.  C’est, en plus, toujours écrit dans un style agréable et accessible. 


  

Pour aller plus loin 


Serge Boimare  L’enfant et la peur d’apprendre Dunod 2000.
L’auteur nous éclaire sur les mécanismes que les enfants doivent mobiliser pour accepter d’apprendre. Pour remédier à la peur d’apprendre de ces élèves, l’enseignant doit faire œuvre de médiation culturelle. Mais si l’approche psychologique et la théorisation sont présentes, l’essentiel du livre est constitué par la description et l’analyse de nombreuses situations de classe.

 

 


Stéphane Bonnéry, Comprendre l'échec scolaire. Elèves en difficultés et dispositifs pédagogiques,La Dispute, coll. « L'enjeu scolaire », 2007

Ce livre est devenu une référence dans la réflexion sur l’échec scolaire et les difficultés d’apprentissage. S’appuyant sur l’observation, il propose des concepts qui permettent de mieux penser son action d’ensignant. 

 

 


Bernard Charlot, Élisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex,  École et savoir dans les banlieues... et ailleurs Armand Colin 1992
Elisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex L’expérience scolaire des nouveaux lycéensArmand Colin 1998
Bernard Charlot  Du rapport au savoir, Anthropos, 1997

Les travaux de l’équipe ESCOL de l'université de Paris VIII offrent une réflexion majeure sur les questions d’inégalités et d’échec scolaires. Ils permettent d’approfondir et de nuancer la notion de “handicap socio-culturel” en mettant en évidence un “rapport au savoir” différent selon les différentes catégories sociales. Ils mettent aussi en garde contre des pratiques pédagogiques qui peuvent renforcer une dimension utilitariste ou “applicationniste” de l’activité scolaire. Enfin, selon ces chercheurs la pédagogie, selon eux massivement appliquée aujourd’hui, s’adresse aux enfants des classes moyennes déjà préparés, et est trop souvent inconsciente des pièges implicites pour les enfants des classes populaires et conforte ces élèves dans une posture attentiste et assoient leur dépendance tout en renforçant les inégalités.

 


Philippe Perrenoud Enseigner : agir dans l’urgence ; décider dans l’incertitude ESF 1996.

Au delà du titre génial, ce qui est bien avec les livres de Perrenoud c’est qu’il est très fort pour voir les dilemmes et les tensions et énumérer les différentes dimensions d’un phénomène (c’est le roi des listes...). Ici c’est au service d’une belle réflexion sur le métier d’enseignant. A lire si on veut prendre un peu de recul. 
Philippe Perrenoud est aussi l'auteur du très intéressant "Métier d'élève et sens du travail scolaire" (ESF)

 

 


François Marie Gérard Évaluer des compétences, Guide pratique De Boeck 2008

Ce guide, qui se présente comme un outil d’autoformation, propose apports théoriques, mises en situation, exemples, et s’organise autour de quatre compétences relatives à l’évaluation des apprentissages : préparer les élèves à résoudre des situations complexes, élaborer des situations complexes, traiter et analyser les productions des élèves lors d’une évaluation, exploiter les résultats d’une évaluation des acquis des élèves. Et en plus il ne manque pas d’humour ! 

 

 


Jean-Luc Berthier, Grégoire Borst, Frédéric Guilleray, Mickaël Desnos Les neurosciences cognitives dans la classe,  Guide pour expérimenter et adapter ses pratiques pédagogiques ESF-Sciences Humaines 2ème édition 2021

Cet ouvrage s’appuie sur les dernières recherches et une méthodologie rigoureuse pour relier la théorie sur le fonctionnement du cerveau avec des pratiques pédagogiques très concrètes. Celles-ci sont issues de nombreuses expérimentations conduites dans 300 classes avec près d’un millier d’enseignants. Jean-Luc Berthier anime aussi le site Sciences-cognitives.fr qui promeut ces « cogni-classes ».

 

 


Sylvain Connac Enseigner sans exclure, La pédagogie du colibri ESF-Sciences Humaines 2017

Sylvain Connac a beaucoup travaillé sur la coopération (on peut citer aussi Apprendre avec les pédagogies coopératives). Ici, il propose une réflexion sur les effets pédagogiques de la coopération sur les apprentissages et remet en perspective les valeurs qui sous-tendent ces pédagogies.

 

 


Clermont Gauthier, Mario Richard et Steeve Bissonnette Enseignement explicite et réussite des élèves De Boeck 2013

Parce qu’il faut évoquer d’autres courants de la pédagogie… Voici un ouvrage sur ce que ses promoteurs appellent l’ « enseignement explicite ». Comme si les autres pédagogies ne cherchaient pas à l’être…!

 

 


Vincent Carette et Bernard Rey. Savoir enseigner dans le secondaireDidactique générale  De Boeck 2011 

Je finis cette liste par un ouvrage qui, à titre personnel, m’a beaucoup servi. Mais il donne une base très solide de connaissances utiles à tous dans plusieurs domaines : les conceptions de l’apprentissage,  l’approche par objectifs et l’approche par compétences et une réflexion sur ce qu’est une discipline scolaire. 

 

 

 



Prendre des chemins de traverse et lire des récits inspirants...

 

Alexis Potschke, Rappeler les enfants Seuil 2019
Rachid Zerrouki, Les incasables Robert Laffont 2020
Lucien Marboeuf Vis ma vie d’instit, les 1001 histoires de ma classe Fayard 2015
Julie van Rechem, Prof jusqu'au bout des ongles Stock 2015
Ces livres sont des récits d’enseignants mais ils sont bien plus que cela. Ils véhiculent tous une vision positive de l’école et de l’enseignement sans en nier les difficultés. Quand on débute, on a souvent « la tête dans le guidon », ces écrits remarquables permettent de prendre du recul et de la hauteur. Bonne lecture ! 

 

 


Jeanne Benameur Présent ? Collection Folio (n° 4728), Gallimard 2008

L’action de ce roman se passe dans un collège ZEP. L’auteure est une ancienne professeur de français. Mais il s’agit d’une œuvre de fiction où tout se joue et se cristallise autour d’un conseil de classe de 3ème. Les personnages (enseignants, personnels, parents et élèves) sont décrits avec beaucoup d’empathie. 

 

 


Fabrice Erre Une année au lycée (tomes 1, 2, 3) Dargaud 

Trois albums de BD hilarants où vous ne cessez de vous dire en les lisant « mais c’est tellement ça ! ». L’auteur est professeur d’Histoire-Géographie dans un lycée du côté de Montpellier. Il tient aussi une rubrique sur le site du journal Le Monde. Et, en vrai, il n’est pas du tout coiffé comme ça !

 

 


Fernand Deligny Graine de crapule Editions du Scarabée, Centre d'entraînement aux méthodes d'éducation active. 1960.

C’est mon livre fétiche. Celui que j’ai prêté, offert, racheté, relu sans cesse… 
Avril 77, je fais mon stage BAFA pour devenir animateur de “colo”. Par hasard et nécessité, ce fut avec les CEMEA. Et cette semaine fut une découverte à tous égards. J’y ai découvert que l’éducation, la pédagogie ce sont des valeurs mises en action à tel point que je suis devenu formateur pendant plus de 20 ans dans cette association. Et la découverte, ce fut aussi ce tout petit livre que j’ai acheté à la fin du stage. Depuis, j’ai du le racheter une dizaine de fois tant je l’ai prêté ou offert... Je voulais finir cette liste par ce livre essentiel même s’il est certainement le plus court de tous ceux présentés ici. 
Cet ouvrage a été publié pour la première fois au lendemain de la guerre. Accompagné de dessins de l’auteur ce sont essentiellement des aphorismes ou de très courts récits qui sont présentés. Au delà de la singularité de l’expérience d’un éducateur auprès d’enfants “difficiles”, ce livre touche à l’universel et est utile à tous ceux qui agissent auprès d’enfants et d’adolescents.
« Avant de t’indigner, rappelle toi de quoi tu étais capable lorsque tu avais leur âge », 
«  Trop se pencher sur eux, c’est la meilleure position pour recevoir un coup de pied au derrière »
« Lorsque tout marche bien, il est grand temps d’entreprendre autre chose »
Chacune de ces phrases m’a accompagné. D’abord dans ma pratique d’animateur, ensuite dans ma vie d’enseignant. 
Deligny nous dit ce qu’est la “bonne distance” de l’adulte. Il nous aide à gérer la tension entre l’ambition que nous devons avoir et la modestie de notre action. Ce livre ne parle pas de changer l’École, il est bien plus que cela, il parle de nous mêmes, d’éducation, il parle de la vie... 
Je tenais absolument à finir avec cet ouvrage si important pour moi. 

 

 

Bonnes lectures et bonne rentrée ! 


Philippe Watrelot

le 12 août 2021



Rappel : j'ai aussi commis en aout 2017, « la bibliothèque idéale du formateur (débutant) »

 

 

 

 

 
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