dimanche, octobre 09, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 3 au 9 octobre 2016





- Souverains poncifs – assassins du journalisme – merci Patron - Lectures - .



Le bloc notes revient sur le pape et ses souverains poncifs. On constatera que sa remarque s’inscrit dans une stratégie délibérée de relance de la polémique sur une supposée “théorie du genre”. Et les hommes politiques de droite s’en sont eux aussi emparés à la suite des propos de la ministre.
«Qui sont les assassins du journalisme ?» c’est la question que nous nous reposerons à propos du livre de Carole Barjon qui bénéficie d’un large soutien médiatique. On évoquera aussi la situation de l’enseignement des SES et on finira par quelques lectures et un antidote pour survivre à tout ce qui empoisonne le débat sur l’École.


Souverains poncifs
Quand il prend l’avion, le pape ne manque pas d’air...
Le pape François a accusé, dimanche 2 octobre, les manuels scolaires français de propager un « sournois endoctrinement de la théorie du genre» . S’exprimant devant les journalistes dans l’avion qui le ramenait à Rome après trois jours dans le Caucase, le pontife argentin a raconté une anecdote rapportée par un père de famille français. Selon le pape, ce père de famille catholique a raconté comment son fils, interrogé pendant un repas de famille sur ce qu’il voulait faire plus tard, lui avait répondu : « Etre une fille.». « Le père s’est alors rendu compte que dans les livres des collèges, la “théorie du genre” continuait à être enseignée, alors que c’est contre les choses naturelles », a déclaré le pape.
Cette déclaration pour le moins hasardeuse et qui sent l’intox relance un poncif maintes fois répété. Un petit tour dans les archives de mon blog nous rappelle que la supposée “théorie du genre” ne cesse de revenir dans l’actualité. Elle trouverait son origine nous disait le sociologue Éric Fassin en 2014 dans un Lexique du Vatican publié en 2005. En juin 2011, un article du Figaro , déjà très mobilisé sur cette question, nous informait que l’église catholique s'inquiétait de l'introduction en première de la «théorie du genre» en SVT, contestant les différences homme-femme. Christian Jacob, Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, demandait une mission parlementaire sur les livres scolaires. 193 parlementaires UMP adressaient une lettre au Ministre de l’époque, Luc Chatel demandant le retrait des manuels scolaires de SVT de classe de première L et ES. Et en janvier 2014, on remettait des sous dans la machine avec l’emballement autour des «journées de retrait de l’école» (JRE) qui venait elle même après la manif pour tous et le collectif Vigi-gender qui en ont fait un thème de mobilisation.
Une rumeur unique en son genre titrait Libération le 30 janvier 2014. En tout cas, une rumeur savamment entretenue et qui est tout sauf spontanée. 20.000 écoles ont d’ailleurs reçu en septembre une brochure «anti-genre» édité par le collectif VigiGender, nous dit Le Figaro . La brochure se penche plus particulièrement sur les programmes de sciences de la vie et de la terre (SVT) datant de 2010, sur un manuel d'éducation morale et civique (EMC) de 2016 et sur deux manuels de SES datant de 2014. Ce collectif rapporte aussi des extraits d'interviews de Christiane Taubira, Najat Vallaud-Belkacem et Vincent Peillon, lesquels auraient dit que «l'Éducation vise à arracher les enfants aux déterminismes sociaux et religieux». Rappelons aussi que la Manif pour tous prépare une nouvelle manifestation le 16 octobre prochain.
Suffit-il de répéter sans cesse un mensonge pour qu’il devienne une vérité ? La relance par le Pape nous rappelle en tout cas à un devoir de vigilance. Même si c’est fatiguant...Au risque de radoter, « la théorie du genre » n’existe pas. Ce titre d’un article de Rue89 résume assez bien les principaux arguments à rappeler face toutes ces contre-vérités sans cesse répétées. La meilleure preuve en est que cet article a été initialement publié en juin 2013 ! On pourra lire aussi une exploration de ce que disent vraiment les manuels scolaires par L’Express et par La Croix. On pourra lire aussi une mise en perspective intéressante dans le Huffington Post
La ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a pour sa part réagi, dès le lundi 3 octobre sur France Inter, aux allégations du pape François, regrettant “une parole légère et infondée” et ajoutant : “Je n’imaginais pas que le pape François se laisserait embarquer par des intégristes et leur folie mensongère. Ça me met en colère.”. Elle a aussi invité le chef de l’Eglise à “venir rencontrer les enseignants en France” ; “Dans les manuels, on parle de la nécessité de ne pas hiérarchiser entre un genre et un autre ”, a-t-elle précisé.
Cette déclaration nous permet de coupler ce thème avec notre feuilleton hebdomadaire sur les déclarations de la droite. Car, dès la fin de l’émission, on a eu droit à un déchainement sur le thème “Touche pas à mon pape avec Éric Ciotti et Christian Estrosi en chefs d’escadrille... Et ce ne sont pas seulement les seconds couteaux qui se sont lâchés. Laurent Wauquiez, le président (par intérim) de Les Républicains, se livre à un mensonge éhonté en déclarant : “Que Najat Vallaud-Belkacem ne fasse pas preuve d'hypocrisie. Il est connu et c'est connu que c'est une défenseure de la théorie du genre. Elle s'est plusieurs fois exprimée dessus. ”. Nicolas Sarkozy de son côté a lancé Mme Najat Vallaud-Belkacem aurait mieux fait de se taire, elle nous fait honte.” Et François Fillon, pour ne pas être en reste s’est, quant à lui, déclaré choqué qu'on interdise au pape de s'exprimer”. Seule ou presque, Nathalie Kosciusko-Morizet a estimé pour sa part que “le pape est allé un peu vite en besogne ”.
Et Bruno Le Maire ? Pendant ce temps là, il était occupé à soutenir une école privée de la Fondation Espérance Banlieues à Asnières. Une école financée par des grands groupes privés et aux méthodes très traditionnelles voire traditionnalistes avec uniforme, lever des couleurs et salut au drapeau.
C’était donc notre rubrique : “les primaires de la droite et du genre”...

Assassins du journalisme
On se souvient, il y a quinze jours, de la parution d’un article dans Le Point avec huit visages alignés sur deux rangées avec leur nom et une courte présentation et en titre “Ils ont tué l’école !”. Il s’agissait d’une recension du livre de Carole Barjon “Mais qui sont les assassins de l’École ?. Dès sa parution, ce livre a suscité des réactions tant le propos est outrancier. L’actualité (et l’indignation) en est relancée cette semaine avec deux publications.
C’est d’abord, rien de moins qu’une chronique de Laurent Joffrin, le directeur de Libération intitulée “Pourquoi nos enfants ne savent plus lire ”. Le médiatique journaliste connu pour avoir un avis sur tout se livre à une critique très élogieuse du livre de sa consœur de l’Obs qu’il qualifie d’“enquête journalistique sérieuse”. Selon lui, “elle livre un diagnostic vivant et précis de l’apprentissage de la langue française par les élèves de la République. Le résultat est effrayant ”.
On peut se dire que cette chronique de Joffrin relève avant tout du copinage et du renvoi d'ascenseur entre professionnels de la profession. Joffrin a du faire l'aller-retour Obs-Libé 2 ou 3 fois...Mais on peut aussi considérer que cet article dans Libération à propos d’un livre d’une journaliste de L’Obs (deux publications jusque là plutôt considérées comme progressistes voire de “gauche”) marque une date dans la victoire idéologique d'un certain courant.
Face à cet ouvrage qui a eu aussi les honneurs de France Culture , les réactions s’organisent. C’est le cas avec une pétition (sur Change.org) qui dénonce “le choix de la calomnie”. On pourra lire aussi le billet de blog (nuancé ce qui est à souligner) de Paul Devin sur Médiapart qui se demande “à qui profite le discours outrancier sur l’école ?”.
Sur le site des Cahiers Pédagogiques, Jean-Michel Zakhartchouk se livre à une recension de ce livre qu’il considère comme “une véritable ignominie”. D’abord par son titre mais aussi par ses méthodes, car “elle dresse un réquisitoire basé essentiellement sur des lectures orientées” et elle “s’appuie sur des anecdotes et déclarations peu vérifiables, et sur des interprétations à partir d’entretiens biaisés avec des «  assassins  », prenant comme axe de lecture le relevé de tout ce qui apparaitrait comme de la «  repentance  » et de l’autocritique.”. On trouvera à la suite de cette analyse très détaillée, le témoignage de François Dubet sur l’entretien qu’il a eu avec la journaliste et le sentiment qu’il en retire d’une volonté de manipulation.
Je n’ai pas pour ma part lu le livre (et je n'ai pas trop envie, mais bon...) mais je ne pense pas qu'on fasse avancer le débat sur l'école comme elle prétend vouloir le faire en désignant des "assassins" de l'école. Le procédé est indigne. Par ailleurs, on a l’impression que ce qui s’y trouve ne relève pas d’un constat objectif et documenté, mais d’une lecture très partisane et à vrai dire biaisée. Elle semble donc mal informée et peu rigoureuse sur un sujet qu'elle maîtrise mal (comme beaucoup de journalistes généralistes et éditorialistes) mais elle bénéficie de réseaux qui lui permettent de compenser cela par une belle couverture médiatique. Tout cela ne fait pas honneur au journalisme (s'il y avait des "assassins du journalisme” peut-être serait elle sur la liste...)

Merci patron !
Je voudrais m’attarder sur une information qui est peut-être passée inaperçue (sauf pour un prof de SES). C’est le journal Les Échos qui nous apprend que les cinq chefs d'entreprise siégeant en tant que personnalités qualifiées viennent de claquer la porte du Conseil national éducation-économie (CNEE). Cette instance avait été installée en octobre 2013 par le Premier ministre d'alors, Jean-Marc Ayrault, pour rapprocher l'école de l'entreprise.
Selon Les Échos ainsi que le magazine Challenges, ce départ serait lié à deux motifs. D’abord l’allègement du programme de SES de Seconde où le chapitre « Comment se forment les prix sur un marché ? » a perdu son caractère obligatoire. Il y aurait aussi une obscure raison liée au refus du ministère de mettre à disposition un rapporteur pour une mission sur l’apprentissage.
J’avais essayé de montrer dans une tribune pour AlterEcoPlus combien cette polémique sur le marché était surjouée et sans fondement. C’est plutôt un prétexte. Le leader du groupe des démissionnaires, Michel Pébereau (ancien haut fonctionnaire passé ensuite par BNP-Paribas) est dans une sorte de vendetta depuis des années à l’égard des programmes et des enseignants de SES. Avec cette démission et cette dramatisation, nous sommes face à une stratégie du pourrissement avec en ligne de mire la volonté de s’appuyer sur l’alternance pour en finir avec cet enseignement
Car, les programmes de SES ont le triste privilège (partagé avec l’histoire... ?) de ne pas relever de la seule indépendance du Conseil Supérieur des Programmes (qui a normalement été créé pour ça). Face à la pression des lobbys patronaux et de l’Académie des Sciences morales et politiques, le ministère avait saisi conjointement le CNEE et le Conseil supérieur des programmes (CSP) d'un avis - attendu pour fin janvier - qui porterait sur les trois années de lycée de la filière de sciences économiques et sociales, et pas seulement sur la classe de seconde. Cette concession pouvait permettre de sortir par le haut de cette polémique. La dramatisation tente, en définitive, de bloquer cette démarche paritaire. On peut espérer que l’on parvienne malgré tout à un débat plus serein, loin des acharnements idéologiques et des caricatures !

Lectures et écoutes
Quelques lectures pour finir...

Et commençons d’abord par la lecture des élèves. La plateforme LireLactu, qui met gratuitement à disposition des élèves et enseignants la presse quotidienne nationale, a été lancée jeudi dans 80% des collèges et lycées par Najat Vallaud-Belkacem. La plateforme sera accessible à 5,5 millions d'élèves dans 14.000 établissements, sans code et sans publicité. Les articles ne pourront pas être imprimés, pour préserver le modèle économique de la presse.

Lire, ça peut être aussi écouter... Samedi 8 octobre, l’émission “Répliques” sur France Culture animée par Alain Finkielkraut recevait Philippe Meirieu et Robert Redeker avec pour thème la crise de l’École. Si vous voulez une sorte de condensé de tous les préjugés qu’on peut dire sur l’École, il faut écouter cette émission où Philippe Meirieu s’en est bien tiré face à Redeker (et Finkielkraut en embuscade).
Puisqu’on parle de radio, on pourra aussi écouter l’émission “le téléphone sonne” du 7 octobre consacrée au rapport du CNESCO avec Nathalie Mons et François Dubet.

Ce même François Dubet est l’auteur du deuxième numéro de la série ”Antidote lancée par les Cahiers Pédagogiques . L’objectif de cette rubrique est de lutter contre les idées reçues et autres préjugés qui abondent dans le débat sur l’éducation et la pédagogie mais aussi de déconstruire les solutions simplistes. Après un premier texte sur la fausse opposition entre bienveillance et exigence , la tribune de François Dubet s’attaque aux idées toutes faites sur l’élitisme . «On ne s’occupe pas assez des bons sous prétexte d’anti-élitisme.  » est une des phrases qu’on a déjà entendues et qu’on risque encore d’entendre dans les mois qui viennent. Et il y en a bien d’autres !
Cette rubrique des Cahiers Pédagogiques proposera donc au fil des semaines et des mois un antidote à tout ce qui empoisonne le débat sur l’École. On en a besoin !

Finissons complètement ce bloc-notes avec un rappel et un hommage. Il y a 50 ans (le 8 octobre 1966) , Célestin Freinet nous quittait. Il est toujours là pourtant, à nos côtés. Car ses combats pour une école émancipatrice coopérative et qui lutte contre les inégalités sont plus que jamais d'actualité...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, octobre 02, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 26 septembre au 2 octobre 2016



- Inégalités – Lois naturelles de la médiatisation – Innover ? – Budget et postes – Élections - .



Au sommaire de ce bloc notes : les inégalités et l’École à partir du très important rapport du CNESCO, les “lois naturelles de la médiatisation” avec le cas de Céline Alvarez, une réflexion plus générale sur l’innovation (avec un moment schizophrénique), un retour sur la place de l’éducation dans le dernier budget du quinquennat et la question des postes... Et pour finir : le feuilleton sur la campagne électorale et la place de l’École. Entre les Gaulois et les inégalités, qu’est-ce qui est le plus important ?



Les inégalités et l’École
L’évènement de la semaine pour l’actualité éducative est sans conteste la publication mardi 27 septembre du rapport du Conseil National d’Évaluation du Système Scolaire (CNESCO) Inégalités sociales et migratoires : comment l’École amplifie-t-elle les inégalités. C’est l’information qui a suscité le plus de commentaires et de réactions. Ce rapport le mérite car il est important et est le résultat d’un travail rigoureux de plus d’une vingtaine d’équipes de chercheurs français et étrangers qui font le tour de la question. On aurait pu cependant espérer une lecture plus sérieuse de la part des médias généralistes qui le réduisent à tort à une remise en cause de l’éducation prioritaire.
Tous les journaux en ont parlé. Le journal Le Monde y a consacré un gros dossier. Dans Les Échos on reprend les propos de Georges Felouzis qui a participé à ce rapport : « Le poids de l'origine sociale des élèves sur leur réussite scolaire est bien plus important chez nous que chez nos voisins “comparables” » et cela s’est aggravé sur un temps très court. La France est donc selon le Cnesco le pays le plus inégalitaire de l'OCDE et fait partie de ceux dont le niveau des élèves défavorisés a le plus baissé entre 2003 et 2012. On pourra lire aussi une bonne recension de ce rapport sur AlterEco+ par Xavier Molénat ou encore par Faïza Zerouala dans Mediapart. On trouvera aussi dans la presse, les réactions et propositions de Claude Lelièvre dans L’Obs , Marie Duru-Bellat dans L’Express , François Dubet dans L’Obs, Jérôme Saltet sur Europe1 ou encore Charles Hadji dans The Conversation qui se livre à une longue analyse très intéressante.
Mais bien souvent, le rapport est réduit à une “attaque” contre l’éducation prioritaire. le Cnesco accable l'éducation prioritaire française” (VousNousIls), Un rapport pointe les échecs de l'éducation prioritaire” (Localtis Info), Pourquoi l'éducation prioritaire ne fonctionne pas” (Libération)Les ZEP devaient garantir l'égalité de tous les élèves à l'école, elles ont fait l'inverse” (HuffingtonPost) et c’est sans compter avec les reportages à la télévision. Et cela conduit certains à réagir, non pas sur le rapport mais sur ce que dit la presse. Ainsi, le président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP) sur Le Monde considère que le rapport est “un message de désespérance jeté au visage des enseignants de ZEP”. Or, quand on rentre dans le détail du rapport on constate que l’analyse est bien plus nuancée que ce que disent les titres réducteurs. On déplore plutôt le dévoiement et la dilution de l’éducation prioritaire et on ne réduit pas la cause des inégalités à ce seul aspect des politiques éducatives depuis trente ans. Dans une interview à FranceInfo, la présidence du CNESCO le redit : “non, il ne faut pas supprimer l'éducation prioritaire. Il ne faut pas une double peine. Il y a déjà peu de moyens efficaces donnés à ces établissements. Il ne faut pas retirer le peu qu'ils ont.”.
Cette focalisation sur l’éducation prioritaire est curieuse. Comme si elle dispensait de réfléchir sur le fond et qu’on confiait à ce dispositif une fonction de soupape de sécurité pour éviter que le reste du système ne change... Car, au final, le rapport du Cnesco appuie là où ça fait très mal. Après d'autres publications il montre donc que l'École n'est pas neutre dans la construction des inégalités mais qu'elle contribue à les aggraver. C'est un enjeu important parce que, trop longtemps, on a eu un discours (de gauche...) qui exonérait l'école de toute responsabilité et donc de toute nécessité de changer puisque les causes des inégalités étaient ailleurs. Il “suffirait” donc de changer la société pour ne pas changer l'école...
On voit bien que ce débat là n’est pas facile et semble esquivé par la presse, les enseignants et les politiques. Des enseignants qui y voient, à tort, une remise en cause de leur propre travail. Quant aux politiques, certains critiquent le moment où ce rapport est publié ou n’y voient qu’une critique de l'action menée aujourd’hui en oubliant que le CNESCO analyse plus de 30 ans de politiques éducatives. Pauvreté du débat...
Nathalie Mons interviewée par Médiapart le déplore “Le débat public sur l'éducation est très pauvre ” “En France, nous n’avons pas une tradition d’évaluation de nos politiques publiques. Et quand elle existe, on ne la regarde pas pour concevoir des réformes. On en regarde les résultats sans en tirer de leçons réelles. Ce rapport, aux conclusions assez évidentes, met en avant l’aggravation des inégalités sociales en France, confirmée par les mauvais chiffres des enquêtes internationales, mais on continue de mener la même politique depuis 35 ans. Certains acteurs nous reprochent même de ne pas avoir utilisé des méthodes scientifiques. Globalement, notre personnel politique n’a pas la culture de la reddition de comptes. […] Nous sommes juste des experts. Tout ce qu’on souhaite c’est que ce rapport et, plus largement, le travail du Cnesco enrichissent le débat public sur l’éducation. À l’heure actuelle, celui-ci est très pauvre, sans vision globale. Tout le monde reste coincé dans des postures idéologiques, entre égalitarisme et élitisme. Nous produisons des résultats scientifiques, mais tous les hommes et femmes politiques continuent de proposer des politiques inefficaces. Certains candidats parlent par exemple d’instaurer l’orientation dès la classe de 5e. On sait pertinemment que cela aggraverait les inégalités, mais on préfère faire abstraction de ces recherches. ”.

Les lois naturelles de la médiatisation
Les médias sont accros à l'héroïne, on frôle l’overdose...
Après Télérama, France Inter , le journal de France 2, Paris-Match, Le Parisien,Libération, et bien d’autres, Céline Alvarez est partout... Et son livre Les lois naturelles de l’enfant a déjà été réimprimé et est en tête des ventes sur de nombreux sites. Les vidéos tournées dans sa classe où les élèves, tous calmes et concentrés, savent lire dès 4 ans, ne cessent de circuler sur les réseaux sociaux. Et il ne se passe pas un jour sans qu’on me demande ce que je pense de ses méthodes !
Pour ceux qui auraient vécu dans une grotte au cours du dernier mois, rappelons que son ouvrage relate une expérimentation qu’elle a menée durant trois ans, jusqu’en juin 2014, dans une classe de maternelle de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), avant de démissionner de l’éducation nationale au motif qu’elle n’était plus assez soutenue. Dans d’autres déclarations, elle affirme avoir “infiltré” l’École publique mais avoir toujours eu le projet de la quitter. Elle théorise cette expérience en empruntant des concepts à la pédagogie Montessori et en s’appuyant sur les neurosciences qui sont la principale justification de sa démarche et du titre du livre qui parle de “lois naturelles”. Une de ses phrases récurrentes est que “ l’enfant naît câblé pour apprendre et pour aimer”. Elle affirme avoir obtenu des résultats “extraordinaires” avec des élèves qui apprennent à lire dès l’âge de quatre ans. Il faut rappeler aussi que son expérimentation avait reçu le soutien très actif de Jean-Baptiste de Froment, le conseiller éducation de Nicolas Sarkozy et du Think Tank "Agir pour l'école" ainsi que de l’institut Montaigne.
Si jusque là, les articles sur cette star des médias au plan com’ particulièrement efficace étaient sans recul voire dithyrambiques, on voit arriver une deuxième vague d’analyses plus critiques ainsi que des réactions d’enseignants agacés par cette sur-médiatisation. Dans le Figaro, Marie-Estelle Pech se penche sur le phénomène Alvarez et analyse le succès ambigu de son livre . On lira aussi la recension du livre par Luc Cédelle dans Le Monde et aussi l’interview par le même journaliste de Roland Goigoux . Pour ce grand spécialiste de la lecture, “beaucoup de choses présentées comme nouvelles par Céline Alvarez ne le sont pas ”. Il relève le discours presque mystique de l’auteure et rappelle aussi qu’ “on ne peut pas se prévaloir de résultats généralisables à l’issue d’une expérience aussi singulière, réalisée une seule fois et avec aussi peu d’élèves. Est-ce la technique pédagogique qui a fait la différence ou les conditions extraordinaires réunies par les deux personnes impliquées – car il y avait une maîtresse bis – dans la classe ? ”. Il appelle donc à une “meilleure administration de la preuve” sur le plan scientifique. Il rappelle aussi que “Les neurosciences permettent de mieux comprendre pourquoi les vieilles intuitions des pédagogues étaient fondées et pourquoi les options systématisées par Céline Alvarez marchent : l’engagement actif des enfants dans les tâches, la centration de leur attention sur un petit nombre d’informations à la fois, etc. Ce sont ces conditions que toutes les pédagogies devraient chercher à réunir. C’est déjà le cas dans de nombreuses classes, même si Céline Alvarez semble l’ignorer.”.
Les réactions des enseignants sur les réseaux sociaux sont très tranchées. Si un bon tiers des réactions sont très positives et soutiennent la personne et sa démarche, les deux autres tiers s’agacent de cette médiatisation et y voient une sorte de remise en cause des enseignants par quelqu’un qui a quitté le système après s’en être servi. La réaction de Françoise Cahen sur son blog est assez représentative de ce sentiment. On pourra lire aussi les “storify” (suite de tweets au fil de la lecture) proposés par Stéphanie de Vanssay et Laurence De Cock .

Innover ? Innovons !
Plus largement, et pour dépasser le cas médiatique qui nous a servi de point de départ, il me semble qu’il faut ici distinguer plusieurs dimensions qui nous amènent à réfléchir à la manière dont les médias traitent la question de l’innovation mais aussi sa perception par les enseignants.
Car il y a une bonne part de storytelling dans ce succès d’édition. Dans les médias et donc l’opinion, on y aime les belles histoires individuelles d’enseignants qui se dressent contre une administration qui les bloque et les empêche d’innover. Sans remonter jusqu’à Freinet, obligé de quitter l’EN pour fonder son école, les exemples d’“héroïsation” de l’innovant sont nombreux et la situation de Céline Alvarez est archétypale. Alors qu’il ne faut pas oublier qu’elle a aussi le soutien de certaines institutions.
Quant à l’opinion enseignante c’est un autre paradoxe, si l’identité enseignante est individualiste on n’y apprécie pas pour autant la mise en avant des individus et on y défend l’importance du collectif. Et chez les enseignants, on n’aime pas non plus les injonctions... Quand l’innovation devient une norme, quand le vocabulaire de la pédagogie devient la langue du ministère, il y a une réaction (dans tous les sens du terme…) qui conduit certains à refuser alors ce à quoi ils n’étaient pas pourtant hostiles au départ. On peut ainsi se fabriquer une posture de “rebelle” à bon compte. « On le fait déjà », c’est une des phrases qui revient souvent en réaction à ce qui est qualifié chez plusieurs enseignants d’“injonction à l’innovation”. Ceux ci perçoivent le discours de l’administration comme un discours injonctif et culpabilisateur. On y prescrit un idéal qui serait non seulement irréaliste mais qui méconnaitrait la réalité du terrain et des pratiques enseignantes. Ce discours doit être entendu et ne pas être catalogué immédiatement comme relevant de la déploration enseignante et de la “résistance au changement” (autre terme piégé). Car il y a une réalité derrière qui est celle du discours technocratique et performatif que peut utiliser une partie non négligeable de la technostructure de l’Éducation Nationale. La question implicite est celle de la gouvernance : top-down ou bottom-up ? Un dernier piège peut être repéré. Il s’est développé récemment. L’innovation aujourd’hui est devenue un thème important d’un ensemble d’acteurs qui se développent aux marges de l’Éducation Nationale (écoles hors-contrats, entrepreneurs sociaux, services numériques, soutien scolaire privé, etc.). On sait bien, il n’est nul besoin de le développer, que ces structures prospèrent sur une difficulté du service public à se rénover et à répondre aux enjeux actuels. Mais il n’en est pas moins vrai que cela engendre une réaction de défiance à l’égard de l’“innovation” vue alors comme une menace et dans une phraséologie bien connue, comme un signe de la “marchandisation de l’École” et du développement des “pratiques néo-manageriales”. Et lorsque le service public utilise le même vocabulaire (j’ai lu dernièrement une annonce de l’académie de Créteil recrutant un «chargé de mission pour un incubateur de projets innovants») cela ne fait que renforcer la méfiance voire la défiance.
En résumé, il y a donc un ensemble de pièges qu’il faut éviter lorsque l’on parle de l’“innovation”. Par goût du paradoxe et du jeu sur les mots, je préfère parler d’ « enseignants-chercheurs » plutôt que d’enseignants innovants. D’abord parce qu’innover n’est pas un but en soi mais un moyen. Et surtout parce que, moi aussi, je me méfie des innovants solitaires qui pensent tout seul ou presque avoir trouvé LA bonne méthode. On devrait me semble t-il (même si le mot peut, lui aussi, être détourné) parler plutôt de droit à l’expérimentation que d’innovation. Expérimenter, chercher, collectivement et plutôt qu’à tout prix innover...
Autre point de divergence avec la logique médiatique : un enseignant innovant c’est bien, une équipe innovante c’est encore mieux ! Même s’il faut encourager les “enseignants innovants”, il est tout aussi important de mettre en évidence et d’analyser la dimension collective et institutionnelle qui permet aux projets de se développer et de se diffuser et de survivre à leurs initiateurs. Car ce qui fait le succès d’une “innovation” c’est sa diffusion et sa pérennisation.
Ce long développement n’est évidemment pas sans rapport avec l’actualité éducative. Lundi 26 septembre avait lieu à Grenoble une “séquence” sur l’innovation qui s’est conclue par un discours de la Ministre . Directeur du CRI (Centre de recherches interdisciplinaires) qu'il a cofondé en 2005, François Taddei a été chargé par Najat Vallaud-Belkacem d'une mission dédiée à l'innovation pédagogique. L'objectif, selon la ministre : concevoir "un plan stratégique susceptible d'engager un changement d'ère et d'échelle pour la recherche et développement pour l'éducation."François Taddei est invité à réfléchir à une phase de préfiguration du nouveau département de recherche et développement du ministère dans le domaine pédagogique et éducatif, ainsi que de formuler des propositions pour la mise en œuvre des appels à projets dits d'"innovation pédagogique" de la troisième phase des Programmes d’investissement d’avenir (PIA3). Cette journée à Grenoble a aussi été l’occasion de faire le lancement des Instituts Carnot de l’éducation et un premier bilan de l’expérimentation menée en région Rhône-Alpes-Auvergne. Cette journée a aussi été l’occasion de la remise du rapport du Conseil de l’Innovation pour la réussite éducative (Cniré) par sa présidente par intérim, Françoise Sturbaut. Enfin (moment schizophrénique...), la ministre a également annoncé qu’elle confiait la présidence de ce conseil pour les 5 mois qui viennent à... Philippe Watrelot
Il est toujours délicat de faire la chronique d’évènements dont a été l’acteur. Mais dans ce cas, comme dans bien d’autres situations, j’essaie de cloisonner et de faire admettre qu’on peut avoir plusieurs fonctions et statuts différents à la fois sans que cela pose (trop) de problèmes. C’est ainsi que je continue à être professeur de SES et formateur à l’ESPÉ. Et mes élèves et stagiaires se moquent bien de savoir ce que je fais par ailleurs (et moi ça me remet les idées en place si jamais je courrais le risque de perdre mes repères). Et c’est aussi la raison pour laquelle, je continue à m’exprimer comme je le fais depuis 2004 par la revue de presse et des billets sur mon blog ou ailleurs. Avec mes convictions et en toute indépendance.

Budget et postes
Cette semaine a été aussi marquée par la présentation de la dernière loi de finances du quinquennat.
A sept mois de l'élection présidentielle, le gouvernement présente un budget en hausse de 3 milliards d'euros pour l'Education nationale , l'Enseignement supérieur et la Recherche. Il s'élève à 92,5 milliards d'euros au total, dont 68,64 milliards pour l'Education nationale (écoles, collèges, lycées) et 23,85 milliards pour l'enseignement supérieur et la recherche. La hausse est de 2,15 milliards d'euros pour le scolaire et de 852 millions pour le supérieur et la recherche, par rapport à 2016. Avec une augmentation de 9 milliards d'euros en cinq ans, dont 3 milliards pour la seule année 2017, l'influence de ce quinquennat sur le budget de l'Éducation, est «immense dans un contexte où les dépenses de l'État auront globalement diminué», assure Najat Vallaud-Belkacem. 2017 sera même «une rentrée merveilleuse», assure même la ministre, grâce aux postes supplémentaires prévus dans le budget 2017 et la baisse démographique des élèves du primaire. Dans sa conférence de presse , rapporte le Figaro, elle a de nouveau pointé la «rupture» avec le quinquennat précédent et «ses funestes suppressions de 80.000 postes» sous Nicolas Sarkozy mais elle s'est aussi attaquée aux programmes des candidats à la primaire de droite qui envisagent tous des suppressions de postes de fonctionnaires.
La question des postes a aussi été évoquée lors de cette conférence de presse. La Ministre a assuré que le budget 2017 permettra de créer les 12.662 postes (11.662 dans le scolaire et 1.000 dans l'enseignement supérieur) qui restaient à créer. Mais nul doute que cette question sera un des points importants du bilan du quinquennat et largement débattue.
Où sont les 60.000 postes dans l’éducationse demande Le Monde qui affirme que si les crédits sont bel et bien affichés dans les lois de finances successives, dans la réalité, le ressenti est différent. Les moyens mis en œuvre ne sont pas toujours visibles, comme le pointait le rapport du comité de suivi de la loi sur l’école, paru en janvier. Les parents se plaignent toujours d’absences de professeurs non remplacées, les syndicats d’enseignants dénoncent toujours des classes trop chargées, et les rectorats ont toujours recours à du personnel précaire pour pallier les besoins. Même tonalité dans La Croix qui montre aussi que les effets de ces créations de postes restent pour l’instant peu perceptibles. La critique est plus vive dans L’Humanité qui reprend l’argumentation du SNES et considère qui si les 60.000 postes ont été créés sur le papier ils ne permettent pas de répondre aux départs en retraite et à la croissance démographique.
Dans ce contexte pré-électoral, la ministre dans sa conférence de presse, a aussi insisté sur la rupture avec la droite, n on seulement avec les 80.000 suppressions de postes du quinquennat de Nicolas Sarkozy, mais aussi avec les suppressions de postes envisagées dans les programmes des candidats à la primaire de la droite . «C'est bel et bien dans l'Education nationale que les suppressions seront le plus massives » a t-elle averti.

Élections
Cela nous permet de faire la transition avec le feuilleton des déclarations sur l’École dans la campagne.
Selon un sondage CEVIPOF repris par RMC , les professeurs voteraient de plus en plus Front national. Ainsi, ils seraient plus de 10% à avoir pour intention de voter Marine Le Pen au premier tour de l'élection présidentielle de 2017. Pour autant, si certains s'affichent ouvertement, d'autres ne le clament pas "sur tous les toits".
Véronique Soulé pour le Café Pédagogique était à la Convention sur l'éducation organisée le 22 septembre à Paris en présence de Marine Le Pen. Elle livre un reportage qui montre que sous un affichage plus moderne, c’est bien les vieilles recettes les plus réactionnaires qui sont toujours à l’œuvre... Ce que confirme Claude Lelièvre sur Mediapart qui se livre à une compilation des propositions de ce parti avec un titre explicite “vade retro !
Du côté des “Républicains”, c’est surtout Nicolas Sarkozy qui s’est fait remarquer (malgré une sale semaine dans les médias...). Interrogé lundi 26/09 sur Europe1 Nicolas Sarkozy a promis la suppression de 300 000 postes de fonctionnaires s'il était de retour à l'Elysée. «L'éducation nationale sera aussi concernée» , a précisé le candidat à la primaire. Et pour accompagner cette suppression de postes, une augmentation du temps de travail. «Mon idée, c'est d'augmenter de 25% leur temps de travail, d'augmenter d'autant leur rémunération, ce qui permettra d'avoir du temps disponible pour s'occuper des enfants qui n'arrivent pas à suivre après la classe».
En revanche, lui, comme tous les autres, n’ont rien dit sur les inégalités à l’École et le rapport du CNESCO. On préfère parler de l’uniforme ou des gaulois....

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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samedi, septembre 24, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 19 au 25 septembre 2016





— 3-18 — 60.000 —Sarkozix et les dégâts de la Marine —Assassins - Lectures - .


Voici venu le temps des tactiques électorales. Et l’École n’y échappe pas.
D’abord du côté gouvernemental avec la promesse faite par la ministre d’étendre la scolarité de 3 à 18 ans qui n’est pas sans arrières pensées électorales. C’est le cas aussi avec la communication sur les 60.000 postes promis et créés.
En face, le feuilleton continue avec les aventures de Sarkozix le gaulois mais aussi les propositions de Marine Le Pen pour l’éducation. Outrance et excès sont au rendez vous tout comme dans le livre qui a agité les réseaux sociaux enseignants. Écrit par une journaliste de l’Obs, il dresse une liste des “assassins de l’École”. Rien de moins...
On finira ce bloc-notes avec quelques conseils de lecture. .



3-18
Pour “aller plus loin sur l'éducation lors du prochain quinquennat”, “je proposerai d'étendre la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans”. C'est par un tweet publié le 17 septembre lors des universités de l'engagement, (organisées par le PS jusqu'au 3 décembre), que la ministre de l'Education a formulé cette proposition qu’on peut presque qualifier de “promesse de campagne”. Pour aller jusqu’au bout de cette réforme, Najat Vallaud-Belkacem estime qu’il faudrait créer "5.000 à 7.000 postes de professeurs supplémentaires".
Dans la course à la présidentielle qui commence, Najat Vallaud-Belkacem se pose donc à contre-courant des positions de candidats à la primaire à droite, qui veulent durcir l'orientation en fin de 3e et prônent la sélection précoce... Elle donne ainsi des gages à son camp et à un électorat qu’il faut reconquérir. Pour le Snes-FSU, syndicat majoritaire du second degré, ainsi que pour le Parti Communiste, l'allongement de la scolarité obligatoire est en effet une vieille revendication.
Pour comprendre les enjeux, rappelons qu’actuellement la scolarité obligatoire est de 6 à 16 ans . C’est la réforme Berthoin en 1959 qui a fait passer la limite de 14 à 16 ans. Si aujourd’hui 98% des enfants de 3 ans vont déjà à l’école maternelle, c’est à l’autre bout de la proposition que les questions sont les plus vives. Aujourd’hui près de 97% des jeunes de 16 ans sont au lycée et plus de 77% des jeunes de 18 ans sont scolarisés. Mais on sait que le décrochage est un problème qui est loin d’être résolu (on estime à 80.000 le nombre de décrocheurs de 16 à 18 ans). L’obligation de scolarité obligerait à faire évoluer le système pour favoriser les passerelles entre les voies et les filières et offrir des orientations plus positives.
Comment cette proposition est-elle accueillie ? A droite, on parle de “fuite en avant”, de démagogie, on ironise sur le fait que c’est un moyen de truquer les chiffres du chômage. “Il est curieux que cette proposition arrive à quelques mois de l’élection présidentielle” s’étonne, quant à elle, Frédérique Rolet du SNES-FSU dans L’Humanité Sur RMC, la même affirme "Pour que l'école obligatoire jusqu'à 18 ans soit efficace, il faut repenser toute la scolarité". En résumé, si beaucoup à gauche considèrent que cette proposition va dans le bon sens, elle serait trop tardive et aurait un parfum de manœuvre électorale.
On aurait pu préférer que cela soit annoncé en début de quinquennat. On peut aussi considérer qu’il fallait d'abord recréer des postes pour assurer l'existant et redonner de la formation aux stagiaires, ce qui rendait difficile la réalisation effective de cette proposition, faute de vivier. On ne peut faire de l'incantation sans vérifier que l'intendance suive. La subtilité de ce coup politique est qu’il oblige des opposants de gauche à se positionner et à admettre donc implicitement que pour que la proposition dont ils ne peuvent vraiment se désolidariser puisse se réaliser, il faudrait battre la droite dès le 1er tour...
Au delà du commentaire politique, faisons un pas de côté pour revenir à un débat plus général sur la conduite du changement. Frédérique Rolet l’affirme "Pour que l'école obligatoire jusqu'à 18 ans soit efficace, il faut repenser toute la scolarité". Ce qui suppose donc de profondes réformes. Car à système éducatif constant, une telle obligation n’aurait que peu d’effets en particulier sur les décrocheurs qu’on s’acharnerait à maintenir dans un système inchangé qui ne leur convient pas. Avec la question de l'extension de la scolarité à 18 ans comme avec la question de la fin du redoublement et bien d'autres points du même genre, ce qui se pose c'est de savoir quelle est la dose de volontarisme et celle de conditions préalables pour réussir une réforme. Sans compter la question du temps...
Ce qui est intéressant également c’est de constater qu’il y a là aussi dans la déclaration de F. Rolet une sorte de volontarisme qui étonne quand on pense aux critiques faites à la réforme du collège qu’on accusait justement d’être trop...volontariste.
La conduite du changement est une alchimie complexe. Si on attend que tout le monde soit formé pour mettre en œuvre un dispositif, on ne le fera jamais. A l'inverse si on décide brutalement un changement sans qu'il y ait un minimum d'anticipation ça ne marchera pas non plus. On peut de temps en temps "bousculer" pour contraindre les pratiques à s'adapter et trouver collectivement des solutions à la nouvelle situation. Mais cela demande du temps et il y a souvent une impatience qui nous conduit à juger trop vite de l'efficacité de telle ou telle mesure à peine lancée (je lis déjà des articles sur le bilan des EPI...). Il faut aussi tenir compte du phénomène des “prophéties autoréalisatrices" : si on pense que ça ne va pas marcher... il y a de fortes chances pour que ça ne marche pas ! Et dans le contexte actuel de morosité et de crispation, l'optimisme n'est pas la valeur la mieux partagée....!

60.000
60.000 postes dans l'Éducation : engagement tenu ! ” C’est ce que met en avant la communication sur le site du Ministère. Tout comme avec l’annonce de la future disparition du “trou de la sécu”, on est dans la mise en avant du bilan du quinquennat avec une des promesses les plus emblématiques de la campagne de 2012. J’avais montré dans un article de blog il y a quelques mois, le contexte et les enjeux de cet engagement. Avec l’annonce de la création de 12.842 postes dans le projet de loi de finances 2017 qui s’ajoutent aux 47.158 déjà créés ce seraient donc 54.000 postes qui auront été créés dans l’éducation nationale auxquels il faut ajouter 5000 postes dans l’enseignement supérieur et 1000 dans l’enseignement agricole. Il faut aussi rappeler que c’étaient près de 80.000 postes qui avaient été supprimés sous le précédent quinquennat. C’est la raison pour laquelle, il est préférable de parler de re-créations...
Alors, le compte est bon ? Si beaucoup de journaux titrent sur cette promesse tenue, cela n’empêche pas les critiques et les calculs. Selon Xavier Marand co-secrétaire général du SNES-FSUinterviewé par France Info "La ministre fait des jeux d'écriture pour atteindre 60 000 postes".Il explique que les concours pour les postes d'enseignants "ne font pas le plein" et considère que les effets sur le terrain sont assez peu visibles.
Sur quoi porte le débat ? Comme je l’avais déjà montré dans un article de blog, il y a, me semble t-il, trois points de débats :
- temps plein ou mi-temps ?
- créations brutes ou nettes ?
- postes créés ou pourvus ?
Près de la moitié des postes créés l’ont été dans le cadre de la restauration de la formation initiale des enseignants. Ceux-ci sont de nouveau en alternance pour la première année d’enseignants. On ne peut que s’en réjouir mais cela signifie qu’aujourd’hui parmi les postes créés une partie est encore à mi-temps. Cela amène certaines critiques à considérer qu’on ne peut pas les compter comme des créations de 60.000 postes ETP (équivalents temps plein). Mais ils le seront ensuite !
Le deuxième reproche est plus important. Car dans le même temps que des postes sont créés, d’autres enseignants partent en retraite. Les créations compensent-elles ces départs ? En d’autres termes, s’agit-il de créations brutes ou nettes ? À cela s’ajoute une autre dimension qui est celle du boom démographique qui a été négligé par le précédent quinquennat et a eu un effet de soustraction limitant l’impact des créations dans les classes et les établissements. Plusieurs analystes considèrent que, pour évaluer l’effet réel de la politique menée, il faudrait regarder le nombre de postes de titulaires effectivement créés, c'est à dire supplémentaires par rapport à la fin du quinquennat précédent et les comparer aux besoins du système scolaire au regard de la hausse démographique. Il y a donc toute une ligne syndicale et politique très critique qui va même jusqu’à parler d’ “entourloupe” voire de “mensonge”... Il n'en reste pas moins que cette posture peut avoir des conséquences dans les urnes et conduire à des politiques de suppressions de postes. Et là il n'y aura plus à discuter pour savoir si elles seront "nettes" ou "brutes". Elles seront juste brutales...
La troisième critique nous rappelle que “poste créé” ne veut pas dire “poste pourvu”. Ce sont 25.000 enseignants que va recruter l'Éducation nationale en 2017. Mais le problème est que tous les postes mis aux concours ne trouvent pas forcément de candidats. Concernant le CRPE, alors que tous les postes étaient pourvus en 2011, 550 ne l’étaient pas en 2016. Et si 800 postes n'étaient pas pourvus au Capes externe de 2011, 1.100 ne l’ont pas été en 2016, essentiellement en mathématiques, lettres (modernes et classiques), anglais et allemand. Même si les concours 2016 ont montré une reprise des inscriptions, certains CAPES (concours du second degré) ont un rapport inscrits/postes très bas. Ce qui fait dire que la sélectivité est faible. En fait pour le premier degré, les concours sont aussi plus ou moins sélectifs selon les départements nous dit Le Monde . Et pour certains concours, nous dit le journaliste Erwin Canard, sur EducPros.fr la question d'une baisse des exigences se pose même. En mathématiques, nous dit le journaliste , entre 2012 et 2015, la barre d’admissibilité (sur 20 points) a été successivement placée à 6,75, 6,50, 6 et 5,7, avant de remonter à 6 en 2016. La question du recrutement nous renvoie à celle de l’attractivité du métier et évidemment aussi à celle de la rémunération.
Quoi qu’il en soit, si la question des 60.000 postes sera, sans nul doute, âprement débattue dans la campagne présidentielle qui a déjà commencé, il ne faut pas oublier que tous les programmes de la droite prévoient quant à eux une baisse du nombre de postes...

Sarkozix et les dégâts de la Marine
Le feuilleton de la campagne continue avec cette semaine les aventures de Sarkozix le gaulois mais aussi les propositions de Marine Le Pen pour l’éducation.
les parodies ont fleuri sur Twitter...
Lundi 19 septembre, à Franconville, dans le Val-d'Oise, Nicolas Sarkozy a donné un meeting durant lequel il a donné sa vision de l'intégration à la société française. "Nous ne nous contenterons plus d'une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l'assimilation", a-t-il lancé en ajoutant que tout nouveau citoyen devrait se dire : "J'aime la France, j'apprends l'histoire de France, je vis comme un Français. Et il a poursuivi en affirmant qu'à partir du moment où l'on devient Français, "on vit comme un Français et nos ancêtres sont les Gaulois".
Cette phrase a suscité beaucoup de critiques et de sarcasmes sur les réseaux sociaux. Mais il faut bien reconnaitre que l’ex-président et candidat a rempli son objectif : il provoque et il met le thème de l’identité nationale à l’agenda et oblige tout le monde à se positionner par rapport à cela.
Il y a donc eu beaucoup de réactions sur cette expression controversée” selon Le Figaro . Pour la replacer dans un contexte historique on pourra se tourner vers un texte de Claude Lelièvre Mediapart qui revient au point de départ en redonnant le texte d’Ernest Lavisse à l’origine de l’expression ou un  texte de 2008 de l’historienne Suzanne Citron (Rue89) . Elle a aussi suscité des remarques sur les réseaux sociaux de la part des profs d’histoire . Deux chercheuses (Mathilde Larrère et Laurence de Cock) qui ont été particulièrement actives sur les réseaux sociaux ont rassemblé dans un “storify l’ensemble de leurs interventions sur Twitter.
Pendant ce temps là, se tenait une convention le jeudi 22 septembre sur le thème de l’Ecole organisée par le Collectif Racine et le Collectif Marianne. La convention a été ouverte par Florian Philippot et c’est Marine Le Pen qui a prononcé le discours de clôture. On trouvera un compte rendu assez détaillé dans Le Monde ou Les Échos. On lira aussi une forte critique dans une interview de Laurent Escure de l’UNSA Éducation dans l’Obs. La présidente du Front National a, en fait, formulé trois propositions :
- un retour aux “fondamentaux" avec 50 % du temps consacré à l’apprentissage du français.
- suppression du collège unique avec « revalorisation » de la voie professionnelle
- et à l'université : sélection dès l'entrée et à tous les niveaux. 

Marine Le Pen s’est aussi livrée, sans surprise, à une critique en règle des « pseudo-pédagogues qui hantent les couloirs de la Rue de Grenelle ». « Les folies pédagogistes ont trop duré, les professeurs n’ont pas besoin d’experts scientifiques, ils sont les vrais experts», a-t-elle asséné (et on va voir qu’elle n’est pas la seule...). Le message qu’elle voudrait faire passer au monde enseignant qu’elle cherche à séduire est donc très démagogique : dans son projet ce ne sont ni les chercheurs ni les enfants qui seraient « au centre », mais les professeurs.

Assassins
Mise au pilori...
C’est la page du magazine Le Point qui a surtout fait réagir . On y voit huit visages alignés sur deux rangées avec leur nom et une courte présentation et en titre “Ils ont tué l’école !”. Cette présentation (qui en rappelle d’autres) accompagne la présentation de l’ouvrage de Carole Barjon (journaliste à l'Obs....) “Mais qui sont les assassins de l'École ?”. Sur le site de l’éditeur Robert Laffont, voici comment l’auteur présente son livre : «20 % des jeunes Français savent à peine lire. Comment a-t-on pu en arriver là, dans une démocratie comme la France, longtemps enviée pour la qualité de son système éducatif ? Qui sont les véritables responsables de ce désastre ? […]Pour m'expliquer l'origine de cette faillite, j'ai voulu connaître les auteurs, ou plutôt les fauteurs, des politiques éducatives qui y ont conduit. Les identifier, afin de comprendre ce qu'ils avaient en tête au moment où ils ont conçu et/ou appliqué ces nouveaux contenus, ces nouvelles pratiques, ces nouvelles méthodes, ces nouvelles règles. À l'heure de la transparence et de la traçabilité dans tous les domaines, j'ai voulu savoir comment des gens en principe sains d'esprit ont pu engendrer de telles aberrations, ce que ces réformateurs mal inspirés pensent du résultat de leurs initiatives et s'ils en éprouvent aujourd'hui des regrets, voire des remords. Paradoxe terrible : ceux qui voulaient rendre l'école moins inégalitaire en sont arrivés à la rendre plus injuste.» Là aussi, il y a eu de nombreuses réactions. On peut citer surtout celle de Christophe Chartreux sur son blog “Prof en campagne qui est la plus emblématique.
Au delà de l’indignation légitime devant le procédé et les approximations de cette journaliste, il faut aller chercher dans la critique de son confrère Paul Quinio dans L’Obs quelques matière à réfléchir. S'il pointe les outrances de ce pamphlet, il appelle aussi le lecteur "pédago-compatible" à penser contre lui-même en considérant que cet ouvrage peut y aider. Il y a d’abord une question mille fois posée : est-ce que l'école d'aujourd'hui est celle des “pédagos” ou celle du conservatisme ? En d'autres termes souffre t'elle d'un excès de réformes ou au contraire d'une insuffisance ou encore d'un dévoiement des réformes? On a beau jeu d'accuser les pédagos et de les rendre responsables de la difficulté du système à lutter contre les inégalités alors que celui-ci est surtout marqué par l'immobilisme. Le journaliste évoque ensuite des “méa-culpa” à propos de questionnements de certains de ces "pseudo-assassins". Meirieu et Dubet qui s'interrogent ? mais c'est normal de s'interroger et ce n'est en rien un “méa-culpa“ ! Avoir des convictions et les porter ne signifie pas qu'on est pétri de certitudes, il est normal de se questionner alors qu'en face, bien souvent on ne se pose aucune question tant on est sûr d'avoir raison ! A la lecture de cette recension on s'aperçoit aussi que la principale référence sur laquelle s'appuie Barjon semble être les travaux de Sandrine Garcia et Anne-Claudine Oller dont on a montré le caractère très discutable. Et il y a beaucoup d’autres approximations du même genre.
Enfin, si l’interrogation posée sur la persistance des inégalités est ô combien légitime, la manière d’y répondre en désignant à la vindicte des “assassins” est insupportable et nous renvoie à des procédés et des époques qu’on aurait aimé savoir derrière nous...

Lectures
Finissons cette revue de presse par quelques lectures...

Notre attention a été attirée cette semaine par l’interview de Denis Laforgue, dans le Café Pédagogique . Celui-ci est ethnographe et il a observé pendant deux ans le fonctionnement d'une inspection académique. L’entretien donne envie de lire le livre. On y évoque tout le poids des logiques routinières dans le maintien des inégalités.

La démocratisation des diplômes est-elle allée trop loin? ”, c’est la question que pose Louise Tourret sur Slate.fr après sa lecture du livre de Louis Chauvel La Spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions. (Seuil).
Il y aurait plein de choses à dire sur cet article. En cours de SES (désolé je fais mon prof...) je prends bien soin de distinguer “démocratisation" et "massification"... Incontestablement il y a eu une massification de l'école mais malheureusement il s'agit d'une démocratisation en trompe l'œil ( le sociologue Pierre Merle parle de “démocratisation ségrégative” ). Bien sûr il y a plus de personnes qui ont le bac mais ce ne sont pas les mêmes bacs et l'accès est loin d'être le même selon les catégories sociales. Ensuite, la thèse de l""inflation scolaire" (développée d'abord par Marie Duru-Bellat) est contestable et doit être nuancée. Si certains métiers sont en effet l’objet d’une surqualification conduisant à une dévalorisation du diplôme (là où il fallait le brevet, il faut aujourd’hui le bac) pour d’autres l’augmentation des diplômes correspond à une véritable augmentation des qualifications requises. S'il existe une peur du déclassement bien présente en France et que Chauvel reformule une nouvelle fois dans ce livre, cette peur doit être nuancée et relativisée. Et, en tout cas, elle ne doit pas amener à conclure dans une sorte de pessimisme nihiliste à l'idée que les diplômes ne valent plus rien... Cette thèse est aussi dangereuse parce qu'elle démobilise les plus fragiles et qu'elle sert les intérêts des plus privilégiés qui savent, eux, que les diplômes leur sont utiles... L'enjeu est plutôt de construire une vraie “démocratisation" plutôt que de, au final, faire le jeu de l'élitisme.
Nous avons massifié. Nous n’avons pas su démocratiser” c’est d’ailleurs ce que dit Charlotte Magri dans The Conversation. Cette ancienne professeur des écoles qui avait été la lanceuse d’alerte sur la situation des écoles à Marseille vient de sortir un livre intitulé “Lettre ouverte au ministre de l’Éducation Nationale” (Stock)

Dans Libération du 19 septembre, on pourra lire une tribune d’Andréas Schleicher, directeur du département Éducation à l’OCDE . Pour lui «les types de compétences les plus faciles à enseigner et à évaluer sont aussi les plus faciles à numériser, à automatiser et à externaliser. C’est pourquoi l’éducation doit s’attacher davantage à notre façon de raisonner, en développant notamment la créativité, l’esprit critique, la résolution de problèmes et la prise de décisions, à notre façon de travailler, en développant les compétences de communication et de collaboration, et à nos traits de personnalité, en encourageant ceux qui nous aident à mieux vivre et travailler ensemble.» Il annonce donc que dans les prochaines enquêtes PISA à partir de 2018 on évaluera les “compétences globales” c'est-à-dire la résolution de problèmes et la capacité à coopérer.

Le plat de résistance de cette série de lectures est un rapport absolument passionnant. Intitulé Quelle finalité pour quelle École ? , il émane de France Stratégie qui est un organisme officiel de réflexion prospective héritier du commissariat au Plan. “Quelle école voulons nous ?” c’est la question à laquelle répond ce rapport rédigé par Son Thierry Ly qui constate qu’une des difficultés aujourd’hui de notre système éducatif est que ses finalités ne sont pas claires et cela contribue au malaise des enseignants. Le collectif réuni autour de cet économiste définit trois hypothèses : une école qui prépare au monde professionnel, une école qui permette l’accomplissement de la personnalité, une école qui transmet une culture commune. Et pour chacune d’entre elles, il repère les défis et essaye de voir concrètement les conséquences en termes d’organisation. C’est vraiment très éclairant et cela donne de nombreuses pistes de réflexion et d’actions...
Et dans la période qui s’annonce on a vraiment besoin d’une réflexion rigoureuse et hors des caricatures, par Toutatis !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, septembre 18, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 12 au 18 septembre 2016





- Inégalités — Mérite — École numérique — Mixité — élections pestilentielles - .



Et si on parlait vraiment des inégalités à l’école et des moyens de les réduire ? C’est le pari (fou) de ce bloc-notes qui commence par ce qui est au coeur du rapport de l’OCDE et de plusieurs autres publications.
Dans ce retour sur l’actualité éducative, on parlera aussi de l’évolution du système d’inspection et d’évaluation des enseignants, de l’école numérique. On reviendra également sur le thème de la mixité sociale avant de finir par le feuilleton sur les élections marqué par la surenchère et la confusion des repères...



Inégalités
Quoi qu’on pense de l’OCDE, la publication chaque année de Regards sur l’Éducation par cette institution est un évènement et ce rapport est toujours une source d’informations et de réflexions. L’édition 2016 qui compile 100.000 données sur l'état des systèmes éducatifs en 2014, ne fait pas exception et éclaire plusieurs débats hexagonaux.
On y apprend que la France consacrait (en 2013) un investissement "plutôt faible" à l'école primaire, avec 7.200 dollars par élève et par an contre 8.500 en moyenne dans l'OCDE. On notera toutefois que lors de la conférence de rentrée scolaire, la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a défendu un rééquilibrage des dépenses en faveur du premier degré, chiffres plus récents à l'appui, avec une dépense annuelle par écolier en hausse de 12,5%, atteignant 6.500 euros en 2017 contre 5.800 euros en 2012.
La publication de l’OCDE évoque aussi les rémunérations des professeurs . “Les salaires des enseignants restent peu attractifs” dans l'Hexagone, relève l'OCDE, en mettant en regard le salaire effectif - primes incluses - d'un enseignant du primaire avec celui d'un actif diplômé de l'enseignement supérieur. Un enseignant du primaire reçoit 76 % du salaire de cet actif. 
Pour les enseignants de collège en filière générale, l'assertion est moins vraie : ils perçoivent 91 % du salaire d'un actif diplômé de l'enseignement supérieur.
 L'OCDE a aussi comparé le salaire statutaire des enseignants (hors prime) avec celui d'une personne active. En début de carrière, la France est en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE. 
En revanche, en fin de carrière, un enseignant qui termine à l'échelon maximal serait selon le rapport au-dessus de la moyenne OCDE.
Il y a bien d’autres sujets encore qui sont abordés dans ce très riche rapport. Mais le mot clé de cette année semble être celui d’“inégalité”. Et l’évaluation de la situation qui est faite peut se résumer comme le fait Le Figaro par cette formule scolaire “pour l'OCDE, la France peut mieux faire. “La France a réussi beaucoup de choses sur un plan quantitatif mais pêche toujours sur un plan qualitatif”, résume Éric Charbonnier, expert éducation à l'OCDE. On peut constater que si, depuis quarante ans, le niveau d'instruction de la population française s'est considérablement élevé, les inégalités se sont creusées ces dix dernières années. “La France a réussi à massifier son éducation, en emmenant toujours plus de jeunes à des diplômes du secondaire et aux études supérieures, elle garde une élite forte et performante, mais elle a laissé une partie, les moins favorisés, sur le bord du chemin”, ajoute le même Eric Charbonnier dans Le Parisien
On peut espérer que ce thème majeur de la lutte contre les inégalités reste encore dans l’actualité. Le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) doit rendre public dans dix jours une vaste étude, passant au crible vingt ans de politiques publiques éducatives, au titre parlant «Pour quelles raisons la France est-elle devenue le pays le plus inégalitaire de l'OCDE». En préparation de cette publication, il faut signaler le bon dossier du journal Le Parisien du vendredi 16 avec pour titre : “Inégalités scolaires : le défi de l'école française”. Outre un très bon reportage de Christel Brigaudeau au fond d’une classe de CP, on y trouve aussi une interview d’Arnaud Riegert membre de ce Conseil national d’évaluation du système scolaire . A la question “Faut-il donner encore plus de moyens financiers à l'école pour corriger le tir ?”, il répond “L'Education est le premier budget de la France, et les moyens supplémentaires que le pays serait en mesure de lui accorder ne suffiraient pas à changer radicalement la situation. Les dizaines de milliers de postes créés sous le quinquennat de François Hollande n'ont pas changé la donne. Les inégalités scolaires doivent être attaquées sur plusieurs angles en même temps pour que la lutte soit efficace : il faut des moyens mais aussi une plus grande mixité et de nouvelles méthodes pédagogiques.
Toujours sur ce thème des inégalités et de l’École, il faut aussi attirer l’attention sur un livre qui vient de paraitre. Il s’agit de «L’école qui classe» de la sociologue Joanie Cayouette-Remblière dont on pourra lire un compte-rendu dans Libération A partir de l’analyse du parcours de 530 élèves suivis à travers leurs bulletins scolaires, du primaire au baccalauréat, elle en arrive à la conclusion que l'école française contribue à fabriquer les inégalités. Elle l’exprime très clairement dans dans le Café Pédagogique : “Lorsque l'on parle inégalités scolaires, on entend souvent que les élèves de classes populaires arrivent à l'école avec des manquements et qu'ils gardent ce handicap. Avec ce travail, je montre que les écarts se creusent au fil des parcours. Certains chercheurs en ont eu l'intuition. Mais cela n'avait jamais été démontré, chiffres à l'appui. Or on le voit ici très nettement au niveau local. Ce ne sont pas les écarts de début de sixième que l'on retrouve en fin de parcours. Loin de les résorber, l'école française creuse les inégalités.
Face à de tels enjeux, on se prend à rêver que le débat sur l’éducation porte vraiment sur cette question essentielle plutôt que de s’écharper sur des questions de blouse ou de salut au drapeau...

Mérite ?
Beaucoup d’articles cette semaine ont porté sur l’évaluation des enseignants et le nouveau système de gestion des carrières.
L'Éducation nationale s'apprête à modifier le système d'avancement des carrières en vigueur pour tous les enseignants. Ils feront l'objet d'une inspection quatre fois au cours de leur carrière qui pourra se solder par une augmentation. Cette réforme coûtera 1 milliard d'euros sur les trois prochaines années. […]Cette réforme avait été annoncée par la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, en mai dernier, pour revaloriser leurs carrières. Un document de travail du ministère de l'Éducation nationale, révélé par RTL et que le Figaro a pu consulter, en précise ce jeudi les premiers détails ” C’est ce qu’on peut lire, par exemple dans Le Figaro . Les médias semblent présenter l'information “révélée” par RTL comme entièrement nouvelle... Mais comme le rappelle Le Figaro dans l’extrait cité plus haut, tout ce qui est décrit est déjà dans les tuyaux depuis plusieurs mois (depuis mai au moins pour le grand public) et se situe dans le cadre des négociations PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations). Elles avaient été présentées fin mai dans un article très complet du Café Pédagogique
Donc ce n'est pas un "scoop". Ce qui est intéressant aussi à observer c'est la manière dont les médias en rendent compte avec plus ou moins de subtilité et de précision et avec plus ou moins d'arrières-pensées politiques. Par exemple, présenter cela comme un “salaire au mérite" comme le font plusieurs journaux est pour le moins excessif et tendancieux...
Essayons de prendre un peu de recul pour se demander si le système actuel est satisfaisant avant de voir d’où vient ce projet et les avantages et les inconvénients qu’il peut avoir et de finir par les difficultés qu’il peut rencontrer...
Le système actuel est-il satisfaisant ? La réponse est NON ! Demandez à des enseignants le nombre d’inspections au cours de leur carrière : 2, 3 ou 4 maximum... En plus du faible nombre, on sait aussi que souvent les inspections sont très infantilisantes dans leur modalités mêmes : collègues prévenus tardivement, jugés plutôt que conseillés, critères peu objectifs et soumis aux lubies de tel ou tel inspecteur,... Tout cela sur une seul heure de cours qui décide pour un bon nombre d’années de la vitesse à laquelle vous allez avancer dans votre carrière (3 vitesses : ancienneté, petit choix, grand choix) et donc de votre salaire. Ce qui est évalué est essentiellement de l’ordre de ce qui se passe dans l’activité d’enseignement, tout ce que vous pouvez faire “à côté” compte plus ou moins pour du beurre. On sait aussi, c’est la légende noire de l’enseignement, qu’il existe des très mauvais professeurs qui peuvent même faire du mal aux élèves, mais qu’il est très difficile de les sortir des classes et même de voir cela dans une inspection ponctuelle où ils peuvent faire illusion. Enfin, comme les inspecteurs ont un pouvoir réel sur les profs puisque leur note et leur rémunération dépend de leur avis, cela développe des comportements infantilisants et des pratiques un peu clientélistes qui sont regrettables : peut-on parler normalement à son inspecteur lorsqu’on sait qu’il vous note ? Oui, pour certains vieux schnoques comme moi, mais pas tout le monde. Quant à la notation administrative (sur 40 alors que la notation pédagogique est sur 60) faite par le chef d’établissement c’est tellement codifié et soumis à des péréquations que son effet est minime.
En bref, un système actuel qui permet assez mal de valoriser certains profs et qui ne permet pas non plus de sanctionner les mauvais (ben oui, ça existe...). C’est aussi un système "inadapté, relevant davantage du jugement que du conseil" puisqu'il "poursuit deux objectifs inconciliables : l'amélioration des pratiques professionnelles d'un côté et la gestion différenciée des carrières de l'autre". Ce n’est pas moi qui le dit, c’est un document interne au SNES évoqué par le site Touteduc
Pourquoi le système a t-il perduré ? Parce qu’il est, en fait, assez indolore. Et parce que, quoi qu’on en dise, et même si le moment de l’inspection est toujours vécu de manière stressante, il fout la paix aux enseignants. Ceux-ci sont des fonctionnaires qui sont en fait très peu contrôlés. Il a reposé aussi sur un système de co-gestion qui a fait se maintenir voire prospéré l’activité syndicale et si on avait l’esprit mal tourné on pourrait penser que c’est aussi une raison de son maintien. Enfin, il est encore la raison d’être de l’existence des corps d’inspection. C’est leur gagne-pain et c’est là dessus qu’eux mêmes sont en grande partie évalués !
D’où vient le système proposé aujourd’hui ? D’abord de la négociation syndicale qui est toujours en cours. Tout n’est donc pas encore acté comme semblent le dire à tort certains médias. Il vient ensuite du constat que, comme je l’ai montré plus haut, le système actuel trouve ses limites. Un constat partagé jusque là par l’essentiel des syndicats. Le système propose des rendez vous et un système de “vitesses” simplifié qui est plus clair que les visites aléatoires et peu fréquentes évoquées plus haut. Par ailleurs, il essaie de prendre en compte la globalité de l’engagement du professeur plutôt que le seul aspect du cours même si c’est considéré par beaucoup comme le cœur du métier. Il prend en compte les “nouvelles” missions de l’enseignant et valorise ceux qui vont au delà de ce seul aspect du cours proprement dit. Il ne s’agit pas de “salaire au mérite” mais de prise en compte de l’engagement sur des critères relativement objectifs. Le protocole d'évaluation est beaucoup plus rigoureux, semble t-il. Il repose aussi sur un bilan de compétences et une part d’auto-évaluation et de dialogue entre les différentes parties concernées. Cependant il reste encore très individuel et pourrait mettre plus en avant la dimension collective. Ce qui se fait plus dans le primaire où les IEN font de plus en plus des inspections d’école qui englobe l’ensemble des professeurs des écoles et leur travail d’équipe.
Qu’est-ce qui risque de bloquer ? Peut-on faire évoluer le système avec les mêmes acteurs que ceux qui ont contribué à la situation actuelle? Autrement dit :
- le corps d’inspection saura t-il évoluer d’une fonction de contrôle/sanction à une fonction de conseil/accompagnement ?
- Les chefs d’établissement sauront-ils collectivement dépasser le rapport ambigu au pouvoir que peuvent avoir certains d’entre eux ?
- Quant aux enseignants : sauront-ils dépasser une sorte de “passion pour l’égalité” qui a du mal à accepter la valorisation de quelques uns dans un métier où paradoxalement on met en avant la dimension collective alors que dans la majeure partie des cas on continue à en avoir une vision individualiste?
Dans ce contexte, les approximations des médias qui résument les propositions en une formule qui serait celle du “salaire au mérite” ne peuvent que contribuer à jeter de l’huile sur le feu. Et à mettre en péril la fragile négociation avec les syndicats qui est menée jusque là. Des syndicats qui peuvent se crisper et (re)tomber dans la surenchère qui avait pu être évitée jusque là.

École numérique
Annoncé en mai 2015 par le Président de la République le plan Numérique pour l'éducation qui vise "à préparer l'école et la jeunesse aux enjeux d'un monde en transformation" se déploie sur un quart des collèges et 1800 Ecoles repartis sur l'ensemble du territoire. Dans une interview donnée à Educavox Florence Robine , la Directrice Générale des Enseignements Scolaires au ministère de l'Education Nationale, précise pourquoi la simultanéité du lancement de ce plan et de la réforme du Collège répond à une stratégie globale du ministère de l'éducation nationale. Pour elle, il ne s'agit pas de faire du numerique pour le numerique mais en faire "une aide précieuse à des leviers de réussite au cœur de la réforme du collège". Pour la Dgesco, le numérique permet de "donner du sens aux apprentissages, de tisser du lien entre les disciplines, de rendre les élèves plus autonomes et plus actifs.". Il peut en particulier constituer "une aide précieuse pour l'évolution des pratiques pédagogiques pour la question de l'individualisation des enseignements et la question de l'évaluation".
Cette vision positive du numérique est contestée par un ouvrage récent qui a donné lieu à de nombreux commentaires et entretiens. Philippe Bihouix et Karine Mauvilly viennent en effet de sortir «Le désastre de l'école numérique». Ce livre très critique rassemble de nombreuses formules chocs où on affirme qu'«avec l’école numérique, nous allons élever nos enfants "hors-sol", comme des tomates». Pour les deux auteurs le numérique ne permettrait ni d’apprendre mieux, ni de lutter contre les inégalités. Il serait même nuisible à l’acquisition des fondamentaux, ferait perdre le goût de l’effort et mettrait en péril le métier d’enseignant.
Cet ouvrage très polémique commence à susciter de nombreuses réactions d'enseignants et d'experts de l'école qui réagissent à ces affirmations et à une thèse qu'ils/elles jugent infondée. Pour se faire son opinion, on pourra lire les textes de Ninon Louise Lepage , de Stéphanie de Vanssay ou encore de Caroline Jouneau-Sion, Marie-Caroline Missir, Bruno Devauchelle, Jennifer Elbaz et bien d'autres...On peut signaler aussi sur ce sujet un tribune collective pour défendre l'enseignement du “code" à l'école à lire sur le site de Libération.

Mixité sociale
Une semaine après, la tribune de Thomas Piketty dénonçant la faible mixité sociale continue de faire des vagues et d’avoir des effets directs sur les décisions ministérielles et rectorales. Et le débat continue aussi dans la presse.
Celui qui était encore le recteur de Paris, François Weil (il a été nommé au conseil d’État le mercredi 14 et remplacé par Gilles Pécout jusque là recteur de Nancy-Metz) annonçait lundi 12 septembre le projet d’utiliser un algorithme pour déterminer l'affectation des élèves de 6e, pour la rentrée prochaine. Son petit nom : "Affelnet 6e", comme son grand frère "Affelnet 2nde", qui répartit les lycéens en fonction de leurs vœux d'orientation. Parallèlement, le rectorat a indiqué qu'une "expérimentation" serait menée à la rentrée 2017 concernant des "secteurs multi-collèges"comme le préconise l’économiste Julien Grenet.
Un logiciel peut il créer de la mixité sociale ? se demande l’Express C’est la même question posée par Louise Tourret sur Slate.fr ou dans un article de France Info . A Paris, malgré quelques bugs, Affelnet a eu des effets bénéfiques pour l’entrée en seconde. Il a mis un terme au "marché des élèves", par lequel les proviseurs des lycées se partageaient les dossiers de façon opaque et subjective, et il a fortement contribué à diversifier le public scolaire dans les établissements parisiens. Mais en effet ce n’est certainement pas la seule solution et un algorithme ne suffit pas.
On peut aussi évoquer le projet de secteurs "multi-collèges", qui sera testé dans certains quartiers de la capitale en 2017. C’est l'économiste Julien Grenet, dont les travaux ont été cités par Thomas Piketty dans son texte, qui a conçu ce dispositif. Il est interrogé par Mediapart et donne aussi une interview très intéressante à L'Obs. Il partage le constat de Piketty mais en revanche est beaucoup plus circonspect sur les solutions proposées par l'auteur du “Capital au XXIe siècle”. Il ne pense pas que de contraindre le privé soit une solution efficace d’autant plus qu’elle risque d’être coûteuse politiquement en prenant le risque de relancer la “guerre scolaire” . “Concentrons-nous déjà sur la carte scolaire du public. A Paris, le phénomène de ségrégation sociale est lié pour moitié à des inégalités internes aux quartiers. […] Les inégalités s’expriment de manière très fine sur le territoire parisien et la carte scolaire, qui s’appuie exclusivement sur les adresses des élèves, ne parvient pas à les réduire. Pour arriver à une répartition plus homogène des populations, d’un collège à l’autre, il n’y a donc pas besoin de convoyer les enfants d’un bout à l’autre de Paris. Il suffit de faire bouger légèrement les frontières et de prévoir des zones de recrutement plus larges, communes à trois collèges par exemple. ”. Il estime aussi que Th. Piketty est trop sévère avec le Ministère et le Rectorat car, selon lui, beaucoup a déjà été fait notamment pour les lycées.

élections pestilentielles
Le feuilleton continue et la surenchère aussi...
Dans une émission de itélé, Jean François Copé déclare : Je propose de remettre la nation au cœur de l’école afin de transmettre la fierté d’être français à nos enfants :
- Rendre obligatoire le lever du drapeau à l’école.
- Rendre obligatoire le chant de la Marseillaise.
- Rendre obligatoire le port de l'uniforme dans les écoles publiques.

François Fillon veut quant à lui s'attaquer aux programmes scolaires. Le candidat à la primaire de la droite, qui a été ministre de l'Education nationale de Jacques Chirac, s'attaque aux «idéologues» qui pensent selon lui les programmes d'histoire : «Proposer à des académiciens de rédiger nos programmes d'Histoire». Dans l’hebdomadaire Famille Chrétienne , à qui il a accordé à une interview publiée jeudi dernier, le député de Paris s'agace de voir les programmes actuels «rédigés par des idéologues qui dégradent en permanence notre héritage historique». «Il y a une perte de repères qui se traduit chez une certaine jeunesse par une attitude très agressive vis-à-vis de la France et de son histoire», s'alarme François Fillon. «Au terme de ce processus, ajoute-t-il, il y a l'incivisme et des risques de dérives». Et il conclut : «Nous avons le devoir de redonner à l'ensemble de nos concitoyens des raisons d'être fiers d'être français».
Autre candidat à la primaire, Bruno Le Maire interviewé par Libération souhaite le remplacement du collège unique par un «collège diversifié» où des options professionalisantes seraient proposées dès la sixième. Quant à Nicolas Sarkozy, l’ancien chef de l’Etat recycle ses mesures de 2007 et de 2012, en y ajoutant une couche supplémentaire de fermeté nous dit Le Monde Le candidat à la primaire de la droite promet ainsi d’abroger les réformes du collège et des rythmes scolaires. Il souhaite également augmenter de 25% le temps de présence des enseignants du secondaire, contre une hausse de 20% de leur salaire.
Pendant ce temps à Fréjus...
Mais il n’y a pas qu’à droite qu’on rentre dans la surenchère. On peut même avoir un sentiment de grande confusion et de perte de repères quand on observe les recompositions qui semblent s’opérer aujourd’hui dans les débats sur l’École.
Ainsi, le 24 septembre prochain, dans la région parisienne c'est le collectif Condorcet (un collectif construit par des opposants à la réforme du collège) qui organise un colloque avec l’ancien recteur Alain Morvan, Loys Bonod, la sociologue Nathalie Bulle entre autres et... Paul Vannier ( secrétaire à l’éducation du Parti de Gauche). Et surtout avec une rencontre sur "l'école et la transmission" organisée à l'Assemblée Nationale par République Moderne” le mardi 27 septembre que s’accentue le malaise. Cette rencontre rassemblera JP. Chevènement, M. Onfray, JP. Brighelli (qui est ce week-end aux “estivales de Marine le Pen” à Fréjus ) et ... Arnaud Montebourg...
Finissons par un sourire (jaune)
Internet est cruel car il permet de retrouver des choses qu'on croyait oubliées...Claude Lelièvre sur son blog exhume un texte de Jean François Copé de 2009 (sur Slate.fr) intitulé “Faire de la langue arabe une option comme une autre” On peut y lire notamment ceci : « Il est légitime pour des parents de souhaiter que leurs enfants apprennent la langue d'origine de leur famille. Non seulement pour garder un lien vivant avec leur histoire familiale, mais surtout pour leur ouvrir des opportunités.»Amnésie ? opportunisme ? A vous de choisir... !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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